La collaboration biélorusse pendant la Seconde Guerre mondiale est la collaboration politique, économique et militaire avec les forces d'occupation allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale sur le territoire de la Biélorussie.
thumb|Rzeczpospolita 1938 à l'ouest et Russie à l'est : division de la Biélorussie thumb|Biélorussie-carte depuis 1991
Fondements
Comme la plupart des pays d'Europe occupés, la Biélorussie n'a pas échappé au problème de la collaboration avec le Troisième Reich. La quête d'une identité nationale protégée et respectée ainsi que la protection de sa langue nationale (le biélorusse) ont contribué de manière importante dans le choix de collaborer.. S'est ajoutée à cela la haine du système politique bolchevique. La conjugaison de ces deux facteurs doit être analysée.
Un travail de mémoire a déjà été réalisé par les historiens des pays de l'est et surtout par la communauté juive en ce qui concerne la Shoah. Celui-ci a pu se développer depuis l'ouverture des archives des pays de l'ex-URSS après la Perestroïka.
La dénomination russe de remplace l'ancienne terminologie communiste de (en russe ).
Biélorussie orientale
Dans le courant du dernier quart du se développa un discours nationaliste biélorusse autour de l'idée d'autonomie linguistique et nationale.. Le passage de ce discours à des actes de collaboration durant la Seconde Guerre mondiale, 50 ans plus tard, résulte du mécontentement d'une partie de la population par rapport au pouvoir soviétique dans la partie orientale du pays depuis la Révolution d'octobre 1917.
Lénine avait parmi ses objectifs la protection des cultures. et des langues, dont notamment la langue biélorusse. Toutefois, quelques années après l'arrivée de Staline au pouvoir (en 1922), vers la fin des années 1920, l'attitude de ce dernier s'inversa et il contraignit les Biélorusses à renoncer à leur langue et à n'utiliser que la langue russe. L'œuvre dramatique et poétique de Yanka Koupala (pseudonyme d'Ivan Loutsévitch) qui s'exprimait d'une manière critique tant par rapport aux annexions polonaises que vis-à-vis du chauvinisme russe est de plus en plus souvent interdite par la censure..
Les Polonais, pour éviter toute velléité séparatiste, adoptent d'ailleurs les mêmes règles dans la partie occidentale en imposant leur langue polonaisePhilippe Marchesin, op. cit., . La langue biélorusse n'est plus enseignée dans les écoles : elle risque de disparaître au profit de la seule langue russe. En 1933, parler biélorussien devient un signe de , des réformes de la langue tendent à la rapprocher du russe, mais la bannissent de toutes les institutions. En 1938, le russe est réintroduit dans les écoles en tant que langue obligatoire.
Biélorussie occidentale
Des causes plus proches chronologiquement des années de guerre ont joué un rôle important dans le choix de la collaboration : la réaction des populations à l'encontre des répressions de masse et de la soviétisation forcée dans la Biélorussie occidentale cette fois, rattachée à l'URSS depuis 1939 seulement.
D'autres acteurs que les dirigeants soviétiques sont intervenus dans ce choix de la collaboration au sein même de la population biélorusse : l'action des représentants de la République populaire biélorusse, et celle de groupes d'opposants catholiques (surtout dans la partie occidentale du pays) sous l'action notamment d'un prêtre catholique, , tous fort hostiles au bolchévisme. Mais encore les Allemands eux-mêmes qui ont réussi à faire croire aux Biélorusses que le Troisième Reich leur réservait un rôle plus important que celui qu'il leur avait assigné en réalité. Les Allemands pratiquent par ailleurs une politique de soutien aux indépendantistes biélorusses, notamment par la réhabilitation de la langue biélorussienne dans les écoles..
Des raisons d'ordre plus général sont intervenues également : la grande instabilité politique du pays entre 1918 et 1939, l'absence d'émergence d'un gouvernement national fort, l'intervention de pouvoirs extérieurs au pays ou aux régions avec des visions politiques et culturelles fort divergentes, les partages multiples de territoires et finalement, la guerre elle-même qui place la Biélorussie entre deux grandes puissances hostiles.
Alexandre Soljenitsyne, dans L'Archipel du Goulag, insiste, en s'appuyant sur de nombreux cas concrets, sur l'espoir, - de courte durée - qu'a fait naître dans le cœur de nombreux Soviétiques l'arrivée des troupes allemandesA.Soljenitsyne, L'Archipel du goulag. Paris, éd. Seuil, et ss. Beaucoup de Soviétiques, au nombre duquel les Biélorusses, en 1941, attendaient avec impatience la chute du régime stalinien.
Développement du nationalisme biélorusse après la Première Guerre mondiale
La période chaotique que va connaître la Biélorussie entre la Première et la Seconde Guerre mondiale explique probablement le besoin de sa population de trouver un pouvoir politique auquel se raccrocher ; soit à l'intérieur du pays, soit à l’extérieur ; à l'est ou à l'ouest. Les péripéties de l'histoire du pays à cette époque expliquent que le choix n'était pas facile et que beaucoup étaient partagés. De toute manière, ces régions étaient envahies et la fuite était pratiquement impossible. Cette situation n'était pas unique dans son histoire puisque le pays a toujours été convoité et placé entre des forces politiques puissantes : Lituanie, Prusse, Pologne, Allemagne, Russie. Il a par contre toujours conservé ses spécificités linguistiques et culturelles : malgré leur taille réduite, ces régions ont toujours connu un partage linguistique entre plusieurs langues (biélorusse, russe, polonais, lituanien), et plusieurs religions (orthodoxe, juive, catholique, uniate). Par ailleurs, de nombreuses rectifications de frontières ont fait passer des villes importantes, des régions entières d'une République dans une autre (c'est le cas, par exemple, de Smolensk, de Vitebsk, de Minsk, de Bialystok).
La révolution russe d'octobre 1917 a entraîné l'installation d'un régime « léniniste » à Petrograd. Pour la Biélorussie, les conséquences vont se suivre politiquement, militairement et administrativement à un rythme très rapide : Le est signé le traité de Brest-Litovsk qui fait passer la partie occidentale de la Biélorussie de l'administration russe à l'administration allemande. Ce traité représentait des concessions importantes de la part des Russes en vue d'obtenir la paix avec l'Allemagne. La paix avec l'Allemagne est une des rares promesses que les bolchéviques avaient tenues, et c'est cette promesse pacifiste qui avait rendu possible le coup d'État de LénineJacques Bainville, « La Russie et la barrière de l'est ». Ed Plon 1943. et ss.. La partie orientale et septentrionale (avec les villes de Minsk, Vitebsk, Moguilev, Gomel, Mazyr) reste toutefois sous contrôle soviétique. Par contre, les villes et provinces autour de Brest, Grodno (Hrodna), Pinsk ou Baranavitchy passent sous contrôle allemand. Dès le est proclamée la République populaire biélorusse. Il s'agit du premier état indépendant créé en Biélorussie (il faudra attendre le pour que le pays déclare à nouveau sa souveraineté nationale). Le , les Soviétiques envahissent la partie occidentale de la Biélorussie et l'occupent à nouveau.
thumb|Gouvernement de la République populaire biélorusse 1918 La République populaire biélorusse n'a jamais pu établir sa souveraineté sur l'ensemble du territoire, tant fut brève la période durant laquelle elle aurait pu le faire : du au soit 7 mois et 24 jours. Il faut remarquer que cette République populaire biélorusse n'a jamais cessé d'exister, mais en exil jusqu'à ce jour 2013 et en tout cas, aux yeux de ses partisans : depuis 1997, la Présidente de la Rada biélorusse en exil est Ivonka Survilla (elle réside à TorontoLes statuts actuels de la Rada à Toronto.).
Une fois occupée à nouveau par les Russes (Soviétiques) en fin , la Biélorussie sera à nouveau soviétique jusqu'en , soit pendant un peu plus de deux ans, durant lesquels vont se succéder les entités politiques suivantes : République socialiste fédérative soviétique de Russie (partie orientale) et République socialiste soviétique de Lituanie, qui formèrent ensuite la République socialiste soviétique lituano-biélorusse surnommée Litbel, puis encore la République socialiste soviétique biélorusse. Pendant cette succession de régimes, la République populaire biélorusse continuait malgré tout d'exister. À partir du , c'est-à-dire la date de la signature de la Paix de Riga, qui met fin à la Guerre soviéto-polonaise, et jusqu'en 1939, la moitié ouest de la Biélorussie est soustraite des territoires de l'URSS pour entrer dans ceux de la Pologne indépendante. Quant à la partie orientale, elle devient la République socialiste soviétique biélorusse le , et ce, jusqu'en 1991. En décembre 1922 est fondée l'URSS qui comprend la RSFS de Russie, la RSFS de Transcaucasie, la RSS d'Ukraine et la RSS de Biélorussie. thumb|left|Soldats russes et allemands fraternisent lors du partage de la Biélorussie en septembre 1939 Le , les troupes d'Hitler envahissent la Pologne, en ce compris les territoires biélorusses de l'ouest qui en font partie. Toutefois, en vertu des clauses secrètes du Pacte germano-soviétique du , la Pologne est partagée et la zone occidentale actuellement biélorusse passe sous contrôle soviétique. Après 20 ans de vie sous régime polonais, les Biélorusses voient réapparaître ce que beaucoup considèrent comme le spectre du bolchévisme. Pour moins de deux ans seulement : le , Hitler s'attaque à l'Union soviétique, au mépris des clauses du pacte secret signé avec Staline en 1939. Les Biélorusses de la partie occidentale du pays sont alors libérés des Soviétiques pour tomber sous le joug des Allemands. thumb|Sceau de l'époque de la République populaire biélorusse 1918
Attitude des Juifs
La population juive représentait une minorité importante en Biélorussie en 1939 : lors de la réunion de la partie polonaise à l'URSS, la population totale des deux parties du pays (orientale et occidentale) représentait environ .. Les populations juives représentaient pour la partie occidentale environ et pour la partie orientale . Les Juifs représentaient donc 10,5 % de la population totale soit . Étant donné les changements du tracé des frontières, le problème des réfugiés venus de Pologne, la fuite d'autres vers la Russie, ces chiffres sont approximatifs.
Il faut évoquer la situation des Juifs par rapport à la collaboration, mais dans le sens inverse de celui des autres biélorusses. À la fin de l'occupation allemande, la population juive aura été pratiquement complètement exterminée par les occupants.
Dès l'invasion de la Pologne par les Allemands, en septembre 1939, la peur des nazis va pousser les Juifs vers les Soviétiques : tout autre pouvoir que le nazisme leur semblait meilleur, mais pas l'anarchieAndrzej Zbikowski : Le début de la Seconde Guerre mondiale dans le témoignage de réfugiés juifs (Biezency) des confins de l'Est de la Pologne (Kresy) dans l'ouvrage collectif sous la direction de Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka : Juifs et Polonais 1939-2008 ; éditeur Albin Michel Bibliothèque, Histoire. Janvier 2009. page 96. . C'était une attitude de moindre mal, mais il ne faut pas négliger que beaucoup d'entre eux étaient sincèrement pro-bolchévique. La présence de grandes personnalités d'origine juive au sein du mouvement révolutionnaire européen (Marx, Liebknecht, Rosa Luxemburg) et du pouvoir politique de l'époque ou dans le passé (Karl Radek, Trotsky, Grigori Zinoviev) leur donnait plus de réconfort psychologique et d'espoir. Une collaboration des Juifs avec les Soviétiques s'instaura après l'invasion de la Pologne et prit des formes diversesAndrzej Zbikowski : Le Début de la Seconde Guerre mondiale dans le témoignage de réfugiés juifs (Biezency) des confins de l'est de la Pologne (Kresy) dans l'ouvrage collectif sous la direction de Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka :