Le statut général des militaires français est l'ensemble des règles de droit auxquelles sont soumis les militaires français. Ce statut est dit « général » car il s'applique aux militaires de toutes les armées, directions et services.

Le statut général des militaires est une matière législative en vertu de l'article 34 de la Constitution qui précise « les garanties fondamentales accordées aux fonctionnaires civils et militaires de l'État » ce qui signifie qu'il y a deux types de fonctionnaires : des civils et des militaires. Il est octroyé unilatéralement par la Nation aux membres des forces armées. Les dispositions de la loi sont complétées par des décrets d'application.

Ce statut permet de définir l'état militaire, le régime particulier des libertés applicables aux personnels servant sous ce statut, les droits et devoirs du militaire, ses garanties, l'organisation hiérarchique, le régime des sanctions, les règles de recrutement, les conditions d'avancement, et de cessation de l'état militaire.

Historique

Jusqu'en 1972, il n'existait pas de statut général des militaires. C'est pourtant à leur égard que sont établies, par la loi du sur l'état des officiers de terre et de mer, des dispositions considérées comme fondamentales dans le droit de la fonction publique, y compris militaire, comme la distinction du grade et de l'emploi, ainsi que la préfiguration des positions statutaires, 67.. Comme pour les fonctionnaires civils, le statut s'élabore progressivement, par le biais de dispositions se retrouvant dans plusieurs statuts, par quelques lois et par la jurisprudence, 68-70.. En particulier, après l'affaire des fiches, qui touche tout particulièrement les officiers, l'article 65 de la loi du de finances pour 1905, sur la communication du dossier avant certaines décisions défavorables, participe de la construction du statut. Sur le modèle de la loi de 1834, une loi du confère un statut aux sous-officiers de carrière. Il existait aussi des lois spécifiques à telle arme ou service.

Un premier statut général des militaires, annonce par l'ordonnance du sur la défense, a été établi par la loi 72-662 du , 105.. Ce texte a ensuite été remplacé par la loi 2005-270 du qui a rénové ce statut général des militaires.

Le statut général des militaires est désormais codifié au livre de la quatrième partie du code de la défense.

État militaire

L'article L.4111-1 du code de la défense sur Légifrance. renforce la spécificité de l'état militaire en énumérant solennellement les exigences qui découlent de cet état : esprit de sacrifice pouvant aller jusqu'au sacrifice suprême ; discipline ; disponibilité ; loyalisme ; neutralité.

Champ d'application

Le statut des militaires s'applique : aux militaires de carrière ; aux militaires servant en vertu d'un contrat ; aux militaires réservistes pendant leurs périodes d'activité militaire ; aux fonctionnaires détachés pour exercer certaines fonctions au sein de l'armée.

Le statut de 1972 soumettait également les appelés du contingent. Cette disposition n'a pas été reprise par le statut de 2005.

Droits et devoirs des militaires

Encadrement de l'exercice des libertés

Le principe est énoncé à l'article L4121-1 du Code de la défenseCode de la défense. - Article L4121-1. :

Liberté d'opinion et liberté de religion

L'article L4121-2 du Code de la défense garantit la liberté d'opinion et la liberté de religion des militaires français. Ces libertés connaissent néanmoins des restrictions liées au devoir de réserveCode de la défense. - Article L4121-2. :

La règlementation de la III République prescrit que tout travail d'écriture ou une interview avec la presse est soumis à l'autorisation préalable de la hiérarchie. Plusieurs militaires contournent la restriction par des pseudonymes.

Liberté politique

Le droit de vote a été reconnu aux militaires le Les militaires ont le droit de vote - 17 août 1945, l'Internaute., après avoir été interdit en 1872.

En revanche l'article L4121-3 du Code de la défense prévoit qu'Code de la défense. - Article L4121-3... Néanmoins,

Les militaires qui sont élus et qui acceptent leur mandat sont placés dans la position de détachement.

Dans les faits, le détachement d'office du militaire élu implique la perte de ses revenus : c'est pourquoi les militaires hésitent à se présenter au sein de listes municipales. Par ailleurs la prohibition de l'adhésion à un parti, un groupement ou une association politique ne permet pas au militaire de briguer un mandat national ou d'importance, les seuls de nature à lui assurer des revenus suffisants en cas d'élection, et donc d'assumer la perte de revenus induite par le placement en position de détachement.

Droit de grève et liberté syndicale

L'article L4121-4 du Code de la défense précise que Code de la défense. - Article L4121-4..

D'autre part, .

La sévérité de ce dispositif est équilibrée par la création d'un Haut Comité d'évaluation de la condition militaire composé de personnalités indépendantes chargé d'assurer l'équité de traitement entre les militaires et le reste de la société, et par le renforcement des structures de concertation. Ces structures sont le Conseil supérieur de la fonction militaire et les sept conseils de la fonction militaire spécialisés.

Le la Cour européenne des droits de l'homme conclut à l'unanimité que l'interdiction des syndicats au sein de l'armée française viole l'article 11 de la Convention européenne des droits de l'homme. La Cour conclut que « si l'exercice de la liberté d'association des militaires peut faire l'objet de restrictions légitimes, l'interdiction pure et simple de constituer un syndicat ou d'y adhérer porte à l'essence même de cette liberté, une atteinte prohibée par la Convention. »L’interdiction absolue des syndicats au sein de l’armée française est contraire à la Convention, Communiqué de presse du Greffier de la Cour..

Le législateur a partiellement tiré la conclusion de cette décision en créant, dans la loi 2015-917 du actualisant la programmation militaire pour les années 2015 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la défense, la possibilité pour les militaires de créer des associations professionnelles de militairesArticle 11 de la loi du 28 juillet 2015.. Ces associations ne sont toutefois pas des syndicats professionnels au sens du code du travail, mais des associations loi de 1901 ou des associations de droit local alsacien-mosellan.

Conformité au droit international

La France a ratifié des conventions et des traités internationaux qui garantissent le caractère fondamental de certains droits ou libertés suscités.

En particulier, le pacte international relatif aux droits civils et politiquesRatifié par la France en 1980. qui consacre dans son article 22 la liberté d'association et la liberté syndicale comme des droits inaliénables prévoit néanmoins que Pacte international relatif aux droits civils et politiques, sur le site du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.. De même le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels prévoit dans son article 8 que l'exercice du droit de grève et de la liberté syndicale par les membres des forces armées peut être soumis à des « restrictions légales »Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, sur le site du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.. La Convention () sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de 1948 de l'Organisation internationale du travail (OIT) précise aussi que Convention C087 - Convention () sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948, sur le site de l'Organisation internationale du travail.. Plus exactement, d'après l'OIT, Droits de l’homme et liberté syndicale : évolution sous le contrôle de l’'OIT, article de Lee SWEPSTON dans la Revue internationale du Travail..

Les textes européens sont similaires. Ainsi, l'article 11 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (qui assure la liberté d'association et en particulier la liberté syndicale) Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, sur le site du Conseil de l'Europe. et l'article 5 de la Charte sociale européenne (révisée) affirme que l'application du droit syndical aux membres des forces armées est du ressort du législateur nationalCharte sociale européenne (révisée), sur le site du Conseil de l'Europe.. En revanche, les interprétations de ces traités sont différentes. En effet, le Comité des ministres du Conseil de l'Europe a affirmé en 2010 que : De plus, la Cour européenne des droits de l'homme dans son arrêt Parti communiste unifié de Turquie et autres c. Turquie du a estimé que les partis politiques constituent une forme d’association essentielle au bon fonctionnement de la démocratie et qu'ils relèvent aussi de l'article 11 de la ConventionLes droits de l’Homme des membres des forces armées, Recommandation CM/Rec (2010) 4 du Comité des Ministres et rapport explicatif, sur le site du Conseil de l'Europe..

Protections et garanties octroyées aux militaires Garantie morale En contrepartie des devoirs et sujétions de l'état militaire, les militaires bénéficient de la considération de la Nation (article L.4111-1).

Garanties matérielles Les militaires perçoivent une solde mensuelle, bénéficient de régimes de pensions de retraite et de pensions d'invalidité, d'un service médical (service de santé des armées), d'un service social.

Protections juridiques Les militaires bénéficient des protections juridiques accordées à tous les agents publics (couverture financière de l'État pour les fautes de service, poursuite pénale au titre de l'article 121-3 du code pénal soumise à l'exigence d'une faute caractérisée…). L'article 17 de la loi du (Code de la défense, art. L4123-12) a créé deux faits justificatifs permettant l'exonération de la responsabilité pénale des militaires en cas d'emploi de la force armée, ou de mesure de coercition lorsque certaines conditions sont remplies.

Militaires de carrière et militaires sous contrat

Les militaires se répartissent principalement entre militaires de carrière et militaires sous contrat. Les premiers, une fois recrutés en cette qualité, le restent sans limitation initiale de durée et bénéficient d'une sécurité de l'emploi. Ils ne peuvent perdre la situation de militaire de carrière que dans des situations précises mettant fin à l'état militaire. Il y a cependant une limite d'âge de service par grade (47 ans pour un sergent ou sergent-chef, 52 ans pour un adjudant, par exemple). Il existe donc une limitation définie par le grade et la nécessité de passer au grade supérieur avant cette limite d'âge pour rester en service.

Les militaires sous contrat signent un contrat avec le ministère de la Défense pour une durée maximale de dix ans. À l'issue du contrat, un nouveau contrat peut être proposé par le ministère, qui n'est pas tenu de le faire.

Les officiers sont généralement des militaires de carrière. Ils sont en principe recrutés sur concours conduisant aux écoles militaires. Ils peuvent aussi être choisis parmi d'autres militaires ou des fonctionnaires par concours, par examen ou au choix selon des modalités spécifiques.

Les sous-officiers et officiers mariniers commencent normalement sous contrat mais peuvent parfois devenir sous-officiers de carrière à l'issue de leurs premiers contrats.

Les militaires du rang servent uniquement sous contrat.

L'article L. 4132-5 fixe les catégories de militaires sous contrat : officiers sous contrat ; militaires engagés (sous-officiers et militaires du rang) ; militaires commissionnés ; volontaires des armées ; volontaires stagiaires du service militaire adapté (SMA) ; militaires servant à titre étranger, notamment au sein de la Légion étrangère.

Corps et statuts particuliers