Le château-ferme de l’Arrouaise, aussi appelé Grande ArrouaisePar distinction avec la maison forestière de la Petite Arrouaise, située dans la forêt d'Andigny., est situé sur le territoire de la commune d'Oisy, dans le département de l'Aisne en région Hauts-de-France. Il s'agit d'un manoir érigé en Thiérache dans les années 1850 par le baron Seillière au sein du domaine agricole et forestier de Guise. Cet ensemble a appartenu à Henri d’Orléans, duc d’Aumale, quatrième fils du roi .
vignette|Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1897)
Les fermes de l’Arrouaise
À la mort de Louis-Henri de Bourbon, dernier prince de Condé, son neveu Henri d’Orléans, duc d’Aumale, hérite en 1830 de l’immense domaine de Guise, incluant plus de de bois, fermes, forêts et châteaux en ThiéracheRaymond Cazelles, Le Duc d'Aumale, Prince aux dix visages, Paris, 1984. Désireux de restaurer le château de Chantilly et aussi d’utiliser une partie de ses possessions pour expérimenter les nouvelles techniques agricoles, le prince commence à exploiter en 1847 ses bois de Thiérache. La chute des Orléans en 1848 et l’avènement de le contraignent cependant à la séparation de ses biens et à l’exil dès 1852Colloque de la Société Archéologique et Historique de Vervins, "le domaine de Guise au Nouvion-Thiérache, 1830-1986", par Jean-Paul Meuret.
La société Seillière qui s’est portée acquéreuse du domaineArchives de la Maison de France, Archives nationales, 300 AP I 1545, va alors opérer à la fois une sauvegarde des biens du prince et une véritable révolution industrielle en son absence, dans un but de rentabilisation de ce domaine prestigieux (car appartenant à un prince du sang), mais à la production alors perfectibleRegistre des lettres écrites du 13 février 1846 au 29 juillet 1848 par l'inspecteur des forêts de S.A.R le Duc d'Aumale, Inspection de Guise. Manuscrit, archives particulières citées lors du Colloque du Millénaire capétien à Compiègne.
Les nouveaux acquéreurs font défricher en 1857 les de la forêt d'Arrouaise — qui était alors un vestige d’une vaste couverture forestière datant de la PréhistoireJacques Chaurand, La Thiérache 1873-1973, Société archéologique de Vervins et de la Thiérache, Vervins, 1973 — et construire cinq fermes modernes. thumb|Plan de l'ensemble des fermes industrialisées de l'Arrouaise Une sucrerie est construite à Oisy, et le hameau de l’Arrouaise se voit doter d’une bergerie, une vacherie, une écurie, une bouverie d’engrais et une bouverie de travail organisées rationnellement autour d’une cour carrée de de côté. thumb|Château et fermes de l'Arrouaise en 1900 thumb|L'Arrouaise, circa 1890 L'ensemble comprend en outre une dizaine de granges et greniers, ainsi que tous les services techniques assurant l’autonomie du domaine: moulin à battre, infirmerie vétérinaire, forge, charron, bourrelier et machine à vapeur. Au centre du hameau est bâti le château du directeur de l’Arrouaise.
Le château
Le château lui-même est un logis bourgeois en briques et ardoises, comportant une quarantaine de fenêtres et flanqué de deux tourelles d’agrément avec toits octogonaux à pans coupés et lucarnes. La bâtisse s’élève sur un réseau de caves étendu ainsi qu’un petit parc à l’anglaise et un jardin potager. Les façades sont ornées d'encorbellements et de cabochons en fonte gravés au chiffre d’Henri d’Orléans. De construction très moderne et confortable pour l’époque, le logis, qui contient de nombreuses boiseries et cheminées, est desservi par de longs corridors traversants ainsi qu’un grand escalier central. On compte une grande salle à manger dite "de chasse" et deux salons dont le grand salon de musique. La banque Seillière fait également ériger, à la même période, le château du Nouvion-en-Thiérache, grande demeure néo-Louis XIII. Quoique de tailles différentes, les deux bâtisses présentent conséquemment des similitudes architecturales et esthétiques.. thumb|Château de l'Arrouaise, vue partielle du parc et du potager
Le retour des Orléans
Après Sedan et l’abdication de Napoléon III, le duc d'Aumale revient en France et souhaite se présenter aux élections dans plusieurs départements, dont l'AisneArchives de la Maison de France, Archives nationales, 300 AP III 951. Il devient finalement président du conseil général de l'Oise en . Par ailleurs, le prince reprend possession en 1872 de l'intégralité de son domaine ainsi transformé tout en s'appuyant sur les directeurs et régisseurs mis en place sous l'ère Seillière. Les années qui suivent sont pour lui une époque de réhabilitation et de reconnaissance de son influence considérable dans ses domaines du Nord de la France. Il se rend en 1883 et 1892 en Thiérache pour visiter personnellement les fermes de l’Arrouaise qui suscitent un engouement local. En , il y est accueilli par M. Lenglet, directeur de l'exploitation habitant le château, et le félicite des succès obtenus aux différents concours agricoles de Wassigny, en particulier de la médaille d'or décernée la même année par le comice au nom du ministère de l'agricultureL.H Catrin, Itinéraire archéologique, Le-Nouvion-en-Thiérache, 1880.. Le hameau de cette ferme-modèle présente alors l’apparence d’un petit village possédant toutes les installations nécessaires à un fonctionnement autarcique : puits, école, boulangerie.
Époque contemporaine
Le domaine de Guise et le château-ferme de l'Arrouaise reviennent en usufruit, à la mort du duc d'Aumale, à son neveu le duc de Chartres (1840-1910), puis au fils de ce dernier, Jean d'Orléans, dernier duc de Guise (1874-1940), puis chef de la Maison de FranceJulien Monange, Arcanes et Tranchées, p 121 ss, Editions Energeia, 2019. Désireux de montrer son attachement à ses domaines de Thiérache, Jean s'installe en 1896 dans son château voisin du Nouvion-en-Thiérache. Le , son fils Henri, comte de Paris, y voit le jourHenri d'Orléans, comte de Paris, Mémoires d'exil et de combats, Paris, 1979. .
L'Arrouaise a traversé les combats parfois violents qui se sont déroulés en Thiérache d’Aumale pendant les deux guerres mondiales, notamment la bataille de Guise en 1914 et les combats de Wassigny en Dominique Lormier, Comme des Lions, 1940, le sacrifice héroïque de l'Armée française, Paris 2005. Le s'éteint le duc de Guise et son domaine est alors morcelé entre ses nombreux héritiers. La partie principale centrée autour du château du Nouvion (plus de ) est regroupée au sein de la Société immobilière et forestière de la Thiérache, aujourd'hui gérée par le prince Jean d'Orléans, comte de Paris, nouveau chef de la Maison de France et prétendant au trône (Orléaniste).. Simples dépendances de ce domaine, le château et les fermes de l'Arrouaise sont à leur tour mises en location, ainsi que les autres pâtures et annexes herbagères. Enfin, l'ensemble des propriétés connaissent de nouvelles restructurations dans les années 1940, au fil des décès et successions de la famille d'Orléans et de ses alliésHenri d'Orléans, Op cit. puis quittent définitivement l'ancien domaine ducal et princier et sont vendues à des particuliers. thumb|Fermiers de l'Arrouaise rassemblés à Etreux (Thiérache) pour une scène rustique, circa 1940
Époque actuelle L’activité paysanne subsiste dans le hameau de l’Arrouaise, où deux fermes pratiquent respectivement l’élevage ovin, la culture céréalière et les réparations mécaniques d'engins agricolesDépartement de l'Aisne, communauté de communes de la Thiérache d'Aumale, élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal, analyse urbaine et architecturale, page 47. . Rare vestige des châteaux-fermes de la révolution industrielle agraire, le manoir a été acquis en 2022 par une personne privée. thumb|Les moissons à l'Arrouaise, juin 2015
Voir aussi Biens de la maison d'Orléans
Notes et références
Arrouaise Catégorie:Oisy (Aisne) * Catégorie:Famille Seillière