vignette|alt=Statue grise montrant un homme assis| assis sur son trône, tenant le sceptre Héqa et coiffé du khépresh - - musée égyptologique de Turin. vignette|alt=vieille statue d'un homme debout|Statue fragmentaire de - - musée de Louxor. vignette|alt=tête|Tête du pharaon Houni - - Brooklyn Museum.

Le pharaon (de l'égyptien ancien : per-aâ, « grande maison ») est le roi ou la reine de l'Égypte antique. Les noms de nous sont parvenus grâce à de multiples attestations, dont des listes royales compilées par les scribes égyptiens. Ces souverains se sont succédé sur une période de plus de trois millénaires, entre 3150 et 30 avant notre ère. Selon les Ægyptiaca de Manéthon, historien et grand prêtre d'Héliopolis au avant notre ère, cette longue période est divisée en trente dynasties. Elle commence avec l'unification du royaume par le mythique Narmer-Ménès et s'arrête à la disparition de , en 343 avant notre ère, le dernier pharaon d'une Égypte indépendante. Après lui se succèdent deux dynasties étrangères, la des empereurs perses achéménides et la dynastie lagide d'origine macédonienne. L'archéologie a aussi permis de distinguer une dynastie archaïque, antérieure à la première, la dynastie égyptienne zéro.

Depuis le , les égyptologues regroupent ces dynasties en des séquences plus longues. Les trois plus importantes sont les « Empires ». Chacun d'eux se termine par une période de désorganisation monarchique appelée « Période intermédiaire ». À l'Ancien Empire, période de constructions des grandes pyramides de Gizeh, sont attachés les noms célèbres de Khéops, Khéphren et Mykérinos (). À partir d'Ounas (fin de la ) puis sous ses successeurs de la , les chambres funéraires s'ornent des Textes des pyramides, les plus anciens écrits religieux de l'Humanité. Au Moyen Empire se rattachent les différents et (). Cette période se caractérise par son foisonnement littéraire et notamment par ses Sagesses qui encouragent les élites au loyalisme, à l'honnêteté et à la piété. Le Nouvel Empire marque l'apogée de la puissance militaire égyptienne avec la constitution d'une vaste aire d'influence depuis la Nubie au sud et jusqu'en Syrie-Palestine au nord. Cette période est celle des pharaons guerriers , , , et , membres illustres des , et s. L'ultime représentant de l'institution pharaonique proprement dite est le dernier Lagide, (dit Césarion), fils de Jules César et de Cléopâtre. Quelques empereurs romains, tels Trajan à Philæ, ont toutefois accaparé le discours et l'imagerie pharaonique dans le but de s'inscrire dans cette longue tradition monarchique.

La monarchie pharaonique a développé dès ses origines un discours idéologique fondé sur l'union des Deux Terres (Haute et Basse-Égypte). Chaque pharaon est ainsi le garant d'une unité égyptienne voulue et instituée par les dieux. Lors de son couronnement, la puissance royale se matérialise par l'obtention d'emblèmes magiques (couronnes, coiffes, sceptres) et l'élaboration d'une titulature sacrée. Le pouvoir divin de Pharaon est par la suite régulièrement confirmé : chaque année à l'occasion du nouvel an, et plus fastueusement lors de la fête jubilaire des trente ans de règne.

La personnalité de Pharaon est complexe. À la fois humain et dieu, il est le descendant de l'Ennéade d'Héliopolis, la dynastie des dieux-rois. Selon la mythologie monarchique, le trône d'Égypte a été institué par le démiurge. Il l'a ensuite transmis aux dieux ses successeurs, puis à des êtres semi-divins, les Suivants d'Horus qui précèdent immédiatement les rois historiques dans les listes royales. Dans les textes initiaux, Pharaon est le faucon Horus sur le trône des vivants, dieu puissant et jeune. Mort, il est Osiris, le dieu régénéré par la momification et le souverain éternel de l'Au-delà. Pharaon est aussi le fils de Rê selon la théologie solaire héliopolitaine et le fils d'Amon selon le mythe thébain de la théogamie.

Comme chef religieux, Pharaon a pour première mission de mettre en œuvre la Maât sur terre, c'est-à-dire l'harmonie entre les hommes et les dieux, d'affermir la moralité du peuple et d'assurer la prospérité des familles. Maintenir l'ordre du monde (Maât) et combattre le mal (isfet), c'est satisfaire les divinités qui « vivent de Maât ». Aussi Pharaon se doit-il de bâtir, de restaurer et d'agrandir les temples, d’assurer le bien-être matériel des prêtres et de veiller à l’accomplissement correct des rites. Dans la pratique, il délègue l'exercice du culte à un clergé qu'il supervise. Ignorant la séparation des pouvoirs, Pharaon est à la fois le prêtre suprême, l'administrateur principal, le chef des armées et le premier magistrat de l'Égypte antique. À lui seul revient de choisir la politique à mener. Comme pour le culte, il délègue l'exécution de ses décisions gouvernementales à une cohorte de courtisans, de fonctionnaires et de conseillers, le premier d'entre eux étant le vizir.

Dans l'entourage royal, les femmes occupent une grande place en tant que mères, épouses ou filles. Quelques-unes, dont Hatchepsout, ont même accédé à la charge pharaonique. Grand polygame, Pharaon possède de nombreuses concubines, pratique des unions rituelles incestueuses ainsi que des mariages diplomatiques. Ces multiples épouses sont regroupées au sein du harem sous les ordres de la Grande épouse royale. Ce lieu de vie est régulièrement agité par des conspirations dues à des rivalités entre co-épouses. Dans les cas les plus graves, la vie de Pharaon s'en trouve menacée, à l'image des fins tragiques de Téti, et . Mort de vieillesse ou assassiné, Pharaon repose momifié dans une somptueuse tombe : dans un caveau funéraire aménagé dans une pyramide aux Ancien et Moyen Empires, dans un hypogée de la vallée des Rois au Nouvel Empire ou dans une nécropole aménagée dans l'enceinte d'un temple à la Troisième Période intermédiaire et à la Basse Époque. La plus célèbre découverte est celle du tombeau de Toutânkhamon, réalisée en 1922 par le britannique Howard Carter.

Les grands pharaons sont passés à la postérité grâce aux écrits égyptiens de l'Antiquité, aux témoignages des historiens et géographes grecs (Hérodote, Diodore, Strabon) et aux chroniques bibliques. L'un des plus célèbres est le pharaon de l'Exode, figure archétypale du souverain despotique opposé aux desseins du Dieu de Moïse. Sans preuve tangible, ce pharaon est fréquemment identifié au glorieux , en particulier dans les films hollywoodiens narrant la sortie des Hébreux hors d'Égypte.

Étymologie

Le substantif masculin () [consulté le ]. [consulté le ].Entrée des Dictionnaires de français [en ligne], sur le site des éditions Larousse [consulté le ]. pharaon est un emprunt au latin chrétien , -, titre des rois d'Égypte, pris par antonomase comme nom propre de tout roi d'Égypte, lui-même emprunté au grec ancien / et celui-ci à l'hébreu biblique / , à son tour emprunté à l'égyptien ancien qui désigne d'abord la , c'est-à-dire le palais, puis par métonymie l'occupant du palais, c'est-à-dire le roi.

Place des pharaons dans l'Histoire

L'égyptologie est encore une science jeune née dans la seconde moitié du . Les vérités d'hier sont constamment susceptibles d'être infirmées, infléchies ou enrichies par de nouvelles découvertes archéologiques. Les différentes sources documentaires de la période pharaonique doivent être examinées avec précaution et circonspection. Les plus anciens écrits sont peu nombreux et se confondent avec l'aube de l'Histoire humaine.

Chronologie des pharaons Dynasties pharaoniques

L'Égypte antique a vu se succéder quelque . La reconstitution de leur histoire fait l'objet de nombreuses difficultés. La documentation est vieille de à ; de ce fait, les informations qui nous sont parvenues sont très fragmentaires. Tous les écrits et toutes les données archéologiques disponibles nécessitent de la part des égyptologues un regard critique. De nombreuses discussions restent ouvertes sur l'ordre de succession de certains rois, sur la durée de leur règne ou sur leurs liens de parentéDans les livres consacrés à l'Égypte ancienne, on peut trouver des différences dans les dates de règnes, dues essentiellement à la méthode de datation utilisée par les anciens Égyptiens.

Les Égyptiens divisaient l’année en trois saisons : Inondation (Akhet), Germination (Peret) et Chaleur (Shemou), suivies de cinq jours supplémentaires ou épagomènes. Chaque saison comptait quatre mois de trente jours chacun. À l’origine, le début de l’Akhet coïncidait avec le lever héliaque de Sothis qui a lieu, d’après le calendrier julien, le 19 juillet. Toutefois, étant donné que l’année solaire compte et six heures cette différence de six heures entraîna un décalage croissant entre l’année civile et l’année solaire : de telle sorte que la saison Akhet débuta à plusieurs reprises en hiver. Il s'y ajoute que les Égyptiens n’employaient pas de datation absolue. Les événements étaient datés d’après les années de règne de pharaon, par exemple an 2, de l’Akhet, sous la Majesté du roi Untel.

Tous les , le début de l’année civile égyptienne (le dans le calendrier julien) coïncide avec le lever héliaque de Sothis, c’est-à-dire l’apparition de l’étoile au lever du soleil. Cette coïncidence frappa les Égyptiens, qui la consignèrent, notamment en 139 de notre ère. Cette dernière date sert de repère et permet ainsi une datation absolue des règnes : en l’an 9 d’ par exemple, il y eut aussi coïncidence du début de l’année civile et du lever héliaque de Sothis ; l’an 7 correspondrait donc à

Il n’empêche que l’établissement d’une datation absolue constitue un vrai casse-tête pour les égyptologues : non seulement, pour être exact, il faut connaître le lieu de l'observation du lever héliaque de Sothis, mais encore, au Moyen Empire, l'an 1 d'un roi correspondait au début de l’année civile qui suivait son avènement ; au Nouvel Empire, l'an 2 du règne commençait après le jour de l'avènement ; et enfin, à la Basse Époque, il commençait le jour du lever héliaque de Sothis suivant l'avènement, l'an 1 du règne pouvant être ainsi réduit à quelques jours.. Certaines périodes troubles de l'histoire ont laissé des lacunes, parfois volontaires, dans la chronologie. L’Ægyptiaca est la plus ancienne chronologie disponible. Elle a été établie au avant notre ère par le prêtre égyptien hellénisé Manéthon de Sebennytos, à qui a demandé de rédiger en grec une histoire de l'Égypte. Cette œuvre suppose que les Égyptiens conservaient dans les archives des temples des listes royales remontant aux origines de la monarchie égyptienne. De ce travail d'historien, il n'existe désormais plus aucun texte complet. Mais, très apprécié durant l'Antiquité, il est aujourd'hui encore connu par des citations d'écrivains comme Flavius Josèphe, Sextus Julius Africanus ou Eusèbe de Césarée. Ces abrégés fournissent une liste de rois classés en , regroupées de la période thinite à la Basse Époque. Les critères de la classification de Manéthon ne nous sont plus connus, mais en tout état de cause il a compulsé des sources égyptiennes, encore que le concept de dynastie qu'il utilise ne corresponde pas à celui pratiqué en Occident. En effet, les dynasties de Manéthon n'ont aucun rapport avec le lien du sang mais avec la ville d'où est originaire le pharaon fondateur de la dynastie et qui sert, dans la majorité des cas, de capitale dynastique. On trouve donc principalement, tout au long de l'histoire égyptienne, des dynasties memphites (Ancien Empire), héracléopolitaines (Première Période intermédiaire), thébaines (Moyen et Nouvel Empire), avarites (période Hyksôs pendant les et s) ou tanites (Nouvel Empire et Troisième Période intermédiaire).

Sources égyptiennes