Le parti oriental en GrèceDimitri Kitsikis, "Ἡ ἀνατολικὴ παράταξη στὴν Ἑλλάδα", Τότε, αρ. 27, août 1985 ["Le parti oriental en Grèce"] reflète le concept de parti oriental, dans les pays du tiers monde, en opposition à celui de parti occidental, notion utilisée aussi bien par les peuples concernés que par les sciences sociales, depuis plus d'un siècleArnold Toynbee, Le monde et l'Occident, Paris, Éditions Gonthier, 1964. -L.S.Stavrianos, The Third World Comes of Age, New York, Norton, 1982. -Jean Pellerin, La faillite de l'Occident, Montréal, 1963 pour définir l'opposition de la majorité de la population aux tentatives de leur occidentalisation.
Étant donné que l'Occident considère la Grèce comme sa mère, beaucoup refusent d'accepter qu'elle puisse faire partie du non-Occident et persistent à croire que le parti oriental dans ce pays est un phénomène marginal. Mais, selon Dimitri Kitsikis, Dimitri Kitsikis, "", op.cit.,
L'Orthodoxie en tant que phénomène non occidental L'Église orthodoxe grecque utilise, pour se définir, l'expression "" (notre Orient) et appelle Jésus Christ "" (L'Orient des Orients). L'Empire byzantin, expression politique de l'idéal orthodoxe, avait fondé sa richesse et sa puissance en Asie Mineure, qu'il appelait "" (l'Est) et non dans la péninsule des Balkans. Encore aujourd'hui, l'Asie Mineure, devenue la Turquie, est appelée en turc "Anadolu" (l'Est). L'Église romaine catholique se réfère toujours aux églises orthodoxes sous le vocable d'Églises chrétiennes orientales, tandis que l'orientalisme des intellectuels occidentaux du situait la Grèce en Orient.
L'idée ancestrale de région intermédiaire Hérodote remarque que et Aristote écrit : Aristote, Politique, VII, 6, 1327 b sq.
Pour Byzance, l'Occident ne cessa d'être l'ennemi suprême. L'historienne Anne Comnène, fille de l'empereur de Byzance Alexis I Comnène écrivit que l'Europe était cité par J.B. Duroselle, L'idée d'Europe dans l'Histoire, Paris, Denoël, 1965, . Lorsque les Ottomans furent aux portes de Constantinople, Lucas Notaras, premier ministre (megadux) de Byzance, ainsi que Gennadios II patriarche orthodoxe de Constantinople, s'écrièrent « » ().
L'idée byzantine d'hellénoturquisme comme barrière anti-occidentale Le père de l'idéologie anti-occidentale d' hellénoturquisme fut le philosophe Georges de Trébizonde qui au lendemain de l'entrée de Mehmet II à Constantinople, en 1453, proposa à ce dernier la création d'un État bicéphale turco-grec pour perpétuer Byzance et libérer l'Empire de l'emprise occidentale. Il écrivit au sultan, en 1466 : Cité par Franz Babinger, Mahomet II le Conquérant et son temps, 1432-1481, Paris, Payot, 1954, .
Le parti oriental au La formation de l'État grec, à la suite de la révolution de 1821, avait eu lieu dans un climat fortement pro-occidental, inspirée du mythe de la résurrection de la Grèce antique et avait été coiffée d'un roi bavarois. Néanmoins tous les combattants de l'indépendance grecque, tels Théodoros Kolokotronis et Ioannis Makrygiannis étaient de fervents partisans de l'Orthodoxie et appartenaient au parti pro-russe anti-occidental. Le dirigeant du parti pro-russe et ancien ministre des Affaires étrangères de Russie, qui représentait les tendances de la quasi-totalité des habitants du nouvel État, premier gouverneur de la Grèce, fut Ioannis Kapodistrias qui fut assassiné en 1831, sur l'instigation des Puissances occidentalesHélène E. Koukkou, Jean Capodistria, 1776-1831: ministre des Affaires étrangères de Russie, 1815-1822, premier gouverneur de la Grèce libérée, 1828-1831, Athènes, Kauffmann, 2003. Désormais, la Grèce fut gouvernée jusqu'à nos jours par des dirigeants pro-occidentaux, dont le plus célèbre fut Elefthérios Venizélos, ce qui donna l'impression que ce pays avait été définitivement occidentalisé et que le parti oriental avait disparu. Le dernier acte de cette évolution avait été l'entrée de la Grèce dans l'Union européenne, en 1981.
Néanmoins, sous la surface, le parti oriental continuait à exprimer les tendances profondes du peuple grec. Sous la bannière de l'hellénoturquisme, du rêve de la constitution d'une confédération de la Grèce et de la TurquieD. Xanalatos, « The Greeks and the Turks on the Eve of the Balkan Wars: A Frustrated Plan », Balkan Studies, Thessaloniki, no. 2, 1962, trois hommes, un écrivain Periklis Yannopoulos, un diplomate Íon Dragoúmis et un officier Athanasios Souliotis-Nikolaidis, luttèrent au travers de leurs écrits et de leurs actions à défaire ceux qu'ils appelaient Ἴων Δραγούμης, Ὅσοι Ζωντανοί ["Ceux qui sont encore vivants"], Athènes, 1927 ( éd. 1911).
L'idéal oriental Souliotis définissait ainsi l'idéal oriental : Íon Dragoúmis, Ὅσοι ζωντανοί, . Souliotis va même jusqu'à prétendre, qu'après la constitution de la confédération gréco-turque, on pourrait arriver à la formation d'une Ibid., .
Même l'occidentaliste et chef des Libéraux Elefthérios Venizélos se résigna, le , après la catastrophe d'Asie Mineure et après avoir perdu à nouveau le pouvoir, à déclarer, par trois fois, devant le «Grand Comité des Affaires étrangères» du gouvernement grec, au premier ministre de l'époque, Panagis Tsaldaris : Dimitri Kitsikis, « Les projets d'entente balkanique, 1930-1934 », Revue historique, 93 année, vol. 241, janvier-mars 1969, .
Le parti oriental aujourd'hui L'historien Dimitri Kitsikis, partisan de Dragoumis, a depuis un demi-siècle, soutenu dans tous ses écrits, après la seconde guerre mondiale, l'idéologie du parti oriental avec ses concepts de Région intermédiaire et d'hellénoturquisme. Il a été suivi par un nombre grandissant d'intellectuels grecs, surtout des théologiens orthodoxes, tels le père Jean S. RomanidesΙωάννης Σ. Ρωμανίδης, Ῥωμηοσύνη, Ῥωμανία, Ῥούμελη, Thessalonique, Pournaras, 1975, le père Georges MétallinosΓεώργιος Μεταλληνός, Πολιτικὴ καὶ Θεολογία-Ἰδεολογια καὶ πράξη τοῦ ῥιζοσπάστη πολιτικοῦ Γεωργίου Τυπάλδου-'Ιακωβάτου, Katerini, Tertios, 1990,l'écrivain Kostas SardélisΚώστας Σαρδελής, Ἡ προδομένη παράδοση, Tinos, 2 volumes, 2012 et le philosophe Chrístos YannarásChrístos Yannarás, Orthodoxy and the West, 2006.
Dans le contexte actuel de la politique méditerranéenne du président de la Russie, Vladimir Poutine, on constate en Grèce une renaissance du parti oriental de Kapodistrias, sur lequel essaye de s'appuyer un panslavisme moscovite renouvelé.Il est entendu que le terme de «parti» (παράταξη, en grec moderne) ne signifie pas ici «parti politique» (κόμμα, en grec moderne) mais une attitude de civilisation, d'opposition au concept de civilisation occidentale.
Le parti occidental face au parti oriental grec La révolution de 1821 donna naissance au nationalisme grec fondé sur le retour à l'Antiquité. C'est sur ce nationalisme que s'est fondé le parti occidental, dont le parti Libéral de Venizélos en fut l'âme. La méfiance envers Byzance et le monachisme orthodoxe furent ses balises.
Le ministre plénipotentiaire de France à Athènes, le comte Charles de Moüy, en 1880-1886, helléniste enthousiaste, résuma de la façon suivante, la conception de l'histoire qu'avait le parti occidental grec et qu'il partageait :
Ce texte de l'ambassadeur français résume de façon magistrale l'idée que se faisait de l'histoire le parti occidental : une résurrection de ses cendres, en 1821, de la Grèce, après deux mille ans passés dans le tombeau. Encore aujourd'hui, l'irrédentisme grec et le nationalisme extrême se retrouvent de façon caricaturale dans le culte de l'Antiquité et l'hostilité à Byzance du fascisme grec du parti de l'Aube doréeΝίκος Μιχαλολιάκος,Εχθροί του καθεστώτος, Αθήνα 2000 ["Ennemis du régime"].
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Dimitri Kitsikis, "", Τότε, no. 27, ["Le parti oriental en Grèce"]. Íon Dragoúmis, (Ceux qui sont encore vivants), Athènes, 1927 ( éd. 1911) Nicolas Iorga, Byzance après Byzance, 1971. Dimitri Kitsikis, (Histoire comparée de la Grèce et de la Chine), Athènes, Herodotos, 2007. Dimitri Kitsikis, . (Histoire comparée de la Grèce et de la Turquie au ), Athènes, Hestia, 1978.(Voir le tableau comparé des caractéristiques respectives du parti oriental et du parti occidental) Dimitri Kitsikis, (Histoire de l'espace gréco-turc), Athènes, Hestia, 1981. Arnold J. Toynbee, A Study of History, Londres, Oxford University Press, 12 volumes, 1934-1961. L.S.Stavrianos, The World to 1500. A Global History & The World since 1500. A Global History, Prentice Hall, New Jersey, 1966, 2 volumes. L.S.Stavrianos, The Third World Comes of Age, New York, Norton, 1982. A.A.Vasiliev, History of the Byzantine Empire, 324-1453, Madison, University of Wisconsin Press, 1952. C. M. Woodhouse, Capodistria: the founder of Greek independence, New York, 1973. Arnold Toynbee, Le monde et l'Occident, Paris, Éditions Gonthier, 1964. Jean Pellerin, La faillite de l'Occident, Montréal, 1963. J.B.Duroselle, L'idée d'Europe dans l'Histoire, Paris, Denoël, 1965, Franz Babinger, Mahomet II le Conquérant et son temps, 1432-1481, Paris, Payot, 1954 Dimitri Kitsikis, L'Empire Ottoman, Paris, Presses universitaires de France, 1985. Hélène E. Koukkou, Jean Capodistria, 1776-1831: ministre des Affaires étrangères de Russie, 1815-1822, premier gouverneur de la Grèce libérée, 1828-1831, Athènes, Kauffmann, 2003 D. Xanalatos, «The Greeks and the Turks on the Eve of the Balkan Wars: A Frustrated Plan», Balkan Studies, Thessaloniki, no. 2, 1962 Ioannis Romanides, (Romyosyne, Romania, Roumeli), Thessalonique, Pournaras, 1975 Georgios Métallinos, (Politique et Théologie - Idéologie et pratique de l'homme politique radical Georgios Typaldos-Iakovatos), Katerini,Tertios, 1990 Kostas Sardélis, (La tradition trahie), Tinos, 2 volumes, 2012. Chrístos Yannarás, Orthodoxy and the West, 2006.
Articles connexes Le Choc des civilisations
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