La Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec est la bibliothèque législative du Québec. Fondée à Québec en 1802 par la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, chambre basse du Parlement du Bas-Canada de 1792 à 1838., elle est la quatrième plus ancienne bibliothèque de ce type en Amérique du Nord.. Auparavant dénommée « Bibliothèque de l'Assemblée législative » (1802-1849), puis « Bibliothèque du Parlement » (1849-1867) et « Bibliothèque de la Législature » (1867-1982), elle a reçu son appellation actuelle le , lorsque le lieutenant-gouverneur du Québec a sanctionné la Loi sur l'Assemblée nationale..
La Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec a pour mission de contribuer à la vie politique et parlementaire du Québec en conservant, organisant et développant une collection d’informations fiables et impartiales à l’attention de sa clientèle prioritaire. Cette clientèle se compose des députés et leur personnel, du personnel administratif de l’Assemblée nationale, des membres de la Tribune de la presse, du Commissaire à l’éthique et à la déontologie, du Commissaire au lobbyisme, du Directeur général des élections, du Protecteur du citoyen, du Vérificateur général et du lieutenant-gouverneur du Québec..
La Bibliothèque a suivi le siège du gouvernement dans ses nombreux déménagements au fil du XIXe siècle. D'abord abritée par l'ancien Hôtel du Parlement de Québec, situé sur l'emplacement actuel du parc Montmorency., elle est déplacée à Kingston après la fusion du Haut-Canada et du Bas-Canada. Elle déménage à Montréal en 1844, puis retourne à Québec jusqu'à l'incendie de l'Hôtel du Parlement en 1854. Elle est ensuite déplacée à Toronto, avant de revenir à Québec en 1859. Même si la majorité de ses collections sont transférées à Ottawa en 1865, la création du Parlement provincial de Québec par la Loi constitutionnelle de 1867 garantit qu'elle ne quittera plus Québec.
L’histoire de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec est intimement liée à l’histoire coloniale, politique et constitutionnelle du Québec. Son évolution témoigne des effets successifs de l'Acte constitutionnel (1791), de l'Acte d'Union (1840) et de la Confédération canadienne (1867), de même que des nombreuses réformes administratives et parlementaires adoptées pendant la Révolution tranquille (1960-1970). En plus de subir les impacts des mutations constitutionnelles et politiques québécoises et canadiennes, la Bibliothèque a été la proie des flammes à trois reprises, en 1849, 1854 et 1883.
Histoire
Fondation En 1791, l'Acte constitutionnel divise la Province de Québec en deux entités politiques, soit le Haut-Canada et le Bas-Canada, et dote chacune d'elles d'un conseil législatif et d'une assemblée législative.. Durant ses premières années d'existence, l'Assemblée législative du Bas-Canada accumule quelques ouvrages de référence et des séries de ses propres imprimés, comme les Journaux de la Chambre et les règlements.. Mais les seules collections générales dont elle dispose sont celles de la Quebec Library, une bibliothèque publique de souscription fondée par Frederick Haldimand en 1779. Essentiellement de langue anglaise et destinées à servir d'instrument de propagande de la cause britannique, elles s'avèrent inadaptées aux besoins des parlementaires bas-canadiens..
Inspirés par la mise sur pied d'une bibliothèque législative au Haut-Canada et la publication du premier catalogue de la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis, la Chambre d'assemblée constitue un comité chargé d'évaluer la possibilité de se doter de sa propre bibliothèque. Le rapport du comité, adopté le , consacre la fondation de la « Bibliothèque de l'Assemblée législative ». Il remet sa direction entre les mains du greffier de la chambre basse et réserve l'accès à ses collections aux représentants de la Couronne et aux membres du Parlement.. La Bibliothèque est aménagée à l'intérieur de l'édifice du Parlement, alors situé en haut de la côte de la Montagne, à Québec. Elle devient la quatrième bibliothèque législative en Amérique du Nord.
En raison d'une brève paix entre la France et l'Angleterre, les députés bas-canadiens sont en mesure de recevoir sans trop de délai les documents qu'ils souhaitent acquérir d'Europe. Ils ne parviennent, toutefois, à se les procurer qu'en faible quantité et à un coût élevé. Cette situation, commune dans l'Amérique du début du XIXe siècle, limite tant leurs acquisitions qu'en 1812, le premier catalogue imprimé de la Bibliothèque totalise vingt et une pages.
Canada-Uni : Une bibliothèque itinérante vignette|Parlement du Bas-Canada (1820), situé à Québec.En 1840, l’Acte d’Union du Haut et du Bas-Canada créé la province du Canada et impose la fusion des bibliothèques parlementaires des deux provinces sous l’appellation de « Bibliothèque du Parlement du Canada-Uni ». Le siège du Parlement de la province est déplacée dans une ville du Canada-Ouest, puis dans une autre du Canada-Est, en alternance. Les collections de la Bibliothèque déménagent également : Kingston (1841-1843), Montréal (1844-1849), Toronto (1850-1851, 1856-1859), Québec (1852-1856, 1860-1866), et finalement Ottawa (1866), qui deviendra un an plus tard la capitale de la Confédération canadienne .
Malgré ces fréquents déplacements, la présence de la bibliothèque à Québec, surtout de 1859 à 1865, aura été au cœur de ce mouvement littéraire qu’on a appelé l’« École de Québec » et à laquelle on associe des figures importantes de l’histoire littéraire québécoise, tels Antoine Gérin-Lajoie, Octave Crémazie, l’abbé Jean-Baptiste-Antoine Ferland, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, Étienne Parent, Joseph-Charles Taché et Henri-Raymond Casgrain« Biographie d’Antoine Gérin-Lajoie », in Dictionnaire biographique du Canada, par Jean-Charles Falardeau, consulté le 27 novembre 2013« Le mouvement littéraire de 1860. L’école patriotique de Québec», in L’Encyclopédie de l’histoire du Québec, Histoire de la littérature canadienne-française (Québec), consulté le 27 novembre 2013.
Incendie de 1849 À partir de 1846, à la suite de l'élection du parti whig en Grande-Bretagne, les produits canadiens ne bénéficient plus de tarifs préférentiels sur le marché britannique. L'élite anglophone et marchande du Canada-Uni est particulièrement affectée par cette décision, la colère et le mécontentement grandissant peu à peu parmi ses membres. De plus, une série de mesures adoptées entre 1847 et 1849 par le Parlement britannique en faveur des Canadiens français vient accentuer ce sentiment de frustration.. vignette|L'incendie du Parlement à Montréal, Joseph Légaré, 1849. En , le gouvernement de Louis-Hyppolyte Lafontaine et Robert Baldwin, premier gouvernement responsable du Canada-Uni, propose une loi à l'Assemblée législative qui vise à indemniser les victimes de l'armée britannique lors de la rébellion des Patriotes de 1837-1838. C'est la goute de trop pour les tories, qui font tout en leur pouvoir pour nuire aux débats et retarder l'adoption du projet de loi. La loi est néanmoins votée le 15 par 47 voix réformistes contre 18 voix tories.. La presse anglophone s'indigne et met la pression sur le gouverneur général Elgin afin qu'il impose son droit de veto. Contre toute attente, celui-ci se présente le au parlement pour sanctionner le projet de loi. Un journaliste du Montreal Gazette appelle alors les Anglo-Montréalais à se regrouper sur le Champ-de-Mars mais la manifestation vire rapidement à l'émeute. La foule interrompt la séance de l'Assemblée législative en jetant des pierres aux fenêtres du parlement puis y met le feu en brisant les becs à gaz.. Les flammes se répandent rapidement et les manifestants bloquent l'accès aux sapeurs-pompiers venus éteindre le feu, une grande partie du bâtiment est ainsi détruite.
L'incendie a pour conséquence la destruction des quelque des deux bibliothèques, des archives parlementaires du Haut-Canada, du Bas-Canada, et du Canada-Uni, ainsi que la perte de documents officiels et de manuscrits originaux« Des livres de la bibliothèque publique du Parlement du Canada-Uni, incendié en 1849, ont été retrouvés sous l'ancien stationnement de la place d'Youville, dans le Vieux-Montréal. Une trouvaille surprenante faite par le musée Pointe-à-Callière durant sa campagne de fouille archéologique de l'été dernier. » Vieux-Montréal : des livres sous l'ancien parlement », Jean Siag, La Presse, Montréal, 4 novembre 2013, consulté le 4 novembre 2013. https://www.lapresse.ca/arts/201311/04/01-4707128-vieux-montreal-des-livres-sous-lancien-parlement.php. Du nombre, on compte un exemplaire du célèbre Birds of America de Jean-Jacques Audubon et des milliers de livres rares importés d'Angleterre. Seulement 200 volumes et les journaux de l'Assemblée législative du Haut-Canada de 1825 à 1841 sont sauvés..
Georges-Barthélemi Faribault, assistant-greffier de l’Assemblée législative de 1832 à 1855, qualifie cet incendie « d'outrage et d'infamie ». C’est à lui que le gouvernement confie une mission européenne en vue de la reconstruction d'une nouvelle bibliothèque. Ainsi, d’ à , Faribault se rend à Londres et à Paris, avec un crédit de Environ 500 000 dollars US de 2011 selon ce calculateur : ., et achète des volumes anglais et français; il visite les ministères, il sollicite des dons et, grâce à la collaboration de l’historien et archiviste Pierre Margry, il réalise un projet de transcription de documents relatifs à la Nouvelle-France (1852-1855). Faribault revient de sa mission le et, deux ans plus tard, la bibliothèque est à nouveau la proie des flammes« Fonds Georges-Barthélémi Faribault, Notice biographique/Histoire administrative », Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) http://pistard.banq.qc.ca/unite_chercheurs/description_fonds?p_anqsid=20131107083411298&p_centre=03Q&p_classe=P&p_fonds=853&p_numunide=849418, consulté le 7 novembre 2013.
Signalons qu’en 1837, Faribault avait publié un ouvrage unique à l’époque, le Catalogue d’ouvrages sur l’histoire de l’Amérique et en particulier de la Louisiane, de l’Acadie, et d’autres lieux, ci-devant connue sous le nom de Nouvelle-France; avec des notes bibliographiques, critiques et littéraires. Il s’agit du « premier document du genre publié au pays ». Il souhaitait que son catalogue serve de « plan de développement à la collection canadienne et américaine de la Bibliothèque de la Chambre d’assemblée ». Il ignorait alors la tragédie qui allait survenir plus tard mais il a quand même poursuivi son travail bibliographique après « l'outrage » de 1849 .
Incendie de 1854 Le , un deuxième incendie détruit l’hôtel du Parlement du Canada-Uni, à QuébecChronologie parlementaire (1854) https://www.assnat.qc.ca/en/patrimoine/chronologie/chrono28.html, dans lequel se trouve la Bibliothèque. Une perte énorme, soit la moitié de la collection, qui compte environ .
À peine relevée du sinistre de 1849, la Bibliothèque de la Législature entreprend encore une fois la reconstruction de sa collection. En 1855, le bibliothécaire Alpheus Todd est chargé de reprendre la mission européenne de sollicitation de dons et d’achat de livres dont Georges-Barthélemi Faribault s’était si bien acquitté à peine trois ans plus tôt. Todd quitte Québec le pour la Grande-Bretagne et la France et revient un an plus tard après avoir fait l’acquisition de et plusieurs documents d'une grande valeur pour une somme totale de .
Ottawa, capitale définitive