Jean-Luc Godard est un cinéaste franco-suisse né le à Paris et mort le à Rolle (canton de Vaud).

Auteur complet de ses films, il en est fréquemment à la fois le réalisateur, le scénariste, le dialoguiste, et il en maîtrise le montage. Il y apparaît occasionnellement, parfois dans un petit rôle, parfois non comme acteur mais comme sujet intervenant. Producteur et écrivain, il est aussi critique de cinéma et théoricien du cinéma.

Comme Éric Rohmer, François Truffaut, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Jean-Luc Godard commence sa carrière dans les années 1950 comme critique de cinéma. Il écrit notamment dans La Gazette du cinéma, les Cahiers du cinéma et Arts. Parallèlement à cette activité, il tourne des courts métrages en : Opération Béton (1954), un documentaire sur la construction du barrage de la Grande-Dixence en Suisse, Une femme coquette (1955), inspiré de Guy de Maupassant et réalisé sans budget, Tous les garçons s'appellent Patrick, un marivaudage écrit avec Éric Rohmer, Une histoire d'eau (1958), qu'il monte à partir d'images filmées par François Truffaut, et enfin Charlotte et son jules (1958).

En 1959, il passe au long métrage avec la réalisation dÀ bout de souffle. Le film rencontre un grand succès et devient un des films fondateurs de la Nouvelle Vague. Au cours des années 1960, il multiplie les projets et réalise plusieurs films par an. En 1960, il tourne ainsi Le Petit Soldat, un film sur la guerre d'Algérie, et Une femme est une femme, un film hommage à la comédie musicale. Il réalise ensuite Vivre sa vie (1962), un film sur une jeune femme qui se prostitue, Les Carabiniers (1963), un nouveau film sur la guerre, et Le Mépris (1963), sur l'univers du cinéma. Il poursuit en 1964 avec Bande à part et Une femme mariée. En 1965, il réalise Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution, film de science-fiction, puis Pierrot le Fou, un road movie où nombre de spécialistes voient son chef-d'œuvre. Il réalise ensuite Masculin féminin (1966), un film sur la jeunesse, Made in USA (1966), Deux ou trois choses que je sais d'elle (1967), dans lequel il traite à nouveau du thème de la prostitution, La Chinoise (1967) et Week-end (1967).

Godard est alors devenu un cinéaste de première importance, et un personnage de premier plan du monde artistique et de l'intelligentsia. En 1968, les événements de mai, pressentis par certains de ses films antérieurs, sont l'occasion de la rupture avec le système du cinéma. Godard se radicalise politiquement, et se marginalise. Il tente avec Jean-Pierre Gorin de faire un cinéma politique et signe ses films sous le pseudonyme collectif de « groupe Dziga Vertov ». Durant cette période ses films sont peu diffusés. À partir de 1974, il expérimente la vidéo avec sa compagne Anne-Marie Miéville, travaille pour la télévision et s'éloigne du cinéma.

Il revient au cinéma au tournant des années 1980 avec Sauve qui peut (la vie). Avec la « trilogie du sublime » dédiée à l'esthétique classiciste qui réunit Passion (1982), Prénom Carmen (1983) et Je vous salue, Marie (1984), il retrouve la place centrale qu'il avait occupée au cours des .

À partir de la fin des années 1980, il se consacre à une série d'essais cinématographiques intitulée Histoire(s) du cinéma qu'il achève en 1998 et qui tente de dresser une histoire cinématographique du cinéma. Dans les années 2000, il poursuit son travail au cinéma avec Éloge de l'amour (2001), Notre musique (2004) et Film socialisme (2010). Il monte aussi un projet d'exposition au centre Georges-Pompidou à Paris. Le projet, extrêmement ambitieux, est finalement abandonné et donne lieu à une exposition intitulée « Voyage(s) en utopie. À la recherche d'un théorème perdu. JLG 1945-2005 » qui montre les maquettes de l'exposition prévue.

Jean-Luc Godard a obtenu l'Ours d'or au Festival de Berlin en 1965 pour Alphaville, ainsi que deux Ours d'argent (du meilleur réalisateur en 1960 pour À bout de souffle et l'Ours d'argent extraordinaire en 1961 pour Une femme est une femme). Il a également reçu un Lion d'or d'honneur en 1982 à la Mostra de Venise, et le Lion d'or du meilleur film pour Prénom Carmen en 1983. Par ailleurs, il s'est vu décerner le prix du jury du Festival de Cannes pour Adieu au langage en 2014, ainsi que deux César d'honneur, en 1987 et 1998, et un Oscar d'honneur en 2010 pour l'ensemble de sa carrière. En 2018, il reçoit une Palme d'or spéciale pour Le Livre d'image et toute son œuvre au Festival de Cannes. Avec Michelangelo Antonioni, Henri-Georges Clouzot, Robert Altman et Jafar Panahi, il est l'un des cinq cinéastes à avoir remporté la récompense suprême aux trois principaux festivals européens.

Biographie Enfance et jeunesse Jean-Luc Godard naît le au 2, rue Cognacq-Jay dans le . Il est le deuxième d'une famille de quatre enfants. Sa sœur aînée, Rachel, née le , est morte en 1993. Une autre sœur, Véronique, est photographe..

Son père, Paul Godard (1899-1964), était né le dans une famille originaire du Nord de la France par sa mère (Le Cateau-Cambrésis) et du Cher par son père, Georges Godard, issu d'une ancienne famille protestante de Sancerre. En 1916, ce dernier avait déménagé avec sa famille en Suisse par conviction pacifiste et s'était installé à Vevey, puis à Genève. Il avait ensuite suivi des études de médecine et soutenu sa thèse en 1925 à Paris. À dater de cette époque, il travaillait à la fois à Paris et en Suisse.

Sa mère, Odile Monod (1909-1954), appartient à une grande famille protestante franco-suisse, originaire du canton de Vaud, descendant du pasteur Jean Monod né à Genève en 1765 et du pasteur Adolphe Monod né en 1802. Le grand-père maternel, Julien Monod, avait dirigé la Société financière d'Orient et était l'un des fondateurs de la Banque de Paris et des Pays-Bas. En 1924, il avait acheté un appartement au 16, boulevard Raspail dans un immeuble construit par l'architecte Henri Sauvage. Il fréquentait les écrivains et devint très proche de Paul Valéry qu'il rencontra en 1924. Grand admirateur du poète, il en collectionnait dans son appartement les livres, les manuscrits et la correspondance, dans une pièce de l'appartement, dénommée le « valerianum ».

Paul Godard avait épousé Odile Monod à l'Oratoire du Louvre le .

En 1933, il trouve une place dans une clinique en Suisse et la famille Godard s'installe au bord du Léman entre Nyon et Rolle avant de déménager à Nyon en 1938 rue du Prieuré, 4. Jean-Luc Godard va à l'école primaire à Nyon à partir de 1936. Son enfance est particulièrement sportive avec la pratique du football, du ski ou encore du basket-ball. Elle est aussi marquée par la religion protestante. Le jeune Jean-Luc Godard se passionne d'abord pour la peinture. Ses œuvres de jeunesse semblent inspirées de Paul Klee et d'Oskar Kokoschka. Il passe ses vacances dans la propriété de ses grands-parents maternels à Anthy-sur-Léman.

En , Jean-Luc Godard est chez ses grands-parents à Paris au moment de l'invasion allemande. On l'envoie d'abord chez sa tante Aude en Bretagne où il commence l'année scolaire 1940 avant de traverser la France pour rejoindre la Suisse. La famille Monod est plutôt républicaine et de gauche, mais Julien Monod, son grand-père, plus conservateur, défend le maréchal Pétain et lit la presse collaborationniste. En revanche, les parents de Godard travaillent pour la Croix-Rouge et sont plutôt anglophiles.

Après la guerre, Jean-Luc Godard obtient son diplôme du collège à Nyon et est envoyé à Paris pour passer le baccalauréat au lycée Buffon. Il est alors éloigné de sa famille. Ses parents sont sur la voie de la séparation. Son père souffre de la maladie de Charcot et supporte mal l'attitude de la famille Monod à son égard tandis que sa mère supporte mal d'être éloignée de sa famille. Elle quitte le domicile conjugal pour emménager à Genève en 1949, puis à Lausanne en 1951 et le couple divorce en . Godard emménage alors rue d'Assas, juste en dessous de l'appartement de l'écrivain et éditeur Jean Schlumberger. Il se désintéresse des études et échoue au baccalauréat en 1947. Il commence à fréquenter les ciné-clubs et la cinémathèque française. Sa découverte du cinéma passe aussi par la lecture de textes critiques comme ceux de la Revue du cinéma dans laquelle il découvre notamment les textes de Maurice Schérer, plus connu aujourd'hui sous le nom d'Éric Rohmer.

Depuis son adolescence à Nyon Jean-Luc Godard, qui vit pourtant dans une famille aisée, prend l'habitude de voler. Cette habitude devient une manie et Jean-Luc Godard vole aussi ses proches et ses amis. Il vole notamment des ouvrages dans la bibliothèque de Jean Schlumberger, qu'il va revendre au Pont-Neuf. Il vole aussi dans la bibliothèque de son grand-père des ouvrages de Paul Valéry qu'il revend à la librairie Gallimard, située en face du domicile de son grand-père. Ce dernier découvre le larcin et Jean-Luc Godard devient le mouton noir de sa famille à l'âge de dix-sept ans. Plus tard, il vole aussi la caisse des Cahiers du cinéma en 1952 et la caisse du café de la Comédie, situé près du Palais-Royal et tenu par les parents de son ami Charles Bitsch. En rupture avec sa famille, Godard rédige en un pamphlet contre elle, qu'il intitule Le Cercle de famille. Ou impressions d'ensemble.

Il rentre en Suisse en 1948 et prépare le baccalauréat au collège Lémania à Lausanne. Après avoir échoué une deuxième fois, il l'obtient à la troisième tentative, en 1949. À cette époque, Godard hésite encore entre la peinture, le cinéma et la littérature. Il rédige un premier scénario, intitulé Aline, d'après le roman de Charles Ferdinand Ramuz.

À l'automne 1949, il s'inscrit en anthropologie à la Sorbonne à Paris, mais il se désintéresse assez vite de cette discipline. À la Sorbonne, il rencontre Suzanne Klochendler qui deviendra plus tard Suzanne Schiffman et qui collaborera avec Godard sur de nombreux films et l'écrivain Jean Parvulesco. Il rédige un second scénario d'après La Fiancée de George Meredith intitulée La Trêve d'ironie, Claire. À cette époque il voit énormément de films. À la cinémathèque dirigée par Henri Langlois, il retrouve régulièrement Suzanne Klochendler, François Truffaut, Jean Gruault et Jacques Rivette. Il fréquente aussi le ciné-club du Quartier latin fondé par Frédéric Frœschel en 1947 où il rencontre Maurice Schérer, Paul Gégauff, Truffaut, Chabrol, Gruault et Rivette. Le groupe de ce ciné-club publie le Bulletin du ciné-club du Quartier latin qui devient à la fin de l'année 1949 une vraie revue intitulée La Gazette du cinéma. C'est dans cette revue que Godard publie à ses premiers textes critiques. Il publie ainsi douze articles de juin à sous son nom propre ou sous le pseudonyme de Hans Lucas, traduction en allemand de son prénom Jean-Luc. En il participe, avec ses amis du ciné-club du Quartier latin, au Festival du film maudit de Biarritz organisé par le ciné-club Objectif 49, présidé par Jean Cocteau. Ce festival est un moment important dans l'affirmation de la jeune critique réunie autour de la Gazette du cinéma qui n'hésite pas à critiquer les choix de programmation de ses aînés.

En , son père lui propose de l'emmener en voyage en Amérique. Il visite d'abord New York, puis rejoint Kingston en Jamaïque où son père achète une maison pour s'installer. Jean-Luc Godard part alors, seul, parcourir l'Amérique du Sud pendant plusieurs mois. Il passe notamment à Panama, au Pérou, en Bolivie et au Brésil avant de rentrer en France en .

Années Cahiers du cinéma (1950-1959)