Cet article traite de différents aspects de la consommation d'alcool chez les jeunes .
Sur la base de certaines études, force est de constater que s’il y a une baisse de la consommation globale d'alcool chez les jeunes , on constate l'augmentation de la « consommation importante durant une même occasion » (appelée parfois binge drinking). L'influence des parents s’avère importante et le contrôle parental intervient avec succès dans la prévention des consommations à risque. Le rôle des pairs reste toutefois essentiel dans les trajectoires de consommation des jeunes.
Histoire
La consommation d'alcool pour les enfants a longtemps été banalisée. Après une expérience lancée au printemps à Montgeron (Essonne), ce n'est qu'en que le ministère de l’Éducation nationale édicte une circulaire interdisant de servir toute boisson alcoolisée dans les écoles aux enfants de moins de , la distribution à partir de cet âge étant soumise à accord parental pour les , par exemple selon la circulaire de vin coupé d'eau par élève. Cette mesure fait suite à l'initiative précurseure de Pierre Mendès France qui en crée le Haut Comité d'étude et d'information sur l'alcoolisme et instaure la distribution d'un verre de lait et d'un morceau de sucre à l'heure de la récréation dans toutes les écoles. Toutefois, ce n'est que par la circulaire du que toute boisson alcoolisée est bannie pour les lycéens.
Description de la consommation d’alcool chez les jeunes
Quand on parle de consommation juvénile, il s’agit essentiellement de consommation excessive de fin de semaine. La consommation d’alcool des jeunes Français reste dans la moyenne européenne (la France est au ). La France est pour l'usage récent d'alcool et pour les API (Alcoolisation Ponctuelle Importante, soit 5 verres ou plus en une même occasion) sur 33 pays européens en 2011 Hibell B., Guttormsson U., Ahlström S., Balakireva O., Bjarnason T., Kokkevi A., Kraus L. The 2011 ESPAD Report. Substance Use Among Students in 36 European Countries. CAN 2012, 390 p. Kuntche E., Rossow I., Simons-Morton B., Bogt T.T., Kokkevi A., Godeau E. Not early drinking but early drunkenness is a risk factor for problem behaviors among adolescents from 38 European and north American countries. Alcoholism: Clinical and Experimental Research 2013, vol.37, , ., une ivresse précoce est un facteur à un comportement à risque, mais pas l’initiation précoce à l'alcool. Une diminution de leur consommation globale d’alcool est observée, mais il y a une augmentation des ivresses occasionnelles depuis 2003Amsellem-Mainguy Y. Jeunes et alcool: Consommation en baisse, ivresses occasionnelles en hausse. Jeunesse et Études et Synthèses (Observatoire de la jeunesse) 2011, , 4 p..
À l'adolescence, les comportements de consommation sont beaucoup moins fixés qu'à l'âge adulte. Si la consommation augmente sensiblement avec l’âge durant l’adolescence, les jeunes réduisent souvent leur consommation quand ils commencent à assumer leur rôle d’adulte NIAAA (National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism). Young adult drinking. Alcohol Alert 2006, , 7 p..
L’âge moyen de la première consommation est de 13,3 ans pour les garçons et 13,5 ans pour les filles en 2006Godeau E., Arnaud C., Navarro F. La santé des élèves de 11 à 15 ans en France 2006. Données françaises de l’enquête internationale Health Behaviour in School-aged Children. INPES, coll. Baromètres 2008, 271 p.. Selon les derniers résultats de l’enquête IrebChoquet M., Com-Ruelle L., Leymarie N., Lesrel J. Les 13-20 ans et l'alcool en 2001. Comportements et contextes en France. Princeps Éditions 2003, 159 p., il y aurait un abaissement de l’âge moyen de la première consommation en 2001. L'âge de la première ivresse est de 19 ans en moyenne (18,4 pour les hommes et 20,1 pour les femmes) en 2010Beck F., Richard J.B. Les comportements de santé des jeunes - Analyses du Baromètre santé 2010. Inpes 2013, 346 p.. Ces résultats sont comparables à ceux de 2005. Pour les trois quarts des pays de l’enquête ESPAD 2011 (jeunes de 15-16 ans dans 36 pays européens) (Hibell et al., 2012), moins de la moitié des étudiants ont déclaré avoir déjà consommé un verre d’alcool à l’âge de 13 ans ou plus jeune, le plus souvent de la bière (44 %), suivi par le vin (38 %). Le pays où il y a une plus grande proportion d’étudiants ayant déjà bu de l’alcool à l’âge de 13 ans ou moins est la Lettonie (79 %), suivie par l’Estonie (76 %). À l’inverse, c’est dans les pays nordiques que ce chiffre est plus faible, par exemple en Islande (20 %) et en Norvège (29 %).
Pour les jeunes Français de 11, 13 et 15 ans en 2010 (enquête HBSC 2012)Godeau E., Navarro F., Arnaud C. La santé des collégiens en France/ 2010. Données françaises de l’enquête internationale Health Behaviour in School-aged Children (HBSC). INPES 2012, coll. Études santé, 254 p., le champagne est consommé par 35,2 % des élèves de sixième et 45,2 % des élèves de cinquième. Les autres alcools apparaissent nettement moins consommés par les plus jeunes. C’est à partir de la quatrième que la consommation de bière, d’alcools forts ou de prémix augmente fortement. Ainsi le champagne et le cidre restent les deux types de boissons le plus consommées tout au long du collège. Les jeunes européens de 15-16 ans d’après ESPAD 2011 (jeunes de 15-16 ans dans 36 pays européens) (Hibell et al., 2012), montrent une nette préférence pour la bière, suivie par le vin et les spiritueux. Durant l’adolescence, bière et spiritueux augmentent progressivement chez les garçons pour devenir à l’âge de 18 ans les boissons les plus consommées. Chez les filles, seule la consommation de spiritueux augmente pour devenir à 18 ans, la première boisson consommée. Le vin est la troisième boisson la plus consommée à 18 ans Siegel M.B., Naimi T.S., Cremeens J.L. Nelson D.E. Alcoholic Beverage Preferences and Associated Drinking Patterns and Risk Behaviors Among High School Youth. American Journal of Preventive Medicine 2011, vol.40, , .. En France, le champagne est la boisson occasionnelle par excellence Hibell B., Guttormsson U., Ahlström S., Balakireva O., Bjarnason T., Kokkevi A., Kraus L. The 2007 ESPAD Report. Substance Use Among Students in 35 European Countries. CAN 2009, 406 p..
La plupart des adolescents boivent pour des raisons sociales (motifs positifs externes - boire pour obtenir des faveurs sociales) ou pour des raisons de mise en valeur (motifs positifs internes - boire pour augmenter le bien-être ou l’humeur) dans le sens festif du terme (jouir pleinement de la situation) (Kuntsche et al., 2005) Kuntsche E., Knibbe R., Gmel G., Engels R. Clinical Psychology Review 2005, vol. 25, , ..
D’après le Baromètre santé 2005 (Les Baromètres santé de l'Inpes (Institut National de Prévention et d'Éducation pour la santé) sont des enquêtes faites tous les 5 ans sur une population générale française ; celle de 2005 porte sur un échantillon de personnes de 12 à 75 ans), les jeunes Français de 20-25 ans boivent le plus souvent le samedi où le nombre moyen de verres d’alcool consommés est de 4,5 verres. Une étude américaine qui analyse la dernière occasion de boire montre que la majorité des 12-20 ans (53 %) ont bu au domicile d’un ami et que 30 % d’entre eux ont bu chez eux SAMSHA. The NSDUH Report: Underage use alcohol: Where do young people drink? Rockville MD, 2008, 4 p., confirmant ainsi qu’il existe deux environnements majeurs de consommation pour les adolescents : la famille et les amis Bremner P., Burnett J., Nunney F., Ravat M. Mistral W. Young people, alcohol and influences - A study of young people and their relationship with alcohol. Joseph Rowntree Foundation 2011, 90 p.. Reste que, selon l’enquête ESPAD 2007 (jeunes de 15-16 ans dans 36 pays européens), d’importantes différences existent entre les pays. Ainsi, les Français sont moins enclins à boire dans les bars, pubs ou discothèques (8 %) que les Autrichiens (36 %), Tchèques (35 %), Italiens (36 %), Portugais (31 %) ou Grecs (26 %). Ils sont aussi moins enclins (9 %) à boire dans la rue (parc ou plage) que les Russes (33 %), Polonais (30 %) ou Finlandais (25 %) (Hibell et al., 2009).
Les jeunes élèves français de 15 ans ne se trouvent pas parmi ceux qui boivent le plus de manière hebdomadaire (/38) (Godeau et al., 2012). Ce sont les Grecs et les Tchèques qui sont en tête du classement, avec près de 4 élèves sur 10 concernés en 2010.
Des facteurs qui influent la consommation
Les parents
L'influence des parents est particulièrement importante lors de la phase d'initiation et en France, les adolescents ont leur premier contact avec l'alcool très jeunes et généralement en familleFreyssinet-Dominjon J., Wagner A.C. L'Alcool en fête. Manières de boire de la nouvelle jeunesse étudiante. L'Harmattan, coll. Logiques Sociales 2004, 273 p.. L'environnement familial est aussi un facteur prédictif important de la consommation d'alcool des jeunes. Une autorité expliquée à l'adolescent serait le meilleur moyen de prévenir des modes de consommation excessifs ou des comportements dangereux ultérieurs Moore G.F., Rothwell H., Segrott J. An exploratory study of the relationship between parental attitudes and behaviour and young people's consumption of alcohol. Substance Abuse Treatment, Prevention, and Policy 2010, vol.5, , 32 p..