vignette|upright=1.1|Vénus anadyomène. Ingres (entre 1808 et 1848). Huile sur toile, H. .Musée Condé.

La Vénus sortie des eaux, « Vénus anadyomène » ou « Aphrodite anadyomène » (du grec ancien , « surgie vers le haut », c’est-à-dire « sortie des eaux » ou « surgie des eaux ») est un thème artistique courant de la peinture occidentale, issu du mythe gréco-romain de la naissance de la déesse Vénus (en grec Aphrodite).

Antiquité Thème littéraire L'adjectif « anadyomène » est un emprunt au latin , substantif lui-même emprunté au grec , désignant Vénus sortant de l'eau, et participe passé de [consulté le 2017].. L'épithète faisait référence à la légende transmise par Hésiode (Théogonie) à propos de la naissance d'Aphrodite, qui aurait émergé de l'écume de la mer à Chypre après que le sang et le sperme du sexe coupé d'Ouranos se seraient mêlés à l'eau de la merHésiode, Théogonie 176–200..

Cette version est évoquée dans l'un des Hymnes homériques :

Les textes antiques rapportent cependant une deuxième tradition quant à la naissance d'Aphrodite. Dans le de l'Iliade, elle est la fille de Zeus et de Dioné. Mais cette version pose de nombreux problèmes d'interprétation..

Peinture d'Apelle et reprises sculptées Le peintre Apelle de Cos () est l'auteur d'une peinture murale très célèbre dans l'Antiquité, aujourd'hui perdue, mais copiée à de nombreuses reprises, et transposée en sculptureLa peinture de Pompéi (dans le style IV), où Vénus en compagnie d'amours vogue sur une coquille, n'est manifestement pas une copie ou dérivée du tableau d'Apelle. Lorsque cette peinture murale est évoquée par les spécialistes aucune mention n'est faite du tableau d'Apelle à son propos. , . Par la suite, de nombreux peintres occidentaux ont repris ce thème et le motif de la pose transmise par les sculptures antiques, dont Botticelli et sa La Naissance de Vénus, vers 1485, œuvre majeure de la Renaissance italienne.

La peinture d'Apelle représentait la déesse nue, debout, lorsqu'à peine sortie de la mer, elle essore gracieusement l'eau de ses cheveux. La peinture a été créée pour les citoyens de l'île de Kos et y a été accrochée dans le temple d'Asclépios. Sur ordre d'Auguste, le tableau fut apporté à Rome. Là, il a été consacré comme un portrait de la mère ancestrale de la famille Julius, dédié à son père adoptif déifié, Jules César. Les citoyens de Kos ont été indemnisés par un abattement fiscal de Strabon, Géographie 14,2. À l'époque de Néron, la moitié inférieure du tableau qui était abîmée fut remplacée par une copie du peintre Dorotheos. La moitié supérieure a été restaurée à l'époque de VespasienGünther Bröker: « Apelles 1 ». In: Allgemeines Künstlerlexikon. Die Bildenden Künstler aller Zeiten und Völker (AKL). Band 4, Seemann, Leipzig 1990, , p. 502..

La peinture a fait l'objet, dans l'Antiquité, d'une multitude de reprises plus ou moins éloignées de l'original, y compris sous forme de statuettes et de statues, en marbre, en bronze et en d'autres matériaux moulés..

Par ailleurs, le motif de Vénus nue, agenouillée dans un coquillage, entre les deux valves, aurait pu être la forme simplifiée d'un motif où la déesse, à sa naissance, sort de la mer tandis qu'Éros, qui l'accompagne, l'enveloppe d'un manteau [sous toutes réserves : texte ancien].Le motif de « Vénus à sa toilette » - au Louvre, Vénus de Vienne - qui est attesté, en bronze, au pourrait, peut-être, dériver de ces versions qui avaient déjà une longue histoire. Au musée archéologique de Rhodes, une variante de cette pose est intégralement conservée dans une statue où Aphrodite, du , écarte ses cheveux en deux masses ondoyantes.

Modèles Selon Pline l'Ancien, Campaspe, la concubine préférée d'Alexandre le Grand, aurait été le modèle de l'Anadyomene d'Apelle. Le peintre serait tombé amoureux de Campaspe, après quoi Alexandre aurait généreusement laissé sa concubine au peintre qui était aussi l'un de ses portraitistes attitrés et exclusifs..

Selon Athénée de Naucratis, le modèle serait apparu au peintre sous les traits de Phryné, célèbre courtisane, devant la foule rassemblée sur la plage d'Éleusis, après une célébration des Mystères d'ÉleusisAthénée de Naucratis, Deipnosophistae, XIII.590F .. « Phryné était une femme vraiment belle, même dans les parties de sa personne qu'on ne voyait généralement pas : c'est pourquoi il n'était pas facile de la voir nue ; car elle portait une tunique qui couvrait toute sa personne, et elle n'allait jamais aux bains publics. Mais à l'assemblée solennelle de la fête d'Eleusis, et à la fête de la Poséidonia, alors elle déposa ses vêtements à la vue de tous les Grecs assemblés, et s'étant défait les cheveux, elle alla se baigner dans la mer ; et c'est d'elle qu'Apelle prit le modèle d'Aphrodite Anadyomène. » Après son bain, nue, dans la mer, elle en serait sortie et aurait pressé . Le succès fut immense et la peinture d'Apelle attira une foule de visiteurs sur l'île de Cos.

Nu et symboles sexuels

L'origine violente, cruelle, de sa naissance - la « Vénus céleste » est bien née du sexe tranché du Ciel, Ouranos, par son fils Cronos, Saturne - et son parèdre, le dieu de la guerre Arès, Mars, tout cela vient complexifier l'image que les Grecs et les Romains s'en faisaient, et, après eux, les hommes de la Renaissance, dont Sandro Botticelli et La Naissance de Vénus, vers 1484-85, mais aussi Pic de la Mirandole et Ange PolitienDidi-Huberman cite Politien, Stanze per la Giostra, 1475-78, source littéraire directe de Botticelli. . Georges Didi-Huberman (1999), attentif au pathos relevé par Aby Warburg dans la peinture de BotticelliAby Warburg, « La Naissance de Vénus et Le Printemps de Sandro Botticelli », 1893, trad. Sandra Mueller, in Essais Florentins, Paris, Klincksieck, 1990. - visages et corps impassibles, tandis que la passion se déplace "à l'extérieur", « en bordure des corps » - fait ainsi une lecture renouvelée de la peinture de Botticelli en élargissant le champ des références que la peinture convoque. Voir aussi.

Postérité Peinture et sculpture. Le sujet n'a jamais entièrement disparu dans l'art occidental et a été considérablement repris à la Renaissance italienne, avec de nouvelles poussées dans le baroque et le rococo, puis dans la peinture néoclassique, romantique et académique du tout comme la sculpture, dont la célèbre Vénus à la coquille de James Pradier de 1844James Pradier, Vénus à la coquille, 1844 : , Musée d'Art et d'Histoire de Genève.. Au moins un nu féminin central est pratiquement requis dans le sujet, ce qui a contribué à sa popularité.

Poésie : Alfred de Musset, Rolla, 1833

Poésie : Vénus anadyomène est le titre d'un poème ironique d'Arthur Rimbaud.

Cinéma : Uma Thurman, dans ses débuts d'actrice, surgit des eaux d'une fontaine et apparaît comme sur le tableau de Botticelli pour rejoindre son mari barbu aux manières frustes Héphaïstos, dans Les Aventures du baron de Münchhausen (Terry Gilliam, 1988) ;

Mannequinat : Cindy Crawford a joué les Vénus, posant nue au creux d'une énorme coquille Saint-Jacques.

Galerie

Notes et références

Articles connexes

La Naissance de Vénus (Cabanel) La Naissance de Vénus (Bouguereau) Vénus anadyomène (Chassériau) Vénus anadyomène (Ingres) Vénus anadyomène (Titien) Vénus anadyomène (Rimbaud)

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