Sophie de Réan, ou Sophie Fichini, est le personnage central de la trilogie de la comtesse de Ségur parfois nommée Trilogie de Fleurville, qui comprend Les Malheurs de Sophie, Les Petites Filles modèles et Les Vacances, publiée en 1858-1859.

Cette trilogie étant un classique de la littérature enfantine, elle a eu droit à des adaptations sur de nombreux médiums : en bande dessinée, en pièce de théâtre, en film, en musique par Chantal Aubert et par Chantal Goya. Elle est également adaptée en une série d’animation pour la télévision en 1998-1999 qui connaît un grand succès et de multiples rediffusions.

Dans Les Malheurs de Sophie, le lecteur suit Sophie dans son enfance dans un premier temps plutôt paisible, durant laquelle elle apprend la vie en faisant des bêtises, qui lui valent des punitions et des remontrances de sa mère, austère mais aimante.

Elle traverse ensuite des épreuves abominables, perdant ses deux parents de façon tragique en à peine quelques mois. Désormais sous la tutelle d'une marâtre qui lui voue une haine obsessionnelle, elle est maltraitée à coups de fouet et victime de multiples privations. Ces mauvais traitements font de cette petite fille à la nature profondément bonne une enfant fourbe, triste et timorée.

Vivant ensuite aux côtés des bienveillantes de Fleurville et de Rosbourg ainsi que leurs filles, qui lui servent de modèles autant que de famille de substitution, elle apprend péniblement de ses erreurs et guérit de ses traumatismes (Les Petites Filles modèles), avant de devenir une jeune fille exemplaire et de connaître à nouveau le bonheur (Les Vacances). Elle est ainsi la figure la plus connue de l’œuvre de la comtesse de Ségur, dont elle symbolise les thèmes fétiches : la maltraitance et la rédemption.

Conception L'auteure, la comtesse de Ségur (née Sophie Rostopchine) n'a pas caché que le livre Les Malheurs de Sophie était autobiographique et que les aventures de Sophie étaient en réalité ses aventures, celles de la petite fille russe mal-aimée qu’elle a été, entre une mère extrêmement sévère et un père absent.

Dans le manuscrit, l'héroïne se prénommait « Marie », avant que ce prénom soit raturé pour devenir « Sophie ». Lien Wayback Machine..

Description Sophie a les yeux gris, une figure ronde et souriante, et des cheveux blonds, lisses et coupés court. Dans le dessin animé Les Malheurs de Sophie, Sophie a les yeux verts, un visage fin et des cheveux assez longs et bruns, mais elle se retrouve avec les cheveux coupés au carré après la coupe réalisée par sa belle-mère Fichini en guise de punition. Par la suite, les cheveux de Sophie repoussent et deviennent plus longs qu'auparavant et deux rubans roses, semblables à ceux de Camille, décorent les cheveux.

Lors de ses premières années, elle est une petite fille très gentille, charmante et agréable au quotidien, mais cependant, il lui arrive d'être colérique, de mentir (souvent pour protéger ses amis voire parfois elle-même). C'est une enfant très gourmande, qui ne manque pas une occasion de se régaler de délicieux petits mets. La perte brutale de ses deux parents et son adoption par une marâtre violente changent profondément sa personnalité, la rendant triste, malhonnête, colérique et opportuniste. Retrouvant le bonheur avec les familles de Fleurville et de Rosbourg, elle devient douce, raisonnable et retrouve son espièglerie d'antan.

Biographie

Des premières années paisibles au château de Réan Les deux parents de Sophie, et de Réan, sont vivants au début du récit. C'est la mère de famille qui vit à demeure car de Réan est très souvent absent du domicile. Paul d'Aubert, le cousin de Sophie, un peu plus âgé qu'elle, vit le plus souvent avec elle au château de Réan. C'est un garçon intelligent, tempéré et très aimant vis-à-vis de sa cousine, mais délaissé par ses parents, les époux d'Aubert, qui ne s'intéressent que peu à lui.

Sophie est âgée de . Elle est particulièrement vive et active. Ses distractions sont variées : elle fait du thé avec divers ingrédients imbuvables (de la craie à argenterie et de l'eau du chien), met ses pieds dans de la chaux vive, se bat avec son cousin Paul puis se réconcilie avec lui, se régale de fruits confits au-delà du raisonnable, abîme continuellement sa poupée en tentant de bien s'en occuper.

En somme, Sophie passe son temps à faire des bêtises, bien qu'elle ne s'en rende toujours compte qu'après-coup. Sa mère, sévère mais aimante, veille à ce qu'elle tire des leçons de chacune de ses bêtises, et la réprimande sévèrement avant de lui pardonner une fois qu'elle est certaine que sa fille a appris de ses erreurs.

Deux petites filles vivent dans un château proche de celui de Réan. Elles se prénomment Camille et Madeleine de Fleurville. Ensemble, les quatre enfants expérimentent beaucoup de jeux et d'activités. Leur mère, de Fleurville, veuve d'un militaire, est une proche amie de la famille de Réan et a beaucoup d'affection pour Sophie et Paul.

Le départ pour l'Amérique et le naufrage de la Sibylle La vie jusqu'ici paisible de ce petit monde est bouleversée par un voyage. Sophie, ses parents, le cousin Paul et les parents de ce dernier ( et d'Aubert) projettent de partir en Amérique. Le voyage est organisé parce que Fichini, un ami de la famille, laisse miroiter un héritage considérable s'ils se rendent là-bas. Les six personnes partent de leur province et se rendent à Paris pour y réaliser des achats. Puis elles vont dans un port pour monter à bord de la Sibylle.

La traversée se déroule paisiblement. Le jeune Paul est toujours meurtri de sa mise au ban continuelle de la part de ses parents. Il éprouve un sentiment éperdu de tendresse et de respect pour le commandant, qui veille sur lui durant le voyage comme un père de substitution.

Mais l'histoire devient sinistre lorsqu'une tempête s'abat sur le navire. La Sibylle prend le gite, trouée par des rails de chemin de fer qui étaient dans la soute et ont éventré la coque. La mère de Sophie, les parents de Paul et le reste des marins montent dans les chaloupes mises à la mer pour évacuer l'épave. Il n'y a plus de place pour cinq personnes qui n'ont pas été attendues : le commandant, de Réan, Sophie, Paul et un matelot surnommé le Normand. Une vague scélérate engloutit alors les chaloupes, qui sont ballottées en tous sens. Tous leurs passagers meurent noyés. Ayant vu le drame, Sophie et son père s'échappent de la Sibylle dans un radeau qui ne peut les contenir que tous les deux. Les trois autres qui restent sur l'épave qui chavire sont contraints à trouver un autre moyen de s'échapper dans un temps imparti très court. Du point de vue de Sophie, le navire sombre pourtant bien vite. Elle est certaine qu'eux aussi ont péri.

Les deux survivants sont trouvés errants sur les flots par un navire qui les emmène en Amérique. Fichini meurt et demande en dernière volonté que de Réan, alors veuf, se marie avec sa fille, Fedora Fichini.

Sophie face à sa belle-mère abusive de Réan se remarie sans grand entrain, miné par une dépression importante. Tourmenté par la maladie, il pense avoir trouvé en Fichini une nouvelle mère qui saura prendre soin de Sophie une fois que lui-même ne sera plus là. Il se trompe lourdement : la belle-mère est spontanément cruelle et vicieuse avec Sophie et, un jour, la frappe injustement sur les jambes avec des branchages. Lorsqu'elle en fait part à son père, ce dernier, très en colère, gifle Fichini et lui intime l'ordre de ne plus jamais lever la main sur sa fille. La marâtre humiliée lui promet de battre Sophie le plus fort et le plus souvent qu'elle le pourra. de Réan meurt quelques jours après, terrassé par son cœur fragile et sa honte de ne pas avoir su empêcher les blessures de sa fille. Il n'a pas pu divorcer et donc enlever la garde de Sophie à Fichini. Cette femme cruelle respecte scrupuleusement sa promesse de la battre.

Fichini se montre d'une cruauté exécrable envers Sophie. La marâtre ne cesse de la fouetter, de la priver de nourriture et de la meurtrir. Sophie est altérée par les meurtrissures que sa belle-mère aux allures d'ogresse lui inflige. Puisqu'elle est martyrisée, son caractère s'en ressent. Alors qu'elle était joyeuse, curieuse et spontanée, elle devient querelleuse, colérique et malhonnête. Elle ne fait en vérité que suivre la voie de sa belle-mère qui ne cache pas la détestation et le mépris qu'elle ressent pour elle.

Fichini, de retour en France avec sa belle-fille, a pris possession du château de Réan, situé à côté de celui de Fleurville et profite de la présence de de Fleurville et de Rosbourg, qui vivent ensemble au château de Fleurville, pour parader dans ses vêtements pompeux et franchement ridicules, remplis de fanfreluches et de rubans. Ces dames, consternées par le comportement de Fichini, se rendent tout de suite compte que Sophie est maltraitée et l'invitent le plus souvent possible, même si cela les force à faire bonne figure devant sa belle-mère qu'elles ont en horreur.

La nouvelle vie de Sophie à Fleurville Malgré sa joie de revoir ses amies, Sophie se comporte souvent mal avec elles lors de ses visites, et Camille et Madeleine font preuve de patience et de compréhension pour que l'atmosphère reste bonne. Marguerite, moins mûre, moins compréhensive, a nettement plus de mal à aimer l'orpheline et le lui fait savoir. Elle finit par développer elle aussi de la compassion à son égard lorsqu'elle voit Sophie se faire battre à plusieurs reprises, Fichini n'hésitant pas à avoir recours au fouet devant ses hôtes, déclarant même que « le fouet est le meilleur des maîtres » et « le seul moyen d'élever des enfants » (chapitre Les hérissons). En effet, pour parvenir à se nourrir, Sophie en a été réduite à tricher, mentir et dissimuler à cause de sa marâtre qui la privait très souvent de repas ; elle se goinfre donc dès qu'elle en a l'occasion, mentant, volant, créant des situations de tension avec ses amies, qui lui pardonnent toujours.

Lorsque de Fleurville et de Rosbourg réussissent à convaincre Fichini, qui doit faire un voyage de plusieurs mois en Italie, de leur confier Sophie, elles trouvent qu'il est opportun de sauver la fillette de la spirale infernale dans laquelle elle se trouve. Le tournant se fait véritablement dans le chapitre Le cabinet de pénitence : alors que Sophie s'attend à être battue après avoir écrasé des cerises destinées à une pauvre femme et s'être bagarrée avec Marguerite pour cela, de Fleurville, loin de la brutaliser, l'amène dans un cabinet du château et l'incite à écrire pour réfléchir à son comportement. S'enfermant d'abord dans une rage aveugle puis dans un refus obstiné, elle est surprise de voir que de Fleurville ne la fouette pas et continue à lui apporter des bons repas et à lui faire confiance pour mener sa tâche à son terme. Touchée d'être traitée avec dignité malgré la gravité de ses fautes, elle finit par écrire cette lettre où elle émet des regrets sincères pour son comportement, après quoi elle est pardonnée et peut retrouver ses amies.

Après cela, Sophie fait de gros progrès, mais prend de nombreuses semaines à perdre ses défauts profondément ancrés et des réflexes traumatiques acquis face à la maltraitance permanente de sa belle-mère. « Chère Camille, je vois que je resterai toujours méchante ; jamais je ne serai bonne comme vous », affirme-t-elle avec désespoir dans le chapitre Un événement tragique. Mais petit à petit, Sophie reprend confiance en elle et retrouve une réelle joie de vivre. de Fleurville et de Rosbourg traitent Sophie comme leur propre fille, avec amour et tendresse, et leurs filles elles-mêmes voient en Sophie une sœur, permettant à celle-ci de se trouver une véritable famille de substitution.

Un retour inespéré