Guillaume de Nassau (en , Guillaume d'Orange), dit également Guillaume le Taciturne (Willem de Zwijger), né le à Dillenburg et mort assassiné au Prinsenhof de Delft le , est un prince d'Orange et comte de Nassau à partir de 1544, puis de Katzenelnbogen, de Vianden, burgrave d'Anvers, stathouder de Hollande, de Voorne, de Zélande, de Frise occidentale et d'Utrecht à partir de 1559. Il gouverne un territoire partagé actuellement entre la Belgique et les Pays-Bas.

À l'origine membre de l'entourage de Charles Quint et fidèle partisan des Habsbourg, Guillaume d'Orange est surtout connu pour avoir été l'initiateur et le chef de la révolte des Pays-Bas espagnols contre le roi d'Espagne , fils de Charles Quint. Cette révolte entraîna une volonté d'émancipation des États généraux (gouvernement) qui conduisit à l'indépendance des Pays-Bas du Nord, les Provinces-Unies, alors que les Pays-Bas du Sud, la Belgica Regia, retombaient sous la domination espagnole après la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Les avis sur le prince sont partagés, mais, considéré par l'historien comme le « fondateur de la civilisation néerlandaise », honoré du titre de « vader des vaderlands » (« père de la patrie »), et inscrit au canon historique des Pays-Bas, c'est l'un des personnages clefs de la fondation de la nation néerlandaise, bien qu'il ait en fait espéré libérer la totalité des Pays-Bas, Belgique comprise, du joug de l'Espagne. À l'époque, on appelle parfois ces territoires Belgica Foederata pour le nord et Belgica Regia pour le sud, ou encore la Généralité que l'empereur germanique et roi d'Espagne Charles Quint, héritier des ducs de Bourgogne, avait constituée en un tout indissociable par la Pragmatique Sanction de 1549.

L'hymne national hollandais « Het Wilhelmus » est écrit en l'honneur du prince d'Orange par le baron de Sainte-Aldegonde, gentilhomme de famille savoyarde, mais né à Bruxelles, qui soutint le prince et la révolte depuis ses origines. Élevé à Bruxelles, le prince d'Orange parlait l'allemand, langue de sa famille de Nassau, le français, langue de la cour de Bruxelles depuis les ducs de Bourgogne et sous Charles Quint, et le néerlandais. Sa devise, , est celle des Pays-Bas au .

Biographie Origines familiales et jeunesse

Naissance et enfance (1533-1544) Guillaume d'Orange naît le jeudi à Dillenburg, ville aujourd'hui située en Allemagne, dans le Land de HesseLe statut féodal de Dillenburg dans le cadre du Saint-Empire reste à préciser. Page allemande Dillenburg : Diese Burg hatte für das Haus Nassau eine hohe Bedeutung, da sie im Gegensatz zur Burg Herborn kein Lehen der Landgrafen von Hessen, sondern eine Eigenburg war. « Ce château avait une grande importance pour la maison de Nassau, car contrairement à Herborn, il n'était pas vassal du Landgrave de Hesse, mais était un Eigenburg. ».

Il est le fils de Guillaume de Nassau-Dillenbourg (1487-1559), d'une branche de la maison de Nassau remontant à (1339-1416), et de Julienne de Stolberg. (1506-1580), qui sont de confession luthérienne..

Il est baptisé le au cours d'une cérémonie hybride : après une messe catholique le matin, le baptême, la lecture de l'évangile et le sermon se font à la façon luthérienne..

Son éducation scolaire commence alors qu'il a cinq ans et demi ; elle comprend l'étude du latin, du français, de l'italien, du calcul et de l'histoire sainte..

Prince d'Orange (1544)

La maison de Nassau est à l'origine une famille allemande de Rhénanie (Nassau se situe aujourd'hui dans le Land de Rhénanie-Palatinat).

Guillaume de Nassau-Dillenbourg est le frère cadet de (1483-1538), époux de Claude de Chalon (1498-1521). Leur fils RenéAppelé « René de Chalon » de façon usuelle, plutôt que « René de Nassau-Breda ». devient prince d'Orange à la mort de Philibert de Chalon (1502-1530), frère de Claude.

Le , René meurt sans descendance au cours du siège de Saint-Dizier (juillet-). Il fait de son cousin Guillaume son héritier, notamment pour la principauté d'Orange, à condition qu'il soit désormais élevé dans la foi catholique et qu'il vienne vivre au château de Bréda.

Guillaume quitte Dillenburg le .

Éducation aux Pays-Bas

Au château de Bréda, son éducation est supervisée par Claude Bouton de Corbaron. Il apprend l'histoire, le droit, la théologie, l'art, les sciences, mais surtout les langues..

Devenu adolescent, il prend de l'importance à la cour de Bruxelles, Charles Quint prévoyant de lui confier un jour le gouvernement des Dix-Sept Provinces..

Un notable des Pays-Bas des Habsbourg Les Pays-Bas au milieu du Les Pays-Bas, qui s'étendent alors de Groningue au nord à l'Artois au sud, sont constituées de dix-sept provinces, fiefs du Saint-Empire romain germaniqueLe comté d'Artois et le comté de Flandre sont des fiefs français jusqu'au traité de Madrid de 1526., réunies depuis le par les ducs de Bourgogne, puis passées à la maison de Habsbourg à la mort en 1482 de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire et épouse de Maximilien d'Autriche (1465-1519), empereur de 1494 à sa mort.

Sur le plan institutionnel, les Pays-Bas des Habsbourg occupent une place particulière dans le Saint-Empire : depuis 1512, ils forment (avec le comté de Bourgogne) le cercle de Bourgogne ; en 1549, par une Pragmatique Sanction, Charles Quint dote les dix-sept provinces d'un système successoral unifié. Des organismes unitaires existent (le Conseil d'État et le Grand conseil de Malines, notamment). De temps à autre, des États généraux sont réunis, en plus des États provinciaux traditionnels. Enfin, en 1560, la réforme des diocèses remplace les six évêchés d'origine antique (sans aucun archevêché) par dix-huit évêchés dont trois archevêchés (Cambrai, Utrecht et Malines, ce dernier étant siège primatial).

De 1516 à 1555, leur souverain est le petit-fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne, Charles de Habsbourg (1500-1558), devenu aussi roi de Castille et d'Aragon en 1516En théorie conjointement avec sa mère, Jeanne la Folle, qui meurt en 1555, veuve depuis 1506., et élu empereur en 1520 sous le nom de Charles V, couramment : Charles Quint. Celui-ci ne pouvant être présent en permanence aux Pays-Bas, le gouvernement en est confié à un régent : en 1544, c'est sa sœur, Marie de Hongrie, dont la cour réside principalement à Bruxelles, capitale du duché de Brabant, qui est chargée de cette fonction. Le souverain est aussi représenté dans chaque province par un stathouder (lieutenant-gouverneurLe mot néerlandais stadhouder signifie littéralement « celui qui tient lieu » (de duc de Brabant, de comte de Flandre, etc.).).

Le duché de Brabant est la principale des dix-sept provinces, avec les villes de Bruxelles (capitale), de Malines (siège de la cour suprême), de Louvain (université) et d'Anvers, qui, en 1550, est une place économique de rang mondial, participant au commerce avec les territoires américains et asiatiques. Le comté de Flandre (Bruges, Gand), qui a connu son apogée au , est relégué au second plan.

En , Charles abdique les couronnes des Pays-Bas au profit de son fils aîné Philippe, qui reçoit les couronnes espagnoles en , devenant (mais , ).

Premier mariage de Guillaume d'Orange (1551) La question du mariage du prince se pose à la fin de son adolescence. Maximilien d'Egmont avait souhaité sur son lit de mort qu'il épouse sa fille, la comtesse Anne d'Egmont de Buren.. L'empereur y consent à la fin de l'année 1550 après deux ans de négociations ; les deux familles signent le contrat le , et le mariage a lieu le suivant.. Il y gagne une rente de , ainsi que de nombreuses seigneuries et châteaux dans les Dix-Sept Provinces.

Au service de Charles Quint dans les guerres contre la France Charles Quint a conclu une trêve avec en 1544, mais adopte dès 1548 une attitude assez offensive. En 1551, à la suite de l'élection du pape , hostile à la France, une dixième guerre d'Italie est en vue, la cinquième impliquant Charles Quint face au roi de France. Le commandement en chef est confié à Lamoral d'Egmont. (1522-1568).

Le , Guillaume est mis à la tête d'une compagnie de cavalerie et est chargé de lever des troupes.. Il reçoit l'hommage de la ville de Bréda le . Le , il est promu colonel., devant former dix compagnies, ce qui lui cause des soucis financiers.

Au cours de cette guerre, qui prend fin en 1566 par une nouvelle trêve, il n'a pas l'occasion de rencontrer les troupes françaises, étant chargé de missions secondaires.

En vue de la onzième guerre d'Italie, il est nommé capitaine général de l'armée de la Meuse le ..

La onzième guerre d'Italie commence en 1557. Les opérations de 1555 n'en font pas partie..

Il est appelé à Bruxelles pour assister aux cérémonies d'abdication de Charles Quint (), durant lesquelles l'empereur s'appuie sur son épaule..

Au service de pendant la onzième guerre d'Italie (1557-1559)

vignette|redresse=1.5|Guillaume d'Orange en 1555. Portrait peint par Antonio Moro. Philippe cherche à faire du prince d'Orange un fidèle : il le fait entrer au Conseil d'État le et dans l'ordre de la Toison d'or le . L'appartenance à cet ordre implique notamment la volonté de défendre la religion catholique.

Pendant la guerre qui commence quelques mois plus tard, ses armées d'origines très diverses sont frappées par la peste, manquent d'approvisionnement et sont mal payées ; elles sont fréquemment au bord de la mutinerie..

Entré au Conseil des finances., il présente des remontrances sur le mauvais état des finances du pays, et demande que les Pays-Bas ne soient pas seuls à contribuer aux dépenses militaires.. Appuyé par Emmanuel-Philibert de Savoie, régent des Pays-Bas, et par tout le Conseil d'État, il obtient des contributions du Trésor de Castille, ainsi que l'intervention de troupes anglaises..

prend alors conscience que le prince d'Orange incarne un courant d'opposition à son pouvoir.

L'épouse de Guillaume, Anne d'Egmont, meurt à l'âge de le ., après lui avoir donné trois enfants, dont un mort à .

Les 29 et , Guillaume joue un rôle important lors de la cérémonie funéraire de Charles Quint., organisée à Bruxelles par , en l'absence de la dépouille de l'empereur, mort le au monastère de Yuste (Castille) et inhumé sur place (puis au palais de l'Escurial en 1574).

À la suite de la victoire remportée par à Saint-Quentin (1557) et compte tenu de l'état de ses finances, des négociations engagées avec la France aboutissent aux traités du Cateau-Cambrésis () : la France renonce à toute prétention en Italie ; et veulent donner la priorité à la lutte contre le protestantisme dans leurs États., alors que dans l'Empire Charles Quint a dû signer en 1555 la paix d'Augsbourg qui laisse la religion au choix des princes (). Mais meurt accidentellement le et la France, où règnent de très jeunes rois (sous la tutelle de Catherine de Médicis), va rapidement sombrer dans les guerres de religion (1562-1598).

La guerre achevée, Guillaume parvient à licencier une bonne partie de ses troupes, bien qu'il ne dispose que de très peu d'argent..

Du traité du Cateau-Cambrésis (avril 1559) au départ de (août 1559) Durant l'été 1559, des discussions sont menées aux Pays-Bas à propos de la politique religieuse à suivre ; c'est aussi l'époque où est mise en place la réforme des diocèses, qui renforce l'organisation de l'Église catholique. À ces discussions participe notamment le duc d'Albe, Ferdinand Alvare de Tolède, qui prône l'introduction aux Pays-Bas de l'Inquisition (à la mode espagnole) et une politique de répression intransigeante, incluant la peine de mort pour tous les hérétiques., alors que nombre de catholiques néerlandais du courant érasmien admettent la liberté d'opinion religieuseLe culte protestant devant rester strictement privé., voire une certaine liberté de culte dans l'espace public. .