Cet article traite de la littérature néerlandaise de la première moitié du .

vignette| (Boum ! coup de timbale), un poème de Paul van Ostaijen (1896-1928), paru dans le recueil (Ville occupée, de 1921).

Justification vignette|Van Maarseveen, le sultan Hamid II et Hatta signent l'accord impliquant le transfert par les Pays-Bas de la souveraineté sur le territoire des anciennes Indes néerlandaises à la république des États-Unis d'Indonésie en 1949. La limite initiale, dans le temps, de cet article sera parfois dépassée dans l'intérêt de la cohérence de l'article, conçu comme la suite de celui sur la littérature néerlandaise du . Le choix d'une date qui apparaît de prime abord comme arbitraire, et non comme une rupture, est toutefois justifié du fait des événements qui se produisent vers cette époque, notamment la reconstruction d'après-guerre, l'adoption d'une nouvelle orthographe néerlandaise (en Flandre en 1946 et aux Pays-Bas en 1947), l'effondrement de l'empire colonial néerlandais après le transfert de la souveraineté des Indes orientales néerlandaises à l'Indonésie (le ), l'avènement d'une nouvelle génération littéraire, celle des (les « cinquantards »), en 1949 et, pour ce qui est des événements à l'échelle internationale, parmi d'autres faits de l'histoire de l'après-guerre, le début de la guerre froide, qui conduit à la division de l'Europe en deux entités - l'une occidentale et capitaliste, et l'autre orientale et communiste -, un processus illustré par la création de deux États allemands : la République démocratique allemande et la République fédérale d'Allemagne en 1949.

Dans cet article, dans la plupart des cas, la date accompagnant la traduction française du titre d'un ouvrage néerlandais correspond à celle de la publication de la première édition, non pas à celle de la conception de l'œuvre littéraire.

La littérature néerlandaise de la première moitié du Après en Flandre Le courant catholique vignette|Tête de bronze (à Alveringem) de Cyriel Verschaeve (1874-1949) par le sculpteur Maurits Witdouck. Les rédacteurs de (De maintenant et de tout à l'heure) ne manifestent aucune unité de croyances philosophiques et religieuses. Le concert des opinions prend fin après la disparition de .. Vers 1900, la jeune génération catholique se regroupe autour de trois revues : (Jeune Pays thiois, 1898-1914), (Garenne thioise et Beffroi, dès 1900) et (Labeur flamand, 1905-1914 et 1919-1930)Luc ..

est plus rigide et plus combatif que la revue de conception plus large . Ses dirigeants, Lodewijk Dosfel et Cyriel Verschaeve, poursuivent l'esprit et la tradition de Rodenbach..

Dans le métier de poète, Lodewijk Dosfel (1881-1925) voit une vocation : c'est la mission humaine la plus élevée. Il est avant tout un éthicien, qui publie de la poésie (, ou Poèmes, de 1900), des pièces (, ou La Fin du monde, et Joas, de 1908), et de nombreuses réflexions (, ou Articles recueillis, de 1907, et , sur Cyriel Verschaeve, de 1919).

Les œuvres de Cyriel Verschaeve (1874-1949) sont abondantes et grandioses. En tant que poète lyrique, il publie, sauf toute une série de poèmes de jeunesse dans la (Le Drapeau flamand) et (Notre Vie), des hymnes évocateurs dans (Symphonies marines, de 1922) et (Nocturnes, de 1937).

Par l'entremise de Maria Elisa (ou Marie Élisabeth) Belpaire (1853-1948), l'autrice de quelques essais (, ou Idéal chrétien, de 1899, et , ou La Vie à la campagne dans la littérature du , de 1902) et de biographies (Constance Teichmann, de 1908, , de 1911, et , de 1929), les revues et , respectivement flamande et néerlandaise, fusionnent pour devenir (Garenne thioise et Beffroi). Julius Persyn (1878-1933) dirige la rédaction à partir de 1905..

Julius Persyn, docteur en philologie germanique et professeur à l'université de Gand, est l'inspirateur de la revue littéraire , qu'il conduit à travers un nouvel essor. Son principal mérite réside dans la critique et la jouissance admirative de la littérature. Son dogme esthétique solide se fonde sur le néothomisme. Il écrit, entre autres, (La Psychologie de la parole, de 1902), (Sur la littérature, 4 volumes, publiés de 1907 à 1919), ouvrages par lesquels il répand sa connaissance encyclopédique. Sa critique dogmatique, que le libéral Vermeylen ne peut pas suivre, est le mieux définie dans (Choisir, goûter et écrire, de 1907), un ouvrage qui sera inséré dans les (Justifications esthétiques, de 1925).

La troisième revue autour de laquelle se sont rassemblés les auteurs catholiques est (Labeur flamand, 1905-1914 et 1919-1930).. Les premières années donnent une image plutôt confuse. Dans le fond, la revue, dont le secrétaire de rédaction est Karel van den Oever (1879-1926), est catholique. Mais, outre les noms des auteurs qui forment le noyau catholique, nous trouvons ceux d'André de Ridder (1888-1961), de Firmin van Hecke (1884-1961), de Gust L. van Roosbroeck (1888-1936), de Paul Kenis (1885-1934), qui constitueront le groupe du , puis de Herman Teirlinck (1879-1967), de Fernand Toussaint van Boelaere (1875-1947) et de bien d'autres. Les premières années, leur intérêt va également à des auteurs catholiques peu orthodoxes : Villiers de L'Isle-Adam, Barbey d'Aurevilly, Bloy et Huysmans. En 1908-1909, De Ridder évince Karel van den Oever en tant que secrétaire de rédaction. La rupture est inévitable : les libres penseurs quittent la revue pour en fonder une autre : (Le Verger).

Les deux grandes figures du sont Karel van den Oever, dans sa période non-expressionniste, et Jozef Muls.

Jozef Muls (1882-1961) est surtout l'esthète qui nous laisse des évocations sensibles de villes et de paysages (, ou Villes, de 1913, et , ou Le Vieil Anvers vivant, de 1919), des biographies (, de 1926) et des souvenirs d'amis décédés (Melancholia, ou Mélancolie, de 1929). Le plus grand mérite de Muls réside dans ses activités en qualité d'historien de l'art - il est conservateur du Musée des beaux-arts d'Anvers – et de défenseur de l'art moderne, en particulier après la Première Guerre mondiale : il écrit (L'Art moderne, de 1912), P. Brueghel (sur Pierre Bruegel, de 1924), (De El Greco au cubisme, de 1929), (Jacob Smits et la Campine, de 1937), Memling (de 1939) et Rubens (de 1940)..

Joris Eeckhout (1887-1951) écrit dans cette revue de nombreux essais et critiques, qui seront plus tard recueillis dans les (Profils littéraires, 14 volumes).

D'autres collaborateurs sont : Emiel van der Straeten (nom de plume d'Emile Delrue, 1887-1918), qui écrit , ou Croix du sud, en 1911, et , ou Légendes soudanaises, en 1912, qui sont des exemples de littérature exotique ; Jan Hammenecker (1878-1932), le chanteur de l'Escaut ; Hilarion Thans (1884-1963), auteur de poésie religieuse (, ou Jardins clos, de 1913)..

Après la rupture avec , de jeunes libres penseurs créent le (1909-1911). André de Ridder (1888-1961), Paul-Gustave Van Hecke (1887-1967), Firmin van Hecke (1884-1961), Gust L. de Roosbroeck (1888-1936), Paul Kenis (1885-1934), Hugo Walden (1878-1934), il y représentent la jeune génération flamande. Les collaborateurs néerlandais sont Geerten Gossaert (nom de plume de Frederik Carel Gerretson, 1884-1958), Pieter Nicolaas van Eyck (1887-1957), Jan Greshoff (1888-1971), Adrianus Roland Holst (1888-1976), Jakobus Cornelis Bloem (1887-1966) et Reinier van Genderen Stort (1886-1942). En outre, la revue ouvre ses colonnes aux membres de .

Les maîtres des six jeunes Flamands mentionnés plus haut sont Charles Baudelaire, Anatole France, Remy de Gourmont, Rainer Maria Rilke, Oscar Wilde, Hugo von Hofmannsthal, Herman Teirlinck et Karel van de Woestijne.

La génération du est encore plus orientée vers l'Europe que ses prédécesseurs. Cela explique l'aversion pour les romans et les nouvelles qui ont pour cadre la vie paysanne (les « » et « ») et l'intérêt porté à la métropole et tout ce qu'elle implique. L'esthétique l'emporte sur l'éthique. Cette génération est plongée dans une atmosphère de civilisation intellectualiste exacerbée, de décadence, de dandysme, de fatigue et d'ennui.

Au appartient Firmin van Hecke (1884-1961), un chercheur passionné de bonheur et de beauté, qui publie (Vers, de 1912), (Béatrice : une légende dramatique, de 1921), (Poèmes, de 1925), (Lazare, de 1951) ainsi qu'un essai sur Karel van de Woestijne (1951). D'autres auteurs de cette génération sont Hugo Walden (pseudonyme de Jules Temmerman, 1877-1934) avec son roman (Eloi dans la forêt, de 1913), et Paul Kenis (1885-1934), qui trouve son inspiration dans des aventures vécues dans la grande ville dans le (Roman d'une jeunesse : une chute à Paris, de 1914), suivi du roman (Les Apôtres du nouvel empire, de 1930, une expérience communiste dans les Ardennes) et de (Du journal de Lieven de Myttenaere, de 1937). En outre, on connaît de lui une biographie de Villon (1928) et une histoire littéraire des auteurs de (1930). Curieusement, la plupart des membres de cette génération passent, après un certain temps, de l'écriture en néerlandais à celle en français ou en anglais. Paul-Gustave Van Hecke (1887-1967) publie d'abord en néerlandais, ensuite, en français, des vers et des essais. Ses articles sur (Le Dada et la Mode, de 1921) dans méritent d'être mentionnés. Gust L. van Roosbroeck (1888-1936) écrit des contes de fées néerlandais, émigre vers l'Amérique en 1914, où il devient professeur et où il publie, en anglais, (La Légende des décadents, des études sur les décadents français), puis Grotesques ainsi qu'une étude sur Gezelle..

Cette génération prometteuse sera paralysée par le déclenchement de la guerre : elle reste dans la mémoire comme « la génération sacrifiée ». Après la guerre, (1920) essaie de faire revivre la tradition, mais les temps ont trop changé. Ces auteurs n'ont pas été assez créatifs pour produire de grands travaux déjà avant le grand conflit mondial, mais ils ont ouvert de nouveaux horizons. Le premier ouvrage d'Elsschot, le roman (Villa des Roses, de 1913), est écrit dans leur esprit. Le premier recueil de Paul van Ostaijen est imprégné d'une atmosphère semblable.

Jan van Nijlen (1884-1965) se rapproche également d'eux ; ses premiers poèmes sont de la pure confession lyrique, à l'exemple de Karel van de Woestijne, sous une forme équilibrée classique. (Le Visage de la Terre, de 1923) et (Le Leurre et autres poèmes, de 1924) exercent un pouvoir plus profond et plus direct. Le travail de Van Nijlen est plein de désir romantique. Edgar du Perron parle plus précisément d'une « nostalgie du sud ». Dans les recueils suivants, son humour passe parfois à une sorte d'autodérision cynique, causée par ses rêves d'enfance inassouvis..

Les chantres du terroir vignette|gauche|Felix Timmermans (1886-1947), lors d'une visite à Berlin en .vignette|droite|La maison natale d'Ernest Claes (1885-1968) à Zichem.August Vermeylen a suffisamment de raisons pour lancer, en 1927, son slogan « » (plus d'efforts cérébraux), face au manque d'intelligence dans la littérature flamande. La campagne et ses habitants sont restés des thèmes fertiles pour les écrivains flamands, même s'ils s'engagent, par l'intermédiaire de , dans une voie un peu différente de celle de leurs prédécesseurs romantiques du . Cependant, il y a deux auteurs de ce courant qui dépassent tous les autres et dont les œuvres peuvent incontestablement rivaliser avec celles de la littérature du terroir (ou de la ) d'autres pays d'Europe occidentale, parce qu'ils mettent l'accent sur l'aspect humain et sur la vie quotidienne des gens ordinaires..