Philippe Noiret, né le à Lille et mort le à , est un acteur français.
Considéré comme l'un des grands acteurs du cinéma français, Philippe Noiret joue dans des films attirant en salles un total de plus de 116 millions de spectateurs, ce qui fait de lui l'un des acteurs ayant enregistré le plus d'entrées en France.
Il reçoit de nombreux prix en France et à l'étranger, dont deux César du meilleur acteur : en 1976 pour Le Vieux Fusil et en 1990 pour La Vie et rien d'autre. Bien que n'étant pas formé au Conservatoire de Paris, il est toutefois membre de la « bande du Conservatoire » créée au début des années 1950.
Biographie Famille et formation Philippe Noiret est issu d'une famille de la petite bourgeoisie provinciale. Son père, Pierre Georges Noiret, originaire de Picardie, est vendeur de faux-cols dans une grande maison de confection, les Établissements Sigrand. Il est passionné de littérature, de textes d'auteurs et de poésie. Sa mère, Lucy Clémence Ghislaine Heirman, d'origine belge, est femme au foyer. Dans son enfance, Philippe reçoit une éducation catholique.
Après de multiples déplacements (Lille, Boulogne-sur-Mer, Berck, Lyon et même le Maroc entre 1936 et 1938), Philippe Noiret passe son enfance à Toulouse dans le Languedoc, région à laquelle il est resté très attaché.
Il étudie au lycée Janson-de-Sailly dans le de Paris, d'où il est exclu, puis, en , au collège de Juilly, en Seine-et-Marne. Vivant mal son état de cancre, il chante à la chorale de la Cigale, filiale des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, avec laquelle il se produira à la Basilique Saint-Pierre de Rome, à Pâques en 1949. Il enregistre aussi un disque comme chanteur, sous la direction de François Vercken.
À l'imitation de camarades d'ascendance aristocratique avec lesquels il étudie, il obtient pour présent de ses parents, qui vendent leurs alliances pour la lui payer, une chevalière armoriée.
C'est également au collège de Juilly que l'un de ses professeurs, père oratorien, lui révèle sa vocation de comédien. Afin de tester ses aptitudes, le Père Louis Bouyer lui propose de mettre en scène des pièces de théâtre, invitant Julien Green et Marcel Jouhandeau aux représentations. Ces deux derniers écrivains confirment le potentiel de Philippe Noiret pour le métier de comédien.
vignette|left|Philippe Noiret âgé d'une vingtaine d'années pose pour le Studio Harcourt à Paris, en 1951.
En 1949, ayant échoué trois fois au baccalauréat., il abandonne ses études et s'inscrit aux cours d'art dramatique de Roger Blin à Paris, à l'association de l'Éducation par le jeu dramatique (EPJD), fondée par Jean-Marie Conty. Puis il se forme au Centre dramatique de l'Ouest, où il rencontre Jean-Pierre Darras.
En 1962, Philippe Noiret épouse la comédienne Monique Chaumette, rencontrée au Théâtre national populaire. Ils ont une fille, Frédérique Noiret (née le ) qui est assistante de direction de tournage de cinéma et scénariste. Il est le grand-père de Déborah Grall, également comédienne et n'a pas connu son arrière-petite-fille, Lou, née en 2013.
Carrière au théâtre vignette|upright=0.8|Philippe Noiret lors de l'inauguration de la loge qui lui a été dédiée au théâtre du château d'Eu en Normandie en 2003.
En 1953, Philippe Noiret entre au Théâtre national populaire (TNP) après une audition devant Gérard Philipe, Jean Vilar étant absentFrance Inter On s'fait des films 23/08/2018 Retransmission interview P. Noiret sur son embauche au TNP. Durant sept ans, il connaît la vie de troupe de théâtre, interprétant plus de quarante rôles des grands classiques (Le Cid de Pierre Corneille en 1953, Macbeth de William Shakespeare en 1954, Dom Juan de Molière en 1955, Le Mariage de Figaro de Beaumarchais en 1956, Le Malade imaginaire en 1957 ou L'École des femmes de Molière en 1958).
Avec la troupe, « Les Archives du Spectacle », (consulté le 25 avril 2021), il se produit notamment au Théâtre national de Chaillot et au Festival d'Avignon, créé par Jean Vilar.
Il quitte le TNP en 1960 pour jouer dans la pièce de théâtre Château en Suède de Françoise Sagan, sous la direction d'André Barsacq, au Théâtre de l'Atelier. Dans le même temps, il interprète avec succès au cabaret un duo comique d'actualité politique avec Jean-Pierre Darras (à l'Écluse, aux Trois Baudets, à la Villa d'Este et à l'Échelle de Jacob). À travers leurs personnages de Louis XIV et de Jean Racine, les deux comédiens se moquent de la politique du général de Gaulle et de Michel Debré ou d'André Malraux.
De plus en plus sollicité par le cinéma à partir des années 1960, il abandonne le théâtre pendant trente ans, jusqu'à son retour en 1997 dans Les Côtelettes, de Bertrand Blier, où il joue le rôle Philippe Noiret, cité dans le journal Le Monde du .. La pièce est jugée sévèrement par la critique, mais est un succès public.
S'ensuivent L'Homme du hasard de Yasmina Reza, aux côtés de Catherine Rich en 2001, Les Contemplations en 2002 où, seul en scène, il se livre à la lecture du texte de Victor Hugo, et enfin Love Letters d'Albert Ramsdell Gurney avec Anouk Aimée en 2005, correspondance épistolaire de deux personnages durant toute leur vie. Ces pièces sont autant de succès critiques et publics.
Carrière au cinéma Les années 1950-1960 : premiers succès Formé au théâtre, Philippe Noiret n'envisage pas à ses débuts de faire une carrière au cinéma. Philippe Noiret, entretien avec Bernard Rapp, documentaire Les Feux de la rampe, de Philippe Azoulay, 2001.. Il fait une première figuration dans le film Olivia (1951) : on peut l'apercevoir très brièvement en arrière-plan dans la scène du salon de thé..
Sa première véritable expérience cinématographique a lieu en 1955, dans la première réalisation d'Agnès Varda, La Pointe courte. À la dernière minute, il prend la place de Georges Wilson, tombé malade. Il est alors très marqué de se voir pour la première fois à l’écran (marchant de dos), ressentant un certain malaise du fait de son physique, malaise qu'il surmontera lorsqu'il tournera avec Jean GabinPhilippe Noiret, La pudeur des sentiments, documentaire Un jour, un destin présenté par Laurent Delahousse sur France 2, 6 janvier 2014..
Il retrouve le grand écran cinq ans plus tard, avec le rôle de l'oncle Gabriel de Zazie dans le métro de Louis Malle (1960). Cependant, son ascension au cinéma est lente. Alors que le paysage cinématographique est marqué par le mouvement de la Nouvelle Vague, il tourne sous la direction de réalisateurs de l'ancienne génération (comme Jean Delannoy, Abel Gance, René Clair, Pierre Gaspard-Huit ou Jean-Paul Le Chanois), dans des films plutôt mineurs de leurs filmographies, le plus souvent dans des seconds rôles. Parallèlement, il commence une carrière internationale sous la direction de réalisateurs comme Peter Ustinov, William Klein, Basil Dearden, George Cukor ou Vittorio De Sica. Certains des films dans lesquels il joue sont de grands succès publics, ainsi Le Capitaine Fracasse (1961) dont la vedette est Jean Marais, Les Amours célèbres (1961) dans le sketch Lauzun avec Jean-Paul Belmondo, Tout l'or du monde (1961) avec Bourvil, La Porteuse de pain (1963) avec Suzanne Flon ou Monsieur (1964) avec Jean Gabin.
Après un rôle dur dans Thérèse Desqueyroux de Georges Franju en 1962, il accède au sommet de l'affiche en 1965 dans Les Copains d'Yves Robert d'après Jules Romains, puis dans La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau (Prix Louis-Delluc 1966) au côté de Catherine Deneuve. Ces deux films sont de grands succès publics. Il rencontre également le succès avec Tendre Voyou de Jean Becker avec Jean-Paul Belmondo (1966) et La Nuit des généraux (1967) d'Anatole Litvak avec Peter O'Toole et Omar Sharif. En 1968, sa carrière prend un nouvel essor avec Alexandre le Bienheureux d'Yves Robert. Il obtient les faveurs de la presse et du public pour son rôle de cultivateur soumis à de rudes journées et ayant soudainement décidé d'arrêter de travailler. Le film sort quelques mois avant les événements de mai 68 et les idées libertaires du personnage contribuent à son succès.
En 1969, il tourne avec Alfred Hitchcock dans le film d'espionnage L'Étau, au sein d’une distribution internationale comportant d’autres comédiens français, tels que Dany Robin, Claude Jade, Michel Subor et Michel Piccoli.
Les années 1970 : la consécration Le second film charnière de la carrière de Philippe Noiret est La Vieille Fille premier film de Jean-Pierre Blanc, tourné en 1971. Il y donne la réplique à Annie Girardot. C'est un grand succès qui lui permet de s'implanter définitivement dans le paysage cinématographique français, en confortant sa popularité auprès du public. Il enchaîne avec La Mandarine d'Edouard Molinaro, toujours avec Annie Girardot. Toujours en 1971, il tourne La Guerre de Murphy (), film de guerre britannique réalisé par Peter Yates avec Peter O'Toole dans lequel il interprète un ingénieur français travaillant pour une compagnie pétrolière dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale au Venezuela.
Il tourne beaucoup, donnant leur chance à de jeunes réalisateurs (Edmond Freess, Henri Graziani, Marco Pico, Bertrand Tavernier) et les productions plus commerciales (L'Attentat, Le Serpent). Sa rencontre avec Tavernier, qu'il a aidé à monter L'Horloger de Saint-Paul est particulièrement importante, au point qu'il devient son comédien fétiche et tournera sept autres films avec lui : Que la fête commence... (1975), Le Juge et l'Assassin (1976), Coup de torchon (1981), La Vie et rien d'autre (1989) et La Fille de d'Artagnan (1994), films dans lesquels il endosse les premiers rôles ; et il effectue quelques participations amicales, d'une part dans Une semaine de vacances (1981) où il reprend son personnage de L'Horloger de Saint-Paul (le temps d'une scène, ce dernier évoque les événements relatés dans le film précédent et présente un personnage plus apaisé ayant tiré des leçons de la vie) et, d'autre part, dans Autour de minuit (1986). De plus, La Mort en direct (1980) aurait pu porter à neuf le nombre de leur collaboration, puisque Philippe Noiret devait interpréter le rôle du mari de Romy Schneider. Cependant, absent des plateaux de cinéma pour cause de santé, il est remplacé par Max von Sydow.
Tout au long de sa carrière, Philippe Noiret a fait preuve d’éclectisme dans ses choix, lui permettant de s’imposer aussi bien dans la comédie que dans le drame ou les films noirs. Sa femme, Monique Chaumette, a été une précieuse conseillère. De même, n'ayant pas le physique de jeune premier, il interprète des personnages de « Monsieur Tout-le-Monde », tout en jouant avec son image. Il est sollicité pour des rôles de personnages odieux comme il en avait déjà joué dans La Porteuse de pain (1963), pour des films avec une dimension engagée (comme Trois Frères en 1980, interprétant un juge menacé de mort par les Brigades rouges ou Les Lunettes d'or en 1987, avec le rôle d'un homosexuel à l'époque fasciste). On lui refuse le rôle de Porthos au cinéma, car Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, .. Ou encore, il n'hésite pas à accepter des rôles controversés. Ce fut le cas avec La Grande Bouffe de Marco Ferreri aux côtés de Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Ugo Tognazzi et son épouse Monique Chaumette. Ce film, qui relate l'histoire d'un groupe d'amis quinquagénaires, désabusés de la vie, ayant décidé de se suicider collectivement dans une dernière orgie en se gavant de nourriture et de sexe, provoque un scandale au Festival de Cannes 1973..
left|vignette|Régulièrement engagé pour des films à l'étranger, on le retrouve en 1975, aux côtés de Bernard Blier et Ugo Tognazzi dans le film italien Mes chers amis.