Le , en indonésien , est un stratovolcan actif qui forme la péninsule de Sanggar de l'île de Sumbawa, dans l'archipel des Petites îles de la Sonde, en Indonésie. Il culmine à d'altitude, mais, avant l'éruption de 1815 qui a formé une caldeira de près de de diamètre et de profondeur, il s'élevait à une altitude d'environ . Le volcan se situe à au nord de la fosse de la Sonde, une des zones sismiques les plus actives de la planète, et constitue un des éléments de la chaîne volcanique de la Sonde, qui compte des dizaines de volcans actifs tels que le Krakatoa. Le Tambora est âgé d'environ . Ses laves sont très diversifiées, ce qui est typique des zones de subduction, avec des compositions chimiques semblables à celles du mont Rinjani sur l'île voisine de Lombok. Ses éruptions peuvent ainsi être aussi bien effusives qu'explosives.
L'éruption de 1815 est la plus violente éruption volcanique connue dans les temps historiques et surtout la plus meurtrière avec au moins . Elle entraîna des perturbations climatiques telles que l'année 1816 est connue dans l'hémisphère nord comme l'année sans été. Les récoltes furent catastrophiques de sorte qu'une famine frappa certaines régions d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord. À l'échelle mondiale, le nombre de victimes des conséquences de l'éruption est estimé à . Les fouilles archéologiques montrent que l'éruption mit définitivement fin à la culture de Tambora, une culture autochtone florissante qui commerçait avec toute l'Asie du Sud-Est.
Aujourd'hui, la péninsule de Sanggar reste peu peuplée et abrite une importante biodiversité et des écosystèmes variés. En 2015 est créé le parc national du Mont Tambora pour protéger de forêt tropicale et de prairies d'altitude sur les flancs du volcan. L'activité du volcan est surveillée par des observatoires sismologiques afin de prévenir toute nouvelle catastrophe. En effet, le volcan montre quelques signes d'activité de temps à autre, marqués par de petites éruptions, notamment en 1967 et 2011.
Géographie Situation vignette|alt=Image en couleur du volcan entouré par la mer. Au centre de l'image la caldeira circulaire est nettement visible.|Image satellite du Tambora au centre de la péninsule de Sanggar.
Le Tambora, également appelé Tomboro., est situé dans le nord de l'île de Sumbawa, qui fait partie des Petites îles de la Sonde. Ces dernières constituent la partie sud-est de l'arc volcanique indonésien. Le Tambora forme la péninsule de Sanggar, longue de et large de . Elle est bordée au nord par la mer de Florès et séparée du sud et de l'ouest de l'île par la baie de Saleh mesurant environ de long et de large.
Les environs immédiats du volcan sont entourés par quelques villages : Sanggar à l'est, Doro Peti et Pesanggrahan au nord-ouest, Calabai à l'ouest. Plus loin vers l'est, à une cinquantaine de kilomètres du cratère, se trouvent les villes de Dompu et de Bima.
Topographie Le volcan forme un cône dont la base fait de diamètre, ce qui est plus large que la péninsule de Sanggar, la base se trouvant sous le niveau de la mer. Le sommet du cône volcanique est tronqué et occupé par une caldeira de de diamètre. Le point le plus haut du volcan se trouve sur le rebord occidental de la caldeira, à d'altitude.
Géologie Contexte et formation vignette|alt=Carte couleur montrant les frontières de plaques tectoniques dont la zone de subduction de la Sonde, en forme d'arc.|Contexte tectonique de la région (l'île de Sumbawa est située sous la flèche du numéro 11).
L'île de Sumbawa fait partie de l'archipel volcanique de la Sonde constitué de séries calco-alcalines dont les plus anciennes datent du Miocène inférieur. Cet arc volcanique est formé par la subduction vers le nord de la plaque tectonique australienne sous la plaque de la Sonde, à une vitesse de par an. La partie orientale de Sumbawa, à laquelle se rattache la péninsule de Sanggar, est constituée de laves et de brèches volcaniques d'âge miocène : basaltes, andésites, dacites, diorites, trachytes et syénites. Au nord de l'île, ces unités sont recouvertes par les produits volcaniques récents du Tambora et du Sangeang Api : lapilli, lahars, scories et bombes volcaniques. Les principales structures géologiques sont d'orientation NO-SE et NE-SO.
Le Tambora est situé sur la plaque de la Sonde, à au nord de la fosse de la Sonde, qui marque la limite entre les plaques australiennes et de la Sonde, et à environ à l'aplomb de la plaque australienne subductée. Celle-ci étant constituée de croûte océanique, elle détermine la nature des laves arrivant dans la chambre magmatique et in fine le type d'éruption.
Les estimations de l'âge du début de l'activité volcanique du Tambora vont de à . L'activité volcanique du Tambora alimente une grande chambre magmatique préexistante sous l'île de Sumbawa. L'île de Moyo s'est également formée dans le cadre de ce processus géologique au cours duquel la baie de Saleh est apparue pour la première fois il y a environ .
Pétrologie et géochimie vignette|gauche|alt=Photographie couleur montrant un mille-feuille de fines couches de roche brunâtre. Plus loin un sommet de montagne apparaît.|Couches de téphra près du sommet du Tambora visible en arrière-plan.
Le Tambora peut aussi bien connaître des éruptions effusives qu'explosives. Il produit des trachybasaltes et des trachyandésites riches en potassium. Ces roches volcaniques contiennent des phénocristaux d'apatite, de biotite, de clinopyroxène, de leucite, de magnétite, d'olivine et de plagioclase, la composition exacte des phénocristaux variant d'un type de roche à l'autre. L'orthopyroxène est absent des trachyandésites du Tambora. L'olivine est surtout présente dans les roches contenant moins de 53 % de silice, tandis qu'elle est absente des roches volcaniques plus riches en celle-ci, caractérisées par la présence de phénocristaux de biotite. Les séries mafiques contiennent également de la magnétite titanique et les trachybasaltes sont dominés par des plagioclases riches en anorthosite. Le rubidium, le strontium et le pentoxyde de phosphore sont particulièrement présents dans les laves du Tambora, bien plus que dans les laves comparables du mont Rinjani voisin. Les laves du Tambora sont légèrement enrichies en zircon par rapport à celles du Rinjani.
Le magma impliqué dans l'éruption de 1815 provient du manteau avec des contaminations lors de sa remontée par des sédiments et autres roches issues de la fusion de la croûte subductée. La composition du magma porte l'empreinte de processus de cristallisation fractionnée dans les chambres magmatiques. Les rapports 87Sr/86Sr mesurés au Tambora sont similaires à ceux du mont Rinjani plus à l'ouest, mais montrent des valeurs inférieures à celles mesurées au Sangeang Api plus à l'est. Les niveaux de potassium des roches issues du Tambora dépassent 3 %, ce qui les place dans la gamme des shoshonites pour les séries alcalines.
Depuis l'éruption de 1815, les dépôts les plus bas sont constitués de séquences superposées de lave et de matériaux pyroclastiques. Environ 40 % des couches sont représentées par des coulées de lave d'un à quatre mètres d'épaisseur et le reste par d'épaisses couches de scories et par les produits d'altération des coulées de lave. Dans les dépôts supérieurs, la lave est intercalée avec des scories, des tufs, des coulées pyroclastiques et des retombées pyroclastiques. Le Tambora compte au moins vingt cônes volcaniques secondaires ainsi que des dômes de lave, dont le Doro Afi Toi, le Kadiendi Nae, le Molo et le Tahe. Ces évents secondaires produisent principalement des coulées de lave basaltique.
Climat vignette|droite|alt=Photographie en couleur d'un rivage couvert de forêts avec derrière la mer. En arrière plan une grande montagne domine le paysage.|Vue du Tambora dominant la baie de Saleh.
Le climat des Petites îles de la Sonde est de type tropical, influencé par les alizés et la mousson asiatique. L'année est rythmée par la saison des pluies, de novembre à mars, et la saison sèche, d'avril à octobre. De plus le relief montagneux influence fortement le climat à l'échelle locale. Les versants sous le vent et au vent de la mousson montrent des disparités de pluviométrie, ce qui influe sur le couvert végétal. La pluviométrie moyenne dans les plaines au pied du volcan est de tandis que les reliefs reçoivent jusqu'à .
L'importance du relief structure également le climat. De la base au sommet du volcan, il évolue d'un climat tropical humide vers un climat montagnard.
Faune et flore Flore vignette|gauche|alt=Photographie montrant un homme marchant dans la montagne au milieu d'herbes hautes. Plus loin dans un vallon se trouve une forêt, puis une autre crête recouverte d'herbes.| Paysage de prairies et de forêts sur les flancs du Tambora.
Après la dévastatrice éruption de 1815, la vie sur les flancs du volcan est repartie de zéro. Les scientifiques estiment qu'il a fallu environ un siècle pour que les écosystèmes se rétablissent.
Une équipe dirigée par le botaniste suisse Heinrich Zollinger arrive à Sumbawa en 1847. Zollinger et ses équipiers sont les premiers à revenir dans la zone de la caldeira depuis la catastrophe plus tôt. Le paysage est encore dévasté. Au cours de son ascension vers le sommet, dont s'échappe encore de la fumée, ses pieds s'enfoncent à plusieurs reprises à travers une fine croûte superficielle, refroidie et solidifiée, recouvrant une couche plus chaude de soufre pulvérulent. La végétation commence à repousser par endroits, y compris des arbres sur les pentes inférieures. Lors de l'ascension, une forêt de Casuarina est observée entre d'altitude, ainsi que plusieurs prairies d'Imperata cylindrica.
La réinstallation des habitants commence en 1907, ce qui va modifier le paysage avec notamment des plantations de café près du village de Pekat sur le versant nord-ouest. Dans les années 1930, une forêt tropicale dense de Duabanga moluccana s'est développée entre d'altitude et recouvre une superficie de . Cette forêt tropicale est explorée par une équipe néerlandaise dirigée par Koster et de Voogd en 1933. D'après leurs récits, ils entament leur voyage dans un « pays assez stérile, sec et chaud » avant d'entrer, sur les premières pentes, dans une « jungle imposante » avec d'« énormes et majestueux géants de la forêt ». d'altitude, la végétation devient plus arbustive. Au-dessus de , ils trouvent des plantes à fleurs Dodonaea viscosa accompagnées par des Casuarina. Au sommet de la montagne poussent de façon clairsemée des et des Wahlenbergia.
Aujourd'hui, les pentes les plus basses du volcan sont occupées par une forêt tropicale humide au nord-ouest (direction des vents de mousson) tandis que le flanc sud-est est occupé par une savane arborée. Avec l'altitude, la végétation évolue vers une brousse plus ou moins dense. Les prairies d'altitude se multiplient vers la zone sommitale.
Faune Une étude zoologique réalisée en 1896 recensait d'oiseaux, principalement des Zosteropidae. Depuis, de nombreuses autres études ont suivi et, de nos jours, plus de d'oiseaux sont identifiées, parmi lesquelles le cacatoès soufré (Cacatua sulphurea), la perruche de Geoffroy (Geoffroyus geoffroyi), le mainate religieux (Gracula religiosa), le coq de Java (Gallus varius), le loriquet arc-en-ciel (Trichoglossus moluccanus), le milan sacré (Haliastur indus), la crécerelle d'Australie (Falco cenchroides), le drongo de la Sonde (Dicrurus densus), le zostérops à lunettes jaunes (Zosterops wallacei) et des grives asiatiques (Zoothera sp.).
Les savanes et forêts entourant le Tambora abritent également des cervidés comme le cerf rusa (Cervus timorensis), des buffles domestiques (Bubalus bubalis), des cochons marrons (Sus domesticus), des macaques crabiers (Macaca fascicularis), plusieurs espèces de chauves-souris et diverses espèces de reptiles dont le varan malais (Varanus salvator) et le python tapis (Morelia spilota).