Robert Mérand, né le à Chamalières (Puy-de-Dôme) et mort le dans le Relevé des fichiers de l'Insee, était professeur d’éducation physique et sportive. Formateur, il a enseigné principalement à l’École normale supérieure d’éducation physique et est nommé, en fin de carrière, à l’INRP (1983) où il fut chargé de recherche. Il a joué un rôle important dans les évolutions des conceptions et des réalisations dans les domaines du sport et de l’EPS. C’est en s’appuyant sur la référence culturelle propre aux activités physiques, sportives et artistiques qu'’il promeut la rénovation des contenus et des pratiques d’enseignement. Il fut membre du PCF, militant associatif à la FSGT et syndicaliste au SNEP.

Repères professionnels Ses études se sont déroulées au sein de l’école normale d’instituteurs de Clermont-Ferrand puis, de 1940 à 1942 au sein de l’école normale d’éducation physique qui deviendra en 1944 l’ENSEP : école normale supérieure d’éducation physique. Il juge sa formation marquée par une résistance à la doctrine nationale imposée par la politique pétainiste de la jeunesse et des initiatives d’étudiants pour promouvoir le sport avec, notamment, la création par les étudiants des « notes techniques »R. Mérand, « Les déterminants historiques des formations actuelles en EPS », Dossier EPS n° 27 : La formation au métier d’enseignant, éditions EPS, 1996. .

Sa carrière sportive s'inscrit principalement au basket-ball mais aussi au handball à onze. Ainsi, en 1939, il participe aux jeux mondiaux universitaires de basket-ball à Monaco, avec Jacques Flouret comme entraîneur et Émile Frézot comme partenaire.. Il joue ensuite au PUC, en 1941, au basket-ball avec Frézot comme joueur-entraîneur puis en 1942 au handball avec René Ricard. En 1947, le PUC est champion de France de basket avec une approche du jeu très novatrice par rapport aux pratiques dominantes des équipes françaises.

Entre 1946 et 1948, il est sélectionné à dix reprises en équipe de France de handball, participant notamment au Championnat du monde 1948 où il est capitaine.

En 1946, il est nommé professeur à l’ENSEP fonction qu’il assurera jusqu’à la suppression de cette école en 1973.

Robert Mérand adhère à la Fédération sportive et gymnique du travail, en 1948, fédération organisatrice des Stages Maurice Baquet de 1965 à 1980. Ces stages, centrés sur « le sport de l’enfant » ont rassemblé de nombreux participants dont une majorité de professeurs d’EPSP. Goirand, J. Journet, R. Moustard, J. Marsenach, M. Portes, Les stages Maurice Baquet, L’Harmattan, 2005. .

De 1957 à 1962, il est l'entraîneur de la section masculine de l'US Ivry Handball.

De 1974 à 1983, il s’implique dans la formation professionnelle des enseignants d’EPS. Cette dernière prend progressivement l’orientation d’une formation centrée sur les problèmes professionnels concrets formulés et résolus par les enseignants eux-mêmes.

Il termine sa carrière professionnelle à l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP) où il est nommé chargé de recherche dans le département des didactiques des disciplinesLe parcours de R. Mérand dans : M. Vandevelde, Éducation physique et basket-ball, éditions Syllepse, 2007.

Tous les historiens de l'EPS se retrouvent pour « considérer que son importance a été grande voire décisive dans la 2e moitié du 20e siècle ». Cité comme « un pionnier» par Gilles KleinGilles Klein, Une affaire de discipline. L'éducation physique en France et en Europe; 1970-2000, Paris, éditions revue EPS, 2003son « influence s'est manifestée par l'intermédiaire de ses étudiants et par les instructions officielles en EPS de 1967 qui reprennent certaines de ces idées »Patrick Seners, L'EPS son histoire, sa genèse, jusqu'aux programmes de 2002. Paris, Vigot, 2004.

Options fondamentales

Une conception de la culture En s’appuyant fortement sur l’œuvre d’H. Wallon dont il était un bon connaisseur, R. Mérand a développé une conception dialectique de la culture qui pose que l’individu est inséparable de son milieu naturel et que le but de l’éducation est de permettre à l’individu de s’extraire progressivement du milieu naturel pour se socialiser et s’autonomiser. Comment justifie-t-il la place du sport dans la culture ? « La culture, c’est la présence en chaque homme de toute l’humanité. Or le sport est une activité universelle et de tous les temps. La culture, c’est ensuite l’activité spécifiquement humaine : l’acte de créer des valeurs ; la culture, c’est enfin l’ensemble des significations et des moyens dont l’homme dispose pour construire son avenir » R. Mérand : Pour une rénovation du sport et de l’éducation in Stage Maurice. Baquet, FSGT, N° spécial Sport et plein air., or le sport, ajoute t-il, malgré certaines perversions est créateur de valeurs et permet le développement d’aptitudes et capacités.

Une conception de l’activité humaine Celle-ci valorise, dans les relations d’un individu avec le milieu culturel sa capacité à créer des voies originales d’adaptation. Toute conduite humaine est faite de stéréotypes mais elle contient aussi des tentatives d’adaptation ingénieuses et créatrices. Ce sont ces dernières que les éducateurs doivent apprendre à repérer (d’où l’importance de l’observation) pour les stimuler afin qu’elles deviennent les points d’appui de progrès ultérieurs. Cette position est à l’opposé de la détection des manques et des tentatives pédagogiques pour les combler.

Une conception démocratique du sport R. Mérand prend acte de la revendication d’un droit au sport pour tous et de la reconnaissance du sport comme moyen d’éducation pour tous Les Instructions Officielles du ministre aux professeurs et maitres d’éducation physique et sportive de 1967 soulignent que « parmi toutes les activités physiques, le sport doit dans la majorité des cas, tenir la plus grande place ».. À partir de là, il développe une problématique, non de définition du sport R. Mérand, dit « faire volontairement l’impasse sur une définition du sport dont B. Jeu montre la difficulté voire l’impossibilité « le sport ayant plusieurs définitions, utiles, explicatives en fonction des contextes dans lequel le discours se situe ».in La référence culturelle au sport, à quelles conditions pour l’enseignant d’EPS, aujourd’hui ? Revue Contre-pied N°1, centre EPS et Société, 76 rue des Rondeaux, 75020 Paris. mais de recherche des conditions à remplir pour que le droit au sport comme moyen d’éducation devienne réalité. La pratique sportive ne doit pas s’arrêter à un certain moment, elle doit se poursuivre tout au long de l’existence. « Elle est une composante de la formation de l’homme citoyen R. Mérand : création du CPS FSGT et problèmes d’aujourd’hui, in Stage Maurice Baquet, Sport et plein air spécial, CPS FSGT». Cette formation est donc spécifique aux différentes étapes du développement mais elle est aussi indissociable des apprentissages, donc le sport n’est pas seulement pratique mais aussi apprentissages. Pour les enfants et les adolescents, il est préconisé « une pratique précoce et multiforme» dans des structures omnisports : clubs omnisports, éducation physique omnisports à l’école. Ces structures doivent être animées par « l’esprit omnisports » et permettre d’élaborer, certes des problèmes spécifiques mais surtout des problèmes plus généraux « comme l’entraînement, l’apprentissage, l’observation de l’activité des pratiquants ». La période de formation débouche sur l’orientation et la spécialisation « imposant de concevoir les rapports entre un enseignement sportif fondamental et une pratique à optionsIbid. ».

Une conception des relations théorie/pratique R. Mérand adopte à ce sujet une position originale. Sa démarche est construite sur l’idée que la pratique est au centre de toute réflexion mais qu’elle ne peut trouver sa justification en elle-même. La pratique se vit pour les praticiens. Elle ne reçoit pas des leçons de la science. Toute démarche déductive ne conduit pas à l’amélioration de celles-ci. Il s’agit donc d’éviter l’écueil déductif et l’écueil consistant à croire que la pratique trouve en elle-même ses propres transformations. « Je n’ai jamais fait comme un universitaire aurait fait. Je ne me serai jamais présenté devant des étudiants en leur disant, j’ai lu Wallon, voilà ce que vous devez en retenir. Par contre, je leur disais, voilà je rencontre un problème dans mes pratiques, voilà comment il est éclairé par tel passage de Wallon …Entretien avec C. Martinez non publié » R. Mérand propose un modèle qui prend en compte les pratiques afin de les transformer. La pratique est analysée à partir d’une grille de lecture de l’activité humaine. Les difficultés rencontrées sont extraites de ces pratiques et problématisées. Ce travail de théorisation permet ensuite d’aborder les connaissances scientifiques ou théoriques disponibles. R. Mérand puise dans les connaissances qui sont utiles à l’amélioration des pratiques, hors de toute considération épistémologique. Ces connaissances aident à résoudre les problèmes identifiés. Dès lors des propositions enrichies sont proposées aux pratiquants et praticiens pour être testées et adaptées aux diverses pratiques rencontrées.

Des problématiques originales Le sport éducatif de masse Le sport éducatif de masse concerne différentes institutions : les centres éducatifs pour la jeunesse, certaines fédérations affinitaires, certaines actions des fédérations sportives et bien sûr, le milieu scolaire ; les convergences se faisant sur la base des finalités ou sur l’orientation générale du projet éducatif. Quelle analyse des spécialités sportives en tant qu’objets éducatifs pour que les pratiquants entrent dans la voie d’un développement illimité Cette démarche, nous a semblé intéressante à rapporter dans un contexte d’apparition exponentielle d’activités physiques et sportives nouvelles pour lesquelles on se pose rarement la question de leur pertinence pour les milieux éducatifs. ? La différenciation en fonction de l’âge des pratiquants ; les propositions de R. Mérand se concentreront sur la tranche d’âge de 6 à 14 ans, période dite de « formation fondamentale ». Les différents temps de la démarche sont ensuite : L’analyse approfondie de la construction sociale de la spécialité sportive que l’on se propose de faire pratiquer. Ici le basket-ball. Une réflexion autour de la technique. Une référence renouvelée à la haute performance. La formation fondamentale Cette période est dite fondamentale au sens où des acquisitions déterminantes pour le développement doivent être faites sous peine d’atteintes graves au Développement de l'enfant et de l’adolescent. L’outil déterminant est « le sport de l’enfant » distingué du « sport pour l’enfant » dont les caractéristiques principales sont : Des pratiques envisagées dans l’ensemble de leurs aspects : socio-culturel, institutionnel, technique. Des pratiques polytechniques organisant et coordonnant des pratiques et des techniques de nature différente. Des apprentissages impliquant l’investissement complet de la personne et visant des transformations aux différents plans de la personnalité. La construction sociale du basket-ball : Il s’agit d’examiner comment et pourquoi un jeu de règles crée en 1891 dans le cadre d’une institution éducative (YMCA) et en référence à une conception culturelle définie à priori se prête à la transmutation en sport moderne. Comment et pourquoi aussi on peut envisager sa pratique dans le cadre de la formation fondamentale : compatibilité des valeurs et règles avec le projet éducatif. Une réflexion autour de la technique : R. Mérand a mené cette réflexion à différents moments et sous différents angles.