La bataille du cap Espérance, également appelée dans les sources japonaises, qui eut lieu les 11 et , fut le troisième engagement naval entre la Marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal dans le théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale.

Dans la nuit du , les forces navales japonaises de la zone des îles Salomon, sous le commandement de Gunichi Mikawa, organisèrent un important convoi de ravitaillement pour les troupes combattant à Guadalcanal. Le convoi était composé de deux transports d'hydravions et de six destroyers commandés par le contre-amiral Takatsugu Jōjima. Au même moment mais dans une opération séparée, trois croiseurs lourds et deux destroyers menés par le contre-amiral Aritomo Gotō devaient bombarder l'aéroport allié de Henderson Field sur l'île de Guadalcanal pour éliminer la menace posée par les appareils américains qui y étaient stationnés.

Peu avant minuit le , une flottille américaine de quatre croiseurs et de cinq destroyers, sous le commandement du contre-amiral Norman Scott, intercepta la flotte de Gotō alors qu'elle approchait de l'île de Savo au nord de l'île de Guadalcanal. Les Américains attaquèrent par surprise et mirent en déroute la flotte japonaise. Les navires de Scott coulèrent un croiseur et un destroyer japonais, endommagèrent sévèrement un autre croiseur, blessèrent mortellement Gotō et forcèrent le reste de la flotte japonaise à annuler sa mission de bombardement. Durant l'échange de feu, l'un des destroyers de Scott fut coulé et un croiseur et un destroyer furent sévèrement endommagés. Dans le même temps, le convoi de ravitaillement japonais réalisa sa mission à Guadalcanal et entama son voyage de retour sans avoir été repéré par la flotte de Scott. Dans la matinée du , quatre destroyers japonais de ce convoi furent détachés pour protéger la retraite des navires endommagés de Gotō. Des appareils américains basés à Henderson Field coulèrent deux de ces destroyers plus tard dans la journée.

Comme lors des précédentes batailles navales autour de Guadalcanal, l'issue stratégique ne fut pas claire car ni les Japonais ni les Américains ne parvinrent à sécuriser le contrôle des eaux autour de l'île. Néanmoins, la victoire du cap Espérance redonna le moral à la marine américaine après le désastre de la bataille de l'île de Savo en août.

Contexte Le , les forces alliées (principalement des marines américains) débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et les îles Florida dans l'est des îles Salomon. Les débarquements devaient empêcher les Japonais d'utiliser ces îles comme des bases militaires pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l'Australie. Le contrôle de ces îles devait également servir de tremplin pour la campagne de reconquête des Salomon afin d'isoler ou de capturer la grande base japonaise de Rabaul et pour soutenir la campagne de Nouvelle-Guinée..

Prenant les Japonais par surprise, les Américains avaient sécurisé Tulagi et les îles alentour dans la soirée du et s'étaient emparés d'un aérodrome en construction à Guadalcanal, qu'ils achevérent et renommèrent Henderson Field. Les appareils alliés opérant depuis cette base formèrent ce qui fut appelé la Cactus Air Force (CAF) d'après le nom de code allié pour l'île ; Henderson Field fut nommé d'après le major Lofton R. Henderson, un aviateur américain tué lors de la bataille de Midway..

En réponse, le quartier-général impérial japonais ordonna à la de l'Armée impériale japonaise, basée à Rabaul sous le commandement du lieutenant-général Hyakutake Haruyoshi, de reprendre Guadalcanal. Le , diverses unités de la commencèrent à arriver sur l'île ; ..

Du fait de la menace posée par les appareils de la CAF, les Japonais ne purent utiliser leurs lents navires de transports pour débarquer et ravitailler les troupes sur l'île. Ils utilisèrent à la place des navires de guerre, essentiellement des croiseurs légers et des destroyers, pour faire l'aller-retour dans le détroit de Nouvelle-Géorgie en une seule nuit pour échapper aux attaques aériennes américaines. Cette méthode ne permettait cependant pas de transporter l'équipement lourd comme l'artillerie lourde, les véhicules et une grande partie de la nourriture et des munitions. De plus, ces destroyers étaient désespérément demandés pour la protection des convois. Ces transports à bord de navires rapides tout au long de la campagne de Guadalcanal furent appelés « Tokyo Express » par les Alliés et « Transport Rat » par les Japonais..

vignette|Carte des îles Salomon. La base japonaise de Rabaul se trouve en haut à gauche tandis que Guadalcanal est située à l'extrémité sud du détroit de Nouvelle-Géorgie (The Slot). Grâce à leur grand nombre de navires, à leur base logistique bien positionnée à Rabaul et à leur victoire à la bataille de l'île de Savo au début du mois août, les Japonais avaient obtenu la supériorité maritime pendant la nuit. Cependant, les navires japonais se trouvant à portée des appareils américains de Henderson Field pendant la journée, soit à environ de la base aérienne, étaient en danger. Cette situation se prolongea pendant les mois d'août et de . Les Japonais tentèrent de reprendre l'aérodrome d'Henderson Field lors de la bataille de Tenaru le et lors de la bataille de la côte Edson les 12 et ; les deux offensives se soldèrent par de lourdes pertes japonaises..

Les Japonais planifièrent une nouvelle attaque pour le et redéployèrent les et d'infanterie, soit un total de hommes, depuis les Indes orientales néerlandaises jusqu'à Rabaul en vue de les transporter jusqu'à Guadalcanal. Du au , plusieurs opérations du « Tokyo Express » acheminèrent les soldats de la division et le général Hyakutake à Guadalcanal. La marine japonaise promit de soutenir l'offensive de l'armée de terre en transportant les troupes, les équipements et le ravitaillement nécessaire sur l'île et en organisant des attaques aériennes et des bombardements navals de l'aérodrome ; ; ; ..

Dans le même temps, le major-général Millard Harmon, le commandant des forces de l'armée de terre américaine dans le Pacifique sud, convainquit le vice-amiral Robert L. Ghormley, commandant en chef des forces alliées dans le Pacifique sud, que les marines à Guadalcanal devaient être immédiatement renforcés si les Alliés voulaient défendre l'île contre la prochaine offensive japonaise. Par conséquent, les hommes du d'infanterie de la américaine furent redéployés de Nouvelle-Calédonie jusqu'à Guadalcanal où ils devaient arriver le ; ; ; ..

vignette|gauche|Le contre-amiral américain Norman Scott. Pour protéger le transport du jusqu'à Guadalcanal, Ghormley ordonna à la task force 64 (TF 64) composée de quatre croiseurs (, , et ) et de cinq destroyers (, , , et ) commandés par le contre-amiral Norman Scott, d'intercepter et de détruire tous les navires japonais approchant de Guadalcanal et menaçant le convoi. Scott mena une mission d'entraînement nocturne avec ses navires le avant de prendre position au sud de Guadalcanal près de Rennell le pour être prêt à intercepter tout mouvement japonais vers le sud des Salomon ; ; ; . Comme tous les navires de la TF 64 n'étaient pas disponibles, la force de Scott fut désignée comme la TF 64,2. Les destroyers américains étaient issus de l'Escadre 12, commandée par le capitaine Robert G. Tobin à bord du Farenholt.. La présence de la flotte de l'amiral Scott représentait la première véritable tentative américaine pour reprendre le contrôle nocturne des eaux autour de Guadalcanal..

Poursuivant les préparations de l'offensive d'octobre, le vice-amiral japonais Gunichi Mikawa, commandant la basée à Rabaul, planifia une importante opération du « Tokyo Express » pour la nuit du 11 au . Les transports d'hydravions Nisshin et Chitose furent utilisés pour acheminer 728 soldats et de l'équipement lourd dont quatre obusiers de , deux canons de montagne de , un canon antiaérien et une grande quantité de munitions depuis les bases navales des îles Shortland et de Bougainville jusqu'à Guadalcanal. Les deux navires étaient accompagnés de six destroyers dont cinq transportaient des troupes. Le convoi fut placé sous le commandement du contre-amiral Takatsugu Jōjima. Dans une opération simultanée mais distincte, les trois croiseurs lourds du contre-amiral Aritomo Gotō, l', le et le Furutaka, devaient bombarder Henderson Field pour détruire la CAF et les installations aériennes. Deux destroyers, le et lHatsuyuki, assuraient la couverture des trois croiseurs lourds. Les navires américains n'avaient pas encore essayé d'empêcher les missions du « Tokyo Express » à destination de Guadalcanal et les Japonais ne s'attendaient à aucune opposition de la part des navires américains pendant la nuit ; ; ; ; ; ; CombinedFleet.com avance que Jōjima commandait le convoi de ravitaillement. D'autres sources indiquent néanmoins que l'officier commandant le Nisshin était responsable du convoi et que Jōjima n'était pas présent et qu'il aurait pu avoir donné les ordres depuis ailleurs dans les îles Salomon ou depuis Rabaul..

Bataille Prélude thumb|upright|Le contre-amiral japonais Aritomo Gotō. Le à , le convoi de ravitaillement de Jōjima quitta son ancrage dans les îles Shortland et commença sa traversée de vers Guadalcanal dans le détroit de Nouvelle-Guinée. Les six destroyers accompagnant le Nisshin et le Chitose étaient lAsagumo, le Natsugumo, le Yamagumo, le Shirayuki, le Murakumo et lAkizuki. Gotō quitta les îles Shortland pour Guadalcanal à le même jour ; ; ; ..

Pour protéger le convoi de la CAF, les Japonais planifièrent deux attaques aériennes d'Henderson Field depuis les bases de Rabaul, de Kavieng et Buin pour le . 17 chasseurs Mitsubishi A6M Zero mitraillèrent Henderson Field juste après midi mais ne parvinrent pas à détruire des appareils américains. Une seconde vague de 45 bombardiers Mitsubishi G4M Betty et de 30 Zero arriva au-dessus de l'aérodrome 45 minutes plus tard. Au cours des combats, un bombardier japonais et deux chasseurs américains furent abattus. Les Japonais ne parvinrent pas à causer des dégâts importants mais ils empêchèrent les appareils américains de repérer et d'attaquer le convoi de ravitaillement. Durant la progression du convoi dans le détroit de Nouvelle-Guinée, les chasseurs japonais de Buin assurèrent la couverture aérienne des navires. Cette protection était jugée si importante que les derniers appareils déployés pendant la journée devaient rester au-dessus du convoi jusqu'à la tombée de la nuit et amerrir avant d'être secourus par les destroyers de l'escorte ; seul un seul des six pilotes fut récupéré ; ; ; Frank avance que cinq pilotes ne fut pas secourus mais Cook indique qu'un seul ne fut pas récupéré..

Les appareils de reconnaissance alliés repérèrent le convoi de ravitaillement à au nord de Guadalcanal entre les îles de Kolombangara et de Choiseul à ; le rapport indiquait la présence de deux « croiseurs » et de six destroyers. La force de Gotō suivant le convoi ne fut pas repérée. Ayant appris la présence des navires japonais à , Scott se mit en marche pour intercepter la flotte japonaise ; ; ; ; .. Le plan de Scott était simple : ses navires avanceraient en colonne avec ses destroyers à l'avant et à l'arrière et ses croiseurs au milieu. Les destroyers devaient illuminer les cibles avec des projecteurs et lancer leurs torpilles tandis que les croiseurs avaient l'ordre d'ouvrir le feu sur toutes les cibles disponibles sans attendre les ordres. Les appareils embarqués à bord des croiseurs, lancés avant la bataille, devaient repérer les navires japonais et transmettre leur position. Même si l'USS Helena et l'USS Boise embarquaient le nouveau radar SG plus efficace, Scott choisit l'USS San Francisco comme son navire-amiral ; ; ..