Marie Dauguet, née Julie Marie Aubert le à Aillevillers-et-Lyaumont et morte le à Ville-d'Avray, est une poétesse française.

Elle jouit d'une éducation libre et grandit en pleine nature, dans les premiers contreforts des Vosges, passant son temps à étudier la botanique et tout ce qui l'entoure, à peindre et à jouer de la musique. À travers le voile, son premier recueil publié en 1902, est remarqué par Stuart Merrill qui compare la poétesse à Verlaine et la met en avant comme l'une des principales figures du renouveau poétique de la Belle Époque, avec Lucie Delarue-Mardrus et Anna de Noailles. Après avoir publié des poèmes dans plusieurs revues littéraires, Dauguet publie en 1904 Par l'Amour, qui remporte le prix Archon-Despérouses en 1905. Sa préface, rédigée par Remy de Gourmont, forge son image de que cultivent les critiques par la suite.

Pendant environ une décennie, bien que vivant à l'écart de Paris, Dauguet occupe une place importante sur la scène littéraire et fait l'objet de notices dans plusieurs anthologies. Jouissant d'une certaine popularité, elle est aussi dénigrée pour son emploi du vers libre et de mots de patois. Après les Clartés (1907), qui montrent sa volonté de paraître comme une lettrée contrairement à l'image de « poète paysanne » qu'entretient la critique, ses recueils Les Pastorales (1909) et L'Essor victorieux (1911) oscillent entre paganisme et érotisme. Ayant bénéficié de l'engouement pour la « poésie féminine » du début du siècle, son succès faiblit en même temps que la critique se désintéresse des poétesses. Éclipsée par le succès d'autres figures auxquelles elle est souvent comparée, comme Delarue-Mardrus et Anna de Noailles, elle publie encore deux recueils, Ce n'est rien, c'est la Vie en 1924 et Passions en 1938, où l'amour de vivre de ses débuts laisse la place à la déception et la mélancolie. Aujourd'hui largement oubliée, elle fait l'objet de quelques rares études.

Assimilée tantôt au symbolisme, tantôt au naturisme littéraire, un mouvement prônant la simplicité et l'amour de la nature, Dauguet rejette elle-même toute appartenance à une école. Les thèmes qu'elle aborde et son mode de vie la rapprochent de Francis Jammes, qu'elle admet admirer mais qu'elle nie avoir imité. Dans ses évocations de la nature apparaît une vision panthéiste du monde, qu'elle ressent comme un tout. Au fil de ses recueils, elle personnifie la nature comme une amante, usant à partir de Pastorales de métaphores ouvertement sensuelles. Une des caractéristiques les plus représentatives de sa poésie est son emploi d'images , un terme inventé pour elle par Remy de Gourmont et régulièrement employé par la suite pour décrire la précision avec laquelle elle évoque les odeurs de la nature.

Biographie

Jeunesse et premiers poèmes (1860-1902) Julie Marie Aubert naît le à la Chaudeau, lieu-dit à Aillevillers-et-LyaumontGérard Walch décrit la Chaudeau comme une (Walch 1907, ). L'actuelle commune d'Aillevillers-et-Lyaumont possède deux lieux-dits La Chaudeau, dont une demeure construite pour la veuve d'un maître de forge au début du :., en Haute-Saône, de Louis-Ferdinand Aubert, directeur de tréfilerie, et Pauline Rose Charlotte Hamelin.. En 1875, son père achète le lieu-dit Le Beuchot, à Hautevelle. Elle grandit entourée de ses parents, qui lui donnent le goût des arts. Le , elle épouse Henri Dauguet., qui succède à son père aux forges de la Chaudeau. C'est un ami d'enfance, qu'elle décrit comme et . Le couple a une fille, Suzanne Pauline, née le et morte en 1957..

Dans son enfance, elle jouit d'une éducation libre et vit entourée par la nature, qui devient dès lors un sujet d'étude pour elle. Elle écrit à Alphonse Séché, pour l'anthologie de poétesses qu'il publie en 1908 : Un premier livre publié en 1897, La Naissance du Poète, passe inaperçuCarmen Ramírez Gómez, dans son étude sur la réception critique de Marie Dauguet (Ramírez Gómez 2021), ne mentionne pas ce livre. Émile Faguet écrit en 1902 : . Un poème de Francis Jammes paru en 1897 porte le même titre (Lire sur Wikisource).. Elle écrit, un jour d'hiver 1899, son premier poème, Le Bon Rouet, et constitue par la suite son premier recueil, À travers le voile. Elle continue à peindre et jouer de la musique, admirant notamment Frédéric Chopin, et conçoit la plupart de ses poèmes au piano avant de les écrire.

Le succès (1902-1914)

À travers le voile et publications dans la presse vignette|Portrait de Marie Dauguet paru dans Les Muses françaises d'Alphonse Séché (1908).|alt=Photographie de Marie Dauguet, debout dans un jardin. Dauguet publie son premier recueil, À travers le voile, en 1902, à peine quelques années après l'apparition du naturisme littéraire, fondé par Maurice Le Blond et Saint-Georges de Bouhélier. Ce mouvement rejette le symbolisme et prône la simplicité, la sincérité, l'amour de la vie et de la nature ; autant de qualités que Stuart Merrill attribue aux poétesses dont il commente les travaux, dans un article paru dans La Plume en 1903. Les poétesses, laissées pour compte dans les années 1880 et 1890, font l'objet vers 1900 d'un certain intérêt de la critique, qui les loue ou les blâme. L'article de Merrill est l'un des premiers à leur donner une visibilité accrue. Marie Dauguet compte parmi les principales figures de ce qu'on appelle alors le « lyrisme féminin »Plusieurs livres et articles d'époque vise à définir ce « lyrisme féminin », notamment La Littérature Féminine d'aujourd'hui de Jules Bertaut (1909) ou Le Romantisme féminin de Charles Maurras (1905). Pour Patricia Izquierdo, ces différentes expressions, alors très en vogue, visent à circonscrire les poétesses à un seul type d'écriture (Izquierdo 2010)., avec Lucie Delarue-Mardrus, Marie de Heredia, Anna de Noailles et Renée Vivien, ou les moins connues Hélène Picard, Marie Krysinska, Marguerite Burnat-Provins et Marie Closset. Souvent citée dans la presse littéraire, elle est moins mise en avant que Delarue-Mardrus et Anna de Noailles, bien qu'elle soit parfois considérée comme leur égale. Au sujet de Dauguet, Merrill juge qu', et compare son poème Les Croix à Ô mon Dieu, vous m'avez blessé d'amour de Verlaine. La Plume publie par la suite plusieurs poèmes de Dauguet, de même que La Fronde, L'Ermitage ou le Mercure de France. Le Mercure de France, revue à l'origine symboliste, évolue au cours des années 1890 et accueille, entre 1896 et 1904, des tendances poétiques plus variées. On y lit des poèmes d'Isabelle Crombez, Lucie Delarue-Mardrus, Francis Jammes ou Paul Fort. Plusieurs des poèmes de Dauguet publiés dans la presse en 1903 sont inclus dans le recueil Par l'Amour, qui assure à Dauguet un succès croissant.

Succès de Par l'Amour Par l'Amour, publié en 1904, est préfacé par un des fondateurs du Mercure du France, Remy de Gourmont.. Les articles qu'il consacre à Dauguet et plus encore sa préface participent grandement à lui forger une image de « poète de la nature ». Ce soutien affiché de Remy de Gourmont, personnalité en vue dans les milieux littéraires, assure le succès à Dauguet, qui vit pourtant éloignée de Paris. Par l'Amour remporte le prix Archon-Despérouses de l'Académie française en 1905., ce qui permet à la poétesse d'être souvent mentionnée par les critiques littéraires, qui la comparent généralement à Delarue-Mardrus et Anna de Noailles. Un critique anonyme du journal Les Arts de la vie dresse un panthéon de poétesses, où Dauguet est associée à Alfred de Vigny. Pour sa part, Dauguet déclare n'imiter que Ronsard, et puiser ses sources dans les poèmes de Francis Jammes, Marceline Desbordes-Valmore, Henri de Latouche, Sainte-Beuve et dans les chants populaires. Si elle jouit d'une certaine visibilité, elle est aussi critiquée négativement pour son emploi du vers libre, de mots de patois, d'expressions surannées ou au contraire de néologismes.

À l'issue d'un voyage en Italie, durant lequel elle visite Rome, Venise et Naples, elle publie un récit de son voyage, Clartés (1907).. Alternant vers et prose, elle y évoque son vertige devant des siècles d'Histoire :Si Émile Faguet regrette dans son compte-rendu des Clartés un , Jean de Gourmont y souligne un autre aspect de la poétesse, qui n'est plus seulement poète de la nature mais livre des avis de critique d'art. Contrairement au portrait forgé par Remy de Gourmont, Dauguet tient à paraître comme une intellectuelle, cultivée et lettrée, et à être une figure de l'élite féminine de la Belle Époque.

Les Pastorales d'une « poète panthéiste » Après la publication des Pastorales, dédiées à Virgile, en 1909, la critique définit de plus en plus Dauguet par son panthéismeEn 1911, Robert Veyssié appelle Dauguet à l'occasion de la sortie de l'Essor victorieux (Ramírez Gómez 2021, ).. Ses poèmes oscillent entre paganisme, mysticisme et érotisme (qui met parfois mal à l'aise les critiques), et permettent difficilement de la classer. Elle est considérée comme une grande poétesse, mais souvent jugée inférieure à Anna de Noailles et Hélène Picard, et son usage du vers libre est toujours mal vu.

En 1911, Dauguet publie L'Essor victorieux, où elle met à l'honneur une nouvelle fois son amour pour la nature. Son livre fait l'objet de critiques plus ou moins positives : pour La Liberté., Marie Dauguet a mais pour Le Temps.. La critique place ce livre sous le signe de Baudelaire et Nietzsche. Difficile à classer comme les autres poétesses, Dauguet est considérée comme une exception par certains critiques, qui la décrivent avec des caractéristiques masculines. Pour un critique de Comœdia, il n'y a .. Thilda Harlor, au contraire, profite d'un compte-rendu d’À travers le voile dans La Fronde pour défendre Dauguet, à la fois poète et femme, et Héra Mirtel voit dans l’Essor victorieux la victoire de la beauté et de la pureté féminines. Selon Norman R. Shapiro, le poème Je voudrais qu'on m'aime, écrit à la première personne et au masculin, montre la volonté de Dauguet d'être considérée seulement pour son art, sans considération pour son genre. Dauguet fait l'objet de notices dans neuf anthologies publiées entre 1906 et 1914.

L'oubli (1914-1942) Au-delà de 1910, bien que les poétesses publient toujours, le a perdu l'attrait de la nouveauté et perd en visibilité dans la critique. En 1914, Alphonse Séché cite Dauguet parmi les meilleurs poètes de son temps, aux côtés d'Émile Verhaeren, Henri de Régnier, Francis Jammes, Louis Le Cardonnel, Fernand Gregh, Paul Claudel, Anna de Noailles et Hélène Picard. Quelques-uns de ses poèmes sont mis en musique. mais, après ses premiers succès favorisés par les critiques de Remy de Gourmont et ses publications dans la presse, elle tombe peu à peu dans l'oubli.

En 1924, elle publie un nouveau livre, Ce n'est rien, c'est la Vie, qui fait l'objet de critiques positives d'Henri de Régnier dans Le Figaro et d'André Fontainas dans le Mercure de France. Régnier, alors membre de l'Académie française, regrette que Dauguet . Pour Fontainas, il n'y a . Il la décrit alors comme vivant à l'écart, retirée dans la campagne, . Dans le dernier recueil de Dauguet, Passions, qui paraît en 1938, les thèmes de la mort et de la déception face à la vie se font plus présents :Le recueil compte encore de nombreux poèmes dédiés à la nature, mais aussi une partie d'inspiration chrétienne, .. Passions fait l'objet d'une nouvelle critique dans le Mercure de France, mais Fontainas est cette fois déçu, regrettant .

Après la mort de son mari en 1924, elle s'installe à Enghien-les-Bains (actuel Val-d'Oise). Elle meurt le dans une maison de retraite à Ville-d'AvrayAubert Marie, Veuve Dauguet, , Tables décennales 1933-1942, Ville-d'Avray, Archives des Hauts-de-Seine (vue 1/7)..

Postérité vignette|Dédicace de Marie Dauguet dans Muses d'aujourd'hui de Remy de Gourmont (1910).|gauche|alt=Poème manuscrit de Dauguet.