Charles de Habsbourg, couramment appelé en français Charles Quint« Quint » signifiant « cinquième » comme « tiers » et « quart » signifient « troisième » et « quatrième » : cf. tiers monde et quart-monde.La graphie Charles Quint est aussi dans l'usage (même dans le dictionnaire de l'Académie française jusqu'à la (1935) ; selon Maurice Grevisse et André Goosse, Le Bon Usage, , ). ; vraisemblablement afin de se distinguer du roi , car pour ce dernier, la graphie Charles V n'exista jamais., né le à Gand (comté de FlandreEn 1500, le comté de Flandre fait encore formellement un fief du royaume de France, jusqu'au traité de Madrid de 1526.) et mort le au monastère de Yuste (Espagne), élu le empereur sous le nom de , est le monarque européen le plus puissant de la première moitié du . Fils de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle, il est héritier par son père des possessions de la maison de Habsbourg (archiduché d'Autriche, etc.) ainsi que des dix-sept provinces des Pays-Bas et de la Franche-Comté, et par sa mère des couronnes de Castille et d'Aragon (sous le nom de ) et de l'Empire colonial espagnol, ainsi que du royaume de Naples ().
Cette accumulation de territoires et de pouvoirs est en partie le résultat du hasard (la mort de sa tante, Isabelle d'Aragon, princesse des Asturies, en 1498, puis du fils de cette dernière, l'infant Miguel de la Paz, en , ont fait de sa mère l'héritière des deux couronnes espagnoles), mais surtout le résultat d'une politique délibérée d'alliances matrimoniales qui a fait de lui l'héritier de quatre dynasties : petit-fils de la duchesse Marie de Bourgogne, de Maximilien d'Autriche, d'Isabelle la Catholique, reine de Castille, et de Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon et de Naples, il est duc de Bourgogne sous le nom de , roi des Espagnes sous le nom de (en espagnol ), mais est surtout passé à la postérité comme l'empereur romain germanique (en allemand ).
Il apparaît comme le dernier empereur qui ait souhaité réaliser le rêve carolingien d'un empire à la tête de la chrétienté unie. Cette volonté d'unité chrétienne face à la progression de l'Empire ottoman dans les Balkans et en Méditerranée a été systématiquement combattue par les rois de France et , qui recherchent volontiers l'alliance turque, et remise en cause par la Réforme protestante, initiée par Martin Luther à partir de 1517. À ces problèmes qui se posent pendant tout son règne s'ajoutent des révoltes en Castille, dans le Saint-Empire, en Flandre et en Brabant.
Au terme d'une vie de combats, miné physiquement et désabusé par ses échecs face à la France, aux luthériens et à sa propre famille, il se dépouille volontairement de ses pouvoirs. Par une série de conventions avec son frère Ferdinand, il lui cède les États autrichiens et la dignité impériale. Le , à Bruxelles, il abdique ses droits sur les Pays-Bas, unis par la Pragmatique Sanction (1549) et séparés de l'Empire par la transaction d'Augsbourg, en faveur de son fils Philippe, déjà duc de Milan et roi de Naples, et lui cède enfin ses droits sur l'Espagne en 1556. Il se retire alors dans le Monastère de Yuste pour ses dernières années de vie. Il y meurt le , âgé de . Ses restes sont transférés en 1574 de ce monastère à la nécropole royale de l'Escurial, édifiée par son fils Philippe à de Madrid.
Jeunesse Origines familiales vignette|redresse|Marguerite d'Autriche, tante de Charles Quint et régente des Pays-Bas par Bernard van Orley.
Charles naît le au palais aujourd'hui disparu du Prinsenhof de Gand, alors la plus grande ville du comté de Flandre et des Pays-Bas bourguignons.
Son père est Philippe de Habsbourg, dit « Philippe le Beau » (1478-1506), duc de Bourgogne et souverain des Pays-Bas, fils de Marie de Bourgogne (1457-1482), elle-même fille de Charles le Téméraire (1433-1477), de la maison de Valois-Bourgogne, et de l'archiduc Maximilien d'Autriche (1459-1519), de la maison de Habsbourg, futur empereur.
Sa mère est , dite « Jeanne la Folle » (1479-1555), fille de la reine Isabelle de Castille (1451-1504) et du roi Ferdinand d'Aragon (1452-1516), les « Rois catholiques ». Jeanne devient reine de Castille en 1504 et reine d'Aragon en 1516, réunissant les deux royaumes, mais compte tenu de ses problèmes psychiques, sous la tutelle de son père (1504-1516), puis de son fils (1516-1555).
Le jeune prince est porté sur les fonts baptismaux par Marguerite d'York (1446-1503), belle-mère de Marie de Bourgogne et veuve de Charles le Téméraire, dont il reçoit le prénom, et par un aristocrate néerlandais, Guillaume de Croÿ, marquis d'Aerschot, qui sera son précepteur.
La fratrie compte cinq autres enfants, dont deux nés en Espagne et trois aux Pays-Bas, comme Charles : Éléonore (1498-1558), née à Louvain ; Isabelle (1501-1526), née à Bruxelles ; Ferdinand (1503-1564), né à Alcalá de Henares (royaume de Castille) ; Marie (1505-1558), née à Bruxelles ; Catherine (1507-1578), née à Torquemada (royaume de Castille).
Charles porte dès la naissance le titre d'archiduc d'Autriche, du fait qu'il est un Habsbourg. , son père lui confère également celui de duc de Luxembourg, délaissant celui de comte de Charolais, traditionnel dans la dynastie des ducs de Bourgogne pour l'héritier présomptif.
Enfance aux Pays-Bas En 1504, ses parents quittent les Pays-Bas pour prendre possession du trône de Castille. Mais Philippe le Beau meurt prématurément le , apparemment d'une fièvre typhoïde. Charles, âgé de , devient le souverain des fiefs de l'héritage des ducs de Bourgogne.. En ce qui concerne la régence, les États généraux refusent Maximilien, avec lequel ils ont eu de sérieux démêlés par le passé et c'est sa fille Marguerite (1480-1530) qui est nommée régente. Elle réside à Bruxelles ou à Malines.
Jeanne, très affectée par la mort de son époux, décide de rester près de lui en Espagne, sans faire venir ses quatre enfants restés aux Pays-Bas. Charles, Éléonore, Isabelle et Marie se trouvent donc sous la tutelle de Maximilien qui confie la responsabilité de leur éducation à Marguerite. En revanche, Ferdinand reste en Espagne, sous la tutelle de Ferdinand d'Aragon. Catherine, née en 1507, est élevée par Jeanne.
Formation Précepteurs Souffrant d'une profonde solitude affective, Charles est éduqué par des hommes qui ont l'âge d'être ses grands-pères. Il reçoit comme principal précepteur Adrien Floriszoon, recteur de l'université de Louvain, devenu pape sous le nom d' de janvier à , le dernier pape non italien jusqu'à Jean-Paul II. Il lui doit : et de la devotio moderna".
Deux membres de la maison de Croÿ : Charles, comte de Chimay, puis Guillaume, seigneur de Chièvres, seront aussi chargés de son éducation. Le dernier lui sera d'un grand dévouement, saura répondre à ses besoins affectifs et le servira jusqu'à sa mort.
Une éducation en français exaltant la maison de Bourgogne Il est principalement éduqué en français, langue des ducs de Bourgogne, et de la noblesse des Pays-Bas bourguignons.. Maximilien s'exprime principalement en français.
Charles est aussi élevé dans une perspective exaltant la grandeur des ducs de Bourgogne, dont il porte le titre, et qui depuis le début du et l'assassinat de Jean sans Peur, étaient en conflit quasi permanent avec les rois de France, leurs cousins.
Maximilien lui inculque aussi le respect des traditions de la cour de Bourgogne, en relation avec un idéal chevaleresque de respect à la dame de son cœur. Marie de Bourgogne lui a légué selon Pierre Chaunu :
Charles a un livre de prédilection, dont il a toujours un exemplaire près de lui, le Chevalier délibéré, poème épique du Bourguignon Olivier de la Marche, qui renforce son attachement à la lignée brisée des ducs Valois-Bourgogne que lui a transmis aussi Maximilien, ainsi que sa méfiance vis-à-vis des rois de France, .
Selon Pierre Chaunu l'opposition avec le royaume de France est aussi liée à une opposition sur le mode de dévolution des héritages. Avec la loi salique, seuls les enfants mâles peuvent hériter. Or, Charles Quint tient une large partie de son héritage de deux femmes Marie de Bourgogne et Jeanne la Folle.
Une formation chevaleresque plutôt qu'humaniste
Son éducation est plus proche de celle des chevaliers que de celle qui est prônée par les humanistes. S'il a un penchant pour les armes, les exercices physiques et les chevaux, il n'en regrettera pas moins durant sa vie adulte de n'avoir pas réellement appris le latin qui est alors la langue de la culture écrite.
À la fin de sa vie, il maîtrisera suffisamment le castillan pour superviser la traduction dans cette langue du Chevalier délibéré. Il a aussi appris l'allemand des camps militaires.
vignette|gauche|redresse|Portrait de Charles Quint adolescent par Bernard van Orley (vers 1516).
Personnalité Problèmes de santé Charles souffre de la promandibulie habsbourgeoise, déformation congénitale de la mâchoire, qui va empirer dans les générations ultérieures des membres de la maison de Habsbourg. Héritage de ses aïeux bourguignons, c'est une maladie liée aux mariages consanguins qui se pratiquent alors dans les familles régnantesFrancisco C. Ceballos, and G. Álvarez, « Royal dynasties as human inbreeding laboratories: the Habsburgs », Heredity, 111.2 (2013), en ligne..
Il souffre aussi de crises d'épilepsie et de la goutte, vraisemblablement liée à un régime alimentaire fondé sur les viandes rouges« Tests confirm old emperor's gout diagnosis », , 4 août 2006, Nation..
Lorsqu'il se retire au monastère de Yuste, il doit utiliser une sorte de chaise roulante pour se déplacer. Pour faciliter l'accès à ses appartements, on lui construit une rampeMartyn Rady, University of London, Lecture, 2000..
Un homme politique Selon Salvador de Madariaga son génie est de ne pas en avoir, de le savoir et d'accepter de s’entourer des meilleurs sans prendre ombrage de leur génie propre. Peu préparé sur le plan intellectuel à l'exercice de la fonction royale, il en a néanmoins appris une certaine pratique à Gand, Bruxelles et Malines.
Du fait de la dispersion de ses territoires et d'un mode de gestion très décentralisé, de 1517 à 1558, il a passé un quart de son règne en voyage. Il a été en campagne durant cinq cents jours et a passé deux cents jours en mer. Si l'on prend en compte son temps de présence dans chacun de ses territoires, il a séjourné dix-sept ans en Espagne, dix ans aux Pays-Bas, moins de neuf ans dans l'Empire et deux ans et demi en Italie.
Charles Quint et les femmes vignette|redresse|Isabelle de Portugal.
Charles Quint se marie le en son palais de Séville avec sa cousine l'infante Isabelle de Portugal (1503-1539), sœur du roi , lui-même marié peu de temps auparavant avec Catherine d'Autriche, sœur cadette de Charles Quint, pour conforter son alliance avec l'Espagne et le Saint-Empire romain germanique. De cette union naissent : Philippe (-) qui épouse en 1543 sa cousine, Marie de Portugal (1527-1545), puis en 1554, sa cousine, la reine (1516-1558), puis en 1559, Élisabeth de France (1545-1568), puis en 1570 sa nièce, Anne d'Autriche (1549-1580) ; Marie (-) qui épouse en 1548 son cousin (1527-1576) ; Ferdinand (-), mort jeune ; Fils sans nom () ; Jeanne (-) qui épouse en 1552 son cousin Jean-Manuel prince héritier de Portugal (1537-1554) ; Jean (-), comte de Flandre ; Fils sans nom (mort-né le ).
On lui connaît également des enfants illégitimes mais tous sont nés avant son mariage ou lors de son veuvage : Isabelle (1518-?), fille de Germaine de Foix, reine douairière d'Aragon (1488-1538) Marguerite (1522-1586), fille de Jeanne van der Gheynst Jeanne (1522-1530) Thadée (1523-1562), fille d' Juan (1547-1578), fils de Barbara Blomberg (1527-1597)
Les possessions de Charles Quint et leur gouvernement vignette|redresse|La reine Jeanne de Castille, mère du roi d'Espagne, à l'époque de son mariage (vers 1495). vignette|redresse|Portrait de Charles Quint par Marco Calabrese (1519).