La bataille de l'île de Savo (également connue sous le nom de dans les sources japonaises) qui eut lieu les 8 et fut le premier engagement naval entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal dans le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale.

En réponse aux débarquements alliés dans l'est des îles Salomon, le vice-amiral Gunichi Mikawa emmena la de la marine impériale japonaise, composée de sept croiseurs et d'un destroyer et basée en Nouvelle-Bretagne et en Nouvelle-Irlande, dans le détroit de Nouvelle-Géorgie pour attaquer les forces alliées. Les débarquements étaient couverts par huit croiseurs et quinze destroyers sous le commandement du contre-amiral britannique Victor Crutchley, mais seuls cinq croiseurs et sept destroyers participèrent à la bataille. Mikawa attaqua par surprise et mit en déroute la flotte alliée. Les Japonais coulèrent un croiseur australien et trois croiseurs américains tout en ne déplorant que des dégâts légers. La force de Mikawa se retira immédiatement après la bataille sans tenter de détruire les transports alliés réalisant les débarquements.

Les navires alliés et la force de débarquement se retirèrent des îles Salomon, cédant ainsi temporairement le contrôle des mers autour de Guadalcanal aux Japonais. Les troupes alliées débarquées deux jours auparavant sur Guadalcanal et les îles alentour se retrouvèrent dans une position précaire avec à peine assez de ravitaillement et de munitions pour contrôler les territoires conquis. Néanmoins, le fait que Mikawa n'ait pas détruit les transports alliés quand il en avait l'occasion se révéla une grave erreur stratégique, car les Alliés conservèrent leurs positions sur Guadalcanal et sortirent finalement victorieux de la campagne.

Contexte Opérations à Guadalcanal Le , les forces alliées (principalement des marines américains) débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et les îles Florida dans l'est des îles Salomon. Les débarquements devaient permettre d'empêcher les Japonais d'utiliser ces îles comme bases militaires pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l'Australie. Le contrôle de ces îles devait également servir de tremplin pour la campagne de reconquête des Salomon, pour isoler ou capturer la grande base japonaise de Rabaul et pour soutenir la campagne de Nouvelle-Guinée.

vignette|gauche|Le (centre gauche) protège trois transports alliés déchargeant des troupes et des équipements à Tulagi. Le commandement général des forces navales alliées lors des opérations contre Guadalcanal et Tulagi était le vice-amiral Frank J. Fletcher. Il commandait également les groupes aéronavals fournissant la couverture aérienne des débarquements. Le contre-amiral Richmond K. Turner commandait la flotte amphibie qui débarqua alliés sur Guadalcanal et Tulagi14.. L'amiral britannique Victor Crutchley et sa force de protection de huit croiseurs, quinze destroyers et cinq dragueurs de mines était également sous le commandement du général de Fletcher. Cette force devait assurer la protection des navires de Turner et fournir un appui-feu contre les positions japonaises. Crutchley commanda sa flotte, principalement composée de navires américains, depuis son navire-amiral, le croiseur lourd australien 621-624..

Les débarquements alliés prirent les Japonais par surprise. Les Alliés sécurisèrent Tulagi et l'aérodrome en construction de Guadalcanal dans la soirée du 14-15.. Les et , les appareils japonais basés à Rabaul attaquèrent à plusieurs reprises les forces amphibies alliées, coulèrent le transport George F. Elliott et endommagèrent sérieusement le destroyer 90-103.. Lors de ces attaques, les Japonais perdirent 36 appareils contre 19 (dont 14 avions embarqués) pour les Américains80..

Inquiet des pertes dans ses escadres aéronavales, de la menace posée contre les porte-avions et des niveaux de carburant de ses navires, Fletcher annonça qu'il retirerait ses porte-avions dans la soirée du ..

Certains historiens soutiennent que les niveaux de carburant de Fletcher n'étaient pas critiques et que Fletcher a avancé cet argument pour justifier son retrait de la zone des combats104-105.94.28.. Le biographe de Fletcher note que ce dernier a conclu que les débarquements étaient un succès et qu'il n'y avait pas de cibles pour un appui aérien rapproché. En revanche, il considéra qu'après la perte de 21 de ses chasseurs, ses porte-avions étaient sous la menace des bombardiers japonais et il voulait se ravitailler avant l'arrivée des forces navales japonaises. Turner croyait cependant que Fletcher allait fournir un soutien aérien jusqu'à ce que tous les transports soient déchargés le ..

Même si les opérations de déchargement furent plus lentes que prévu, Turner décida que sans soutien aérien, il devrait retirer ses navires de Guadalcanal. Il envisagea donc de décharger le plus de matériel possible durant la nuit et de partir le lendemain59.

Réponse japonaise Pris par surprise par les opérations alliées à Guadalcanal, les Japonais répondirent initialement en lançant des attaques aériennes et en tentant de renforcer leurs troupes sur l'île. Gunichi Mikawa, commandant de la nouvelle basée à Rabaul, fit monter 519 soldats dans deux transports qu'il envoya vers Guadalcanal le . Néanmoins, lorsque les Japonais apprirent l'ampleur des débarquements, les deux transports furent rappelés87126.

Mikawa rassembla tous les navires de guerre disponibles dans la zone pour attaquer les forces alliées à Guadalcanal. Le croiseur lourd Chōkai (le navire-amiral de Mikawa) de la classe Takao, les croiseurs légers Yubari et Tenryū et le destroyer Yūnagi quittèrent Rabaul pour rejoindre les croiseurs lourds Aoba, Furutaka, Kako et Kinugasa du contre-amiral Aritomo Gotō en provenance de Kavieng193-194Après le rappel des deux transports, l'un d'eux, le Meiyo Maru fut coulé près au nord de l'île de Bougainville à le 8 août par le sous-marin USS S-38 et 373 personnes furent tués. Cet affrontement est généralement considéré comme distinct de la bataille de l'île de Savo..

La marine japonaise s'était beaucoup entraînée aux tactiques de combats nocturnes, un fait que les Alliés ignoraient43-44Les préparations japonaises pour les combats nocturnes comportaient l'emploi de vigies spécialement entrainées pour les opérations nocturnes avec des optiques spéciales, des torpilles type 93 à longue portée, le largage de fusées éclairantes par des hydravions embarqués à bord des croiseurs et des cuirassés et des exercices d'entraînements réalistes et fréquents.. Mikawa espérait engager les forces navales alliées au large de Guadalcanal et de Tulagi pendant la nuit du 8 au lorsqu'il pourrait exploiter son expérience du combat nocturne sans craindre les appareils alliés qui ne pouvaient pas opérer efficacement durant la nuit. Les navires de Mikawa se rassemblèrent en mer au sud de la Nouvelle-Irlande dans la soirée du et mirent le cap au sud-est19.

Bataille Prélude vignette|Les navires de Mikawa quittèrent Rabaul et Kavieng (en haut à gauche), firent une pause au large de Bougainville (au centre) puis descendirent le détroit de Nouvelle-Géorgie pour attaquer les forces alliées au large de Guadalcanal et de Tulagi (en bas à droite).

Mikawa décida de mener sa flotte au nord de l'île Buka puis de progresser le long de la côte orientale de Bougainville. La flotte ferait ensuite une pause de six heures à Kieta le matin du pour éviter d'arriver dans la soirée au large de Guadalcanal et risquer une attaque aérienne. Les navires continueraient ensuite dans le dangereux détroit de Nouvelle-Géorgie en espérant qu'aucun appareil allié ne les repère. Cependant, la flotte japonaise fut repérée dans le détroit lorsqu'elle manqua de percuter le sous-marin USS S-38 en embuscade. Le submersible était trop proche pour pouvoir tirer ses torpilles mais son commandant informa ses supérieurs que deux destroyers et trois navires plus grands de type inconnu progressaient à grande vitesse vers le sud-est à quatorze kilomètres à l'ouest du cap Saint-George. Une fois à Bougainville, Mikawa dispersa ses navires pour dissimuler la composition de sa force et lança quatre hydravions embarqués à bord de ses croiseurs pour repérer les navires alliés dans le sud des Salomon.

À et , ses navires furent repérés par des Lockheed Hudson de reconnaissance australiens basés dans la baie de Milne en Nouvelle-Guinée88Les hydravions lancés par Mikawa comprenaient trois Aichi E13A Jakes et un Kawanishi E7K Alf. Un Jake fut abattu par un appareil de l' et son équipage fut tué.129. Le premier Hudson rapporta uniquement la présence de . L'équipage tenta de signaler les navires à la station radio alliée de Fall River en Nouvelle-Guinée. Ne recevant pas de réponse, il retourna à la baie de Milne à pour s'assurer que le rapport était transmis aussi vite que possible. Le second Hudson ne parvint pas non plus à transmettre par radio son rapport mais il termina sa patrouille avant de se poser à dans la baie de Milne. Il rapporta la présence de . À cause des erreurs dans la communication alliée, ces rapports ne furent pas transmis à la flotte alliée au large de Guadalcanal avant, respectivement, et le 139-150La confusion de deux des croiseurs de Mikawa avec des transports d'hydravions faite par le premier Hudson a peut-être été causée par la large dispersion des navires japonais et par le fait qu'il a vu un hydravion à proximité. Le rapport du premier Hudson ne fut pas reçu par radio car la station de Fall River avait été fermée à cause d'une alerte aérienne. Lorsque le second hydravion tenta de communiquer son rapport, Fall River refusa de le recevoir et reprocha à l'avion d'avoir rompu le silence radio. Loxton qualifie les affirmations de Morison, Dull, Richard Newcomb et des autres historiens selon lesquelles le premier Hudson ne tenta pas de transmettre son rapport par radio, termina tranquillement sa patrouille et « prit le thé » avant de soumettre son rapport à la baie de Milne comme une « rumeur scandaleuse » et une « calomnie » à l'opposé de ce qu'il a trouvé dans ses recherches..

En effet, un problème majeur et insoupçonné des communications alliées fut à l'origine du délais de plus de huit heures du premier rapport reçu par la base de Fall River à 10 h 25 en provenance des Lockheed Hudson de reconnaissance australiens. Le commandement interarmées des deux zones était séparé entre la South Pacific Area (QG basé à Nouméa en Calédonie), sous le commandement du vice-amiral Robert Ghormley, et la South West Pacific Area (QG basé à Brisbane en Australie), sous le commandement du général Douglas MacArthur. L'Opération Watchtower menée par les américains était profondément secrète, et un accord avait été mené en ce sens pour les reconnaissances aériennes.

Si une base aérienne relevant du commandement de la South West Pacific Area rapportait des informations utiles et urgentes au déroulement de l'Opération Watchtower, alors le transfert de l'information se faisait par l'intermédiaire de la base de Port Moresby directement vers l'amiral Turner. Seuls certains officiers gradés sur place étaient cependant au courant de cet accord (excluant les bases et les pilotes menant les patrouilles), et l'amiral Turner n'avait aucun lien direct avec ces avions de reconnaissance. Le rapport de 10 h 25 fut ainsi qualifié de car l'officier en charge n'avait pas connaissance de l'accord en place.

Il prit donc le chemin standard des procédures et non celui prévu par l'accord. Il fut reçu à Port Moresby vers et envoyé en direction de Townsville, reçu sur place à puis mis en attente pendant 3 heures et demi environ, avant d'être envoyé à Brisbane, et reçu à , dispatché à Canberra à pour arriver à Pearl Harbor vers , dans une zone sous commandement direct, et donc transmis immédiatement et reçu par l'amiral Turner à . Le rapport de suivit le même traitement et arriva à Turner sur les .