Ludwig : Le Crépuscule des dieux () est un film franco-ouest-germano-italien réalisé par Luchino Visconti et sorti à la fin de l'année 1972. C'est un drame biographique qui retrace le règne et la fin tragique de Louis II de Bavière (, en allemand). Le titre du film fait référence au Crépuscule des dieux de Richard Wagner.

Le film relate la vie de , depuis son couronnement à l'âge de jusqu'à son internement et sa mort à . On y découvre la complicité presque amoureuse qui le lie à sa cousine Élisabeth de Wittelsbach, dite « Sissi » (la jeune impératrice d'Autriche-Hongrie), qui parvient presque à lui faire épouser sa sœur Sophie malgré le peu d'attirance qu'il a pour celle-ci, sa passion pour la musique de Richard Wagner, dont il devient le très généreux mécène au point de lui faire construire un opéra, les circonstances qui l'amènent à céder à ses penchants : son goût du rêve, du post-romantisme, des garçons (son palefrenier devenant son chambellan et homme de confiance très intime), des châteaux de contes de fées, pour l'édification desquels il dépense des fortunes et où il fuit les dures réalités de son temps (à savoir l'irrésistible unification allemande autour de la Prusse de Bismarck qui vassalise les autres royaumes ou principautés germaniques, Bavière comprise) en s'imaginant, entouré d'une garde rapprochée de serviteurs, qu'il est encore vrai roi en son royaume. Au terme de ces années d'excès, le gouvernement effectif de Munich l'extirpe de son rêve et l'interne au château de Berg… où il meurt peu après son arrivée en tentant, dans des circonstances mal élucidées, de s'évader.

Après Les Damnés et Mort à Venise, il s'agit du troisième et dernier film de la trilogie allemande de Luchino Visconti.

Synopsis En 1864, Louis II est couronné roi de Bavière à l'âge de 18 ans. L'une des premières actions de son règne est de soutenir le compositeur Richard Wagner, auquel il voue une admiration sans limite. Wagner est convié chez Louis II à Munich et se fait doter de moyens considérables. Au sein du cabinet ministériel, ces dons financiers suscitent l'incompréhension, et le mécontentement populaire monte contre Wagner et son mode de vie. Louis ne remarque pas que Wagner a une relation avec Cosima von Bülow, l'épouse du chef d'orchestre de Wagner, Hans von Bülow. Lorsqu'il apprend la vérité par ses conseillers, il se sent trompé et demande à Wagner de quitter Munich. Bien que Louis continue à couvrir d'argent le compositeur après son mariage avec Cosima, l'admiration du roi pour l'homme Wagner s'est refroidie.

Pour sa cousine l'impératrice Elisabeth d'Autriche-Hongrie, Louis II nourrit une admiration romantique exaltée ; il la considère comme son âme sœur. Lors d'une rencontre de la noblesse à Bad Ischl, ils font ensemble une promenade de nuit et s'embrassent. Mais bientôt, Louis se sent blessé dans son orgueil par le comportement hautain de l'impératrice. Élisabeth lui conseille d'épouser sa sœur Sophie-Charlotte en Bavière, mais Louis n'a que faire d'elle. Déçu à la fois par Wagner et par Élisabeth, il se retire de plus en plus dans sa vie privée et s'adonne à la rêverie. Lors de la guerre austro-prussienne de 1866, le gouvernement bavarois se range du côté de l'Autriche contre les Prussiens. Louis choisit alors de faire « comme si la guerre n'existait pas » et devient encore plus casanier. Son confident, le comte Dürckheim, lui suggère de se marier pour sortir de sa solitude. Pendant ce temps, la Prusse sort victorieuse de la guerre.

Peu après avoir pris conscience de ses penchants homosexuels, Louis fait annoncer ses fiançailles avec la princesse Sophie en 1867. Il rejette avec colère une actrice du nom de Lila von Buliowski que des membres de la famille lui ont envoyée pour qu'il n'arrive pas vierge au mariage. Louis doute de pouvoir rendre Sophie heureuse, ajourne plusieurs fois la date de son mariage et rompt finalement les fiançailles. Il s'adonne alors à ses penchants homosexuels avec le serviteur Richard Hornig, alors que sa foi catholique lui inspire un fort sentiment de culpabilité.

La Bavière conclut une alliance avec la Prusse et fait partie du nouvel Empire allemand en 1871. Louis ne peut se résoudre à cette perte de souveraineté que sous l'influence de ses proches. Pendant ce temps, l'état mental de son jeune frère, Otto, se détériore depuis que son engagement dans la guerre de 1866 l'a durement marqué. Otto sombre dans la folie et doit être emmené dans un hôpital psychiatrique, ce qui laisse Louis sous le choc.

Toute l'attention de Louis se porte alors sur l'édification des châteaux de Neuschwanstein, Linderhof et Herrenchiemsee. Ces constructions gigantesques engloutissent des sommes colossales et dressent le gouvernement bavarois contre le roi. Louis s'éloigne de plus en plus de son entourage, n'assume plus ses devoirs de représentation et se retire de façon quasi continue dans la solitude de ses châteaux. En 1881, il entreprend un voyage en Suisse avec l'acteur Josef Kainz, qu'il admire. Kainz doit constamment lui réciter des poèmes et des rôles de héros adolescents. La brève relation entre Kainz et le roi se termine par une dispute. Louis se perd alors dans ses rêveries et s'adonne à des orgies sexuelles avec ses serviteurs. Lorsque l'impératrice Élisabeth visite les somptueux châteaux de son cousin et souhaite le revoir après une longue période de séparation, les serviteurs de Louis la repoussent à la porte sur ordre de ce dernier.

En 1886, le roi est finalement déclaré malade mental au château de Neuschwanstein par une commission gouvernementale. Louis fait arrêter les membres de la commission par ses serviteurs, mais il est trop épuisé pour se battre contre ses accusateurs. Il est destitué et son oncle, le prince Luitpold, devient régent. Le professeur Bernhard von Gudden, psychiatre en chef, accompagne le roi destitué au château de Berg sur le lac de Starnberg. Deux jours plus tard, Louis et le professeur von Gudden quittent le château pour une promenade dans le parc environnant. Ne les voyant pas revenir, on commence à fouiller les alentours. Après des heures de recherche, les corps des deux hommes sont retrouvés dans le lac de Starnberg.

Fiche technique

Titre original italien : Ludwig Titre français : Le Crépuscule des dieux (sortie initiale) ; Ludwig : Le Crépuscule des dieux (ressortie). Titre allemand : Ludwig II. Réalisation : Luchino Visconti Scénario : Luchino Visconti, Enrico Medioli, Suso Cecchi D'Amico Photographie : Armando Nannuzzi Montage : Ruggero Mastroianni Musique : Wagner (extraits de Lohengrin, Tristan und Isolde, Tannhäuser) ; Robert Schumann (extraits des Scènes d'enfants) Direction artistique : Mario Chiari, Mario Scisi Décors : Gianfranco De Dominicis, Enzo Eusepi, Corrado Ricercato, Oltrona Kuchino Visconti Costumes : Piero Tosi Son : Giuseppe Muratori, Vittorio Trentino Production : , Robert Gordon Edwards, Ugo Santalucia Sociétés de production : Mega Film (Rome), Cinétel (Paris), Divina-Film, Dieter Geissler Filmproduktion (Munich) Sociétés de distribution : Valoria Films (France) Pays de production : / / Langues originales : italien, anglais, allemand, français Format : couleur (Technicolor) - 2,35:1 (Panavision) - son mono - 35 mm Genre : biopic, drame et historique Durée : Italie : () ; ressortie en version de () Allemagne de l'Ouest : (). ; version censurée de () ; Ressortie en version de () France : () ; ressortie en mini-série télé de () ; sortie DVD de () Dates de sortie : Allemagne de l'Ouest : Italie : France : Affiche : René Ferracci (France)

Distribution

Production Le film fait partie, avec Les Damnés et Mort à Venise, d'une série de films souvent appelée la « trilogie allemande » de Visconti...

Luchino Visconti était fasciné par l'histoire du solitaire et esthète Louis II et le considérait comme « le dernier souverain absolutiste qui préférait gouverner par l'art plutôt que par la politique. » Luchino Visconti et Louis II partagent des ancêtres communs. Visconti est le fils d'un cousin au douzième degré de Louis II ; les derniers ancêtres communs sont Marguerite de Bavière et Frédéric de Mantoue, qui vivaient au .

La progression dans le film est ponctuée par des scènes dans lesquelles certains personnages regardent directement la caméra sur un fond noir et parlent du roi Louis II de Bavière et de son comportement comme s'il s'agissait d'un témoignage. Le film de Visconti respecte scrupuleusement les faits historiques dans la mesure du possible, mais se focalise moins sur les événements historiques que sur la vie privée de Louis, avec ses intérêts et ses particularités privées.. Une première version du scénario prévoyait qu'à la fin du film, un serviteur devait trouver un trou dans les vêtements du cadavre de Louis et prononcer les mots « Une balle a tué le roi »... Le dénouement du film laisse finalement ouverte la question de savoir si la mort de Louis était un suicide ou un meurtre.

Attribution des rôles Romy Schneider avait percé dans les années 1950 grâce à la trilogie Sissi, dans lesquels elle interprétait une version plutôt romancée de l'impératrice, une version que l'actrice a détestée, la jugeant mièvre et incohérente avec la personnalité du personnage historique. Par la suite, elle s'est éloignée de cette image en tournant des films d'auteurs français et en interprétant des rôles plus sérieux. C'est pourquoi Romy Schneider fut d'abord sceptique lorsqu'on lui proposa à nouveau le rôle de l'impératrice autrichienne, cette fois par l'intermédiaire de son ami proche Visconti. Avant d'accepter, elle s'assura que la Sissi de ce film ne soit pas romancée, mais davantage en phase avec la réalité historique d'une impératrice tourmentée, au caractère sombre et ombrageux..

Tournage Le film a été tourné du au . Les coûts de production du film se sont élevés à environ , ce qui en faisait l'un des films européens les plus chers de son époque. Les scènes d'intérieur ont été tournées dans les studios de Cinecittà à Rome, les scènes d'extérieur dans des lieux originaux de l'action en Bavière et en Autriche : Château de Herrenchiemsee (sur Herrenchiemsee, une île du lac de Chiem) Châteaux de Hohenschwangau et de Neuschwanstein (à Schwangau) Château de Linderhof (à Ettal, près d'Oberammergau) La villa casino de l'île aux Roses sur le lac de Starnberg, à 20 km au sud-ouest de Munich. Château de Nymphembourg et le Théâtre Cuvilliés (à Munich) Kaiservilla à Bad Ischl en Autriche

Pour rejoindre l'île aux Roses depuis les bords du lac de Starnberg, des pionniers de la Bundeswehr ont construit un pont sur le lac pour l'équipe de tournage en guise d'« exercice de manœuvre ». Le château de Possenhofen, également situé sur le lac de Starnberg, servit de décor de remplacement au château de Berg, les Wittelsbach ayant refusé l'autorisation de tournage pour ce dernier..

Pour le bateau à vapeur Tristan, acheté par Maximilien II et volontiers utilisé par Louis II, on utilisa la navette fluviale , réaménagée pour l'occasionHubert Rank, Die Gemeinde Münsing in alten Ansichten , Abb. 55..

Langues de tournage Sur le plateau, chaque acteur joue dans sa propre langue. Visconti tourne donc autant de version finales de chaque scène qu'il y a de langues de tournage pour cette scène. Il n'existe pas de « version originale », où tous les acteurs parlent la langue qu'ils ont utilisée sur le plateau.Autres sources : IMDb

Cinémathèque française Cinémathèque de Bologne.

PersonnageActrice ou acteurLangue de tournageVoix italienneLudwig, Louis II de BavièreHelmut BergerallemandGiuseppe RinaldiÉlisabeth (« Sissi »)Romy SchneiderallemandRichard WagnerTrevor HowardanglaisCorrado Gaipale père HoffmannGert FröbeallemandSophie de BavièreSonia PetrovnafrançaisCosima von BülowSilvana Manganoitalienelle-même

Problèmes de santé de Visconti Pendant le tournage du film, Visconti fut victime d'un accident vasculaire cérébral le , à la suite duquel il fut physiquement très affaibli..