L'Hôtel Solvay est un hôtel de maître bruxellois de style Art nouveau conçu par l'architecte belge Victor Horta entre 1895 et 1903 pour l'industriel Armand Solvay.
L'Hôtel Solvay est l'une des réalisations les plus abouties de l'œuvre de Victor Horta : il bénéficie à la fois d'un budget quasi illimité pour sa réalisation et d'une confiance totale du commanditaire. Victor Horta conçoit l'hôtel jusque dans ses moindres détails, incluant son mobilier et son intérieur. Il s'agit d'un des bâtiments de Victor Horta les mieux conservés.
L'hôtel Solvay est classé comme monument par arrêté royal en 1977 et inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco en 2000.
Historique En 1894, Armand Solvay, fils du chimiste, industriel et mécène Ernest Solvay, et son épouse Fanny Hunter, chargent Victor Horta de concevoir une maison de maître, qu'ils souhaitent occuper avec leur famille pendant les mois d'hiver.
En parallèle de ce chantier, Armand Solvay confie également à Victor Horta la transformation du château de La Hulpe, qu'il occupe en été.
Victor Horta n'est alors âgé que de 33 ans mais il est déjà l'architecte le plus cher de la ville.
Armand Solvay laisse une grande liberté à son architecte et lui accorde un budget quasi illimité. Le choix de Victor Horta est audacieux et lui même se réjouit qu'Armand Solvay ait choisi l'architecte
demande notamment, un bureau de réception pour ses affaires privées, une entrée carrossable menant aux écuries situées dans le jardin, à l'arrière, un grand salon en façade et une salle à manger donnant sur le jardin. Les appartements privés et les salles de bain se trouvent aux étages supérieurs.
Le permis de construire est introduit en juillet 1895, le gros œuvre est terminé en juin 1898 et les aménagements intérieurs et l'ameublement se poursuivent jusqu'en 1903. Le bâtiment est l'une des plus remarquables créations que Victor Horta ait élaborées. L'architecte bénéficie d’une liberté financière absolue, qui se reflète dans l’exécution créative et les matériaux utilisés. Il conçoit le bâtiment dans sa globalité, imaginant l'ameublement et l'intérieur de la batisse jusque dans leurs moindres détails.
Transformé en musée, il est ouvert au public depuis le 23 janvier 2021.
Architecture L'immeuble construit par Victor Horta comporte l'hôtel particulier à front de rue, donnant sur un jardin et une cour à l'arrière, au fond desquels un immeuble distinct abrite les écuries, la sellerie et le logis des palefreniers, traversant l'ilôt pour aboutir rue Lens.
Façades
Façade avant Le terrain acheté en 1894, par Armand Solvay, dans l'avenue Louise, mesure quinze mètres de façade et 20 à 25m en profondeur.
Excepté le rez-de-chaussée, La façade est symétrique, dominée par les bow-windows dans la partie centrale de la façade, avec leur courbure en forme d'arbalète.
Elle comporte quatre niveaux et trois travées en pierre bleue et blanche. Les deux travées externes saillantes présentent des oriels sur deux niveaux. Entre les deux, la travée centrale comporte une large terrasse au premier étage. Une autre terrasse au quatrième étage dessert les chambres.
Au rez de chaussée, un parement en petit granit ciselé avance vers le trottoir avec une courbe dans laquelle s'ouvrent les fenêtres du sous-sol. Le trottoir est réalisé dans la même pierre que la base de l'édifice et, devant l'entrée, les dalles sont disposées de façon à former comme un tapis. Ce rez de chaussée est en pierre bleue et fait office de socle pour les étages supérieurs.
La porte fenêtre du bel-étage donne accès à un balcon en légère saillie et est flanquée de deux bow-windows. La façade est constituée de verre, de fer (dans les poutrelles et les colonnettes qui soutiennent les linteaux et les ferronneries des garde-corps) et de pierre naturelle comme la pierre bleue du Hainaut, les matériaux favoris de Victor Horta.
Les prises d'air de la façade montrent l'importance accordée à l'aération de la maison.
Victor Horta innove en disposant l'entrée sur le côté sous un porche où les calèches entrent, déposent les voyageurs et poursuivent jusqu'aux écuries au fond du jardin. De plus, il minimise la maçonnerie au profit d'une structure en fer qui lui permet d'obtenir un puits de lumière éclairant l'intérieur de lumière naturelle.
L'Hôtel Solvay se détache des autres immeubles de l'avenue Louise construits dans un style franco-hollandais du XIXe siècle.
Façade arrière Tout en restant sobre, la façade arrière est traitée avec un soin inhabituel. Elle présente quatre niveaux, plus un niveau de lucarnes et cinq travées. Elle est construite en briques et pierre bleue, avec un peu de pierre blanche. La salle à manger dispose d'une terrasse en façade arrière, donnant sur le jardin.
Intérieur Bien que le bâtiment réponde aux besoins classiques d'une famille bourgeoise, Victor Horta innove, par exemple en décloisonnant les espaces intérieurs, en utilisant des matériaux inhabituels et en faisant largement circuler la lumière.
L'entrée est pavée de marbre et est éclairée par des colonnettes surmontées de lampes avec des abat-jour en forme de corolle.. Le mobilier, l'ornementation, les boiseries, les marbres et les ferronneries ont été dessinés par Victor Horta lui-même qui a également imaginé une solution pour distribuer l'air chaud de manière égale dans tout le bâtiment.
À l’intérieur, un premier escalier monumental, muni d'une balustrade tourbillonnante en métal doré. La première volée de l'escalier mène à une monumentale peinture pointilliste de Théo Van Rysselberghe, la lecture dans le parc. Ces espaces sont séparés les uns des autres par des cloisons vitrées qui peuvent s'ouvrir pour créer un énorme espace continu sur quasiment toute la surface de la maison.
Cet escalier d'apparat est surmonté d'une impressionnante verrière percée de grandes baies colorées de vitraux dont la courbure assure également une répartition optimale de l'air chaud dispensé par les bouches de chauffage situées au pied de l'escalier. Vu la présence de cette verrière, créée par Raphaël Évaldre, un second escalier, décalé, permet d'atteindre les étages supérieurs, où se trouvent les chambres et salles d'eau.
Le bel-étage est consacré aux espaces de réception (à l'avant, salle de billard, salon et salon de musique, côté jardin, salle à manger). Tous les espaces communiquent par des cloisons vitrées qui s'ouvrent entièrement.
Le palier du troisième niveau fait office de jardin d'hiver. On trouve, à cet étage, les bureaux des maîtres de maison et leur chambre à coucher, un cabinet de toilette ainsi qu'une salle d'étude et de jeu pour les enfants. Le cabinet de toilette dispose de nombreux miroirs et d'un système de lavabo coulissant, fabriqué par le père de Fanny Hunter, un armateur. Ici aussi, les pièces peuvent être ouvertes les unes sur les autres par des portes coulissantes, d’influence japonaise. À l'entresol supérieur, prend place l'unique salle de bain de l'hôtel. A l'étage au-dessus se trouvent les chambres des enfants et de la gouvernante et, encore plus haut, cinq chambres pour le personnel.
Alors que la cuisine et l"office sont habituellement relégués au sous-sol, la famille Solvay, attentive au bien-être de ses employés, choisit de les installer au rez de chaussée, avec accès direct au jardin.
L'intérieur de l'hôtel est très coloré, avec une dominante de vert et d'orange. Pas moins de 223 sortes de marbre et 12 espèces de bois y contribuent à la variété des couleurs.
A l'intérieur de l'Hôtel, le métal, la fonte, le fer forgé et l'acier sont omniprésents. Cette ossature métallique permet de n'avoir aucun mur porteur à l'intérieur. La charpente métallique, peinte en vert, est apparente.
Un confort moderne Victor Horta prête attention à la fonctionnalité du bâtiment : chauffage, ventilation et lumière sont soigneusement étudiés, de même que les déplacements des domestiques sont rationalisés. Le bâtiment bénéficie d'une climatisation naturelle conçue par l'architecte. La maison est aérée en permanence par un système de tirage d'air modulable. Un chauffage par hypocauste est pulsé par un appel d'air côté jardin et alimente une série de radiateurs vapeur dans chaque pièce en relation directe avec une grille d'aération en façade. Les toilettes sont munies de chasses d'eau, ce qui est encore nouveau à l'époque. La grande luminosité de l'ensemble est assurée par deux puits de lumière, et un éclairage artificiel à l'électricité. L'Hôtel Solvay est la première maison de Bruxelles à disposer de l'éclairage électrique. Victor Horta conçoit lui-même une série de lustres qui comportent parfois plusieurs dizaines d'ampoules.
Le mobilier Le mobilier de l'Hôtel Solvay est conçu par Victor Horta lui-même. L’ensemble de la collection de l'Hôtel est photographié en 2017 lors d'une mission d'inventaire photographique réalisée par l'Institut Royal du Patrimoine Artistique à la demande de la Région bruxelloise.
Occupations ultérieures et restaurations L'Hôtel Solvay n'est finalement pas beaucoup utilisé par la famille Solvay. D'après la conservatrice, Dominique de Thibault, cette sous-utilisation a permis de le conserver en excellent état. , ce qui est assez exceptionnel
L'Hôtel Solvay, au fil du temps et de ses affectations a subi des dommages. En novembre 1944, un V1 tombé rue de l'Ermitage, détruit la verrière du bel étage. Elle est reconstituée en 1982 par les maîtres-verriers Timmermans. Mais, à partir de 1945, l'Hôtel n'est plus habité.
En 1957, Louis et Berthe Wittamer-De Camps rachètent l'hôtel - qui échappe ainsi à la démolition - pour y installer leurs ateliers de couture et présenter les collections de leurs maisons de haute couture, Valens et Jane d'Anjou. Pour cela, ils démontent le rez de chaussée et y installent deux vitrines. Plus de 50 ouvrières y travaillent pendant vingt ans. En 1976, les ateliers déménagent et, à partir de se moment, Louise et Berthe Wittaer-De Camps se consacrent à la restauration de la situation original du bâtiment.
L'Hôtel, déjà devenu musée, fait l'objet, de 2022 à 2024, d'importants travaux de restauration portant sur la façade, la toiture et les verrières. Le chantier est mené sous la direction de l’architecte Barbara Van der Wee et la supervision d’Urban. brussels et financé à 80 % par la Région Bruxelles-capitale. En façade, la structure de la métallerie et de la ferronnerie d’art est consolidée. Les menuiseries extérieures en bois, les vitraux et la pierre calcaire d'Euville sont restaurés, les ouvrages en fer, tant structurels qu'ornementaux, démontés, traités et remontés, l’habillage en plomb des balcons rénové, et les évacuations d’eaux pluviales modifiées. La grille de balcon en relief, élément emblématique de l'édifice, est restaurée pièce par pièce. La toiture en ardoise naturelle ainsi que les deux grandes verrières sont été entièrement rénovées afin de prévenir les infiltrations d'eau et d'améliorer l'isolation. Un nouveau système de climatisation, piloté par une station météorologique installée en toiture, régule désormais la température grâce à l'ouverture automatisée des verrières Enfin, la façade retrouve ses couleurs d’origine.
Les différentes phases des travaux sont méticuleusement documentées, constituant ainsi une archive technique complète destinée à la maintenance future et à d'autres restaurations de bâtiments Art nouveau. Des études stratigraphiques et des analyses de matériaux apportent également un éclairage nouveau sur les principes de conception originaux de Victor Horta.
Protection et distinctions
Classement L(Hôtel Solvay est classé comme monument par arrêté royal du 17 avril 1977. Le jardin et les anciennes écuries sont classés comme monument en totalité par arrêté gouvernemental du 22 avril 1999.
Patrimoine mondial