Le massacre de Dachau est le nom donné à un acte de représailles, considéré par certains chercheurs comme un crime de guerreLire les résultats de l'enquête établie le 15 juin 1989 par Felix L. Sparks : "Dachau and its Liberation" eng. "., commis par des soldats américains contre des membres de la SS lors de la libération du camp de concentration de Dachau le .
Ces événements ont parfois été utilisés pour accréditer l’idée selon laquelle on se serait trouvé en présence d’une exécution systématique de prisonniers de guerre allemands, une thèse qui se fonde sur un livre écrit par un ex-colonel médecin américain, Howard A. Buechner, dans lequel ce dernier affirme que 560 soldats avaient été exécutés.
Cependant, des sources indépendantes s’accordent à conclure qu'en fait de 39 à 50 membres du personnel de la SS affectés à la garde du camp trouvèrent la mort au cours de divers incidents et actes de vengeance ponctuels, dont certains étaient des exécutions commises en violation des principes du droit international.
Situation au camp de Dachau Lorsque les soldats américains pénétrèrent dans le camp, ils furent confrontés à des scènes d'horreur : prisonniers dans un état de maigreur épouvantable, fosses communes où étaient entassés des corps déchiquetés. De la fin 1944 jusqu’au jour de la libération, environ détenus trouvèrent la mort, ce qui représente quasiment la moitié du chiffre total des victimes du camp. Le , Victor Maurer, un délégué du Comité international de la Croix-Rouge, reçut l’autorisation de pénétrer dans le camp et de distribuer des vivres. Le même jour au soir arriva un convoi ferroviaire transportant des prisonniers en provenance de Buchenwald. Des que comportait initialement le convoi, seuls 800 survivants purent être internés dans le camp. Plus de 2300 cadavres furent abandonnés dans le train et autourA Dachau, le train de la mort des déportés de Buchenwald, archives INA.. Le dernier commandant régulier du camp, l’Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) Eduar Weiter, avait déjà pris la fuite le . Selon toute apparence, le commandement fut ensuite assuré par le Obersturmbannführer Martin Weiss, qui avait déjà assuré le commandement du camp de à . Il prit lui aussi la fuite le 28 ou le , le commandement étant alors assuré de facto par Heinrich Wicker, un jeune Untersturmführer (sous-lieutenant) de 23 ans. Il semble que dès le , le Standartenführer (colonel) SS Kurt Becher avait discuté avec Weiss de la reddition du camp aux troupes américaines.
Le , le reste de la garnison souhaita également abandonner le camp, mais en fut dissuadé par le délégué de la Croix-Rouge Victor Maurer. Ce dernier craignait l’évasion des détenus et la propagation subséquente de l’épidémie de typhus dont ils étaient victimes. Les portes du camp restèrent par conséquent gardées et un drapeau blanc y fut arboré.
Le terrain couvert par le camp de Dachau comprenait outre le camp de concentration d’autres installations de la SS – une école de commerce placée sous l’égide du Führer – et des services administratifs, l’école d’infirmerie des SS ainsi que d’autres services. Le camp de concentration originel, autrefois dénommé camp de détention préventive, occupait en fait une superficie relativement réduite par rapport à l’ensemble du complexe.
Libération du camp par l’armée américaine
Le matin du , le du de la d’infanterie de la US reçut l’ordre de prendre le camp de Dachau. L’officier commandant le bataillon, le colonel Felix L. Sparks transmit l’ordre à sa compagnie I et en prit lui-même le commandement. Vers midi, les Américains venant de l’Ouest atteignirent l’entrée du camp SS. Sur le chemin d’accès, ils découvrirent le train en provenance de Buchenwald et ses 39 wagons emplis de cadavres. Selon un rapport d’enquête, les mots auraient circulé dans les rangs américains. Au bout du convoi, les Américains tombèrent sur quatre SS qui se rendirent. Ils furent conduits vers le train où le commandant de la compagnie les abattit. Comme ils n'avaient pas été tués sur le coup, un autre soldat acheva les blessés.
Peu après, les soldats atteignirent l’hôpital militaire dont les bâtiments étaient situés à proximité de l’entrée. Au moins une centaine d’Allemands furent extraits de l’hôpital, y compris des femmes. Le chef de compagnie ordonna que les SS soient rangés à part, un prisonnier polonais facilita la sélection en les identifiant. Les 50 à 75 gardes SS sélectionnés de cette façon furent dépêchés vers un dépôt de charbon peu visible et adossés à un mur. Une mitrailleuse fut mise en batterie et le chef de compagnie ordonna les préparatifs de l’exécution. Selon certains témoignages, les SS se mirent en mouvement vers les Américains, d’autres rapportent qu’ils seraient restés tranquillement debout. De même, les récits divergent quant à savoir qui a ouvert le feu ou qui en a donné l’ordre. Il est toutefois avéré que le servant de la mitrailleuse a tiré plusieurs rafales en direction des prisonniers et que trois ou quatre autres soldats américains tirèrent sur ceux-ci avec leurs fusils. Les hommes touchés s’écroulèrent au sol et beaucoup d’autres qui n’avaient pas été touchés se laissèrent également tomber. Une poignée de SS restèrent debout mains levées. En raison d’un enrayage de la mitrailleuse, la fusillade ne dura que quelques secondes. Le colonel Sparks survint peu après et ordonna de cesser le feu. Les survivants furent incarcérés dans la ville de Dachau et les 15 ou 16 hommes qui avaient été tués furent laissés sur place.
Alors que la compagnie I s’avançait en direction du camp de concentration proprement dit, un groupe appartenant à la d’infanterie US (la division arc-en-ciel) entrait dans l’enceinte générale du camp. Il s’agissait d’une équipe sous le commandement du général Henning Linden, qui devait en principe prendre la tête d’un bataillon chargé d'aller à Munich. À Dachau, il rencontra un correspondant de guerre belge, Paul Levy, qui attira l’attention de Linden sur l’existence du camp de concentration. Ce groupe était accompagné du photographe de presse Raphael Algoet et de la correspondante de guerre Marguerite Higgins. Ils atteignirent également le camp à l’endroit où se trouvait le train empli de cadavres, et se dirigèrent ensuite directement vers le camp de concentration. Chemin faisant, ils rencontrèrent le jeune Untersturmführer Heinrich Wicker et Victor Maurer, qui souhaitaient négocier la reddition du camp. À l’entrée du camp de concentration, le groupe de Linden tomba nez à nez avec les soldats de la compagnie I et le colonel Sparks. Il s’ensuivit une dispute entre Linden et Sparks, Linden exigeant que l’accès au camp soit donné à la journaliste Higgins. Sparks avait toutefois reçu l’ordre de ne laisser personne accéder au camp de concentration avant l’arrivée d’une équipe spécialisée dans le traitement des victimes. Malgré cela, Higgins et un autre membre du groupe Linden escaladèrent la porte et apparurent ainsi comme les premiers libérateurs du camp de concentration.
Au cours du mouvement de la compagnie I vers le camp, survinrent plusieurs escarmouches avec des SS en fuite. Un échange de coups de feu eut également lieu lors de la prise des tours de garde. La dernière tour à être encore occupée était la tour B au nord de l’entrée principale du camp de concentration (le « Jourhaus »). Les Américains s’en approchèrent – sans essuyer de coups de feu – en deux groupes. Un soldat tira une salve en direction de la tour, ce qui incita les hommes qui la gardaient à se rendre. Les prisonniers furent alignés sur deux rangs. Les événements qui suivirent n’ont jamais pu être clairement expliqués. Le fait est toutefois que les soldats ont ouvert le feu sur les prisonniers. Par la suite, on devait relever six morts au pied de la tour et trois de plus dans le canal du Würm. Au cours de la marche le long du canal, huit autres prisonniers furent abattus. Les témoins rapportèrent qu’un GI tira à bout portant sur un SS. Une incertitude subsiste toutefois quant au fait de savoir s’il s’agissait d’un membre du détachement occupant la tour ou d’une autre victime. Dans le rapport d’enquête cité ci-dessus, on écrivit à ce sujet : Rapport d’enquête de Whitaker..
Par ailleurs, les prisonniers exercèrent également leur vengeance à l’égard des SS, des Kapos et des collaborateurs. Selon des évaluations de la US, 25 à 50 personnes furent tuées par les détenus dans les 24 heures qui suivirent la libération du camp. Plusieurs jours après la libération, des actes de vengeance eurent encore lieu. Ainsi, le , un soldat de garde appartenant à la compagnie L se fit subtiliser son fusil par plusieurs détenus qui s’en servirent pour abattre deux hommes supposés appartenir à la SS.
Le processus de la libération du camp fit l’objet d’un examen par une commission dirigée par l’inspecteur général adjoint Joseph M. Whitaker. Le nombre de prisonniers dont il est certain qu’ils furent tués par des soldats en violation du droit international s’élève à 39 personnes, le nombre maximal étant évalué à 50. La commission recommanda la mise en œuvre de cinq procédures de traduction en cour martiale pour meurtre, d’une procédure de mise en accusation pour non assistance à personne en danger à l’encontre de Howard Buechner et l’octroi d’un blâme. La direction de la armée américaine considéra que le résultat de l’enquête n’était pas satisfaisant. Aucun des soldats mis en cause n’eut à affronter une cour martiale.
La création de la légende
Dans les récits des anciens prisonniers de Dachau, l'exécution des SS est rapportée de façon marginale. Afin de relativiser ou minimiser la situation dans le camp de concentration, des auteurs révisionnistes ont fait du sort des gardiens du camp le point central de leurs réflexions. Le but de ces travaux était selon le cas de présenter les crimes de guerre comme des actes « normaux » ou les soldats américains comme des tueurs et des croisés cruels. Le premier auteur qui s’intéressa aux événements survenus lors de la libération du camp de concentration de Dachau fut l’ancien SS Erich Kern. Le livre de l'ancien médecin divisionnaire américain Howard Buechner, paru en 1986, Dachau: The Hour of the Avenger constitue le fondement essentiel de la légende qui veut que tous les SS capturés dans l’enceinte du camp aient été exécutés. Les pièces du rapport d’enquête de Whitaker, déclassifiées en 1992, ainsi qu’une recherche sur les sources effectuée par John H. Linden (le fils du Général Henning Linden) permirent de réfuter les affirmations de Buechner.
Erich Kern
L’ancien Untersturmführer SS (né Erich Kernmayr) rendit public en 1964 un travail révisionniste sous le titre Verbrechen am deutschen Volk. Eine Dokumentation alliierter Grausamkeiten (« Crimes contre le peuple allemand. Une documentation des cruautés alliées ») Erich Kern, Verbrechen am Deutschen Volk. Eine Dokumentation alliierter Grausamkeiten, Göttingen (1964) et Schütz (1976) ., prolongé en 1971 par l’ouvrage Meineid gegen Deutschland. Eine Dokumentation über politischen Betrug (« Parjure contre l’Allemagne. L’escroquerie politique documentée ») Erich Kern, Meineid gegen Deutschland. Eine Dokumentation über politischen Betrug, Schütz, 1971.. Dans ces publications, Kernmayr avait cité le récit de l’Oberscharführer Hans Linberger, qui, au moment de la libération du camp, y était en service en tant que blessé lourd dans une compagnie de réserve. Linberger faisait partie des hommes qui furent amenés devant le dépôt de charbon pour y être exécutés, mais il en réchappa sans être blessé. Selon son récit, douze hommes furent tués au cours de cette exécution. Le compte-rendu de Linberger paraît crédible, si on fait abstraction de certains propos typiques propres à la droite national-socialiste qui figurent dans le texte de Kern. Les descriptions de Linberger réfutent les hypothèses selon lesquelles tous les SS du camp auraient été exécutés.
Howard Buechner