thumb|Le roi de Jordanie à Sud Aviation (Toulouse – 1963).
Hussein ben Talal (), né le à Amman et mort le dans la même ville, est roi de Jordanie pendant plus de 46 ans, du au . Membre de la dynastie hachémite, la famille royale de Jordanie depuis 1921, Hussein serait un descendant direct de Mahomet à la génération.
Né à Amman, Hussein est l'aîné des enfants de Talal bin Abdullah et de Zein al-Sharaf bint Jamil. Talal était alors l'héritier de son propre père, le roi Abdallah Ier. Hussein a commencé sa scolarité à Amman et l'a poursuivie à l'étranger. Après que Talal soit devenu roi en 1951, Hussein a été nommé héritier présomptif. Le Parlement jordanien a contraint Talal à abdiquer un an plus tard en raison de sa maladie, et un conseil de régence a été nommé jusqu'à ce que Hussein atteigne sa majorité. Il est intronisé à l'âge de 17 ans, le . Hussein s'est marié quatre fois et a eu onze enfants.
Hussein, monarque constitutionnel doté de larges pouvoirs exécutifs et législatifs, a commencé son règne par ce que l'on a appelé une « expérience libérale », en autorisant en 1956 la formation du seul gouvernement démocratiquement élu de l'histoire de la Jordanie. Quelques mois après le début de l'expérience, il a forcé ce gouvernement à démissionner, déclarant la loi martiale et interdisant les partis politiques. Sous Hussein, la Jordanie a mené trois guerres avec Israël, dont la guerre des six jours en 1967, qui s'est soldée par la perte de la Cisjordanie par la Jordanie. En 1970, Hussein a expulsé de Jordanie les combattants palestiniens (fedayeen) qui avaient menacé la sécurité du pays lors de ce que l'on a appelé le « septembre noir » en Jordanie. Le roi a renoncé aux liens de la Jordanie avec la Cisjordanie en 1988, après que l'Organisation de libération de la Palestine a été reconnue internationalement comme le seul représentant des Palestiniens. Il a levé la loi martiale et réintroduit les élections en 1989 lorsque des émeutes provoquées par des hausses de prix se sont propagées dans le sud de la Jordanie. En 1994, il est devenu le deuxième chef d'État arabe à signer un traité de paix avec Israël.
Au moment de l'accession de Hussein en 1953, la Jordanie était une jeune nation et contrôlait la Cisjordanie. Le pays dispose de peu de ressources naturelles et d'une importante population de réfugiés palestiniens à la suite de la guerre israélo-arabe de 1948. Hussein a dirigé son pays pendant quatre décennies turbulentes marquées par le conflit israélo-arabe et la guerre froide, réussissant à équilibrer les pressions des nationalistes arabes, des islamistes, de l'Union soviétique, des pays occidentaux et d'Israël, et transformant la Jordanie, à la fin de son règne de 46 ans, en un État moderne et stable. Après 1967, il s'est engagé dans des efforts pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Il a joué le rôle d'intermédiaire conciliant entre les différents rivaux du Moyen-Orient et a été considéré comme l'artisan de la paix dans la région. Il était vénéré pour avoir gracié des dissidents et des opposants politiques et leur avoir accordé des postes de haut niveau au sein du gouvernement. Hussein, qui a survécu à des dizaines de tentatives d'assassinat et de complots visant à le renverser, est le dirigeant qui a régné le plus longtemps dans la région. Il est décédé à l'âge de 63 ans des suites d'un cancer en 1999 et son fils aîné, Abdullah II, lui a succédé.
Biographie Jeunesse (1935-1951)
Naissance et famille Hussein est né le à Amman, capitale de la Jordanie. Il est le troisième souverain hachémite à avoir régné sur le pays. La famille hachémite prétend descendre de Hâchim, l'arrière-grand-père du prophète Mahomet.
Éducation et formation Hussein est élevé à Amman jusqu'à ce que son grand-père le roi Abdallah l'envoie étudier au collège Victoria d'Alexandrie en Égypte avant de l'envoyer en Angleterre au collège d'Harrow et à l'école militaire de Sandhurst. Cependant il fait de nombreux retours dans son pays natal pour apprendre la manière de gouverner. Le , le roi Abdallah se fait assassiner sous ses yeux à Jérusalem par Mustapĥa Ashu, âgé de 21 ans, de deux balles dans la poitrine et une dans la tête, et ce, sur ordre probable de Mohammed Amin al-Husseini (1895-1974, grand mufti de Jérusalem) via le colonel (El Tell, 1918-1973, alors gouverneur de Jérusalem-Est). Hussein est lui-même blessé lors de l'attaque. Cet assassinat est lié à l'annexion de la Cisjordanie par Abdallah lors de la première guerre israélo-arabe.
Assassinat d'Abdallah
À l'âge de seize ans, le , il devient l'héritier du trône jordanien lorsque son grand-père paternel, le roi Abdallah 1 meurt assassiné, et que son père Talal monte sur le trône. Il est officiellement fait prince hériter le . Il perçoit à partir de ses 21 ans des paiements à titre personnel de la CIA, lui permettant notamment d'assouvir son goût pour les voitures de luxe..
Roi de Jordanie (1952-1999)
Accession au trône et régence Le , le roi Talal, son père, poussé par le Parlement qui ne le considère pas à la hauteur, abdique, officiellement pour raisons de santé (il souffrait de schizophrénie) et Hussein monte sur le trône. Dans l'attente de sa majorité un conseil de régence est instituéChronique du , .. C'est son oncle maternel, Chérif Nasser ben Djemil qui prend la présidence de ce conseil.
Entre occidentalisme et arabité Le début de son règne paraît dans un premier temps difficile. En effet, bien qu'il soit parfaitement accepté par les autorités occidentales, notamment grâce à son interdiction en 1953 du parti politique communiste (créé en 1951), il semble que son propre peuple remette en cause sa légitimité à cause de l'influence des différents mouvements panarabes et de la propagande nassérienne qui s'oppose à l'Occident. Le Parlement jordanien forme rapidement une opposition. La famille hachémite semble alors trop en accord avec la politique britannique, ce qui va à l'encontre des idées des Palestiniens jordaniens, qui ne veulent plus de la tutelle des Occidentaux, et principalement des Britanniques.
Dans les années 1950, la carrière politique du roi Hussein prend une tournure totalement différente. Il rejette l'influence occidentale et l'alliance avec la Grande-Bretagne après la crise du canal de Suez en 1956 durant laquelle il se rapproche de l’Égypte de Nasser. Il se voit ainsi obligé d'accepter un gouvernement nationaliste progressiste pour ainsi disposer du soutien d'un Parlement élu en . vignette|Hussein en tant que commandant de l'armée jordanienne (1956).|gauche|250px
La mise en place d'un régime autoritaire En , à la suite des désaccords avec le gouvernement concernant l'appréciation du danger soviétique, Hussein renvoie le Premier ministre Sulaymân Nabulsî. Le , il est victime d'une confuse tentative de coup d'État militaire et résiste à la tête de ses troupes fidèles dans la ville de Zarqa.. en , il dissout le Parlement et instaure un régime autoritaire pour asseoir son autorité et limiter l'emprise des radicaux. Le , la loi martiale est décrétée, et la constitution mise en place en 1952 est suspendue.
Devant les instabilités externes, le roi Hussein fait appel aux Américains, pour notamment faire face à la menace syrienne dans le nord de la Jordanie.
L'union hachémite et la désillusion En 1958, la République arabe unie (RAU) est créée entre les deux grandes menaces de la Jordanie : l’Égypte de Nasser et la Syrie de Shukri al-Kuwatli. Ainsi, pour faire face à ces pays, Hussein va essayer de trouver de l'aide et du soutien auprès de son cousin hachémite, Fayçal II, qui est à la tête de l'Irak..
Ensemble, ils mettent en place la Fédération arabe d'Irak et de Jordanie pour contrer une éventuelle attaque de la RAU. Mais en , la révolution en Irak menée par Abdul Karim Qasim met fin au règne de Fayçal II, qui est exécuté ainsi que toute sa famille. Hussein décide alors à nouveau de faire appel aux États-Unis, et parvient à sauver la monarchie de son pays.
Une certaine stabilité jordanienne vignette|Le roi Hussein en 1953. Il parvient alors à garder une certaine stabilité, jusqu'en 1960, où il s'oppose de nouveau à Nasser, qui lui demande de l'aide pour la guerre civile yéménite opposant les républicains pro-nassériens aux royalistes pro-saoudiens. Néanmoins, malgré les tensions entre les deux gouverneurs, leurs relations tendues ne s'arrêtent qu'à de petites provocations notamment lors du premier sommet arabe au Caire le . La même année, Hussein décide de faire alliance avec les Palestiniens et est l'un des précurseurs de l'OLP, l’Organisation de libération de la Palestine en 1964. Mais l'OLP tentant de s'établir politiquement en Cisjordanie, Hussein l'interdit alors dans tout son royaume.
Alliance arabe pro-palestinienne à la guerre des Six Jours Le , l’Égypte et la Jordanie signent un accord commun de défense. Hussein est alors contraint de s'engager, sous la pression de sa population dans la guerre des Six Jours contre Israël, entre le 5 et le . Les pertes sont importantes pour la Jordanie et lors de ce conflit, il perd Jérusalem-Est et la Cisjordanie désormais occupés par Israël.
Il refuse cependant de prendre part guerre israélo-arabe de 1973 et entretient des canaux de communication avec les dirigeants israéliens, restant par ailleurs un allié des États-Unis (recevant même des millions de dollars de la CIA pour soutenir son train de vie).
Des troupes jordaniennes sont également engagées dans la guerre du Dhofar (Oman) pour y soutenir le régime, menacé par une rébellion d'inspiration marxiste.
L'OLP menaçante en Jordanie À la fin des années 1960, le Fatah, faction de l'OLP, a installé en Jordanie un véritable « État dans l'État » : nombre sans cesse croissant de postes de contrôle tenus par les fedayins, perception d'impôts, refus des Palestiniens de voyager avec des plaques minéralogiques jordaniennes sur leurs véhicules, etc. L’OLP organise des détournements d’avions. Très rapidement, le Mouvement national palestinien va s’opposer au gouvernement jordanien qui est prêt à reconnaître Israël. Les régions de Jordanie où les Palestiniens rejettent en masse l'autorité du roi Hussein se multiplient. De ces zones palestiniennes, l'OLP effectue des raids et des attaques terroristes contre le reste du territoire jordanien et contre Israël. C'est l'époque où Yasser Arafat appelle ouvertement au renversement de la monarchie hachémite en s’appuyant sur le fait que la majorité des habitants de la Jordanie étaient alors Palestiniens. Le roi Hussein cherche désespérément un compromis avec l'OLP pour calmer le jeu. Ces tentatives de médiations sont rejetées en bloc par Arafat.
Absorbé par sa lutte de palais avec Arafat, Hussein cherche également un compromis et la paix avec Israël. C'est le « plan Rogers » qui prévoit la fin des opérations militaires jordaniennes contre l'État hébreu, et la paix également entre l'Égypte et Israël.
Le Fatah et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache considèrent ce plan comme une trahison de la cause palestinienne. En 1970, le Congrès national palestinien déclare que tout État arabe qui ne soutient pas l’OLP serait déclaré comme traître et pourrait être renversé. Au début de l'année 1970, le roi Hussein décide de réduire l'influence d'Arafat et des fedayins en Jordanie. Les choses vont alors s'envenimer et les événements s'accélérer.
Le congrès de l’Union générale des étudiants palestiniens (GUPS) accueille en des centaines de militants d’extrême gauche étrangers, dont certains sont juifs, entrés parfois clandestinement en Jordanie. Pour certains observateurs, le pays se trouve dans une situation de « double pouvoir » conduisant à effacement progressif de la monarchie devant la résistance palestinienne.
« Septembre noir » vignette|Le roi Hussein avec le président américain Jimmy Carter et le chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi (1977).