Jean-Philippe Rameau est un compositeur français et théoricien de la musique, né le à Dijon et mort le à Paris.
L'œuvre lyrique de Rameau forme la plus grande partie de sa contribution musicale et marque l'apogée du classicisme françaisLes musicographes français se sont longtemps opposés à l'utilisation du mot « baroque » pour qualifier la musique de Lully et de Rameau : voir à ce sujet le livre de Philippe Beaussant Vous avez dit “Baroque” ? : musique du passé, pratique d'aujourd'hui, La Calade, Actes Sud, 1988, 161, ., dont les canons s'opposèrent avec force à ceux de la musique italienne jusque tard au cours du . Dans ce domaine, la création la plus célèbre du compositeur est l'opéra-ballet Les Indes galantes (1735). Cette partie de sa production est restée oubliée pendant près de deux siècles, mais a été aujourd’hui largement redécouverte. Ses œuvres pour clavecin, en revanche, ont toujours été présentes au répertoire : Le Tambourin, L'Entretien des Muses, Le Rappel des Oiseaux, La Poule, entre autres pièces connues, furent jouées au (au piano) à l'égal de celles de Bach, Couperin ou Scarlatti.
Rameau est considéré comme l'un des plus grands musiciens français« Le plus grand génie musical que la France ait produit », selon Camille Saint-Saëns ()« Il est sans conteste un des plus grands génies musicaux de la civilisation occidentale », selon Paul-Marie Masson () et comme le premier théoricien de l'harmonie classique.
Biographie De manière générale, la vie de Rameau est mal connue, en particulier la première moitié, c'est-à-dire les quarante années qui précèdent son installation définitive à Paris vers 1722. L'homme est secret et même sa femme ne sait rien de ses années obscures, d'où la rareté des éléments biographiques dont on dispose.
Naissance et enfance à Dijon vignette|gauche|Jean-Philippe Rameau a débuté dans la carrière d'organiste à l'église Saint-Étienne de Dijon. Septième enfant d'une famille qui en compte onze (il a cinq sœurs et cinq frères), il est baptisé le , jour même de sa naissance, dans la collégiale Saint-Étienne de DijonDate de naissance indiquée par Chabanon dans son Éloge de M. Rameau (1764).. Sa mère, Claudine de Martinécourt, est une fille de notaire. Son père, Jean Rameau, est organiste à l'église Saint-Étienne de Dijon et, de 1690 à 1709, à l'église paroissiale Notre-Dame de DijonSite officiel de l'église Notre-Dame de Dijon.. Il semble être le premier musicien de la famille mais son grand-père, Antoine Rameau, marguillier de la paroisse Saint-Médard, était peut-être souffleur de l'orgue au titre de sa charge. Formé à la musique par son père, Jean-Philippe sait ses notes avant même de savoir lire (le fait n'est pas inhabituel à cette époque et se retrouve chez beaucoup de musiciens de père en fils, tels Couperin, Bach, Mozart). Élève au collège jésuite des Godrans, il n'y reste pas longtemps : intelligent et vif, rien ne l'intéresse en dehors de la musique. Ces études générales bâclées et vite interrompues se ressentent par la suite dans une expression écrite déficiente. Son père voudrait qu'il devienne magistrat : lui-même décide d'être musicien. Son plus jeune frère, Claude Rameau, précocement doué pour la musique finit par exercer lui aussi cette profession.
Jeunesse errante vignette|upright|Rameau fut organiste de la cathédrale de Clermont-Ferrand durant plusieurs années. À dix-huit ans, son père l'envoie faire le Grand Tour en Italie pour y parfaire son éducation musicale : il ne va pas plus loin que Milan et encore ne connaît-on rien de ce court séjour : quelques mois plus tard, il est de retour en France. Il avoue d'ailleurs plus tard regretter de n'avoir pas séjourné plus longtemps en Italie, où .
Jusqu'à l'âge de quarante ans, sa vie est faite de déménagements incessants et assez mal connus : après son retour en France, il aurait fait partie d'une troupe de musiciens ambulants, comme violoniste, jouant sur les routes du Languedoc et de Provence et aurait séjourné à Montpellier. Dans cette ville, un certain Lacroix l'aurait instruit de la basse chiffrée et de l'accompagnement. On ne connaît rien de ce Lacroix, sauf quelques éléments révélés en 1730 par le Mercure de France dans lequel on lit :
et Rameau de répondre :
En , on le trouve organiste intérimaire à la cathédrale d'Avignon (dans l'attente du nouveau titulaire, Jean Gilles). Le , il signe un contratCh. Marandet, « Orgues, organistes en Auvergne », Bulletin historique de l'Auvergne, 85, 1971, . Le contrat est conservé aux Archives départementales du Puy-de-Dôme (SG suppl. 742 f° 160 et 171). de six ans pour le poste d'organiste à la cathédrale de Clermont-Ferrand.
Premier séjour à Paris vignette|upright|Le premier livre de clavecin manifeste l'influence de Louis Marchand. Le contrat ne va pas à son terme, puisque Rameau est à Paris en 1706 comme le prouve la page de titre de son premier livre de clavecin, le désignant comme « organiste des jésuites de la rue Saint-Jacques et des Pères de la Merci ». Selon toute vraisemblance, à cette époque, il fréquente Louis Marchand, ayant loué un appartement près de la chapelle des Cordeliers dont ce dernier est organiste titulaire. D'ailleurs, Marchand était précédemment - en 1703 - organiste des jésuites de la rue Saint-Jacques et Rameau y est donc son successeur. Enfin, le Livre de pièces de clavecin, premier ouvrage de Rameau, témoigne de l'influence de son aînéDufourcq, 1981, .. En , il postule à la fonction d'organiste de l'église Sainte-Marie-Madeleine-en-la-Cité laissée vacante par François d'Agincourt qui est appelé à la cathédrale de Rouen. Choisi par le jury, il refuse finalement le poste qui est attribué à Louis-Antoine Dornel. Il est vraisemblablement encore à Paris en . Il est notable que, après avoir exercé les fonctions d'organiste pendant la plus grande partie de sa carrière, il ne laisse aucune pièce pour cet instrument. À défaut, les 17 Magnificat que le jeune Balbastre laisse manuscrits (1750) peuvent donner une idée du style que Rameau pratiquait à l'orgue.
Retour en Province En 1709, Rameau retourne à Dijon pour y prendre, le , la succession de son père, à l'orgue de l'église paroissiale Notre-Dame. Là aussi, le contrat est de six ans mais ne va pas à son terme. En , Rameau est à Lyon, comme organiste de l'église des Jacobins. Il fait un court séjour à Dijon lors de la mort de son père en , il y assiste au mariage de son frère ClaudeLa jeune épouse aurait aussi été courtisée, auparavant par Jean-Philippe en et retourne à Lyon. Il retourne à Clermont-Ferrand dès le mois d'avril, muni d'un nouveau contrat à la cathédraleAnnie Regond-Bohat, « Clermont à l'époque de Rameau », Rameau en Auvergne, Recueil d'études établi et présenté par Jean-Louis Jam, Clermont-Ferrand, 1986, ., pour une durée de vingt-neuf ans. Il y reste en fait huit ans, pendant lesquels sont probablement composés ses motets et ses premières cantates ainsi que rassemblées les idées qui donnent lieu à la publication en 1722 de son Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturelsRené Suaudeau, Introduction à l'harmonie de Rameau, Clermont-Ferrand, École Nationale de Musique, 1960, 45. Le frontispice de l'ouvrage le désigne comme « organiste de la cathédrale de Clermont ». Ce traité fondamental, qui pose Rameau comme musicien savant, il y réfléchit en fait depuis sa jeunesse. Il suscite de nombreux échos dans les milieux scientifiques et musicaux, en France et au-delà des frontièresSelon Paul Berthier, Haendel l'aurait approuvé et Bach, contesté : voir à ce sujet ce site..
Installation définitive à Paris vignette|gauche|Théâtre de la Foire Saint-Germain. vignette|gauche|Théâtre de la Foire Saint-Laurent. Rameau est de retour à Paris, cette fois de manière définitive, à partir de 1722 ou au plus tard début 1723, dans des conditions restées obscures. On ne sait pas où il habite alors : il publie en 1724 son second livre de pièces de clavecin qui ne porte pas l'adresse du compositeur.
Ce qui est certain, c'est que son activité musicale se tourne vers la Foire, et qu'il va collaborer avec Alexis Piron, poète dijonnais établi depuis quelque temps à Paris, qui écrit des comédies ou opéras comiques pour les foires de Saint-Germain (de février au dimanche des Rameaux) et Saint-Laurent (de fin juillet à l'Assomption). Il écrit ainsi de la musique, dont il ne reste presque rien, pour l'Endriague (1723), l'Enlèvement d'Arlequin (1726), la Robe de dissension (1726). Lorsqu'il devient un compositeur établi et célèbre, Rameau compose encore de la musique pour ces spectacles populaires : les Courses de Tempé (1734), les Jardins de l'Hymen (1744) et le Procureur dupé sans le savoir (vers 1758). C'est pour la Comédie Italienne qu'il écrit une pièce qui devient célèbre, Les Sauvages, à l'occasion de l'exhibition d'authentiques « sauvages » Indiens d'Amérique du Nord (écrite pour le clavecin et publiée dans son troisième livre en 1728, cette danse rythmée sera ensuite reprise dans le dernier acte des Indes galantes, dont l'action se déroule dans une forêt de Louisiane). C'est d'ailleurs à la foire qu'il rencontre Louis Fuzelier qui en devient le librettiste.
vignette|upright|Le mariage du compositeur avec Marie-Louise Mangot (1726) et le baptême de leurs enfants furent célébrés en l'église Saint-Germain l'Auxerrois de Paris.
Le , il épouse en l'église Saint-Germain l'AuxerroisAuguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1872, . la jeune Marie-Louise Mangot qui a dix-neuf ans (lui-même en a quarante-deux). L'épouse est d'une famille de musiciens lyonnais ; elle est une bonne musicienne et chanteuse, participe à l'interprétation de certaines œuvres de son mari. Ils auront ensemble deux fils et deux filles. Malgré la différence d'âge et le caractère difficile du musicien, il semble que le ménage ait mené une vie heureuse. Son premier fils, Claude-François est baptisé le en cette même église Saint-Germain l'Auxerrois. Le parrain est son frère, Claude Rameau, avec qui il conserve tout au long de sa vie de très bonnes relations.
Pendant ces premières années parisiennes, Rameau poursuit ses recherches et ses activités d'éditeur avec la publication du Nouveau système de musique théorique (1726), qui vient compléter le traité de 1722. Alors que celui-ci était le fruit de réflexions cartésiennes et mathématiques, le nouveau livre fait une place importante aux considérations de nature physique, Rameau ayant pris connaissance des travaux du savant acousticien Joseph Sauveur qui étayent et confirment sur le plan expérimental ses propres considérations théoriques antérieures.
Pendant cette même période, il compose sa dernière cantate : Le Berger fidèle (1727 ou 1728), publie son troisième et dernier livre de clavecin (1728), concourt sans succès au poste d'organiste de l'église Saint-Paul - église aujourd'hui disparue et qu'il ne faut pas confondre avec l'église Saint-Paul-Saint-Louis. C'est Louis-Claude Daquin qui lui est préféré par le jury dont fait partie, entre autres, Jean-François Dandrieu. Il songe enfin à se faire un nom au théâtre lyrique en recherchant un librettiste susceptible de collaborer avec lui.
vignette|gauche|upright|Houdar de la Motte.