On chercherait en vain une définition concise et définitive de la Métaphysique dans l'œuvre de Martin Heidegger si l'on met de côté une définition surprenante avancée à la fin d'une conférence de 1929 intitulée Qu'est-ce que la métaphysique? Qu'est-ce que la métaphysique traduction Henry Corbin, Question I, Coll. Tel, Gallimard, page 71 citée par Christian Duboisautre approche dans une conférence intitulée Le mot de Nietzsche: Dieu est mort, définition, correspondant à une brève période autour d'Être et Temps, qui a été recouverte et oubliée dans l'évolution ultérieure de sa pensée (voir sur cette , la contribution de François Jaran). Dans un autre ouvrage Essais et conférences, Heidegger se limite à nous en proposer une approche, comme . Jacques Taminiaux se risque à en dessiner les contours .

Même critique, l'œuvre de Heidegger a contribué, nous dit Franco Volpi, .

La plupart des interprètes, reprenant cette thématique historique, étudient les rapports de Heidegger à la métaphysique à travers les trois thèmes apparentés, que sont l'« oubli de l'être », , le thème de , ainsi que celui sa nature essentiellement —, trois notions qui constituent, pour Heidegger ce dont la pensée a à s'occuper en priorité à propos de la métaphysique, et autour desquelles vont tourner ses analyses. Le thème du Nihilisme renforcé, autrement dit celui de la Technique (voir Heidegger et la question de la technique), finira par envelopper et contenir l'ensemble de ces thématiques.

Les thèmes principaux La primauté de la question de l'être Dès le début de Être et Temps est exposée la nécessité de reprendre « la question de l'être », comprise comme question du sens unitaire de « être », ainsi que la voie que le chercheur entend suivre, à savoir, la du , qu'il s'agit de comprendre en son être. Cette question considérée comme le thème essentiel de la métaphysique était progressivement tombée en désuétude, avec elle. L'œuvre de Kant, note Jean Grondin. avec la Critique de la raison pure avait profondément dévalorisé la métaphysique dite « dogmatique ».

Dans les années 1920 . Le seul moyen, d'ailleurs suivi par les néo-kantiens, pour la philosophie de demeurer une science « fondamentale » était, rapporte Jean Grondin sur les conditions de la connaissance. Heidegger dénonce cette conception qui subordonne la philosophie aux sciences positives.

Pour Heidegger, cette question du « sens de l'être » garde une que Jean Grondin. voit se déployer, . Il n'y a pas d'interrogation possible sur un étant quelconque qui ne soit précédée d'une pré-compréhension de l'« être de l'étant » (l'étantité de l'étant). De même la question devient primordiale pour l'homme lorsque l'on résume l'essence de son dans la formule réitérée plusieurs fois dans Être et Temps, .

Il ne s'agit pas de nier quil y a bien de l'étant devant moi, précise ailleurs Jean Grondin, que je suis bel et bien dans le monde, mais de voir que cet étant n'est justement qu'un mode particulier de l'être, savoir selon l'expression de Heidegger, l'étant subsistant « sous la main », pensé sous le mode d'une res extensa.

L'oubli de l'être À noter comme l'écrit Jean Greisch que . Heidegger considère que, si la recherche du s'est poursuivie tout au long de l'histoire, elle a en fait été oubliée en tant que telle, dans la confusion de l'« être et de l'étant » : de tel étant (par exemple l'esprit, la vie, ou la matière), de l'étant dans son ensemble (Nature), de l'étant suprême (Dieu), note Paul Ricœur.. Comme le rappelle Alain Boutot, dans Être et Temps, Heidegger déploie la question de l'être en commençant par stigmatiser l'oubli dans lequel la tradition a laissé cette question depuis Platon et Aristote. Le drame, comme le souligne David Farrell Krell, c'est que .

François Jaran précise : .

Il convient selon Heidegger de distinguer deux questions constamment enchevêtrées : écrit Jean-Marie Vaysse..

Dans le chapitre premier de son Introduction à la métaphysiqueMartin Heidegger Introduction à la métaphysique collection TEL Gallimard 1987, Heidegger fait un large tour d'horizon de l'état de la question de l'être dans la philosophie contemporaine. Simple mot selon Nietzsche, l'être ne nous est manifestement plus rien. Tout ce qui compte, c'est l'étant, la science, les résultats. Malgré toutes les velléités de résurrection de la métaphysique, la question de l'être reste recouverte. Jean Greisch en donne sommairement trois raisons : La certitude dogmatique que l'être est le concept le plus universel qui interdit toute définition par genre ou espèce, Cette indéfinissabilité signifie que l'être ne saurait être conçu à l'instar d'un étant. Enfin, ce concept serait tellement évident qu'il dispenserait une analyse plus poussée. D'ailleurs, si l'être n'est qu'au fond un concept vague et polysémique qui ne se rencontre que dans les langues indo-européennes (comme le remarque Jean Grondin), à quoi bon y attacher de l'importance ? À noter cependant que ces raisons, bien que pertinentes ne rendent pas justice à la position de Heidegger sur ce sujet, pour lequel l'« oubli de l'être » appartient stricto sensu à l'essence même de la métaphysique. Cet « oubli », si souvent évoqué par Heidegger, devient ce qui, caractérise la métaphysique dès sa naissance au point d'être le destin de toute une époque.

La conséquence la plus immédiate de cet oubli, c'est la permanence, inquestionnée dans la métaphysique, d'un fonds de concepts ontologiques, qui court à travers toute l'histoire de la philosophie, concepts tels que l' « être », la « substance », le « mouvement », le « temps », la « Vie », le « Soi » au profit d'une fausse évidence, d'un dogmatisme latent écrit Beda Allemann-. Sophie-Jan Arrien note incidemment que la métaphysique devenue .

écrit Hans-Georg Gadamer. La pensée de l'être n'est plus qu'une pensée de l' « oubli de l'être » abonde Henri BiraultHenri Birault Heidegger et l'expérience de la pensée Nrf Gallimard 1986 page 550 .

, écrit Julien Pieron.

C'est bien ainsi que l'entend Heidegger pour qui à travers le terme d' epokhè, écrit Françoise Dastur .

L'oubli chez les Grecs Platon fonde la manière traditionnelle de représenter les rapports entre l'être et l'étant, qui a dominé depuis lors toute l'histoire de la philosophie occidentale. L'être n'est plus, comme chez les présocratiques, dans la chose présente, mais ailleurs, dans l'idée qui n'est pas une représentation subjective mais le visage intelligible de la chose elle-même. Cette césure est accentuée par Aristote qui met en place une véritable « onto-logie », c'est-à-dire une science de l'étantité de l'étant. L'« être », en tant que tel, « désormais demeure manquant » dans toutes les formes successives de la métaphysique, puisque, en tant qu'idée, intelligible, substance ou « volonté de puissance » il est fondamentalement référé à l'étant et n'est plus visé en tant que tel.

Dans une première étape correspondant à Être et Temps, Heidegger pose la question du sens de l'être à travers l'analytique existentiale dont il ambitionne de faire une ontologie fondamentale. Mais comme le souligne Pascal David .

Mais reste la question de l'étant. C'est parce que l'homme, « être fini », peut en raison de sa finitude soutenir la vision du néant à travers l'angoisse que quelque chose comme l'être ou la totalité de l'étant lui est originairement donné. Le néant est ainsi, souterrainement, la possibilité même de la métaphysique, l'homme devient le .

Pour Heidegger, l'« oubli de l'être » commence avec la pensée de l'être comme et permanent dans la métaphysique grecque, pour être poussé à ses conséquences ultimes dans la science et la technique moderne. Dès lors, à la suite de sa longue méditation de Nietzsche, Heidegger va éprouver l' « oubli de l'être ».

De l'oubli au retrait de l'être Que l'être ne veuille plus rien dire est en soi un problème que Heidegger est le seul à prendre au sérieux. Cette situation caractérise le (voir Heidegger et la question de la technique), époque où seul l'étant objectivé et disponible existe. Dans des ouvrages tardifs, Heidegger expose que cet oubli de l'être qui s'oublie lui-même, recèle un « péril », le , qui nous fait entrer dans une longue nuitvoir Martin Heidegger conférence de 1949 "Le Péril" dans L'Infini Heidegger le danger en l'être Été 2006 Gallimard.

Dans Heidegger et la question de la technique, nous avons appris que, loin d'être seulement un ensemble d'instruments, destinés à alléger la tâche des hommes, la « Technique » ou « Dispositif » est un mode de , dont le trait fondamental est la « réquisition » de tout l'étant, hommes, choses et relations humaines. L'étant est décelé, non comme ou chosevoir l'essence de la chose dans « Essais et Conférences », mais comme stock ou personnel disponible, son caractère de chose et même son objectivité s'effacent devant sa disponibilité, sa valeur. Le , le Dispositif (traduction François Fédier), est l'essence de la technique, mais de la technique vue comme destin du décèlement, en cela le porte à son comble l'oubli de l'être enclenché par la métaphysique et sa forme ultime la Volonté de puissance. .

L'homme n'a plus affaire à des choses (au sens de la conférence "Qu'est ce qu'une chose ?"), ni même à des objets, Gegenstand mais à tout ce qui dans une perspective utilitaire à vocation à entrer dans le fonds disponible, que Heidegger appelle . Or c'est tout l'étant y compris l'homme qui dans le monde moderne prend place en tant que « capital humain » dans l'horizon de l'utilité

La « Technique » au sens du ou « Dispositif », tient l'homme en son pouvoir, il n'en est nullement le maître. L'homme moderne est requis par et pour le dévoilement commettant, qui le met en demeure de dévoiler le réel comme fonds.

C'est en ce sens que la Science relève de la Technique et non l'inverse. La Science moderne n'est pas technique parce qu'elle use de moyens sophistiqués, mais parce qu'en son essence elle est « Technique », en développant un « projet mathématique » de maîtrise de la nature, sous l'impulsion de Galilée et de Kepler, en déterminant par anticipation ce que doivent être les qualités réelles de l'étant avant d'être appréhendé comme étant.

Si l'oubli, et notamment son aggravation dans le , est constitutif de la métaphysique, il est illusoire de penser pouvoir la corriger, il s'agit plutôt de l'assumer comme destin de l'être lui-même. .

La métaphysique du Dasein Pendant une brève période à partir d' Être et temps, et jusque dans les toutes premières années 1930, remarque François Jaran, Heidegger est à la recherche , tirée de Essence du fondement(Questions I et II, Gallimard). Dans cette brève période, il s'agit de se saisir de l’être à partir de l’essence métaphysique du comprise comme transcendance. La métaphysique n'y est plus abordée comme une branche de la philosophie, mais . Heidegger semble y redécouvrir le thème kantien d'une « metaphysica naturalis » qu'il va tenir pour la véritable métaphysique. La primauté momentanée dans la pensée du philosophe du thème d'une métaphysique qu'il s'agirait de fonder véritablement, transparaît dans le constat de François Jaran, . L'histoire de l'être