Lart chinois contemporain se distingue de l'art chinois moderne au cours des années 1979-1984., après la révolution culturelle (1966-1976), dans le cadre politique et social mouvementé de l'histoire de la Chine contemporaine. Au sens large actuel du mot « art », l'art chinois contemporainL'expression « art contemporain » ne se généralisera en Chine qu'après 1994. recouvre l'ensemble des arts de culture chinoise dans le monde chinois et la diaspora. Au sens restreint, il peut ne désigner que les arts visuels.

En parlant d'« art chinois contemporain » plutôt que d'« art contemporain chinois », on met l'accent sur la composante proprement chinoise, plutôt que sur l'appartenance à une culture mondialisée contemporainePour un développement de ces nuances importantes à propos de la stratégie employée pour le choix des termes par les artistes chinois contemporains lire : Qiu Zhijie, Le Moine et le Démon. Art contemporain chinois, . Ouvrage cité en bibliographie..

Présentation générale De l'art moderne à l'art contemporain

Gravures sur bois des années 1930. Œuvres visibles au Musée d'Art national de Chine à Pékin.

L’art chinois du début du est d'abord marqué, avec l'abdication du dernier empereur mandchou en 1912, par les tentatives de construction de la société sur de nouvelles bases. Les lettrés ont tout fait pour cette rupture mais, dorénavant, sans examens impériaux et donc sans emploi, ils doivent s'inventer, ils se muent en « intellectuels. ». Dans le domaine des arts visuels, faisant rupture avec la longue tradition de la peinture chinoise, l'initiative revient à un jeune élève, Liu Haisu (1898-1994). Il fonde, en 1914, une Académie shanghaienne de peinture nationale où de jeunes artistes pourront découvrir la gouache, l'huile, la toile… et le nu, qui fait tout de suite scandale. On y pratique aussi la peinture en plein air et la co-éducation. L'académie shanghaienne inspirera les futures écoles des beaux-arts : à Pékin en 1918, à Suzhou, un Salon est ouvert et, en 1922, une Académie.

Les premiers moments de l'art moderne chinois témoignent de cette envie de tester tout ce qui est, d'un coup, possible. Les méthodes et les sujets « classiques » sont totalement revisités de manière nouvelle aussi. De nombreux jeunes artistes voyagent aux quatre coins du globe et, notamment, à Paris qui est alors considéré comme la capitale de la culture. Liu Haisu y séjourne de 1929 à 1932, Yan Wenliang de 1928 à 1931, et Xu Beihong de 1919 à 1927… Les revues occidentales servent à penser de nouvelles pratiques : c'est ce que fait Zao Wou-ki (Zhao Wuji) (né en 1920), alors brillant professeur à l'école des beaux-arts de Hangzhou.

La gravure sur bois, qui servait déjà pour l'impression des livres, est revisitée par Li Hua (né en 1907) en se référant à la gravure expressionniste et réaliste de Käthe Kollwitz (1867-1945). Il fondera le mouvement Lu Xun de gravure moderne qui sera largement influencé par le réalisme socialiste..

En 1949, l'instauration de la République populaire correspond à une mutation brutale imposée au nom de la « dictature démocratique du peuple », selon l'oxymore en usage à l'époque.. Le « réalisme socialiste » sera imposé par Mao Zedong pendant sa longue période de pouvoir (1949-1976). C'est un « art de propagande » au service du parti communiste chinois. Il devient officiel et obligatoire, l'art ancien est rejeté. L'État acquiert également le monopole des manifestations au service du pays, et va mener une guerre contre les mouvements artistiques non officiels et les mouvements jugés « réactionnaires ». Pour cela, la période maoïste va employer un langage universellement compréhensible, faisant l'éloge du sens de la famille et de la communauté à travers des affiches privilégiant, par exemple, l'idéologie du bon soldat ou du bon paysan.

L’art contemporain chinois (qui se met en place dans les années 1979-1984) ne nie pas son passé, mais va de l’avant. À la suite du mouvement de réformes et d’ouverture du pays engagé par Deng Xiaoping au début des années 1980, à l’époque du « socialisme de marché », la Chine va s’ouvrir au monde et créer de nouveaux rapports avec le « monde occidental » si longtemps considéré comme un adversaire. La période de la Nouvelle Vague, de 1979 à 1989, est caractérisée par une liberté d'expression et une explosion créative. Des mouvements vont naître, tels que le Mouvement des Étoiles (Xingxing), Xiamen Dada et le Political Pop Art, dans un esprit révolutionnaire contre l'art officiel.

Le Mouvement des Étoiles, pionniers de l'art contemporain en Chine , un petit groupe d’artistes autodidactes qui se baptise les Étoiles (Xing Xing) organise une exposition sauvage de leurs œuvres sur les grilles du Musée des Beaux-arts de Chine, faute d’autorisation. Il fallait oser : la Chine sort à peine de l’ère maoïste - avec la mort du Grand Timonier et l’élimination de la Bande des Quatre en 1976 - durant laquelle avait régné une conception de l’art « au service du peuple ». Pékin vit alors son « printemps » démocratique et Deng Xiaoping vient de lancer les réformes économiques et d’ouverture. Ses membres fondateurs sont Huang Rui, Ma Desheng, Wang Keping, Qu Leilei, Li Shuang...

Une étape importante de la diffusion de l'art contemporain chinois en France fut l'exposition « Magiciens de la terre », en 1989. Elle a permis de faire connaître les arts actuels non occidentaux, notamment d'Asie et d'Extrême-Orient. L'exposition présentait 101 artistes dont 3 artistes chinois, Yang Jiechang, Huang Yong Ping et Gu Dexin, qui faisaient partie de l’avant-garde chinoise dans les années 1980. C’est la première fois que des œuvres d’artistes chinois contemporains étaient présentées hors de leur pays natal : dans une interview à la revue Art Press, Huang Yong Ping déclarait ne jamais avoir exposé en dehors de Chine.

Mouvements et diffusion internationale de l'art chinois contemporain

Les artistes chinois vont, dans un premier temps, participer à l'avant-garde chinoise. Dans un contexte géopolitique qui s'assouplit grâce à Deng Xiaoping mais qui, aussi, est marqué par les manifestations de la place Tian'anmen, synonymes de massacres et de violences contre les étudiants, des courants artistiques se forment : Le Xiamen Dada, mis en place par Huang Yong Ping, est un mouvement faisant le pont entre l'Occident et la Chine. Son nom vient de la ville d'origine de Huang Yong Ping et du mouvement dadaïste européen. Constitué d'un groupe d'artistes créé en 1986, son inspiration relève à la fois de Dada, du néo-dadaïsme et du taoïsme ; mouvement à caractère révolutionnaire, il est interdit par le gouvernement. L'œuvre qui traduit le plus l'idée de ce courant est la sculpture intitulée 100 Arms of Guan-Yin ; elle reprend la forme du porte-bouteilles de Duchamp, avec des centaines de bras armés d'objets. L'ensemble rappelle à la fois le travail dadaïste et le contexte de la Chine dans les années 1980, lors de la nouvelle vague. Le Political Pop Art est un mouvement mélangeant le style graphique du « réalisme socialiste » et les icônes publicitaires telles que Coca-Cola ou Rolex. Ce courant a comme figure de proue Wang Guangyi, artiste particulièrement connu pour ses tableaux de la série « Great Criticism », mettant en scène des ouvriers ou des soldats des propagandes maoïstes en les détournant aux côtés de noms de marques célèbres. Ces deux mouvements vont tout d'abord inscrire l'art contemporain chinois dans un dialogue avec les autres cultures. Ils créent un lien entre l'art occidental et l'art chinois, mélangeant les influences et les significations, un art métissé.

Dans un second temps, l'art chinois va se faire connaitre et va participer à de nombreuses expositions ou manifestations telles que, en Europe, « Magiciens de la terre » en 1989, « Alors, la Chine ? » en 2003 ainsi que les biennales de Venise. En 1999, la Biennale de Venise accueille une cinquantaine d'artistes chinois et marque un essor sans précédent de la scène artistique chinoise. En 2003, l'exposition, très critiquée, « Alors, la Chine ? » au centre Pompidou de Paris confirme cette tendance qui rend difficile l'appréciation des œuvres d'art contemporain chinois, souvent surévaluées du fait de l'engouement circonstanciel pour la Chine à travers le monde entier. Depuis quelques années, l'art contemporain chinois est devenu un des investissements financiers qui attire tant les Chinois de l'intérieur que ceux de la diaspora.

L'encre expérimentale correspond à un nouveau courant artistique, un phénomène spécifique à l'âge de globalisation ou la standardisation culturelle s'intensifie.

thumb|Li Chevalier / Encre expérimentale sur toile « Paradis interdit » 150/150 cm.

Face à l'introduction massive de pratiques artistiques dont le système de référence est entièrement occidental, des questionnements sur la survie de l'encre de Chine dans son rapport avec le monde et la tradition se multiplient, accompagnés d'inquiétude mais aussi d'une volonté de réforme. Depuis les années 1990, pour la sauvegarde de ce langage symbolique de l'Orient, de nombreuses tentatives d'expérimentation audacieuses apparaissent débouchant sur une diversité de pratiques sous différentes appellations. Jamais l'art de l'encre n'a connu un tel bouleversement aussi bien sur le plan plastique que sur celui de la représentation symbolique. De l'encre abstraite des peintres Zhang Yu et Tan Ping, en passant par l'encre semi-abstraite de l'artiste franco-chinoise Li Chevalier qui exploite l'héritage d'une "grande image sans forme", et jusqu'aux "encres expressionnistes" de Wang Chuan et Zheng Lan hui qui tissent le lien entre encre et calligraphie, une véritable révolution a eu lieu. On parle ainsi d'encre conceptuelle, d'encre photographique, d'encre dans le film d'animation.

Des manifestations autour de l'art de l'encre "embrasent" la Chine depuis 2012. Sous la direction du curateur et critique d'art, Peng Feng, de grandes expositions itinérantes ont eu lieu sur le thème de l' "Encre destructurée", en particulier au Shanghai Duolun Museum of Modern Art – Duolun MOMA, au MoCA de Pékin et à la biennale de l'art de l'encre de Taïwan.

Artistes chinois exilés

Cette diffusion et cette évolution de l'art chinois contemporain ont été favorisées par la diaspora qui s'est renforcée lors de l'exil d'artistes durant le printemps de Pékin. Une nouvelle diaspora émerge dans les années 1980-1990.

Ainsi le couple Huang Yong Ping et Shen Yuan, exilés en France, allient dans leur travail leur culture chinoise et l'art contemporain occidental. Ils ne se considèrent pas comme des artistes chinois, mais plutôt comme des artistes contemporains, ce qui pose la question des différences culturelles ou de leur négation dans les œuvres de ces artistes. Ceux-ci, par exemple, utilisent des animaux (poissons, insectes…) comme matière pour leur œuvre. Cette démarche déclenche rapidement une polémique sur les droits et sur le respect des animaux du point de vue occidental alors que, dans la culture chinoise, les animaux et la nature sont considérés comme des choses.