Les effets des croissances démographique et économique sur l'environnement sont nombreux (sur l'eau, l'air, les sols, les écosystèmes, la biodiversité, les ressources naturelles, le climat et les sociétés humaines) et majeurs ; à la suite de l’explosion démographique depuis le , et de la forte croissance économique qui s'est produite à partir de la révolution industrielle, l’environnement a été profondément modifié, en partie irréversiblement.

L'homme a adapté le paysage à son usage (plantations, canaux, infrastructures) ; il consomme des ressources naturelles non renouvelables ; il génère également de la pollution, qui a des impacts locaux et qui a une influence largement admise sur le climat général (voir réchauffement climatique).

Pour limiter les effets indésirables, des mesures législatives et techniques sont appliquées.

Historique

Historiquement, les sociétés « traditionnelles », issues de la révolution néolithique n'ont connu que des croissances économiques très lentes, voire inexistantes dans de nombreux cas. Le phénomène de fort « développement économique » n'a commencé qu'à partir de la révolution industrielle, dans un espace géographique particulierL'économiste français Daniel Cohen a écrit un ouvrage décrivant les rouages de l'envol économique des Européens par rapport aux autres peuples, La Prospérité du VIce. : l'Europe et les colonies de peuplement européennes (États-Unis, Canada, Australie…) aux et s.

Échelles temporelles

Il en résulte deux éléments à toujours garder à l'esprit.

À l'échelle de l'histoire humaine Il s'agit d'un phénomène vieux de deux siècles et donc nous manquons de recul dans toute discussion sur la « durabilité » de la croissance ou son simple devenir. Par ailleurs notre vision historique de la croissance est très liée à l'histoire de l'Europe et charrie de ce fait toutes sortes de préconceptions des liens entre croissance économique et : partage des richesses et division de la société en classes, effets de la croissance sur l'espérance de vie, l'éducation, la culture, la place des femmes dans la société, les systèmes politiques, etc. L'accession de plus en plus de sociétés extra-européennes à ce mode de développement au travers de la mondialisation devrait se traduire par des remaniements historiques importants des liens entre croissance économique et dynamiques sociales et politiques, et ceci englobe également les rapports entre croissance économique et environnement.

Les sociétés traditionnelles Elles mobilisaient surtout des ressources naturelles renouvelables (l'air et l'eau pour la force motrice, la terre et des ressources biologiques végétales et animales pour l'alimentation, le chauffage, l'habillement ou les habitations). Les économies issues de la révolution industrielle se caractérisent par une mobilisation massive de ressources naturelles épuisables (charbon, fer, pétrole). Il est donc particulièrement tentant d'assimiler « croissance économique contemporaine » avec « exploitation de ressources épuisables » pour conclure à des effets intrinsèquement néfastes de la croissance sur l'environnement et plus généralement à un constat de non durabilité de ce mode de développement économique.

Ces difficultés sont aussi d'ordre méthodologique. La pensée économique nourrit des conceptions diverses et parfois contradictoires de la « croissance économique ». Partant, toute discussion cherchant à cerner les enjeux environnementaux de la croissance pourra aboutir à des conclusions différentes selon la vision de la « croissance » qu'elle adopte. La section suivante propose un rappel de ces conceptions utile pour cadrer le problème.

Dangers de la surpopulation

Selon les territoires et leur richesse en ressources naturelles, une surface donnée ne peut soutenir qu'une quantité limitée de population. C'est ce qu'on appelle la capacité porteuse. Lorsqu'il y a plus de personnes que ne peut le supporter un territoire, l' humain risque d'être éliminé de manière , par des famines par exemple.

Un des aspects les plus épineux du problème de la surpopulation est que, plus il y a d'hommes à loger, plus d'espaces sont utilisés pour les loger (habitat), ce qui réduit ainsi les surfaces disponibles pour l'agriculture et l'élevage, alors que ces activités servent précisément à nourrir les hommes.

La croissance démographique a pour effet d'augmenter l'empreinte écologique totale et de diminuer la biocapacité disponible par tête. Ainsi, malgré les progrès techniques (intrants agricoles, irrigation...) qui ont contribué à augmenter la capacité agricole par l'accroissement des rendements moyens par hectare des cultures, portant ainsi la biocapacité totale de la planète de 9,9 à 12 milliards d’hectares globaux (hag)Notion d'hectare moyennement productif (forêts très productives, mers moins productives) entre 1961 et 2010, la population humaine mondiale étant passée de 3,1 à près de 7 milliards d’habitants durant la même période, la biocapacité disponible par tête a été ramenée de 3,2 à 1,7 hagEmpreinte écologique sur le site du WWF France.

Analyse économique de la croissance

Le terme de « croissance » recouvre deux acceptions dans le discours économique. La première renvoie aux mouvements conjoncturels de l'activité économique : phases de croissance ou de récession. La seconde désigne le développement à long terme de l'activité économique, on parle alors parfois de « trend de croissance » ou de « croissance tendancielle à long terme ». S'agissant de réfléchir sur les liens entre croissance et environnement, et donc de s'intéresser au long terme, c'est la seconde acception qu'il convient de définir et de préciser.

Pour l'analyse économique, la croissance économique à long terme est la résultante du jeu combiné de trois grandes catégories de facteurs :

Le facteur de production travail, que l'on peut assimiler au capital humain, lié à la démographie humaine (croissance de la population, composition par âge, éducation…) ; Le capital physique (moyens de production, infrastructures…), qui résulte de l'accumulation d'investissements ; Le progrès technique.

Une limite à la croissance économique ?

La portée de la loi des rendements décroissants comme limite intrinsèque à la croissance économique et ses liens avec la disponibilité limitée des ressources naturelles à la surface de la planète, voire au-delà à l'invocation des principes de la thermodynamique comme limite ultime au développement économique.

Il en résulte une matrice de prises de positions qui vont de ceux qui accordent un rôle premier aux institutions et voient dans les rendements décroissants une sorte de « loi d'airain » qui borne de manière indépassable l'horizon de croissance d'une économie (certains marxistes ou représentants de l'École classique anglaise du ) à ceux qui accordent peu d'attention aux facteurs institutionnels et pensent que l'inventivité humaine est inépuisable et donc non soumise aux rendements décroissants (certains économistes libéraux « optimistes »). On trouve aussi des positions intermédiaires, comme celle de Schumpeter, pour qui la croissance correspond à la phase « aventureuse » du capitalisme, destinée à être remplacée à terme par un socialisme d'État providence globalement stagnant, à la suite de l'extinction de l'esprit d'entreprise.

Deux grandes visions polaires de la croissance (avec toutes sortes d'intermédiaires plus nuancés) existent.

Vision de la croissance comme un processus de nature « catastrophique » Au sens de la théorie des catastrophes, un processus de croissance continue, surtout s'il est exponentiel peut être considéré comme une catastrophe. Que le discours soit centré sur des « crises » ou qu'il évoque des « étapes » historiques de croissance, le processus est vu comme fondamentalement heurté et pouvant conduire à un effondrement écologique et socioéconomique, via la crise de la biodiversité, et/ou la crise climatique résultant de l'insoutenabilité de certains processus de développement.

Pour Marx, les contradictions entre « modes de production » (les « institutions » précédentes) et « forces productives » (le progrès technique, la dynamique des classes et de leurs rapports de force socio-politiques) sont à la fois source de crises et de développement par « dépassement » des contradictions. Pour Hicks, la croissance procède par « grandes traversées » dominées par la recherche d'échappatoires aux rendements décroissants (un développement personnel chez cet auteur d'idées attribuées à Marshall). Ici la croissance résulte de la recherche systématique par les firmes industrielles de zones de rendements croissants (où les profits augmentent proportionnellement plus vite que les coûts quand la production augmente). Le textile industriel, l'exploitation minière, la sidérurgie, le chemin de fer vont avoir ses caractéristiques au début de la révolution industrielle, mais leurs marges de progrès seront bientôt limitées par la loi des rendements décroissants et c'est l'électricité, la chimie ou l'automobile qui vont prendre le relais au début du , inaugurant une nouvelle phase de croissance qui va s'épuiser à la fin de ce siècle, l'informatique, les nano ou biotechnologies constituant les ferments de la future « grande traversée » du .

Chez Rostow, la logique de crise est très atténuée et s'y substitue une notion « d'étapes » de la croissance économique. Il faut voir que Rostow nourrit une vision du développement comme un processus d'installation progressive des conditions socio-économiques nécessaires au passage à l'étape suivante. Mais il est très peu disert sur les raisons (ou les « mécanismes ») qui font que l'économie passe à l'étape prédéterminée suivante dès lors que les conditions « favorables » sont réunies.

Théories de la croissance endogène Une vision de la croissance comme une progression, où les crises (ou les « étapes ») sont des « accidents », en quelque sorte secondaires, impliqués par le caractère historiquement « ouvert » de tout système social ou économique.

C'est la vision actuellement dominante chez les économistes au sein du courant néoclassique dominant, vision incarnée par les « nouvelles théories de la croissance », dites aussi « théories de la croissance endogène » :

Une présentation “commode”, comme l'aiment les professeurs d'économie, serait de raconter la construction de cette vision comme le développement harmonieux d'un programme de recherche opérant par généralisations successives à partir d'une “graine” constituée par le modèle général d'activité de von Neumann (1932). Il n'en est rien et de nombreux doutes et oppositions ont agité, et agitent encore, les spécialistes de ce courant de recherche. S'agissant de parler d'environnement, on peut néanmoins se contenter de ce « digest » commode.

Ce qu'il est convenu d'appeler la « théorie néo-classique de la croissance optimale » s'est centrée à l'origine sur la deuxième catégorie de facteurs de croissance : l'accumulation de capital productif. Ses principaux résultats d'intérêt sont les suivants.

En l'absence de progrès technique et d'évolution démographique, l'économie tend à long terme vers une croissance zéro. C'est une conséquence de la loi des rendements décroissants : si la productivité marginale d'une unité supplémentaire de capital décroît avec le nombre d'unités de capital installé, alors accumuler sans cesse du capital ne permet pas de soutenir à long terme une croissance positive.

350px|droite|vignette|Le principe de la transition démographique.