La mosquée Koutoubia ( ; en tachelhit : ⵜⴰⴽⵯⵜⴱⵉⵜ. https://www.jstor.org/stable/41708209) est un édifice religieux construit au à Marrakech, Maroc. Elle est la plus grande mosquée de la ville. Son architecture et son décor ascétique reflètent l'art des Almohades.

Une première mosquée fut commandée en 1148 par le sultan Almohade Abdelmoumen après avoir conquis Marrakech. Une deuxième version de taille semblable sera construite vers 1158 après démolition de la première version.

L'actuelle mosquée Koutoubia fut cependant édifiée par le sultan Abu Yusuf Yaqub al-Mansur. autour de 1199 après que les premières versions aient été détruites pour corriger l’alignement de la qibla. Le minaret de est décoré de différents motifs géométriques et surmonté d'une flèche et d'orbes métalliques. Il a probablement inspiré d'autres bâtiments tels que la Giralda de Séville et la tour Hassan de Rabat, qui ont été construits peu de temps après à la même époqueSalmon, Xavier (2018). Maroc Almoravide et Almohade: Architecture et décors au temps des conquérants, 1055-1269. ParisHattstein, Markus and Delius, Peter (eds.) Islam: Art and Architecture. h.f.ullmann.. Le minaret est également considéré comme un repère urbain et un symbole important de Marrakech.

Étymologie gauche|vignette|203x203px|Le minaret de la Koutoubia depuis la place Jamaa ElfnaLe nom Koutoubia vient du mot arabe kutubiyyin (كُتُبيين), qui signifie « libraires ». La rue sur laquelle se trouve la mosquée servait de lieu de commerce de livres.

Géographie gauche|vignette|205x205px|Mausolée de Lalla Zahra sur l'esplanade. La mosquée se trouve à au sud de la place Jamaa El Fna, marché historique de la ville. Elle est bordée par l’avenue Mohamed VI au nord et par l’avenue Hommane Al Fatouaki au sud. Autour de la mosquée se trouve le cimetière Sidi Ali Bel Kacem, des jardins, le Parc Lalla Hasna et l’ancien consulat de France, devenu résidence du consul. Le mausolée de Youssef Ben Tachfine, complété en 1126, se trouve au nord sur l’avenue Hommane Al Fatouaki.

Sur l'esplanade de la mosquée, on peut observer la Koubba (Dôme) de Lalla Zohra, tombe de Fatima-Ezzohra Bent Alkouch ou Alkouchia, sainte de Marrakech morte au Deverdun, Gaston (1959). Marrakech: Des origines à 1912. Rabat: Éditions Techniques Nord-Africaines..

Histoire Contexte historique entre Almoravides et Almohades Marrakech fut fondée en 1070 par le sultan Almoravide Youssef Ben Tachfine et Zaynab Nefzaouia. En 1147, le sultan Almohade Abdelmoumen conquiert la ville. Les Almohades firent de Marrakech leur capitale mais refusèrent l’héritage culturel et religieux des Almoravide qu’ils considéraient hérétiques. Ils détruisirent un grand nombre de mosquées prétextant une mauvaise orientation vers la MecqueBennison, Amira K. (2016). The Almoravid and Almohad Empires. Edinburgh University Press..

Soucieux de déplacer la centralisé urbaine à proximité de la Kasbah Almohade, lieu de pouvoir, Abdelmoumen fit construire une nouvelle mosquée.

Une première mosquée vignette|327x327px|La Koutoubia et les vestiges de la première mosquée. « ….Le calife (Abdelmoumen) y fit construire une mosquée impressionnante puis y ajouta au côté sud une autre semblable si ce n’est plus grande sur ce qui était un palais et fit dresser entre les deux ce monumental minaret incomparable dans le monde musulman… Son fils et successeur Yacoub Al Mansour acheva sa construction…» gauche|vignette|242x242px|Les traces de Bab Ali (à droite), une porte en pierre construite en 1126 par Ali ibn Yusuf pour le palais almoravide fortifié Ksar el-Hajjar. Une première version de la mosquée sera initiée par le sultan Almohade Abdelmoumen en 1146, après son entrée à Marrakech. Elle fut construire sur l'ancien palais Almoravide, Ksar el-Hjar dont on peut encore voir des fragments actuellement . On sait avec certitude que la mosquée a été fonctionnelle. La date de l'achèvement de la première mosquée est inconnue mais est estimée par les historiens aux environs de 1157 car c'est à cette date qu'un célèbre exemplaire du Coran calligraphié par le calife Othman, précédemment conservé dans la Grande Mosquée de Cordoue, fut transféré à la mosquée. Abdelmoumen y a également transféré le célèbre minbar almoravide de la mosquée Ben Youssef, initialement commandé par Ali Ben Youssef à un artisan de CordoueBloom, Jonathan; Toufiq, Ahmed; Carboni, Stefano; Soultanian, Jack; Wilmering, Antoine M.; Minor, Mark D.; Zawacki, Andrew; Hbibi, El Mostafa (1998). The Minbar from the Kutubiyya Mosque. The Metropolitan Museum of Art, New York; Ediciones El Viso, S.A., Madrid; Ministère des Affaires Culturelles, Royaume du Maroc.. Cette mosquée était imprégnée d'un grand symbolisme politique et religieux étant étroitement associée à la dynastie almohade au pouvoir. Elle comportait subtiles références à l'ancien califat omeyyade de Cordoue, dont la grande mosquée était un modèle pour une grande partie de l'architecture marocaine et mauresque ultérieure. gauche|vignette|Vestiges du Mihrab de la première mosquée située sur la face extérieur du mur nord.|242x242px vignette|236x236px|Le minbar almoravide de la mosquée Ben Youssef restauré et exposé au palais Badii. La mosquée semblait reliée au palais royal adjacent via un passage (sabat) qui permettait au sultan almohade d'y accéder directement depuis son palais (système semblable au passage existant entre le palais du calife et la Grande mosquée de Cordoue). Ce passage a probablement traversé l'habitation de l'imam derrière le mur sud-est de la qibla et peut donc avoir disparu lorsque la deuxième mosquée a été construite au-dessus de cette zone. Des fouilles archéologiques ont également confirmé l'existence dans la première mosquée Koutoubia d'un mécanisme quasi légendaire qui permettait à la maqsura en bois (un écran séparant le sultan et son entourage du reste de la foule lors des prières) de monter d'une tranchée creusée dans le sol de manière semi-automatique puis se rétracter de la même manière. Un autre mécanisme semi-automatisé permettait au minbar d'émerger et d'avancer de sa chambre de stockage (à côté du mihrab). Le fonctionnement exact du mécanisme est inconnu mais peut avoir reposé sur un système caché de contrepoids.

Certains historiens ont suggéré qu'un ancien bastion de la kasbah almoravide (Ksar el-Hajjar) aurait servi de minaret à la mosquée. Ses vestiges sont visibles à l'angle nord-est de la mosquée.

Une seconde mosquée : La Koutoubia actuelle Abdelmoumen fit construire une deuxième mosquée adjacente au côté sud-est de la première. La raison de cette décision est obscure. Une première hypothèse suppose que ce serait à la suite de la découverte de la mauvaise orientation de la première selon les critères Almohades. La deuxième mosquée est en effet orientée de deux degrés plus au sud par rapport à la première. Cette différence d'orientation s'explique peut-être par le fait que la première mosquée ait été alignée avec les murs du Ksar El Hjar et que cela ait été jugé suffisant à l'époque, mais que l'alignement de la deuxième mosquée correspondait plus étroitement à celui de la mosquée de Tinmel (monument almohade important qui avait été construit entre-temps.) Il existe plusieurs autres hypothèses pour expliquer cette action : Une volonté de doubler la taille du bâtiment pour le rendre encore plus statutaire, augmenter la capacité d'accueil des croyants face à une population croissante ou encore consacrer exclusivement un des deux bâtiments à l'élite dirigeante. gauche|vignette|La Koutoubia en 1931. Les dates de construction de la deuxième mosquée ne sont pas non plus fermement établies. Une chronique historique, rapportée par al-Maqqari, affirme que les travaux de construction de la deuxième mosquée ont commencé en (Rabi 'al-Thani 553 AH). Elle a été inaugurée lors de la première prière du vendredi de . Cependant, cette période de construction semble peu plausible : il est probable que la construction ait duré plus longtemps. gauche|vignette|Vue aérienne de la mosquée en 1931. Comme évoqué auparavant, on ne connait pas les circonstances de la destruction de la première mosquée fussent-elles volontaires ou s'est-elle détériorée avec le temps faute d'entretien. Les chercheurs pensent que les deux mosquées ont probablement coexisté pendant un certain temps formant ainsi une seule grande mosquée. Par exemple, le minaret actuel de la mosquée semble avoir été intégré dans le tissu des deux mosquées comme en témoignent les vestiges d'une arcade appartenant à la première mosquée et pourtant toujours intégrée à la base du minaret aujourd'hui. Gaston Deverdun a suggéré dans son livre de 1959 sur l'histoire de Marrakech la possibilité que la première mosquée ne fut abandonnée qu'après la construction d'une nouvelle citadelle royale par Yacoub el Mansour plus au sud(actuel quartier de la Kasbah). Dans le cadre de cette citadelle, la nouvelle mosquée de la Kasbah avait été achevée en 1190 et servit par la suite de mosquée principale du calife et de son entourage. L'ancienne mosquée serait devenue inutile. Il existe une possibilité qu'elle fut démantelée et que ses matériaux furent utilisés dans la construction de la nouvelle kasbah et de sa mosquée.

Le célèbre minaret de la mosquée n'est pas non plus daté avec certitude. Certaines sources historiques l'attribuent à Abdelmoumen (qui régna jusqu'en 1163) tandis que d'autres l'attribuent à Yacoub El Mansour (qui régna entre 1184 et 1199). Le scénario le plus plausible selon certains historiens dont Deverdun est que le minaret a été initié avant 1158 et en grande partie construit par Abdelmoumen ou tout au moins conçu sous ses ordres tandis qu'Yacoub El Mansour acheva ce travail en y ajoutant la petite partie en forme de lanterne à son sommet vers 1195.

Hormis son orientation, la mosquée actuelle est à peu près identique à la première à quelques détails près. Le plan, les dimensions et les matériaux utilisés sont à peu près les mêmes. La nouvelle mosquée était cependant légèrement plus large que la première. Le plan d'étage de la mosquée est également irrégulier en raison du fait que son mur nord est l'ancien mur sud de la première mosquée bifurquant de deux degrés par rapport à la deuxième mosquée comme expliqué précédemment.

La Koutoubia et son minaret deviendront une référence de l'architecture maroco-andalouse et serviront de modèle à deux autres monuments : la tour Hassan de Rabat (Une mosquée monumentale par Yacoub El Mansour qui restera inachevée) ainsi que la Giralda de Séville dont le minaret est semblable à celui de la Koutoubia.

L'orientation vers la qibla entre almohades et almoravides La question de l'orientation de la Koutoubia et d'autres mosquées almohades (et même des mosquées islamiques médiévales en général) est une question complexe et problématique. Les almohades détruiront un certain nombre de mosquée almoravide sous le couvert d'une Qibla (orientation vers la Mecque) incorrect. Ils lui préférèrent une orientation omniprésente dans les mosquées de l'époque au Maroc et en Andalousie allant plus vers le Sud. En réalité, cette orientation s'éloignait encore plus de la véritable Qibla connue et utilisée aujourd'hui dans les mosquées modernes. La véritable orientation de la Qibla à Marrakech est de 91° degrés d'azimut depuis le nord. Les Almohades utilisaient une qibla comprise entre 151° et 159°. Plus tard, cette erreur sera corrigée notamment au niveau de la mosquée Ben Youssef orientée à 88°.