Plaute, en latin , né vers 254 av. J.-C. à Sarsina dans l'ancienne Ombrie, maintenant située en Émilie-Romagne et mort en 184 av. J.-C. à Rome, est un auteur comique latin, le premier des grands dramaturges de la littérature latine, d'autres comme Naevius ou Ennius n'ayant guère laissé qu'un nom et quelques fragments. Il s'est essentiellement inspiré d'auteurs grecs de la comédie nouvelle tels que Ménandre, Philémon et Diphile auxquels il a donné une saveur typiquement romaine. Il a également connu un grand succès de son vivant, nombreux sont les écrivains romains l'ayant loué.

Il a influencé certains des grands de la littérature, entre autres : Shakespeare et Molière (L'Avare est ainsi en partie imité de l'Aulularia de Plaute). vignette|droite|Acteur dans un rôle d'esclave, avec un masque comique. Statuette en bronze, début du .

Biographie

thumb|upright=1.5|left|Sarsina, village de naissance de Plaute. La vie de Plaute est mal connue, surtout ses débuts, et il semble qu'une partie des informations disponibles ait été calquée sur les intrigues de ses comédies.. Il naît à Sarsina, petite ville d'Ombrie, région d'Italie centrale, vers le milieu du . Il se rend à Rome pour faire carrière ( ..). Selon Morris Marples, Plaute travaille comme charpentier ou machiniste de théâtre., activité ayant sans doute éveillé son amour pour la scène où se révèlent bientôt ses talents d'acteur. Il adopte alors les noms Maccius ou Maccus (« la mâchoire », autrement dit « le goinfre », stéréotype comique de farces populaires), et Plautus (« pied-plat »), surnom pouvant désigner un acteur de comédie à sandales, par opposition aux acteurs de tragédie chaussés de cothurnes à haut talon ; ou encore « oreille-plate », telles les oreilles d'un chien courant..

D'après la tradition, il s'est alors suffisamment enrichi pour s'engager dans le commerce maritime, cependant, il réussit plutôt mal, si bien qu'il doit s'embaucher comme manœuvre, notamment dans un moulin, activité lui laissant toutefois le loisir d'étudier le théâtre grec, particulièrement la nouvelle comédie et son principal représentant, Ménandre. Aussi peut-il à terme produire ses propres pièces qui connaissent une telle popularité que son nom suffit à remplir les théâtres. Elles s'appuient le plus souvent sur les modèles grecs, mais adaptés au goût du public romain. Telles quelles, elles représentent le corpus le plus ancien de textes latins ayant survécu dans son intégralité.

Plaute meurt sous le consulat de Publius Claudius Pulcher, durant la censure de Caton l'Ancien, et a pour épitaphe :

Œuvres Pièces intégralement conservées Amphitryon () La Comédie des ânes ou L'Asinaire () La Marmite ou L'Aululaire () Les Bacchis ou Les Bacchides () Les Captifs () Casina ou les tireurs de sort (Casina uel sortientes) La Cassette ou La comédie de la corbeille () Le Charançon ou Le Parasite ()

Les Ménechmes () Le Marchand () Le Soldat fanfaron () Le Revenant ou La Comédie du fantôme () Le Persan ou Le Perse () Le Petit Carthaginois () L'Imposteur () Le Cordage ()

Les Trois Écus (Trinummus) Le Brutal ()

Pièces fragmentaires Addictus Ambroicus ou Agroicus (« L'homme rustique ») Artamon Baccharia Bis Compressa (« La femme deux fois séduite ») Caecus (« L'aveugle »), ou Praedones Calceolus (« La petite chaussure ») Carbonaria Clitellaria ou Astraba Colax (« Le flatteur ») Commorientes (« Ceux qui meurent ensemble ») Condalium Cornicularia Dyscolus Foeneratrix Fretum Frivolaria (« Les Trèfles ») Fugitivi (« Les Fugitifs »—peut-être de Turpilius) Gastrion ou Gastron Hortulus (« Le Petit Jardin ») Kakistus (peut-être d'Accius) Lenones Gemini (« Les deux proxénètes ») Medicus (« Le médecin ») Nervolaria Parasitus Piger (« Le Parasite paresseux ») ou Lipargus Phagon (« Le Glouton ») Plociona Saturio Scytha Liturgus Trigemini (« Les Triplés ») Vidularia

Tradition manuscrite thumb|Le stemma codicum des pièces de Plaute, avec les dates supposées de rédaction. Les lettres latines représentent les manuscrits conservés, les lettres grecques les manuscrits perdus, Π représente les papyrus et Ω l'hyper-archétype Les comédies de Plaute constituent le premier grand ensemble de la littérature latine qui soit disponible.. Plus de cent-trente pièces circulent sous son nom à la fin du , mais l'érudit Varron n'en a conservé que vingt et une ., les seules, donc, qui soient parvenues à la postérité. Cependant, il subsiste des fragments d'une trentaine d'autres pièces..

La tradition manuscrite se divise en deux familles indépendantes.

Le palimpseste ambrosien

La première comprend le palimpseste ambrosien « A », redécouvert au par Angelo Mai, datant du ou du et contenant une dizaine de pièces, dont le texte en a été gratté pour faire place à un commentaire de Saint Augustin sur les Psaumes. Le moine chargé de cette besogne y a plus ou moins réussi : en certains endroits, il s'y est employé avec ardeur, supprimant en particulier le classement alphabétique des pièces ; en d'autres, il s'est montré moins zélé, mais à la fin du manuscrit il s'avère si consciencieux que plus un seul des mots de Plaute ne reste lisible. Certes, les techniques d'investigation modernes ont permis de restituer une bonne part du matériau détruit, à cela près que si les pièces médianes sont presque intactes, celles dont le titre se situe en tête de l'alphabet demeurent mutilées (par exemple la fin de l'Aulularia et le début de Bacchides), et que seules subsistent des traces de Vidularia.

Codices Palatini

La seconde famille est constituée par les codices Palatini, ainsi appelés car les principaux d'entre eux, B, C et D, ont été pendant une certaine période réunis à Heidelberg dans la bibliothèque du prince-électeur du Palatinat du Rhin.

Lorsqu'il y a concordance entre les deux, il est généralement considéré que la leçon fournie a de grandes chances d'être authentique..

Contexte historique Le contexte historique dans lequel Plaute a écrit peut dans une certaine mesure être induit de ses commentaires sur les événements et les personnalités dont il a été le contemporain. À cette époque, si la République romaine accroit son pouvoir et son influence, son théâtre en est toujours aux balbutiements.

Divinités de la société romaine thumb|upright=0.8|left|Rhéa, devenue Ops chez les Romains, mère de Jupiter (1888). Dans la mesure où ses pièces ne les choisissent pas comme héros, Plaute a parfois été accusé d'inculquer au public le mépris ou la dérision des dieux. Qu'un seul de ses personnages soit honoré ou moqué représente en soi une atteinte à leur prestige, d'autant qu'ils sont souvent mentionnés en des commentaires ou par des comparaisons jugées désobligeants : ainsi, il n'est pas rare qu'un personnage compare une mortelle à une divinité, ou affirme préférer l'amour d'une femme à celui d'une déesse. Dans le Miles Gloriosus, Pyrgopolynices se vante de sa longue vie et proclame : , .. Dans le Curculio, lorsqu'il rencontre Planésie pour la première fois, Phédrome lui affirme être un dieu, .. Dans Pseudolus, Ballio le proxénète est comparé à Jupiter, , ., et il n'est pas rare qu'un personnage aille jusqu'à exprimer son mépris des dieux comme dans le Poenulus ou le Rudens.

Pour autant, les personnages bafouant les divinités sont habituellement des individus de bas étage que Plaute a peut-être justement choisis pour leur irrévérence. Ainsi, parasites, proxénètes et courtisanes ne les honorent qu'avec parcimonie, et les soldats, quant à eux, les ridiculisent ouvertement. D'ailleurs, les jeunes gens censés représenter la classe supérieure, ne sont pas en reste, qui les rabaissent souvent par leur propos. Tolliver soutient que le théâtre reflétant et annonçant tout à la fois le changement social, il est probable que ce scepticisme était déjà largement répandu à l'époque de Plaute, et que son théâtre n'a ni provoqué ni encouragé le phénomène, mais simplement réfléchi les idées du temps. Comme, de toute façon, la production scénique est sous le contrôle de l'État, si les œuvres de Plaute avaient réellement été trop osées, elles auraient été censurées..

Deuxième guerre punique et deuxième guerre macédonienne

thumb|upright=1.4|Parcours d'Hannibal Barca, de l'Espagne carthaginoise vers l'Italie romaine, puis son retour à Carthage. La deuxième guerre punique, qui s'est déroulée à la fin du , a été l'un des conflits les plus graves de l'histoire de Rome ; l'invasion de l'Italie par Hannibal aurait pu avoir des conséquences désastreuses pour la cité. M. Leigh a consacré un long chapitre sur Plaute et Hannibal dans son livre Comedy and the Rise of Rome. Il y explique que .. Un bon exemple en est fourni par A. F. West dans son article « On a Patriotic Passage in the Miles Gloriosus of Plautus » (« À propos d'un passage patriotique dans le Miles Gloriosus de Plaute »). Après avoir déclaré que cette guerre ., il y mentionne un passage du Miles gloriosus, pièce dont la date de composition, si elle n'est pas certaine, est souvent située dans la dernière décennie du .. Ce passage, qu'il pense être une allusion à la deuxième guerre punique et qui semble destiné à attiser la foule, commence ainsi : ,

Le général Scipion l'Africain veut livrer bataille à Hannibal, intention .. Plaute cherche apparemment à ce que ce plan soit approuvé par le Sénat, échauffant son public avec l'idée d'un ennemi proche, et l'appelant à le vaincre. Il est donc raisonnable de dire, selon P. B. Harvey, qu'il .. M. Leigh écrit, dans son chapitre consacré à Plaute et Hannibal que ..

Plus tard, alors qu'elle se remet à peine de son affrontement avec Carthage, Rome se prépare déjà à entreprendre une autre expédition militaire vers la Grèce. Il existe alors un vaste débat sur le parti qu'elle doit prendre dans la deuxième guerre macédonienne ; elle finit par se positionner contre Philippe V de Macédoine. Dans l'article « Bellum Philippicum: Some Roman and Greek Views Concerning the Causes of the Second Macedonian War » (« Bellum Philippicum : points de vue grecs et romain sur les causes de la seconde guerre macédonienne »), E. J. Bickerman écrit que .. Arguant de la protection de ses alliés, explique Bickerman, Rome cherche en fait à étendre son pouvoir vers l'est, alors que la deuxième guerre punique est désormais terminée.. Mais repartir en guerre n'est pas tâche aisée après les récents affrontements avec Carthage, de nombreux Romains se trouvant trop fatigués pour penser à de nouvelles campagnes. Comme l'écrit W. M. Owens dans son article Plautus’ Stichus and the Political Crisis of 200 B.C. (« Plaute, Stichus et la crise politique de 200 av. J.-C. »), .. Owens affirme que Plaute essaye de s'accorder aux méandres de l'opinion générale, à la fois heureuse de la victoire sur Carthage, mais inquiète de l'éventualité d'un nouveau conflit.. Par exemple, les personnages de filles dévouées à leur père semblent obsédés par l'idée d’officium, de « devoir », d'« obligation morale ». Leur discours est émaillé de mots comme pietas et aequus, et leur insistance pour que leur père remplisse son rôle y est omniprésente.. Le parasite Gelasimus, client de cette famille, se dit prêt à accomplir n'importe quelle tâche pour gagner sa vie, et Owens avance l'idée que Plaute évoque ainsi les difficultés économiques auxquelles doivent faire face de nombreux Romains en raison du lourd tribut payé à la guerre..

En plaidant sans relâche pour la prise en considération de la détresse des petites gens, Plaute se positionne clairement aux côtés du citoyen romain moyen. Sans faire de référence explicite à une possible guerre contre la Grèce ni à celle qui a été menée contre Carthage, ce qui eût été trop dangereux, il laisse entendre que le gouvernement devrait d'abord veiller au bien de son propre peuple avant d'envisager de nouvelles actions militaires.

Filiation avec le passé

Âges de la comédie