La culture de La Tène, ou second âge du fer, est une culture archéologique qui se développe en Europe entre environ et Considérée comme l'apogée de la culture celtique, elle succède à la culture de Hallstatt ( à ) et s'achève avec la conquête romaine de la Gaule et avec les migrations germaniques vers le sud de l'Allemagne actuelle. Son nom provient du site archéologique de La Tène découvert en 1857 à Marin-Epagnier, sur les bords du lac de Neuchâtel en Suisse. La Tène donne l'adjectif « laténien(ne) ».
Historique Les fouilles du site de La Tène ont débuté en 1857, avant la correction des eaux du Jura qui a abaissé le niveau du lac de Neuchâtel de près de . Menées par Hans Kopp, pêcheur et collecteur d'objets, et conduites par le colonel Friedrich Schwab, elles ont permis la découverte de nombreuses armes (épées) et parures.
En 1863, l'archéologue suisse Ferdinand Keller interprète les vestiges comme ceux d'un village celtique sur pilotis (influence des travaux de Pierre Jean Édouard Desor sur la « cité lacustre »), publiant ses conclusions en 1868 dans son premier rapport sur les palafittes suisses (Pfahlbaubericht)..
Pierre Jean Édouard Desor, un géologue de Neuchâtel, considère le site comme une manufacture d'armes construite sur pilotis, puis détruite par un ennemi. Émile Vouga met au jour quantité d'objets dans un paléo-chenal et publie en 1885 Les Helvètes à La Tène, synthèse suivie de La Tène, un oppidum helvète de Victor Gross en 1886. Les recherches officielles de la commission des fouilles (1907-1917), dirigées par William Wavre, puis par Paul Vouga à partir de 1909, s'achèvent avec la publication en 1923 de La Tène : monographie de la station qui propose les hypothèses d'entrepôt, de poste de contrôle ou de douane. vignette|left|Meule à grains en basalte de la culture de La Tène. En 2007, un bilan documentaire financé par le Fonds de recherche suisse est réalisé et aboutit à la publication La Tène : la recherche - les questions - les réponses..
Le musée archéologique Laténium, inauguré en 2001, a des « réserves ouvertes » pour voir les vestiges de La Tène.
Le site a livré une importante quantité d'objets et plusieurs habitats protohistoriques. Il a donné son nom au second âge du fer en 1872, lorsque l'archéologue suédois Bror Emil Hildebrand élabora une chronologie de la Protohistoire européenne, tandis que l'âge du fer ancien était nommé culture de Hallstatt.
L'interprétation qui prévaut toujours aujourd'hui est qu'il s'agit d'un site de sacrifices : deux ponts qui passaient sur l’antique rivière Thielle sont les points d’offrandes jetées directement dans l'eau d’un vaste sanctuaire de plein air, ou bien le culte fut pratiqué à partir de plates-formes sacrificielles sur les ponts et sur lesquelles ont été immolés des guerriers.
Systèmes chronologiques Système de Tischler En 1881, Otto Tischler proposa de subdiviser la période de La Tène en trois phases en fonction de la forme des épées et des fibules : phase ancienne, de -400 à -300 : fibule à pied libre (Duchkov) et épée à pointe effilée avec fourreau à bouterolle circulaire ; phase moyenne, de -300 à -100 : fibule à pied rattaché au sommet de l'arc, épée plus longue et fourreau à bouterolle pointue ou légèrement arrondie ; phase récente, de -100 à la fin de la République romaine : fibule avec cadre en guise de porte ardillon, épée à bout arrondi, de taille uniquement.
Ce système a servi par la suite de base pour les chronologies régionales.
Systèmes allemand (Reinecke) et français (Déchelette) La période a néanmoins été découpée à nouveau en quatre phases par Paul Reinecke en 1902 pour l'Allemagne, et par Joseph Déchelette qui corrige la chronologie de Tischler en 1914 pour la France. Déchelette ajoute notamment une phase « la Tène IV » pour les îles Britanniques : La Tène I (à ), La Tène II (à ), La Tène III (jusqu'à la conquête romaine), La Tène IV (réservée aux îles Britanniques).
Styles artistiques de Jacobsthal En 1944, Paul Jacobsthal publie sa chronologie dans Early Celtic Art. Elle est fondée sur l'observation de quatre styles artistiques propres à l'espace celtique : Style ancien : -500 à -400 Style de Waldalgesheim : -400 à -300 Style plastique : début du Style des épées hongroises : début du
Synthèse 460 av. J.-C. - 400 av. J.-C. : La Tène A ou La Tène I précoce 400 av. J.-C. - 320 av. J.-C. : La Tène B1 ou La Tène I moyenne 320 av. J.-C. - 260 av. J.-C. : La Tène B2 ou La Tène I tardive 260 av. J.-C. - 150 av. J.-C. : La Tène C ou La Tène II 150 av. J.-C. - 30 av. J.-C. : La Tène D ou La Tène III finale avec La Tène D1 : 150. - 70 av. J.-C. La Tène D1a : 150 - 120 av. J.-C. La Tène D1b : 120 - 70 av. J.-C. La Tène D2 : 70 - 30 av. J.-C. La Tène D2a : 70 - 50 av. J.-C. La Tène D2b : 50 - 30 av. J.-C.
F. Olmer ne sépare pas la Tène D2(b) du tout début de la période augustéenne ( - 14 apr. J.-C.).
Histoire
Repères chronologiques vers (culture de Hallstatt). Fondation de la colonie phocéenne de Massalia sur le territoire des Ségobriges. Les Celtes franchissent les Alpes à l'initiative d'Ambigat, le roi des Bituriges (Sénons, Andes, Insubres et Boïens). Défaite des Romains face aux Sénons sur l'Allia. Celtes menés par Brennus rançonnent Rome. Des mercenaires celtes sont engagés contre les Thébains dans un corps expéditionnaire de Syracuse. Traité de paix entre Rome et les Sénons. Vers Venant de la moyenne vallée du Rhin et de la rive droite au nord du Main, les Belges arrivent en Gaule belgique. Sac de Delphes par les Celtes migrant vers l'Est. Le territoire des Sénons (ager gallicus) est confisqué par Rome. Incursion d'Hannibal en Gaule cisalpine. Soulèvement des Boïens contre Rome. Conquête de la Narbonnaise par Rome. Vers 82 à Les Boïens de Pannonie sont victimes de l'attaque des Daces menés par leur roi Burebista. Destruction de l'oppidum de Bratislava. Début de la guerre des Gaules. Défaite de l'armée gauloise de Vercingétorix à Alésia. Le chef gaulois est fait prisonnier par Jules César. Défaite des vaincus d'Alésia qui s'étaient réfugiés à Uxellodunum : la Gaule est sous contrôle romain. 9 à L'oppidum de Stradonice (Bohême) est incendié, probablement par les Germains : invasion des Marcomans. Suivi du développement d'une culture germanique sur ces terres.
Essor culturel en continuité d'Hallstatt () Conséquence d’une crise interne, de la réorganisation des circuits commerciaux ou des luttes entre Grecs et Étrusques pour le contrôle des échanges, les citadelles des Celtes du premier âge du fer, poumon des relations commerciales, sont abandonnées, bien que les échanges avec les Étrusques se renforcent. La culture laténienne apparait au comme une greffe culturelle sur le substrat hallstattien préexistant, et non d’une migration de populations. Cette transformation touche surtout une partie des populations celtiques situées entre les Alpes et les grandes plaines d’Europe centrale, sans affecter uniformément l’ensemble du monde celtique. La culture adopte un mode de vie plus rural dominé par une chefferie guerrière.
Des oppida remontant à la Tène, ont été identifiés en Belgique, en Ardenne, à Canteleux, près de Chièvres, au lieu-dit Chession, près de Han-sur-Lesse, à Belvaux, Flobecq, Gilly-Ransart, Gougnies, Orchimont, Sinsin et à la Montagne Saint-Pierre. Le centre des hauts plateaux schisteux de l’Ardenne est densément occupé vers 480/470 avant notre ère par des Celtes. Leur culture nous est essentiellement connue par les vestiges funéraires (les tombelles) qui constellent l’Ardenne. Quelque 150 sites totalisant près de ont été repérés. Venant de la moyenne vallée du Rhin et de la rive droite au nord du Main, les Belges arrivent dans la région vers Ils y supplantent les Gaulois.
Une transition artistique, religieuse et sociale est notable au et correspond non pas à une période de crise mais à une période d'essor culturel dans lequel le monde celtique reste stable, enraciné dans ses traditions, et connaît un développement rapide de ses structures culturelles et économiques. Ce n’est qu’à la fin de ce siècle que des ruptures apparaîtront.
Expansion ()
Invasion de l'Italie ()
vignette|Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine. Portrait typique de la fin du .Au début du , d'importants groupes celtiques franchissent les Alpes, passent le Pô et occupent l'Étrurie padane. Les groupes celtes qui s'installent forment les premiers Celtes d'Italie. Vers 390 , Brennos assiège la ville étrusque de Clusium. Tite-Live et Plutarque rapportent que Clusium demande l'aide de Rome qui s'allie à ses voisins Étrusques. Brennos décide de marcher sur Rome à la tête de ses troupes. Lorsque le Sénat romain est informé de ces évènements, il lance un appel aux armes à tous les citoyens romains, afin de constituer une armée qui arrête l'avancée gauloise. L'affrontement entre les deux armées a lieu le 18 juillet 390 sur la rive gauche du Tibre, à l'endroit où s'y jette le modeste affluent appelé Allia, qui donne son nom à la semi-légendaire bataille de l'Allia. La défaite romaine est si grave que le 18 juillet (le Dies Alliensis, le « Jour de l’Allia ») est dès lors considéré comme un jour néfaste dans le calendrier romain.
Si l'on en croit les auteurs antiques, Tite-Live et Plutarque, Rome est totalement détruite par les hordes celtes et seuls les Romains assiégés sur le Capitole survivent, après sept mois de siège. Selon les données archéologiques et le fait que seul le pillage intéresse alors les Gaulois, il est probable que les principaux monuments de la ville sont pillés et que seuls certains quartiers sont incendiés. Le départ des armées de Brennos est négocié contre une rançon de mille livres d'or. Polybe mentionne quant à lui que les Vénètes envahissent les territoires du nord de l'Italie, forçant les gaulois à négocier cette rançon afin de se replier.
Rome doit faire face à d'autres raids gaulois en 367, 361 et 360 , venant de Celtes installés en Apulie. En 358 , le Latium est de nouveau menacé par une invasion gauloise. La menace que représentent les Gaulois a pu décider les Latins à se tourner vers Rome et lui fournir des troupes.
L'implantation des Celtes dans le Nord de l'Italie a pour conséquence une assimilation culturelle particulièrement observable dans les productions artistiques qui suivirent. Un renouveau se produit dans l'art celtique après ces conquêtes avec le développement de nouveaux styles d'inspiration étrusque et grecque. Les différents groupes celtiques de la Gaule cisalpine sont également nommés dans les sources romaines : Sénons, Boïens, Transpadans, Cénomans, Insubres.
Grande Expédition () Bien intégrés dans les principaux circuits de mercenariat que ce soit avec Carthage ou Syracuse, les mouvements Celtes du en sont une conséquence directe. La Grèce est déchirée par les guerres des diadoques après la mort d'Alexandre le Grand. Il est tout à fait probable que des groupes mercenaires celtiques aient été engagés dans ces combats. En , Lysimaque roi de Thrace et de Macédoine meurt, et son royaume est affaibli. vignette|Mouvements des groupes celtes de la Grande Expédition. Dès 280 av. J.-C., trois armées celtiques se mettent en marche. La première, conduite par Kérethrios, attaque la Thrace à l'est. La seconde, commandée par Brennos et Akichorios, attaque par le centre et envahit la Dardanie et la Péonie. La troisième, dirigée par Bolgios, attaque la Macédoine par l’Ouest. Ptolémée Kéraunos, le nouveau roi de Macédoine, subit une importante défaite et est décapité. Pourtant, malgré ce début de campagne prometteur, cette première armée s’arrête à cette victoire et fait demi-tour.