L'île Sainte-Marguerite est la plus grande des deux îles de Lérins, situées en face de Cannes. Elle a notamment servi de prison au célèbre homme au masque de fer. Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, le fort de l'île Sainte-Marguerite devient l'un des quatre principaux lieux d'emprisonnement des huguenots, avec la tour de Constance à Aigues-Mortes, le fort de Brescou et le château d'If.
Au , l'île constitue également un lieu de détention pour des prisonniers politiques et coloniaux : elle accueille d'abord des prisonniers kabyles déportés après la révolte de Mokrani en 1871, en Kabylie, contre la colonisation française, puis des insurgés kroumirs, dont la répression est liée au casus belli officiel de la conquête de la Tunisie par la France.
Elle est séparée du cap de la Croisette, sur la commune de Cannes, par un détroit peu profond d'environ de largeur. L'île s'étend d'ouest en est sur une longueur de et sa largeur maximale atteint environ . Elle abrite des bois d'eucalyptus, parmi les plus anciens d'Europe, ainsi que des pins. La majeure partie de l'île est couverte par une forêt protégée appartenant à l'État. Environ vingt personnes y résident de manière permanente..
Histoire
Antiquité L'île est d'abord occupée par une population de Ligures, dont les premières traces remontent au Les Ligures sont chassés par les RomainsStrabon, Géographie., chassés à leur tour par une catastrophe naturelle provoquant un affaissement des îles de plusieurs mètres dans la mer. L'île Sainte-Marguerite était alors nommée Lero (et Saint-Honorat Lerina), du nom d'un demi-dieu ligure vénéré sur l'île, Lerôn.
L'île est mentionnée dès l'Antiquité par les historiens. Pline l'Ancien parlait d'une cité romaine comprenant un portPline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 79.. De fait, les fouilles entreprises autour du fort Royal ont révélé d'importants vestiges : maisons, peintures murales, mosaïques, céramiques datées du au de notre ère. En outre, les fondations d'un port et les épaves découvertes à l'Ouest de l'île semblent prouver que les navires romains faisaient escale à Lero.
Légendes Le nom donné à l'île serait celui d'une sœur de Honorat d'Arles (Saint Honorat), Marguerite. Au elle dirige une communauté de religieuses. Son frère qui vit dans l'île voisine ne peut la voir car l'île est interdite aux femmes. Le saint lui annonce alors qu'il ne viendra la voir qu'une fois l'an, à la floraison des amandiers, Marguerite adresse à Dieu de si ferventes prières qu'un amandier planté sur le rivage se met à fleurir tous les mois. Devant ce miracle, saint Honorat sent fondre sa rigueur ascétique.
Une autre légende voudrait qu’Honorat et sa sœur Marguerite aient combattu un dragon sur cette île. Et que celui-ci, mortellement blessé, se soit envolé pour aller mourir dans les collines de l’arrière pays, sur le lieu de la cité aujourd’hui dénommée Draguignan.
Une dernière légende relate l'arrivée d'Honorat sur les îles infestées de vermines et de serpents. Pour les rendre habitables, il déclenche un raz-de-marée, et reste lui-même au-dessus de la vague en se perchant en haut d'un palmier. C'est cette légende qui est à l'origine de la palme des armoiries de la ville de Cannes.
En réalité, au , ni les palmiers ni les amandiers n'étaient encore implantés sur les îles de Lérins. Saint Honorat n'a pas eu de sœur connue, sainte Marguerite était une martyre d’Antioche sans lien avec saint Honorat.
Moyen Âge
Temps modernes
Une collaboration difficile vignette|Carte de 1639 représentant le reprise des îles de Lérins en 1637 par les Français sur les Espagnols. Pendant la guerre de Trente Ans, les Espagnols se sont emparés des îles et les ont occupées de 1635 à 1637. Pour les reprendre, le gouverneur de Provence, le maréchal de Vitry, rassemble des milices sur la côte tandis que Richelieu envoie une flotte sous le commandement de Sourdis, archevêque de Bordeaux, et le comte d'Harcourt. Les îles sont finalement reprises. Les drapeaux espagnols sont saisis pour être exposés à la cathédrale Notre-Dame où un Te Deum célébra la victoire française.
Énigme du masque de fer En 1687, le fort de Sainte-Marguerite, prison d'État, reçoit le fameux homme au masque de fer, dont l'identité n'a jamais été établie. Au choix : un frère adultérin de Louis XIV, un secrétaire du duc de Mantoue, un dévoyé de haute noblesse complice de l'empoisonneuse « La Brinvilliers », Molière, Fouquet, un espion italien, etc.
Saint-Mars, chargé de la surveillance du masque de fer, s'ennuyant à mourir à Sainte-Marguerite, finit par obtenir en 1698 la charge de gouverneur de la Bastille. Il emmène avec lui son prisonnier qui meurt en 1703.
Époque contemporaine
Prisonniers arabes vignette|Le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite, où reposent plusieurs détenus algériens morts en captivité (22 décembre 2004).
L'île Sainte-Marguerite sert de lieu d'internement pour des prisonniers originaires d'Algérie entre le début des années 1840 et le milieu des années 1880, avec plusieurs périodes d'interruption. Elle accueille principalement des condamnés politiques, mais aussi des détenus de droit commun transférés depuis la colonie.
La smala de l'émir Abd el-Kader y est internée à partir du , à la suite de sa capture par les troupes françaises. Cet épisode, au cours duquel plusieurs dizaines de captifs meurent sur l'île, a fait l'objet d'une étude détaillée de l'historien Xavier YaconoXavier Yacono, « Les prisonniers de la smala d'Abd el-Kader », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, , 1973, p. 415-434, notamment p. 424..
À la suite de la campagne de Tunisie de 1881, le fort reçoit également des prisonniers capturés dans la régence de Tunis, parmi lesquels des Kroumirs. Le journal niçois Nice artistique rapporte, dans son édition du , l'arrivée de « plus de trois-cents Arabes, Kabyles et Kroumirs de Tunisie » récemment transférés sur l'île, et décrit notamment deux de leurs chefs, un marabout et un cheikh (collection numérisée sur Gallica ; texte également reproduit sur Passion Riviera)..
L'historien Michel Renard nuance toutefois cette présentation en soulignant que les détenus de cette période sont, à l'instar des « Kabyles du Pacifique », majoritairement des Algériens déportés après les insurrections des années 1870, auxquels ne se seraient ajoutés que quelques prisonniers tunisiensMichel Renard, « Les prisonniers arabes de l'île Sainte-Marguerite », Islam en France, 1830-1962 [blog], , lire en ligne.. Certains de ces détenus algériens demeurent internés sur l'île au moins jusqu'à la fin de l'été 1884.
Lieux Fort thumb|upright=1|Le fort Vauban, île Sainte-Marguerite.
Bâti sur ordre du cardinal de Richelieu, il a été renforcé par les Espagnols puis par Vauban et servit de prison d'état, puis, après la Révolution, de prison militaire. Des fouilles archéologiques organisées en 1973 sous la terrasse nord-ouest du fort royal ont exhumé les vestiges d’une colonie ligure et de la Gaule romaine . Il accueille désormais le Musée de la Mer présentant des collections d'archéologie terrestre et sous-marine. On peut également visiter la cellule du Masque de fer, ainsi que celles dans lesquelles furent enfermés six pasteurs protestants français après la révocation de l'édit de Nantes. L'ex-maréchal Bazaine y fut détenu durant huit mois. Il s'en est évadé de manière épique le . L'évêque de Gand Maurice de Broglie a également été détenu sur l'île durant dix mois en 1812, c'est lui qui y fera planter des eucalyptus.
Outre le Musée de la Mer, le fort abrite un centre d'hébergement, ainsi qu'une salle d'aquariums méditerranéens.
Fours à boulets thumb|gauche|310px|Le four à boulets de la pointe du Dragon.|alt= L'île est équipée de deux fours à rougir les boulets situés respectivement à l'ouest (pointe du Dragon) et à l'est (Pointe de la Convention), permettant d'alimenter en boulets chauffés au rouge les batteries de canons placées sur ces points stratégiques pour la défense des côtes contre les navires ennemis qui tentaient d'approcher. Deux fours similaires sont installés aux extrémités est et ouest de Saint-Honorat, les navires ennemis pouvaient ainsi être pris sous leurs feux croisés.
Ces fours maçonnés ont été construits sous les ordres de Bonaparte en 1793. Ils étaient constitués d'une cavité (gouttière) horizontale et légèrement inclinée dans laquelle on enfournait une vingtaine de boulets froids en métal à l'extrémité haute. Les boulets s'accumulaient en bas de la cavité à proximité immédiate du foyer placé latéralement et dont les fumées chaudes remontaient à contre-sens des boulets vers la cheminée située au-dessus de la zone d'insertion des boulets.
La mise en température initiale durait environ une heure et on obtenait ensuite des boulets chauffés au rouge toutes les . Les artilleurs utilisaient des pinces ou des crochets pour tirer les boulets brûlants hors du four et en charger les canons.
Grand Jardin Le Grand Jardin, unique propriété privée de Sainte-Marguerite, est un jardin botanique de cultivé depuis des sièclesLe parc botanique sur Patrimoine de France.. Son nom ne peut d'ailleurs pas être modifié. Ce parc est situé au sud de l'île, dans sa partie la plus protégée et la plus fertile, face à l'Île Saint-Honorat.
On y trouve des cyprès, des cèdres du Liban, des palmiers, beaucoup d'arbres fruitiers : bananiers, citronniers, orangers, pamplemoussiers, figuiers, amandiers, oliviers et des milliers de fleurs : géraniums, roses, plantes exotiques, et une importante collection d'irisÉtude botanique sur l'île de Sainte-Marguerite..
La propriété compte trois bâtiments, dont les dates de construction sont très controversées : la maison du gouverneur, où est installé le propriétaire ; la maison des métayers destinée à ses proches, et la très remarquable tour carrée, réservée aux invités de marque, couverte d'un toit-terrasse panoramique.
Le domaine est protégé par un mur édifié sur les ordres du cardinal de Richelieu. L'ensemble des bâtiments aurait été construit entre le et le et le domaine a été le refuge de propriétaires célèbres, les moines de Lérins, le roi de France, Louis XIV, le Duc de Guise ou le gouverneur de Provence ; mais aussi le maire de Marseille, après la Révolution... Plus récemment, la propriété appartenait en 1840 au Cannois Jean-François Tournaire, en 1889 à Paul Jubelin, médecin de la Marine, puis à Félix Sue, patron des fours à chaux de Rocheville. Ce dernier occupant l'a revendue en 1928 au sculpteur danois Viggo Jarl qui en est resté propriétaire jusqu'à la vente du domaine, pour 5 MF, en 1982, à un promoteur cannois, Claude MullerJean-Paul Fronzes, « Cannes : la propriété de rêve échappait à l'ISF », dans Nice-Matin, 11 novembre 2009., qui a revendu ce lieu, en 2008Vente de la propriété en 2008.., pour 38 M€, à Vijay Mallya, industriel indienE.P., Vijay Mallya, propriétaire du Jardin D'Eden sur l'île Sainte-Marguerite, dans Nice-Matin, 29 octobre 2008.. En 2020, à la suite de déboires financiers du magnat indien, le domaine a été vendu par ses créanciers à la société suisse de tourisme de luxe Ultima Capital pour 45 M€. La société a entièrement réhabilité le site pour le proposer en location intégrale exclusive ou pour des événements haut de gamme.
Batterie de la Convention
A la pointe Est de l'île Sainte-Marguerite, au centre d'une clairière, se dresse la batterie de la Convention, fortification datant de 1862 et qui fut jadis équipée de douze canons.
Écomusée sous-marin