L’abbaye Notre-Dame de Larrivour (ou de l'Arrivour ou encore de la Rivour) est une ancienne abbaye cistercienne de moines située à Lusigny-sur-Barse, sur le bord de la Barse en forêt d'Orient, dans le département français de l'Aube, en région Grand Est, à environ à l'est de Troyes.

Elle est fondée au milieu du sous l'impulsion du comte de Champagne , de Bernard de Clairvaux et de l'évêque de Troyes Atton, qui y envoient des moines de l’abbaye de Clairvaux menés par Alain de Flandre, appelé à devenir leur premier abbé.

La jeune abbaye est rapidement l'objet de nombreux dons de la noblesse et de la bourgeoisie locales, ce qui lui permet de se constituer un patrimoine foncier important et de se doter d'un réseau de plusieurs granges, dès ses premières décennies d'existence. Toutefois, la proximité de l'abbaye-mère de Clairvaux, qui capte l'essentiel des dons et des vocations, l'empêche de se développer davantage et elle ne parviendra jamais à essaimer.

Lors de la guerre de Cent Ans, l'abbaye est ravagée par les Anglais. Après la fin du conflit, dans l'impossibilité de relever les bâtiments, les religieux supplient l'évêque de Troyes Jean Lesguisé de reprendre l'administration de l'abbaye afin qu'elle puisse à nouveau se développer. Elle retrouve alors une assise économique importante et entreprend sa reconstruction, notamment celle d’une nouvelle église abbatiale, et la réalisation d'œuvres d'art remarquables ; parmi elles, un retable sculpté par Jacques Juliot dont ne subsistent que quelques fragments de la prédelle exposés à Troyes et au Metropolitan Museum of Art de New York.

Dans la première moitié du , le premier abbé commendataire pourvoit l'abbaye d'une imprimerie, mais cela n'est pas suffisant pour empêcher le lent déclin de l'abbaye, dont les revenus ainsi que le nombre de moines diminuent.

À la fin du , les bâtiments sont délabrés et il devient alors nécessaire d'envisager la démolition de l'abbatiale. Quand survient la Révolution française, l’abbaye est confisquée comme bien national puis vendue à des particuliers qui entreprennent la destruction de la majeure partie des bâtiments.

Aujourd'hui, seuls subsistent une partie du mur d'enceinte, la bergerie et le moulin.

Situation géographique vignette|gauche|alt=Carte ancienne en couleurs relativement succincte indiquant l'emplacement de quelques villages, d'étangs et de forêts|L'abbaye de Larrivour (au nord de « Luzigny ») sur la carte de Cassini, dressée au . L'abbaye se trouve, dans la géographie contemporaine, sur le finage de la commune de Lusigny-sur-Barse, dans le département de l'Aube, lui-même compris dans la région Grand Est. Elle est située à environ au nord-ouest de ce village ainsi qu'à au nord-est de Courteranges et à au sud-ouest de Géraudot, ces distances étant indiquées à vol d'oiseau.

Elle est par conséquent à l'intérieur du parc naturel régional de la Forêt d'Orient, créé en 1970, et à environ à l'ouest du lac-réservoir d'Orient, établi en dérivation de la Seine, dans les années 1950 et 1960.

Pour ce qui est de la géographie médiévale, l'abbaye se trouve rattachée au diocèse de Troyes pour le spirituel et au comté de Champagne pour le temporel. Elle se trouve à environ à l'est de Troyes, capitale de ces entités, religieuse ou féodale. Parmi ses principaux bienfaiteurs au début de son existence, on trouve les seigneurs de Chappes (à au sud), ceux de Vendeuvre (à à l'est), puis ceux de Villehardouin (à au nord-est) et enfin les sires de Payns (à au nord-ouest).

Elle a été fondée au cœur de la forêt d'Orient sur la rive droite de la Barse, un affluent de la Seine qui prend sa source à Vendeuvre-sur-Barse. Contrairement à la grande majorité des abbayes cisterciennes, installées dans des lieux isolés, celle-ci est située à seulement de l'ancienne voie romaine reliant Langres et Troyes.

Histoire Étymologie Le nom de Larrivour vient du nom latin , qui signifie littéralement , et a pour cause l'installation de cette abbaye sur la rive droite de la Barse. Chronologiquement, son nom devient ensuite Arripatorium, avant de se franciser en l'Arrivour. ou la Rivour. pour arriver jusqu'à sa forme définitive de Larrivour.

Fondation vignette|alt=Lettrine médiévale mêlant la lettre majuscule B avec un moine tenant une crosse abbatiale|Lettrine d’un manuscrit de La Légende dorée représentant Bernard de Clairvaux, un des fondateurs de l'abbaye de Larrivour. En , le comte de Champagne Thibaut souhaite réformer l'abbaye Saint-Loup de Troyes où la discipline s'est relâchée. Il y établit, avec le soutien de Bernard de Clairvaux et de l'évêque de Troyes Hatton, des chanoines réguliers vivant selon la règle de saint Augustin.

En 1137, ces chanoines concèdent aux moines cisterciens leur terre de Buxis, près de Lusigny, pour la fondation d'un nouveau monastère dans la filiation de l'abbaye de Clairvaux.

C'est en 1181 que ces deux événements sont consignés par l'abbé Guitier de Saint-Loup. L'un serait cause de l'autre, d'autant qu'ils réunissent tous deux les réformateurs de son abbaye Thibaut , Bernard de Clairvaux et Hatton.

Toutefois, Dom Guyton, un moine de Clairvaux du , rapporte dans son Voyage littéraire avoir vu dans l'abbaye de Larrivour, au-dessus de la porte de la chapelle des Apôtres, une petite tablette portant un parchemin sur lequel était inscrit en grosses lettres gothiques :

Mais l'époque de réalisation de ce parchemin ainsi que son authenticité demeurent inconnues et ne permettent pas d'établir avec certitude la date du comme celle de la fondation de l'abbaye.

La date exacte de la fondation de cette abbaye reste donc incertaine, mais celle traditionnellement retenue est le ..

Une petite colonie de moines part alors de l'abbaye de Clairvaux pour fonder le nouveau monastère. Pour les mener, Bernard désigne un de ses jeunes disciples, Alain de Flandre, un écolâtre de Lille devenu cistercien en 1131, qui devient ainsi le premier abbé de Larrivour. Alain résigne cette charge en 1152 à la suite de son élection comme évêque d'Auxerre, toujours sur la recommandation de Bernard, poste qu'il occupe jusqu'en 1167 où il résigne à nouveau pour retourner à la vie monastique à Clairvaux. Il revient par la suite occasionnellement à Larrivour, notamment en 1182 où il y rédige son testament, léguant de nombreux biens à la jeune abbaye. Alain meurt en 1185 ou 1186 et est inhumé à Clairvaux, conformément à son testament, auprès de la sépulture de Geoffroy de La Roche-Vanneau, abbé de Fontenay puis évêque de Langres, ayant également résigné ces postes pour redevenir moine à Clairvaux.

Développement vignette|gauche|alt=Plan grossier en noir et blanc indiquant l'emplacement des divers bâtiments d'une abbaye et des cultures environnantes|Plan de l'abbaye de Larrivour au . Dès sa fondation, les donations en faveur de l'abbaye affluent. En 1137, alors que la colonie n'est pas encore établie, Humbeline de Baudement, veuve d'Anséric II de Chacenay, cède aux religieux de Larrivour son pré de Chevennum avec l'accord de son fils Jacques de Chacenay. Une pancarte de l'évêque Hatton établie en 1141 détaille ainsi les différentes donations effectuées entre 1137 et 1140 et constituant le domaine primitif de l'abbaye.

On y retrouve de nombreux dons de la petite noblesse locale, comme celui de Hugues de Gurgy de ce qu'il possède à Buxis ainsi que de la moitié de la grange de la Fontainerie, de celui de l'abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains de la moitié de leurs biens dans le bois de Laubressel et de la terre située entre le ruisseau de Germont et Buxis, des terres et prés sous la Fontainerie par Geoffroy de Buxis, d'un pré sous Buxis par Paien de Laubressel, des possessions de Milon d'Espincey, Gautier de Villevoque et Savier de Troyes à la grange de la Fontainerie ou encore des prés entre son bois et la Morge, un affluent de la Barse, par Humbeline de Troyes.

Mais de grands seigneurs du comté de Champagne font également partie des bienfaiteurs de l'abbaye. Ainsi, Clarembaud III de Chappes et son épouse Mathilde offrent une charruée de terre dans le bois de Dosches entre Beaumont et Lusigny. Hilduin de Vendeuvre, Guy Bordel de Payns et son épouse Isabelle donnent quant à eux une autre charruée qu'ils tiennent en fief du sire de Chappes.

Ruine et renaissance Lors des ravages de la guerre de Cent Ans, l'abbaye n'est pas épargnée et est ruinée par les Anglais. En 1441, dans l'impossibilité de relever les bâtiments, les religieux supplient l'évêque de Troyes Jean Lesguisé de reprendre l'administration de l'abbaye afin qu'elle puisse renaître et reprendre son développement. Ce dernier accède à leur demande et remet de l'ordre dans le monastère. C'est probablement à cette période que la tuilerie de Larrivour devient active afin d'apporter de nouveaux revenus aux religieux, pour compenser les pertes dues aux guerres et aux épidémies.

Le retour de la paix étant propice au développement des arts, de nombreuses tuileries fleurissent dans les environs, comme à Mesnil-Saint-Père, Géraudot ou Lusigny-sur-Barse. L'arrivée de la Renaissance entraine le développement de carrelages de plus en plus évolués participant à l'évolution de l'art religieux. Les chanoines de la cathédrale de Troyes eux-mêmes se fournissent à Larrivour pour leurs constructions.

Après les destructions de la guerre de Cent Ans, l'abbaye retrouve rapidement une assise économique importante. Avec sa tuilerie, l'abbaye dispose de nouvelles ressources ainsi que d'une partie des matières premières directement nécessaires à sa reconstruction. De nombreux bâtiments sont ainsi rebâtis, dont notamment une nouvelle église abbatiale, tandis que d'autres sont agrandis. De plus, afin d'assurer sa protection, un mur d'enceinte est élevé et enclot un terrain de six hectares.

Un hameau se forme alors autour de l'abbaye redevenue attractive, tandis qu'un autre se développe autour de la grange de Beaumont. Ces deux hameaux seront par la suite réunis sous le nom de Beaumont-Larrivour avant d'être incorporés à Lusigny-sur-Barse le ..

La commende vignette|alt=Dessin en couleur montrant plusieurs personnes affairées autour d'une presse à imprimer.|Imprimerie telle qu'elle pouvait être à partir du Chants royaux sur la Conception, couronnés au puy de Rouen de 1519 à 1528, BnF.. Dans la première moitié du , contrairement à l'abbaye-mère de Clairvaux, Larrivour passe sous le régime de la commende. Ainsi, Jean de Luxembourg, fils du comte de Brienne et de Ligny , est nommé premier abbé commendataire. Celui-ci, amateur des lettres, fait installer une imprimerie à l'intérieur de l'abbaye et fait venir de Paris le maitre-imprimeur Nicole Paris. À partir de 1545, les deux hommes éditent plusieurs ouvrages, dont.. :

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Mais à partir du , le déclin de l'abbaye commence et se poursuit tout au long des deux siècles suivants, tandis que les divers bâtiments se détériorent faute d'entretien régulier. Des travaux sont toutefois réalisés sur la toiture du cloitre entre 1610 et 1612. En 1779, l'église abbatiale tombe en ruine et sa restauration devient trop onéreuse pour être envisagée, ce qui contraint les moines à envisager sa démolition.

Puis, pendant la Révolution française, l’abbaye est confisquée comme bien national à la suite du décret du qui met les biens de l’Église à la disposition de la Nation. Entre et , l'abbaye est vendue à des particuliers qui entreprennent alors la destruction de la majeure partie des bâtiments. Seuls une partie du mur d'enceinte, la bergerie et le moulin échappent à la démolition.

Organisation Filiation L'abbaye Notre-Dame de Larrivour est la trentième fille de l'abbaye de Clairvaux et serait la neuvième de l'année 1140. Dans l'ouvrage de référence Originum Cisterciensium de Leopold Janauschek, elle porte le numéro CXLIV (144).