Frédéric-Eugène Piat, né à Montfey le Archives Nationales, Base Léonore, Cote LH/2775/13 et mort à Paris (12 arrondissement) le , est un sculpteur et ornemaniste français.
Acteur de la fusion opérée au entre l'art et l'industrie, Eugène Piat est, avec Louis-Constant Sévin, l'un des principaux sculpteurs-ornemanistes associés au renouveau artistique de l'industrie française du bronze d'art et d'ameublement de la seconde moitié du siècleAlfred Picard, Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Rapports du jury international, Volume III, Mobilier et accessoires. Classes 17 à 29, Ministère du commerce, de l’industrie et des colonies, Paris, Imprimerie nationale, 1891..
Son œuvre, composé de plusieurs centaines de modèles créés pour les plus importantes fonderies parisiennes, est caractéristique de l'historicisme et de l'éclectisme stylistique qui dominent le goût public et les arts décoratifs de son époqueAlain Gruber (dir.), L’Art décoratif en Europe, du Néoclassicisme à l’Art Déco, Paris, Citadelles et Mazenod, 1993..
Sa maîtrise des grands styles historiquesThéodore Labourieu « L’orfèvrerie, les bronzes et le zinc d’art », L’art au siècle, Paris, Pilloy, 1857., l'originalité de ses créationsAuguste Luchet, « Courrier de l’exposition internationale, Bronzes d’art, M. Marchand », Le Monde illustré, Paris, 4 octobre 1862.Michel Chevalier (dir), Exposition universelle, 1867, Paris, Rapports du jury international, Paris, Imprimerie administrative de Paul Dupont, 1868. ainsi que le grand nombre de modèles réalisés et présentés lors de neuf expositions universelles de 1855 à 1900, lui valent, à la fin de sa carrière, le surnom de « Roi du bronze »Victor Champier, « Un discours de M. Gagneau à la réunion des fabricants de bronze : les craintes qu’inspirent “l’Art nouveau” », in Revue des arts décoratifs, Paris, Tome 16, Année 16, 1896.Galeries nationales du Grand Palais, L’art en France sous le second Empire, catalogue de l’exposition, Paris, Éditions de la réunion des musées nationaux, 1979. et une renommée nationale et internationale dans cette industrieJean-Pierre Sainte-Marie, Un ornemaniste français du siècle : Frédéric Eugène Piat, in Les Cahiers des Musées de Troyes, , Troyes, 1976..
Frédéric-Eugène Piat est également le fondateur du musée des arts décoratifs de Troyes, inauguré le Victor Champier, « Le Musée Frédéric Eugène Piat à Troyes », in Revue des arts décoratifs, Paris, 1894-1895, Tome 15, Année 15.. Le musée des beaux-arts de Troyes dispose aujourd'hui de la plus importante collection publique française consacrée à cet artiste Chantal Rouquet, Pascal Leblanc, Béatrice Tabah, Projet scientifique et culturel des musées de Troyes, bilan initial, Musée de Troyes, Troyes, 2000..
Biographie
Jeunesse et formation
Frédéric Eugène Piat naît, le , à la Brosse, petit hameau situé dans la commune de Montfey, dans le département de l'Aube, où son père est menuisierVictor Champier, "Notice biographique sur Frédéric-Eugène Piat", Musée de Troyes, Catalogue, Art décoratif, 1897. En 1833, sa famille quitte l'Aube pour s'installer à Paris. En l'absence de tout enseignement artistique, le jeune garçon manifeste d'exceptionnelles dispositions pour le dessin. Cependant, les modestes ressources de sa famille ne lui permettent pas de faire fructifier ce don dans le cadre d'une école de dessin. Après un bref passage à l'école mutuelle, Eugène entre en 1839 comme apprenti chez un peintre de voitures. Devant l'inaptitude physique du garçon à manier les couleurs, dangereuses pour sa santé, il entre dans l'atelier de son père qui l'occupe à faire des meubles.
En 1839, la sœur aînée d'Eugène Piat épouse le sculpteur ornemaniste Louis Étienne Froment. Ce dernier, devant la maîtrise du dessin manifestée par son jeune beau-frère, convainc sa famille de le placer comme apprenti chez un ornemaniste. En 1840, il entre comme apprenti chez le sculpteur-décorateur Martin, qui conçoit des modèles de bronzes d'ameublement pour les fabricants parisiens. Il continue ensuite son apprentissage auprès des ornemanistes Hugues Protat et Didier.
En 1843, Eugène Piat entre dans l'atelier du sculpteur Étienne Gossin, directeur d'une manufacture de terre-cuite, où il s'exerce à la statuaire ainsi qu'au modelage.
Les débuts de carrière de l'ornemaniste (1845-1860)
vignette|droite|Signature manuscrite de Frédéric-Eugène Piat.
C'est en 1845 qu'Eugène Piat se met à son propre compte. Ses dons d'invention, ses facultés à créer des modèles et à les exécuter rapidement et l'abondance de ses premières productions, lui assurent une très bonne réputation auprès des fabricants de bronze. Il obtient ainsi rapidement des commandes auprès de quelques fabricants parisiens tels que Denière, Graux-Marly et Boy pour lesquels il réalise des modèles d'appareils d'éclairage, d'horloges, de chenets ou de garnitures de cheminée. Ses modèles de pendules sont particulièrement remarqués au début de sa carrière.
À l'Exposition universelle de Paris en 1855, il réalise pour le fabricant Dépensier un modèle de pendule Printemps et Automne et pour le fabricant Boyer un groupe pour pendule L'Industrie écrasant l'Ignorance dévorée par l'Envie. Ces réalisations lui valent d'être signalé au jury par le fabricant de bronzes d'art Victor Alexandre Paillard (1805-1886) et l'obtention d'une mention honorableNapoléon-Joseph-Charles-Paul Bonaparte(dir.), Exposition universelle de 1855. Rapports du jury mixte international publiés sous la dir. de S.A.I. le Prince Napoléon, président de la commission impériale, Paris, Imprimerie Impériale, 1855.. Charles-Désiré Rambert lui dédie l'une de ses suites allégoriques lithographiéesHenri Beraldi, Les Graveurs du dix-neuvième siècle : guide de l'amateur d'estampes modernes, tome 11, Paris, Conquet, 1891, ..
La réputation de l'ornemaniste est grandissante durant les années 1850 et les fabricants parisiens commencent à se disputer sa collaboration. Une première étude lui est consacrée dès 1857 par Théodore Labourieux dans son ouvrage consacré à l'art du . L'auteur y vante notamment sa bonne connaissance et maîtrise des styles historiques et ses qualités tendant à les improviser afin de concevoir des modèles originaux. Eugène Piat devient également ami avec le sculpteur Albert-Ernest Carrier-Belleuse qui exécute son buste en 1859Ce buste est aujourd'hui conservé au musée des beaux-arts de Troyes (Inv.894.10).
Le , Eugène Piat épouse Catherine Alexandrine Pollet (1838-1915), fille de Joseph Anne Pollet (1806-1883) maître de chapelle de Notre-Dame de ParisArchives de Paris, Cote du registre : V4E 1682 (acte ). Le couple n'aura qu'un seul enfant, Auguste, mort à l'âge de cinq ans en D'après l'épitaphe gravée sur la sépulture d'Eugène Piat au cimetière Nord de Saint-Mandé (concession )..
Premiers grands succès dans l'industrie du bronze (1860-1873)
vignette|droite|Cheminée monumentale de style néo-grec, exécutée par la maison Marchand et présentée à l'Exposition universelle de Londres en 1862. Gravure tirée d'un ouvrage conservé au musée des beaux-arts de Troyes. À partir de 1860, Eugène Piat entame sa collaboration avec le fabricant de bronzes d'art Louis Léon Marchand (1831-1899). Il est tout d'abord engagé par le fondeur pour décorer son nouveau magasin d'exposition parisien puis, vers 1862, Marchand s'assure par contrat l'exclusivité de la collaboration de l'ornemaniste et le nomme directeur artistique de sa maison en vue de l'Exposition universelle de Londres en 1862. Lors de cette exposition, Léon Marchand présente une Cheminée monumentale de style néo-grec, figurant un autel dédié à la déesse Minerve, en marbre et bronzes polychromes dont le modèle fut réalisé par Piat. Cette œuvre suscite l'unanimité des critiques, tant françaises qu'étrangères. L'ancien inspecteur général des monuments historiques, Prosper Mérimée ainsi que le conservateur du musée de Cluny, Edmond Du Sommerard, en loueront notamment la recherche savante des détails et le fini merveilleux de l'exécution. Eugène Piat regardera longtemps cette pièce comme le plus grand chef-d'œuvre de sa carrièreArchives de l’Aube, cote 2 J9, Correspondance d’Albert Babeau et Louis Le Clert (1885-1912), lettre du 15 novembre 1897.
À la fin des années 1860, l'atelier parisien de l'artiste est situé au numéro 30 du passage VendômeChambre syndicale des fabricants de bronzes, Annuaire de la Réunion des fabricants de bronzes de la ville de Paris, avec adjonction de l'industrie de la fonte de fer, du zinc, de l'argent et des arts plastiques pour l'année 1867, Paris [s.n], 1867. situé près de l'actuelle place de la République.
Membre actif de la Réunion des fabricants de bronzes, Eugène Piat participe pleinement à la nouvelle fusion opérée dans la seconde moitié du entre l’art et l'industrie. Il est notamment, en , l'un des cofondateurs de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrieArchives de l’Union Centrale des Arts Décoratifs, Cote A1/12, Lettre aux membres de la commission d’organisation des Beaux-arts appliqués à l’industrie, février 1864..
Il réalise de nouveaux modèles pour la maison Marchand en vue de l'Exposition universelle de 1867. Le fondeur et l'ornemaniste y présentent une fontaine à eau-parfumée, dans un style mêlant ceux de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, exécutée en bronze argenté, et comportant des émaux peints réalisés par Bernard-Alfred Meyer (1832-1904). Tandis que le fabricant obtenait une médaille d'or, l'ornemaniste était gratifié d'une médaille d'argent en tant que collaborateurMichel Chevalier(dir), Exposition universelle. 1867. Paris, Rapports du jury international, Paris, Imprimerie administrative de Paul Dupont, 1868..
À partir de 1866, l'artiste s'associe avec le fabricant de bronze Georges Édouard Gagneau (1842-1909), spécialisé dans les appareils d'éclairage. Ce dernier s'assure par contrat l'exclusivité de l'ornemaniste pour les œuvres consacrées au luminaire.
En 1868, Eugène Piat obtient le premier prix de sculpture et d'ornements du concours annuel de la Réunion des fabricants de bronzes de ParisMédaille conservée au musée des beaux-arts de Troyes..
En 1869, il est nommé commissaire de bienfaisance à l'administration générale de fonction publique de Paris. En 1870, lors du siège de Paris par les armées prussiennes, l'artiste soigne les blessés de guerre et aménage son propre atelier en hôpital tandis qu'il apporte son soutien financier à des quêtes pour les pauvres de son arrondissementUne médaille rappelant cet acte de générosité est conservée au musée des beaux-arts de Troyes.. De 1871 à 1873, il devient conseiller municipal de la ville de Paris où il émet notamment une proposition en faveur de la fondation d'écoles pratiques d'art appliqué à l'industrieJournal des débats politiques et littéraires, Paris, [s.n], dimanche 29 octobre 1871..
La consécration de la profession (1873-1889)
vignette|Pouf monumental fontaine-jardinière, exécuté par la maison Marchand et présenté à l'Exposition universelle de Vienne en 1873.
Eugène Piat conçoit de nouveau des modèles pour Léon Marchand en vue de l'Exposition universelle de Vienne en 1873. Ensemble, ils présentent un monumental pouf-fontaine jardinière qui ornera quelques années plus tard le grand hall du casino d'Aix-les-Bains« Les travaux d'Abel Boudier », in Le Nouvelliste de Lyon, 17 juillet 1882.. C'est lors d'une visite du président de la République Adolphe Thiers dans les ateliers de Léon Marchand, venu observer les produits qui allaient être envoyés dans la capitale autrichienne, qu'Eugène Piat fut décoré chevalier de la Légion d'honneur pour le mérite artistique que l'ornemaniste apportait à l'industrie du bronze français. Piat devient dès lors une personnalité artistique de premier ordre comme le confirme sa nomination en tant que membre du jury du concours pour la reconstruction de l'hôtel de ville de Paris.