La Bibliothèque apostolique vaticane ou BAV (en latin : ), appelée communément la Bibliothèque vaticane ou la Vaticane, située à Rome est la bibliothèque d'État, publique, du Saint-Siège. Elle continue d'être alimentée en tant que bibliothèque universelle, mais est surtout célèbre pour ses collections de manuscrits de toutes les époques.

Son but est de « conserver les livres et les manuscrits, les actes des souverains pontifes et des dicastères de la Curie romaine, et de les transmettre à travers les siècles » et surtout de « mettre à la disposition du Saint-Siège et des chercheurs du monde entier les trésors de culture et d'art » dont elle est l'écrin (Jean-Paul IIDiscours, 15 janvier 1999.).

Histoire Probablement à partir du et jusqu'au bas Moyen Âge, la papauté a eu plusieurs bibliothèques et aussi d'une chancellerie, qui tenait place d'archive. Mais les bibliothèques ont disparu, pratiquement sans laisser de trace. Les plus anciens témoignages mentionnent une bibliothèque située dans l’ancienne église Saint-Pierre au . Cependant, l’état pitoyable des lieux aurait rendu la bibliothèque inutilisable..

Fondée à l'époque de la Renaissance, la Bibliothèque vaticane a donné au cours de l'histoire naissance aux archives secrètes du Vatican (« secrètes » au sens latin de « privées »). Plusieurs papes y ont consacré des moyens et un intérêt soutenus, à commencer par son fondateur, Nicolas V, qui commence à constituer un fonds vers 1450.. Il est un érudit et bibliophile et l'un de ses premiers projets consiste à réorganiser la conservation des livres du Vatican dont la collection s'élevait à anciens. Par le biais de la bibliothèque, Nicolas V cherchait à accueillir humanistes et savants à une époque où l'imprimerie n'avait pas encore été inventée. Il envoie des émissaires en Allemagne, au Danemark et en Grèce afin qu'ils se procurent tous les manuscrits qu'ils trouveront. De plus, il envoie des traducteurs et copistes travailler dans les églises et monastères. À sa mort, la bibliothèque regroupe alors .

D'importants travaux d'agrandissement ont été entrepris sous Sixte IV, Sixte V, Paul V, Léon XIII et Pie XI. Lors de ces travaux, la structure est partagée en trois sections pour la conservation des manuscrits grecs (Bibliotheca graeca), latins (Bibliotheca latina) et précieux (Bibliotheca secreta). Par la suite, on ajouta une salle pour la conservation des archives pontificales (Bibliotheca pontificia).

Différents artistes participent à la décoration des salles, dont Melozzo de Forlì, Davide Ghirlandaio et Domenico Ghirlandaio.

La bibliothèque est institutionnalisée en 1475 sous le pontificat de Sixte IVVoir le site officiel de la Vaticane..

Sous Sixte V, devant l'insuffisance des espaces pour accueillir et conserver tous les nouveaux documents, l'architecte Domenico Fontana est chargé de la construction d'un nouvel édifice. La salle la plus importante est le Salone Sistino (Salle Sixtine, du nom du pape Sixte V), qui est jusqu'au la salle de consultation et de conservation des manuscrits. Elle est ornée de fresques réalisées sur les thèmes du livre, des conciles et des grands actes du pontificat de Sixte V. La bibliothèque apostolique s'enrichit alors de nombre de manuscrits précieux provenant de collections comme celle des comtes palatins du Rhin., celle de la bibliothèque de la reine Christine de Suède qu'elle lègue au Saint-Siège, du duc D'Urbino Frédéric III de Montefeltro, et de grandes familles romaines comme les Borghese et les Barberini.

Plusieurs salles, outre les deux salles Sixtines, s'ajoutent pour l'archivage des collections : Les deux salles Paulines, sous le pontificat du pape Paul V ; L'immense galerie d'Urbain VIII ; La salle Alexandrine sous le pontificat du pape Alexandre VIII ; Les trois galeries Clémentines sous le pontificat de pape Clément XII.

Pendant la Révolution française, le traité de Tolentino organise l'envoi de de la Vaticane en France. Puis, sous la République romaine, après un épisode de pillage par les troupes françaises, les administrateurs français transfèrent diverses collections à Paris. En 1811, la bibliothèque est déclarée propriété de la Couronne impériale. Sous la direction de Martial-Noël-Pierre Daru, cette courte période est marquée cette fois par l'arrivée à la bibliothèque de collections d'ordres religieux masculins supprimés, soit environ , dont certains seront toutefois restitués. Quant aux collections envoyées en France, la plupart est restituée après le Congrès de Vienne, sous l'autorité d'Antonio Canova, mais plusieurs manuscrits portent encore le cachet de la Bibliothèque nationale de France.

Travaux de rénovation En , la bibliothèque ferme pour trois ans, en raison d'importants travaux de restructuration du bâtimentNote dans Bibliothèque(s), mai 2007, . et de restauration des fresques pour un coût total de d'euros. Le personnel en profite pour accélérer l'informatisation de l'ensemble des catalogues et procéder à la reproduction de certains manuscrits. Chaque livre a été équipé d'un dispositif électronique pour le retrouver facilement. La bibliothèque a rouvert le ..

Le pape Benoit XVI et le préfet ont supervisé les travaux afin que la bibliothèque entre dans le . Parmi les améliorations apportées, notons l’installation de la fibre optique et d’Internet à haute vitesse ainsi que l’ajout d’un monte-charge pour faciliter le transport des documents entre les étages, les voûtes, les laboratoires et les salles de rédaction. Un bunker accueille les manuscrits anciens sous la cour intérieure, la Cortile della Bibliotheca. De plus, les visiteurs doivent maintenant détenir une carte électronique qui piste leurs déplacements.. Les salles et couloirs totalisant ont été rénovés en essayant de conserver le plan d’origine. À la suite des travaux, il faudra compter six mois pour que les ouvrages reprennent leur place sur les rayonnages..

Visite de Montaigne vignette|Le Virgile romain avec portrait de Virgile (folio 14 recto). Montaigne visite la Bibliothèque du Vatican le et en laisse une description détaillée dans son Journal, car il a la possibilité de consulter des manuscrits ou imprimés qu'il estimait. Il peut ainsi admirer entre autres l'un des exemplaires des plus anciens des Déclamations de Sénèque l'Ancien, copié au milieu du à l'abbaye de Corbie et même un . Ce document est l'actuel Codex Vat. estr. or. 66, intitulé Le Sommaire du miroir historique de l'époque des Ming.

Montaigne lit également le Sacramentaire grégorien qu'il estime de la main du pape saint Grégoire et révèle qu'il a été porté au dernier Concile de Trente. Il déclare que le manuscrit des Sermones dominicales () présente des notes (attribuées à l'époque à la main de saint Thomas d'Aquin) qui sont rédigées d'une écriture pire que la sienne. Il tient également à consulter la nouvelle Bible polyglotte d'Anvers, imprimée en huit tomes entre 1569 et 1572, dont l'exemplaire qu'il consulte est dédicacé par à Grégoire XIII. Montaigne tient également à voir un codex byzantin des Actes des Apôtres du (cote Vat. gr. 1208) et le fameux Vat. lat. 3867, ou Virgile romain, manuscrit des textes de Virgile datant du et qui appartenait au Moyen Âge à l'abbaye de Saint-Denis.

Projet de numérisation L’objectif fondamental de la bibliothèque est de rassembler, conserver et restaurer le patrimoine de livres qui y est stocké, afin de le mettre à la disposition de tous gratuitement. Cependant, la consultation au fil du temps des livres anciens provoque leur dégradation. Dans le cadre de sa mission de préservation de l’information pour les générations futures, la bibliothèque entreprend depuis 2010 un projet de numérisation à grande échelle de son patrimoine, initié par Mgr Cesare Pasini. À terme, elle prévoit de numériser l’ensemble de sa collection de manuscrits, soit 82,000 manuscrits ou 40 millions de pages..

En 2010, la bibliothèque travaille avec l’Union astronomique internationale et l’Agence spatiale européenne pour élaborer le plan du projet.. Ils déterminent d’enregistrer les numérisations au format Flexible Image Transport System (FITS). Il s’agit d’un format ouvert développé à la fin des années 70 dans le milieu de l’astronomie pour stocker des images du ciel prises par satellite. Sa spécificité est que les métadonnées décrivant le fichier ainsi que les instructions pour le lire se trouvent directement dans son en-tête. Cela rend le format durable et lisible à long terme, même si les technologies qui ont servi à la numérisation devaient disparaître. Un logiciel de numérisation spécialisé est aussi développé pour calculer automatiquement les différents angles du document, ce qui permet d'obtenir une image précise et plate sans manipuler les livres.

Entre 2012 et 2017, la bibliothèque s’associe à la bibliothèque Bodléienne de l’université d’Oxford et à la Fondation Polonsky pour numériser 256 manuscrits, soit 1,5 million de pages.. Ils sont mis en ligne sur le site web DigiVatLib (accessible en anglais et italien).. En 2021, le préfet Cesare Pasini rapporte que 20% de la collection de manuscrits de la bibliothèque est désormais en ligne.. DigiVatLib promet l’accès gratuit et en tout temps à plus de 18,000 documents (manuscrits, incunables, pièces de monnaie, matériaux d'archives et inventaires ainsi que matériaux graphiques, monnaies et médailles et imprimés). Les numérisations sont disponibles grâce aux points d’accès IIIF (International Image Interoperability Framework). IIIF permet de relier l’interface publique du site à la base de données où sont stockées les numérisations originales, trop lourdes pour être hébergées sur le web..

En 2014, NTT Data (entreprise japonaise d’ingénierie informatique) s’associe au projet de numérisation pour mettre en ligne les documents japonais et asiatiques avec AMLAD, un dispositif qui maintient les livres anciens ouverts sans avoir à ouvrir leurs reliures à 180 degrés..

En 2019, la Bibliothèque dévoile au public le projet Thematic Pathways on the Web mis sur pied en partenariat avec l’université Stanford et la Fondation Andrew W. Mellon.. Toujours en utilisant le cadre IIIF, ce projet rend accessibles des annotations et des transcriptions de spécialistes en parallèle des numérisations. Ce projet se trouve sur la plateforme web SpotlightVatlib, accessible en anglais et italien. En , 26,000 annotations étaient disponibles..

En , la bibliothèque annonce la phase deux du projet de numérisation. Elle crée avec ses partenaires la norme UNI 11845., qui renforce les règles de structuration et d’homogénéité des fichiers en format FITS en l’associant au modèle PREMIS (dictionnaire de métadonnées issu du monde des bibliothèques.). Un nouveau logiciel open source est également développé : Flexible Image Transport System for Libraries, Archives, Museums (Project FITS4LAM), dont le noyau est disponible sur le site de dépôt Github. La phase actuelle du projet de numérisation permet entre autres la conservation de combinaisons d’images en tant que groupe appartenant à un seul original.. Les métadonnées documentées dans un fichier FITS permettent de relier des images d’un même manuscrit les unes entre elles, même si elles ne sont pas détenues par la même institution. Comme le cadre IIIF est adopté par plusieurs GLAMs, elles peuvent relier leurs numérisations les unes avec les autres, et on peut ainsi consulter le manuscrit dans son intégralité en ligne.

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