L'École supérieure d'organisation professionnelle est une institution française.

Elle est créée en 1937 sous le premier nom de École d'application des collaborateurs et secrétaires de syndicats patronaux à l'instigation du Comité central de l'organisation professionnelle avec le soutien moral et financier de la Confédération générale du patronat français.

Elle est connue sous le nom d'EOP (École d'organisation professionnelle), deviendra ESOP (École supérieure d'organisation professionnelle) en 1941 puis ENOES (École nationale d'organisation économique et sociale) en 1945.

Contexte historique de sa naissance En , dans le contexte du Front populaire, quelques hommes - universitaires, experts, théoriciens - fondent le Comité central des organisations professionnelles (CCOP), sorte de syndicat patronal. Leur volonté est de donner les moyens à chaque profession de s’organiser, de développer des syndicats professionnels, de maîtriser en son sein des relations de collaboration entre salariés et patrons et, enfin, de se doter d’instruments de liaisons interprofessionnels. Ils sont mus par l’idéal corporatiste, un marqueur très fort de la fin des années 1920, début des années 1930.

Beaucoup de grands patrons et d'intellectuels de l’époque en sont membres. Ce comité - qui entend organiser "la profession par la profession" - souhaite créer dans ce but une école proposant un enseignement complémentaire à ceux qui se destinent au syndicat patronal puis, sous le régime de Vichy, aux dirigeants des comités d'organisation et de l'Office central de répartition des produits industriels.vignette|139x139px|Auguste Detoeuf

Création et fondation L’école naît le 16 novembre 1937 dans les locaux du CCOP au 23 de la rue Chauchat dans le arrondissement de Paris et prend le nom d'École d’application des secrétaires et collaborateurs des syndicats patronaux. Elle est fondée par Roger-Jean Gaulon, directeur général du CCOP et dépend de la section dite de l’organisation syndicale du CCOP, dirigée par Auguste Detoeuf.

L’école, plus connue sous le nom d’École d’organisation professionnelle (EOP), met en place un enseignement "concret" à destination de deux publics : des étudiants diplômés du juridique ou d’écoles scientifiques, désireux de se consacrer à des tâches d’organisation professionnelle et des salariés expérimentés dans la direction et le contrôle des organisations, souhaitant renforcer leur culture générale.

L’école propose un cycle de conférences hebdomadaires données à 18h15, heure à laquelle les salariés – directeurs d’entreprises, de groupements, cadres des syndicats professionnels et des ententes – peuvent y assister.

Les intervenants sont des dirigeants de syndicats professionnels, des industriels, des hauts fonctionnaires de l’État et des professeurs d’enseignement supérieur.

L'école a pour but de donner aux élèves un "complément de formation, s'inspirant uniquement des véritables besoins pratiques des organismes syndicaux" dira son directeur en 1938 Robert Buron.

L’école grandit et déménage au 31, avenue Pierre--de-Serbie dans le arrondissement de Paris.

Les conférences s’y entrecroisent avec des cours et des travaux pratiques destinés aux étudiants. L’EOP a mis en place un système de stages à réaliser dans des groupements patronaux afin de donner un caractère pratique à l’enseignement.

En , la très grande majorité des adhérents du CCOP est mobilisée. L’école ferme ses portes.

Elle les rouvrira en , lors de la Seconde Guerre mondiale.

De l'EOP à l'ESOP vignette|313x313px|Règlement de l'ESOP En instituant les Comités d’organisation (C-O) par la loi du , le régime de Vichy fait de l’organisation professionnelle une pièce maîtresse de sa politique.

Cette loi suivie d'un décret d' rattachent l'EOP au Centre d'information interprofessionnel (CII), fondé en 1941 par Pierre Pucheu, secrétaire d'État à la production industrielle. Le CII est l'organe de liaison et de documentation des comités d'organisation (C-O). Ses statuts sont signés en par Jean Bichelonne, alors commissaire du gouvernement auprès du CII, et par les dirigeants du CII (Antoine de Tavernost, Gérard Bardet et Robert WeinmannLes Études sociales, janvier 1997).

On retrouve plusieurs des professeurs de l'EOP ou des membres du CCOP dans les comités de Vichy : Maurice Olivier à la fonderie, Auguste Detœuf à la construction électrique, Roger-Jean Gaulon au cuir, Robert Buron au cinéma, etc.

Eu égard à l’évolution contextuelle, l'école est rebaptisée École supérieure d’organisation professionnelle (ESOP) et s’installe au 62, rue de Miromesnil dans le huitième arrondissement de Paris.

Elle a la responsabilité officielle de « compléter et adapter les connaissances théoriques et pratiques des candidats aux fonctions de direction d’administration ou de contrôle, dans les comités d’organisation et les organismes professionnels publics et privés ».

Cours et conférences portent alors sur la conduite des entreprises, l’administration des organismes professionnels – publics et privés – et préparent à l’étude de l’organisation économique et du fonctionnement des services de direction et de contrôle.

Les diplômés, économistes confirmés, sont appelés à de hautes fonctions de direction.

Pour former de tels hommes, l’école s’organise en deux sections, celle dite de production industrielle et celle de contrôle comptable, créée en .

Robert Buron est le directeur des travaux pratiques de la production industrielle et Paul Caujolle, celui du contrôle comptable.

L'école dans la guerre L'école est dirigée par Achille Dauphin-Meunier de 1941 à 1945.

La création de l’Ordre national des experts-comptables en induit une nouvelle donne. À la suite de la promulgation de la loi réglementant la profession d’expert-comptable, un décret d’ crée un nouveau diplôme d’expert-comptable. L’école adapte sa formation pour la section du contrôle comptable. Le candidat doit passer un examen avec dissertation, soutenir un mémoire d’expertise comptable et suivre cinq ans de stage pratique.

L’organisation des examens et leur préparation relèvent désormais du conseil national de l’Ordre soutenu par les conseils régionaux.

Seule en France à préparer alors à la profession d’expert-comptable, la section du contrôle comptable est adoubée par l’Ordre, lequel alloue une subvention à l’école. Une chaire d’expertise comptable voit le jour.

Elle est confiée à Maurice Aydalot, futur premier président de la Cour de cassation.

À partir de 1942, le rôle de la section de contrôle comptable est donc de former les membres du conseil supérieur de l’Ordre national des experts-comptables, les agents financiers des Comités d’organisation, les directeurs et inspecteurs des Banques populaires (avec lesquelles un accord a été passé), les directeurs comptables et les commissaires de sociétés. Pour ces derniers, les liens étroits avec le ministère ouvrent les portes d’une reconnaissance officielle qui vaut à l’école, dès le , de figurer sur la liste des enseignements reconnus par l’État pour exercer les fonctions de commissaires de sociétés.

L’école est alors rattachée au ministère de la Production industrielle. vignette|Profil des étudiants du CESOP in La formation des techniciens de l'Organisation professionnelle, publié par l'ESOP en 1944.

Les CESOP En 1941, avec l’accord du Comité central d’assistance aux prisonniers de guerre, la direction de l’école s’attache à préparer les prisonniers de guerre au rôle qu’ils auront à jouer dans la reconstruction de la France. Il faut agir rapidement et dans les camps de captivité eux-mêmes.

La direction de l’école se rend en Allemagne pour voir comment envisager la formation des experts-comptables parmi les prisonniers de guerre. Une première section de l’ESOP, appelée CESOP (Centre d’études supérieures d’organisation professionnelle), est mise en place à l’Oflag IV D (camp des officiers) situé à Elsterhorst en Silésie. Ce camp compte déjà 250 enseignants, des salles d’études, trois facultés, un institut de médecine, un institut agricole et un groupement d’études coloniales. Le niveau des étudiants est très élevé. L’ESOP l’alimente en documents et en livres, rassemblés avec le soutien de la Commission d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre.

Des actions de promotion du métier ont lieu sur place. Elles sont couronnées de succès. L’ESOP ouvrira des sections dans près d’une vingtaine de camps, Oflag (officiers) et Stalag (soldats). En 1943, déclarent leur intention de s’orienter vers l’expertise comptable. Près de 400 sont inscrits comme stagiaires sur les tableaux de l’Ordre. Dès février, un jury d’examen a été institué pour faire passer les épreuves sur place.

On retrouve la liste des étudiants repartis dans les oflags dans l'annuaire des anciens élèves de l'Enoes, école qui a succédé à l'ESOP.

Pour former des promotions rapidement opérationnelles, la scolarité de la section production industrielle a exceptionnellement été réduite à un an et les chaires d’enseignement adaptées.

En 1942, l’école est reconnue par l’État.

Georges Lutfalla, futur président de l’école, anime une chaire d’économie du risque. À la demande du secrétaire d’État à l’Économie nationale, l’ESOP est en outre affectée à la formation professionnelle des statisticiens. Pour cela elle s’adjoint les services du démographe Alfred SAUVY, lequel contribue à la formation des administrateurs de troisième classe, des élèves administrateurs du service national des statistiques ou des statisticiens à l’OCRPI.

Parmi les enseignants de renom présents à l’ESOP à l’époque, on citera, notamment, l’économiste et journaliste Bertrand de JOUVENEL et les professeurs de droit Henry LAUFENBURGER et Maurice PATIN.

À cette époque, l’ESOP publie un nombre important d’ouvrages et que l’on trouve encore dans les bibliothèques du monde entier. Une recherche sur le site Worldcat en atteste.

Nombreux sont les journaux d’alors à faire connaître l’activité de l’école notamment en publiant les extraits de cours ou des comptes rendus de conférences. L’école est bien atypique pour l’époque !

Résistance et Libération Pendant cette période historique complexe, l’école réunit des personnalités multiples, sympathisantes ou opposées au régime de Vichy, germanophobes pour certaines, collaboratrices ou résistantes.

Robert Buron est, pendant la guerre, membre de l’Organisation civile et militaire (OCM), un mouvement de résistance patronal très actif, dont le responsable de la propagande est Jacques Rebeyrol, un de ses proches amis. L’ESOP est alors, pour le mouvement, un lieu et un vivier d’échanges et de rencontres.

"C’était l’époque curieuse, où l’école, inféodée aux ordres de Vichy, régie par des militants de la foi officielle de l’époque, comptait en son sein une majorité de résistants qui se rencontraient là plus facilement qu’ailleurs. Avec Jacques Rebeyrol, mon vieil ami, avec l’ami Gabriel Ferrier et quelques autres nous complotions dans les couloirs.

C’était pour l’OCM un lieu de rencontre aisé et c’est ce qui a permis à l’école, à la Libération, d’être prise en main par le corps des professeurs résistants, très simplement, facilement et sympathiquement." Robert BURON

Après-guerre : l'ENOES alt=Publicité pour l'Enoes parue en 1945 dans la presse|vignette|337x337px|Publicité pour l'Enoes parue dans la presse en 1945 vignette|Dévolution des biens du CNIE à l'association qui gère l'école Robert BURON réorganise l’école avec quelques autres hommes tels que Jean Cambournac, Georges Lutfalla, Gaël Fain, Jean-Philippe Dubois, Bernard Chenot ou Gabriel Ferrier, tous anciens élèves ou enseignants.

Par arrêté du du ministre de la Production industrielle, l’école tourne la page des organisations professionnelles et prend le nom d'École nationale d’organisation économique et sociale (Enoes).