Jean Donneau de Visé, né le 3 ou à Paris où il est mort le , est un homme des lettres français.

Dramaturge, nouvelliste, historien, polémiste, critique littéraire, ce polygraphe est surtout connu pour avoir créé Le Mercure galant, le principal périodique illustré du règne de Louis XIV et ancêtre du Mercure de France.

Biographie Ses parents étaient originaires de la ville de Visé, près de Liège, qui était le lieu le plus septentrional de la terre où l'on parle le français. Son entrée dans le monde des lettres se fait en , avec une double publication anonyme procurée par le même libraire, Jean Ribou, qui au début de l'année a tenté de pirater Les Précieuses ridicules. C'est d'abord une édition commentée de Sganarelle ou le Cocu imaginaire de MolièreDespois-Mesnard, ., imprimée en vertu d'un privilège accordé à un "Sieur de la Neufvillaine" fº 1 vº]. Première mention. ou de Neuf-VillenaineVoir l'extrait du privilège reproduit sur et les pièces de la requête déposée par Molière contre le libraire Ribou dans Cent ans de recherches sur Molière, et 350., et dans laquelle chaque scène est précédée d'un « argument » en prose. Cette édition pirate s'ouvre sur une lettre à Molière, d'une tonalité au ton amicale et louangeuse.

Quarante-huit heures plus tard, il fait paraître, sous le titre de La Cocue imaginaireVoir les Éphémérides de François Rey à la date du 14 août 1660., et avec un privilège obtenu le sous son nom de Jean Don(n)eauLe privilège a été accordé pour l'impression d'une comédie intitulée Les Amours d'Alcipe et de Cephise, mais l'auteur a finalement choisi le titre de La Cocuë imaginaire. Voir  fº 1 vº], dernière mention, et surtout fº 75 rº], milieu de page. Cette mention du 26 juillet suffit à prouver que Donneau n'a pas eu recours à un « » pour publier sa pièce., une version féminisée de la pièce de Molière qui ne sera jamais représentée..

En 1661, il collabore à la publication du Grand Dictionnaire des précieuses, historique, poétique, géographique, cosmographique, chronologique et armoirique d'Antoine Baudeau de Somaize, avec lequel il s'est lié d'amitié.

En , il fait paraître les trois volumes d'un ensemble composite intitulé Nouvelles Nouvelles, qui rassemble des nouvelles, des pièces galantes, des critiques des œuvres les plus récentes de Corneille et de Molière, et un long échange entre des nouvellistes. Dans le même temps, il engage une polémique contre l'abbé d'Aubignac, en défendant l'une après l'autre les trois dernières tragédies de Corneille (Sophonisbe, Sertorius et Œdipe), que l'abbé avait vivement critiquées dans trois « Dissertations »Voir Jean Donneau de Visé et la querelle de "Sophonisbe", écrits contre l'abbé d'Aubignac, éd. critique par Bernard J. Bourque, Tübingen, Narr, cop. 2014, et D'Aubignac, Dissertations contre Corneille, éd. critique par Nicholas Hammond et Michael Hawcroft, Exeter (GB), University of Exeter press, 1995. À l'exception de la Défense d'Œdipe, les textes de chacune des dissertations et des défenses sont consultables en ligne; voir la section "Œuvre"..

La même année, il prend une part active à ce qu'il est convenu d'appeler « la querelle de L'École des femmes », en publiant deux comédies en un acte : Zélinde ou la Véritable critique de l'Escole des femmes et la Critique de la Critique (1663) et Response à l'Impromptu de Versailles ou La Vengeance des marquis (1664), qui ne seront pas représentées.

En , il répond (toujours anonymement) aux Observations d'un certain Rochemont dans une Lettre sur les Observations d'une comédie de Molière intitulée Le Festin de Pierre, qui marque sa réconciliation avec celui qu'il n'avait cessé pendant cinq ans de piller et de vilipender. Entre cette date et 1670, la « Troupe du Roi au Palais-Royal » créera plusieurs de ses comédies. C'est le cas notamment de La Veuve à la mode, dans laquelle joue (Armande Béjart), présentée en , mais qui tombe après six représentations. Il devient également un admirateur et un défenseur zélé de Pierre Corneille, mais ne ménage pas ses critiques contre Racine et BoileauVoltaire racontera dans L'Ingénu (1767) que lorsqu'il était emprisonné à la Bastille, il s'est retrouvé dans une cellule avec M. Gordon, qui l'a formé à la littérature et autres écrits. Et lors de leurs lectures, ils sont tombés sur des écrits de Visé : .

En 1672, il fonde Le Mercure Galant, périodique consacré d'une part aux gloires militaires du royaume, à leur pérennisation et à leur diffusion auprès d'un public large et, d'autre part, aux nouvelles du théâtre, des arts, de l’édition, aux histoires mondaines et aux chansons galantes. L'importance capitale de ce périodique pour la culture française lui a attiré les foudres de La Bruyère, Le Noble, ou de Boursault. Malgré ces critiques, le Mercure galant a perduré jusqu'à la mort de Donneau de Visé. Il est ensuite devenu Le Mercure de France.

En même temps, Donneau de Visé avait abordé le théâtre, où il connait un certain succès avec des comédies et des tragédies jouées à la Comédie-Française.

Auteur de Mémoires pour servir à l’histoire de Louis le Grand en 10 volumes, Donneau de Visé reçoit, avec le titre d’historiographe du roi, une pension de qui s'ajoute aux précédentes, et un logement aux galeries du Louvre.

Œuvre La Cocuë imaginaire, Paris, Jean Ribou, 1660, . La Politique des coquettes, Histoire véritable dédiée à Mlle de Scudéry, Paris, Jean Ribou, 1660. [attribution disputée] Deffence (sic) de la Sophonisbe de Monsieur de Corneille, Paris, Claude Barbin, 1663, . Defence du Sertorius de Monsieur de Corneille, dediée à Monseigneur de Guise, Paris, Claude Barbin, 1663, . Defence d'Œdipe, tragedie de Monsieur de Corneille, Paris, Claude Barbin, 1663. La Pompe funebre de l'auteur de Faramond, Paris, Pierre Bienfaict, 1663. [attribution disputée] Zélinde, comédie, ou la véritable Critique de l'Escole des femmes et la Critique de la Critique, Paris, Guillaume de Luyne, Charles de Sercy, Thomas Jolly, Louis Billaine, Claude Barbin, Jean Guignard, Estienne Loyson et Gabriel Quinet, 1663, et Amsterdam, 1665, ; réimp. Genève, 1868, consultable sur Internet Archive. Nouvelles Nouvelles, Paris, Jean Ribou, Claude Barbin, Pierre Bienfaict, Gabriel Quinet, 1663 Les Diversitez galantes, contenant: Les Soirées des Auberges, Nouvelle Comique; Responce à l'Impromptu de Versailles ou la Vengeance des Marquis; l'Apothicaire de Qualité, nouvelle galante et véritable; Lettre sur les affaires du Theatre, Paris, Jean Ribou, 1664, . Les Entretiens galans d'Aristipe et d'Axiane: contenant le Langage des Tetons & leur Panegyrique; le Dialogue du Fard & des Mouches; d'un grand Miroir & d'un miroir de Poche; du Mesque & des Gands, avec plusieurs autres galanteries, Paris, Estienne Loyson, 1664, Lettre sur les Observations d'une comédie de Moliere intitulée Le Festin de Pierre, Paris, Gabriel Quinet, 1665, lire en ligne. [attribution disputée] La Mere coquette ou les Amans brouillez, comédie représentée par la Troupe du Roy, Paris, Michel Bobin & Nicolas Le Gras, 1666, . Lettre escrite sur la Comédie du Misanthrope, en tête de l'édition du Misanthrope, Paris, Jean Ribou, 1667, . La Veuve à la mode, comédie en un acte et en vers, Paris, Jean Ribou, 1668, rééd. par Édouard Thierry, Paris, 1875, . Délie, pastorale représentée sur le théâtre du Palais-Royal, Paris, Jean Ribou, 1668, consultable sur Gallica. L'Embarras de Godard, ou l'Accouchée, comédie représentée sur le théâtre du Palais-Royal, Paris, Jean Ribou, 1668, consultable sur Gallica. L'Amour échapé (sic), ou les diverses manieres d'aymer, contenues en quarante histoires, avec le Parlement d'Amour, divisé en trois tomes, 1669. Les Nouvelles galantes, comiques et tragiques, 3 volumes, Paris, Claude Barbin, Estienne Loyson, Gabriel Quinet, 1669. Contrefaçon, 1680, , Reprint Genève, Slatkine, 1979. Le Gentilhomme Guespin, comédie, Paris, Thomas Jolly, Estienne Loyson, Claude Barbin, Guillaume de Luyne, 1670, Les Amours de Vénus et d’Adonis, tragédie à machines, Paris, Claude Barbin, Pierre Promé, Guillaume de Luyne, 1670, . Les Intrigues de la loterie, Paris, Thomas Jolly, Claude Barbin, Guillaume de Luyne, Estienne Loyson, 1670, . Les Amours du Soleil, tragédie à machines représentée sur le théâtre du Marais, Paris, Claude Barbin, 1671, . Les Maris infidèles ou l'Ami de tout le monde, 1673, inédit. Les Amours de Vénus et d’Adonis, 1685, avec des musiques de Marc-Antoine Charpentier, non publié. L'Aventurier, 1694, inédit. Le Vieillard couru, 1696, non publié. Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV

Avec Thomas Corneille L’Inconnu, 1675, comédie, avec musique de Marc-Antoine Charpentier. Circé, Paris, 1675, divertissement, avec musique de Marc-Antoine Charpentier, consultable sur Gallica. La Devineresse ou les Faux Enchantemens, comédie à machines (l’un des plus grands succès du siècle), Paris, C. BLageart, 1680, . La Pierre philosophale, comédie mêlée de spectacles, musique de Marc-Antoine Charpentier, Paris, C. Blageart, 1681, . L'Usurier (1685). Les Dames vangées, ou La Dupe de soy-mesme, Paris, Michel Brunet, 1695, .

Notes et références Notes

Références

Médiagraphie Bibliographie Christophe Schuwey, Un entrepreneur des lettres au : Donneau de Visé, de Molière au « Mercure galant », Paris, Classiques Garnier, 2020. Pierre Mélèse, Un Homme de lettres au temps du Grand Roi, Donneau de Visé, fondateur du Mercure galant, Paris, E. Droz, 1936. In-16, VI-261 p. Georges Mongrédien, « Le Fondateur du Mercure de France. Jean Donneau de Visé », Mercure de France, , . Auctorialité, voix et publics du Mercure galant. Lire et interpréter l’écriture de presse à l’époque moderne, éd. Anne Piéjus et Déborah Blocker, , nº 270 (2016/1). halshs-03999744v1 Le Mercure galant, témoin et acteur de la vie musicale, dir. Anne Piéjus, Paris, IREMUS, 2010. Pierre-François Burger, « Autour de Deux Propagandistes mémorialistes de Louis XIV : Vuorden et Donneau de Visé », ’, , 1982, , consultable sur Gallica. Anne Piéjus, « La presse, une source pour l’histoire sonore de l’époque moderne ? Processions et occupation sonore de l’espace urbain vues par le Mercure galant (1672-1710) », La visibilité du religieux dans l'espace urbain (), (Orléans, 2018), éd. E. Boillet et G. Rideau, Rennes, P.U.R., 2021, p. 273-285. Anne Piéjus, 1.   « La naissance de la critique de l’opéra dans la presse française », Histoire de l’opéra en France, dir. H. Lacombe, vol. 1, Paris, Fayard, 2021, p. 1020-1028. halshs-02320536 Ane Piéjus, « Lecteurs, auteurs, éditeurs du Mercure galant : nouvelle structure éditoriale ou communauté à l’œuvre ? », L’éditeur à l’œuvre : reconsidérer l’auctorialité ? fin , (Bâle, 2019) dir. D. Brancher, G. Burg, G. Berjola, Bâle, Universität Basel, 2020. Anne Piéjus, « Une galanterie très politique : l’image des foyers artistiques dans le Mercure galant », Les foyers artistiques à la fin du règne de Louis XIV, éd. M. Da Vinha, A.-M. Goulet, R. Campos, Turnhout, Brepols, “Epitome musical”, 2019, p. 303-316. Monique Vincent, Donneau de Visé et le Mercure de France. Lille, ANRT, Aux Amateurs de Livres, 1988. 2 vol. , IV-675 et 174 p. (Thèse, Paris IV, 1987.) Anne Piéjus, « Gloires individuelles et sociabilité artistique dans le Mercure galant », Liber Amicorum Florence Gétreau, éd. C. Massip, A. Framboisier, F. Guilloux, Y. Balmer, Musique-Images-Instruments, Turnhout, Brepols, 2019, p. 27-34.

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