vignette|Nombre de viols déclarés par pays pour habitants entre 2010 et 2012.

La culture du viol est un concept sociologique apparu dans les années 1970 aux États-Unis, et remis en avant en 2017 par le mouvement international #MeToo. Ce concept désigne des attitudes et comportements qui, dans un groupe ou une société, minimisent, normalisent et parfois encouragent le viol. Elle se manifeste notamment par une certaine érotisation des rapports de domination et des agressions sexuelles (scripts sexuels) ; et baigner dans cette culture enseigne, insidieusement, une vision du monde utilisée par les agresseurs pour se défendre ou se justifier.. La notion de culture, comme les autres usages sociologiques de ce terme, renvoie à l'idée que, dans une société, les gens adoptent et partagent implicitement des idées, des croyances qui deviennent des normes sociales. Dans le cas de la culture du viol, ce bagage culturel, généralement inconsciemment partagé, peut permettre voire encourager le viol, graduellement, allant de la non-dénonciation à l'institutionnalisation du viol, et jusqu'à ses sanctions sommaires. Dans sa forme la plus polarisée, cette « culture » se manifeste par le fait, notamment, que les femmes sont la propriété d'hommes qui leur refusent tout respect, ainsi que le droit de contrôle et de maîtrise de leur propre corps.. Dans ce cas prévalent des attitudes et des pratiques qui approuvent le viol. considéré alors comme un fait normal.

Origine et diffusion du concept Origine L'expression « culture du viol » est apparue aux États-Unis dans les années 1970 lors de la seconde vague du mouvement féministe, plus précisément au sein du féminisme radical, et a été ensuite attribuée à la culture américaine contemporaine dans son intégralité.

Des féministes commençaient alors à informer et éduquer le public quant à la fréquence des viols. Auparavant, selon la professeure de psychologie canadienne , la plupart des Américains supposaient que le viol, l'inceste et les violences conjugales envers les femmes constituaient des faits rares. Se référant à un passage de l'ouvrage de Flora Davis ., Alexandra Rutherford écrit : .

L'idée d'une culture du viol posa comme principe que le viol était un fait habituel dans une telle culture et qu'il était une des manifestations extrêmes du sexisme et de la misogynie normalisée dans la société. Dans ce contexte, le viol est redéfini comme un crime lié à la violence plutôt que considéré comme relevant du sexuel. Au lieu de se focaliser sur la recherche du plaisir sexuel, le viol se cristalliserait en effet sur la domination masculine, l'intimidation et le sentiment de contrôle sur les normes liées aux genres.... On commença de plus à considérer le viol du point de vue de la victime et non plus de l'agresseur.

Dès 1971, Susan Griffin affirme dans Rape: The All-American crime, que puisque le viol est absent de certaines cultures comme le montre Margaret Mead, ..

En 1974, Noreen Connell et Cassandra Wilson des New York Radical Feminists. emploient l'expression « culture du viol » dans leur livre . Cet ouvrage est l'un des premiers à proposer des récits de viol à la première personne et contribue à sensibiliser le public à cette question.. Le groupe y déclare : .. Les auteures entendent démontrer que le viol est un crime plus commun que ce qu'on croit..

Le terme est popularisé en 1975 par le documentaire américain .. Il est défini par l'ONU Femmes comme ..

Diffusion Au Québec En , au Québec, à la suite d'une série d'agressions dans une cité universitaire de l'université Laval donnant lieu à quinze plaintes dont quatre pour agression sexuelle..., la vague d'émotion suscitée dans le public encourage une jeune femme, Alice Paquet, à déposer plainte contre le député Gerry Sklavounos pour agressions sexuelles.. Lors de la tempête médiatique qui s'ensuit, un blogueur révèle le passé d'escort de la jeune femme. L'information est reprise dans le journal Le Devoir ce qui la pousse à publier une lettre publique dans laquelle elle regrette qu'une telle information puisse avoir une incidence sur le bris de consentement dont elle a été victime et invite les femmes à la solidarité pour combattre « la culture du viol ».. Des manifestations sont aussitôt organisées à Montréal, à Québec, à Saguenay, à Sherbrooke et à Gatineau contre la culture du viol.. En , le directeur des poursuites criminelles et pénales décide de ne pas porter d'accusation contre Gerry Sklavounos et aucune suite ne sera donnée aux accusations de la jeune femme....

En , une somme de est allouée à la professeure Shaheen Shariff de l'université McGill pour déterminer s'il existe ou non une culture du viol sur les campus d'université. Cette recherche fait collaborer dix universités dans ce projet qui s'étale sur sept années.. Shaheen Shariff et son assistante de recherche se déclarent d'emblée persuadées de la réponse positive qui sera donnée à la question et soutiennent que .

En , le rapport de l'« enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire » (ESSIMU) est publié. de six universités québécoises francophones sont interrogés entre autres sur leur connaissance du phénomène de la culture du viol et, quand il leur est déjà connu, sur leur estimation de son niveau de gravité dans leur université. L'enquête, qui contient des questions auxquelles il est possible de répondre par « pas du tout », « un peu », « moyennement », « beaucoup » ou « totalement », révèle notamment un niveau de familiarité avec l'expression « culture du viol » légèrement plus élevé chez les femmes (17,7 % des femmes interrogées s'en disent « totalement » familière) que chez les hommes (9,3 %) et significativement plus élevé chez les minorités de genre (38,2 %). Chez les personnes déclarant avoir connaissance de l'expression, les minorités de genre considèrent de façon significativement plus élevée (23,5 % répondent « totalement ») que la culture du viol est un problème dans leur université..

En France C'est Éric Fassin, introducteur en France de Trouble dans le genre de Judith Butler, qui le premier évoque la culture du viol dans un article scientifique de 1997 portant sur la polémique des (« agressions masculines dans le contexte du rendez-vous amoureux ».) aux États-Unis.. Ces controverses entre féministes américaines suivent la découverte dans les années 1980 que 57 % des viols seraient commis lors d'un « rencard » par un agresseur connu de la victime. La notion n'est pas reprise par la communauté universitaire française..

À la fin des années 2000, l'expression de « culture du viol » émerge peu à peu dans la presse écrite, en particulier en ligne, évoquant tout d'abord un phénomène propre aux campus universitaires américains. Peu à peu, les médias associent cette notion à la culture américaine mondialisée, puis au contexte et à la culture française.

En 2003, dans Fausse route, Élisabeth Badinter mentionne la en affichant le plus grand scepticisme..

En , une juriste et chercheuse française, Marcela Iacub, publie un livre intitulé Une société de violeurs ?. dans lequel elle s'oppose aux revendications juridiques de certains groupes féministes qui considèrent le traitement juridique du viol comme trop clément.

En 2017, Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, fait paraître Où sont les violeurs ? Essai sur la culture du viol. dans lequel elle écrit :

En 2018, l'ouvrage En finir avec la culture du viol de Noémie Renard se veut une synthèse sur le sujet et traite de nombreux aspects de la culture du viol : l'impunité juridique et sociale des agresseurs sexuels, les mythes sur le viol et les représentations erronées autour des violences sexuelles, le lien entre inégalités sociales et violences sexuelles, et enfin, les contraintes et violences rencontrées par les femmes dans leurs interactions sexuelles avec les hommes...

En 2019, Jean-Claude Kaufmann publie Pas envie ce soir, qui revient sur l'histoire, l'actualité et le fonctionnement des viols conjugaux.. Il s'interroge sur les relations sexuelles non désirées par une personne du couple et qui accepte le fait qu'..

En 2024, l'affaire des viols de Mazan, très médiatisée, met le concept de culture du viol sur le devant de la scène....

Éléments de la culture du viol

Selon les chercheurs en psychologie sociale étudiant ce phénomène, la culture du viol véhiculerait des représentations tendant à réhabiliter les agresseurs et blâmer les victimes.. Plusieurs mécanismes sont à l'œuvre, et notamment les stéréotypes du « vrai viol » et de la « vraie victime » dont découlent des idées reçues justifiant les violences sexuelles (appelées « mythes sur le viol ») et le blâme des victimes.

Stéréotypes du « vrai viol » et de la « vraie victime »

Dans l'imaginaire collectif, le viol consiste en une pénétration vaginale (ou anale) par le pénis, il est commis dans l'espace public, par un inconnu, de sexe masculin, possiblement armé et/ou fou, qui déploie sa violence physique pour contraindre sa victime. Cette perception constitue le stéréotype du « vrai viol ».. Or ce type de cas de figure ne représente qu'une minorité de cas. La plupart des violences sexuelles est commises par une personne de l'entourage de la victime, et sans usage de violence physique. Ce stéréotype permet de disqualifier tous les viols s'éloignant de ce cliché : viols digitaux ou par fellation, commis par une femme, une mère sur son enfant, par une personne bien intégrée dans la société, un proche, un conjoint, sans violence physique Selon Noémie Renard, ..

Quant à la « vraie victime », l'imaginaire collectif exclut toute possibilité qu'il puisse s'agir d'un homme. Elle s'est débattue de toutes ses forces. Elle a aussi un comportement rationnel : elle signale son agression le plus rapidement possible et coupe tout contact avec l'agresseur. La « vraie victime » a un comportement moralement irréprochable : elle n'a pas été « provocante », n'a pas cherché à séduire son agresseur et n'a pas commis de fautes d'imprudence (se rendre dans l'appartement de son agresseur, boire plus que de raison). Toute victime s'éloignant de ce stéréotype risque d'être considérée comme peu crédible, voire comme étant responsable de ce qui lui est arrivé.

Mythes sur le viol

Les mythes sur le viol peuvent être regroupés en trois catégories : la négation ou minimisation du viol, la négation du non-consentement de la victime, le blâme de celle-ci.

Négation et minimisation du viol Cela consiste à affirmer qu'il ne s'est rien passé ou que « ce n'est pas si grave »... Il arrive ainsi de remettre en cause la parole de la victime ou d'entendre parler du viol comme d'une chose normale : a déclaré en 2012 le député espagnol José Manuel Castelao BragañaUn article d'El Pays et son compte-rendu sur un site en français..

Ce mythe est également mobilisé face à des situations éloignées du stéréotype du « vrai viol » : s'il n'y a pas eu de violence, si la pénétration a été effectuée avec un doigt, si c'est le conjoint, si la victime est un homme, si l'agresseur est une femme, alors ce n'est pas « vraiment » un viol. Ainsi, un viol commis au domicile de l'agresseur ou de la victime par une personne connue de celle-ci se verra ainsi discrédité car ne correspondant pas à cette image fantasmée...

Les hommes victimes de viol font l'objet de deux mythes menant à la négation ou à la minimisation du viol : Les hommes victimes de viol ne seraient pas vulnérables. C'est oublier que parfois les jeunes garçons peuvent être faibles et vulnérables face à des malfaiteurs, qui sont souvent plus forts et peuvent utiliser n'importe quel moyenhttp://www.malesurvivor.org/facts/. Un homme adulte peut aussi ne pas pouvoir se défendre, ou avoir peur de le faire. Il peut aussi être manipulé, ou être sous l'emprise de la drogue ou de l'alcool.