Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (également orthographié de Peyresc), né le à Belgentier et mort le à Aix-en-Provence, est un érudit universaliste de l'époque baroque, conseiller au Parlement de Provence, astronome et antiquaire collectionneur.
Il écrira que les « gens de l'inquisition sont des bestes indignes de l'humanité ».
Il est connu notamment pour avoir été l'avocat de Galilée, ami proche de Rubens, conseiller en art auprès de Marie de Médicis, précurseur de l'égyptologie, et d'avoir entrepris de dresser la première carte de la Lune fondée sur des observations télescopiques. M. Fumaroli l'a qualifié de prince de la République des Lettres.
Biographie Jeunesse et formation Claude Fabri naît à Belgentier en 1580, où ses parents, aixois, se sont réfugiés afin d’échapper à la peste qui sévit à Aix. Il prend en 1604 le nom de Peiresc, terroir des Alpes-de-Haute-Provence (aujourd'hui Peyresq) qui lui vient de son père et où il ne s'est jamais rendu.
Il fait des études de philosophie et ressent de l’intérêt pour l'astronomie, les mathématiques, les langues.
Appartenant à une famille de robe, il apprend le droit et est attiré par l'archéologie, ce qui lui permet de poursuivre ses études en Italie. Il revient en France en 1602 afin de préparer son doctorat à l'université de Montpellier et en 1604 il soutient sa thèse, obtenant le grade de docteur en Droit.
Il fait de nombreux voyages (Paris, Londres, région des Flandres) avant d'être nommé conseiller au parlement de Provence.
Le chercheur thumb|Pluie de sang en juillet 1608.|gauche Début juillet 1608, les faubourgs d'Aix-en-Provence sont recouverts d'une pluie de « sang ». Le peuple et quelques théologiens n'hésitent pas à voir dans cet événement des influences diaboliques.
Peiresc fait des relevés de cette pluie en recueillant quelques gouttes sur la muraille du cimetière de la cathédrale.
Il découvre que ce liquide est laissé par les chrysalides des vanesses lorsqu'elles se muent en papillons (papillons qui avaient été observés).
Le centre-ville n'ayant pas été envahi, il est resté épargné. Cette explication scientifique ne calme pas la terreur populaireNicolas-Claude Fabri de Peiresc sur le site peiresc.org..
Son talent ne s'arrête pas là. Peiresc est aussi un brillant astronome.
Peiresc et l'astronomie Il fait construire une tour d'observation sur le toit du château de Belgentier et monte sur le sommet de la montagne Sainte-Victoire pour y observer les astres.
Entre la fin novembre et le début décembre 1610, il découvre la nébuleuse d'Orion - il invente le mot - qu'il décrit dans ses manuscrits par ces mots : « In Orione media ... Ex duabus stellis composita nubeculam quarundam illuminatam prima fronte referabat coelo, non omnino sereno » (observation du ). À la suite de son ami Galilée, il observe les satellites de Jupiter dont il laisse des croquis montrant qu'il a très bien compris qu'il s'agit de satellites de cette planète. Il veut utiliser les disparitions de ces satellites pour améliorer la connaissance des longitudes et commence à dresser des tables très précises. Apprenant que Galilée a le même projet, il l'abandonne par déférence envers celui qu'il admireRapporté par Gassendi dans sa biographie de Peiresc : Viri illustris Nicolai Claudii Fabricii de Peiresc, senatoris aquisextiensis, Vita, Paris 1641, nouvelle édition traduite du latin par Roger Lassalle avec la collaboration d'Agnès Bresson, Belin, Paris 1999.. Les premières analyses des manuscrits de Peiresc ont montré que ses formules étaient plus précises que celles de Galilée.
Il s'aperçoit que la méthode des satellites de Jupiter pour améliorer la connaissance des longitudes n'est pas commode à utiliser, notamment pour les marins. Il tente alors une méthode bien connue des astronomes qui consiste à observer un même phénomène depuis deux lieux distants (par exemple une éclipse de Lune). Pour cela, il coordonne l'observation de l'éclipse de Lune du en répartissant des observateurs tout le long de la Méditerranée ; ceci lui permet de constater que cette mer est en réalité plus courte de près de km que ce que l'on croyait jusqu'alors.
Avec l'appui de Gassendi qui l'avait baptisé « le prince des curieux », Peiresc demande au graveur Claude Mellan de dresser la première carte de la Lune fondée sur des observations télescopiques réalisées depuis l'observatoire personnel qu'il a mis en place sur le toit de sa demeure et sur le sommet de la montagne Sainte-Victoire qu'il gravit avec Gassendi et Claude Mellan, mais sa mort, alors qu'il est le commanditaire et le mécène du projet, va l'empêcher de mener à bien cette tâche.
Un savant éclectique Le livre d'Hénoch est un pseudépigraphe de la Bible qui avait fasciné les Pères de l’Église (Lactance, Priscillien, Jérôme de Stridon, Augustin d'Hippône), avant qu'ils le rangent au nombre des écrits apocryphes. Un capucin arabisant, Egidius de Loches, de retour d'Égypte, proposa un jour au magistrat Peiresc d'acquérir pour son compte quelques manuscrits éthiopiens de ce texte rarissime, détenus par des monastères d'orient. Ces manuscrits furent achetés à la mort de Peiresc par Mazarin, et ne furent expertisés qu'en 1683 par l'orientaliste saxon Hiob Ludolf. En les comparant au corpus du livre d'Hénoch de Georges le Syncelle († vers 800), Ludolf établit qu'ils contenaient un texte entièrement différent, cité par Fabricius, Codex pseud., p. 210..
Peiresc est encore numismatePh. Tiollier, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, numismate, Provence numismatique, numéro hors série, 1987. (avec son médaillier de plus de ), archéologue, amateur d'art, historien (il montre que Jules César, lors de sa conquête de l’Angleterre, n’est pas parti de Calais, mais de Saint-Omer), égyptologue, botaniste, zoologue (études sur les caméléons, les crocodiles, l'éléphant et l'alzaron, sorte de gazelle à tête de taureau venant de Nubie et aujourd'hui disparue), physiologiste, géographe (projet de construction d'un canal de Provence reliant Aix à Marseille), et .
Il s'intéresse également à la géologie (notamment à une grotte sur le mont Coyer) et à la paléontologieIl fait notamment des supputations sur l'orientation des chaînes de montagnes, la formation des cailloux, l'origine de fossiles et, notamment, l'énigme du Theutobocus. Il s'intéresse au volcanisme (notamment du Vésuve). Voir : Peiresc, Gassendi... : Un cercle méconnu de « géologues » au début du dix-septième siècle par Gaston Godard, 1996.
Cet humaniste s'éteint à l'âge de 57 ans.
Un éminent collectionneur d'art Peiresc est un exemple de grand intellectuel, à la charnière de la Renaissance et de l'essor scientifique moderne, ce qui lui vaut le titre de « Prince de la république des Lettres ».
Peiresc constitue dans ses demeures d'Aix-en-Provence et de Belgentier, un cabinet, véritable musée où se côtoient sculptures antiques, peintures modernes, médailles, bibliothèque, et un jardin d'acclimatation et de botanique (un des plus anciens de France). Il est un des premiers Français à s'intéresser à l'œuvre du Caravage. Il découvre les tableaux de la chapelle Contarelli à Rome en 1600 à l'âge de 20 ans. Il initiera un véritable « atelier du midi caravagesque » avec Louis Finson, Martin Hermann Faber, Trophime Bigot, et d'autres peintres. Ses textes sont les premiers écrits en français connus sur l'œuvre du Caravage. Il défendra les artistes caravagesques jusqu'à sa mort. alt=Reliure en maroquin rouge au Chiffre de Peiresc. Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole, cote RELp 0026|vignette|Reliure en maroquin rouge au Chiffre de Peiresc. Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole, RELp 0026 Le cabinet de Peiresc était considéré comme un des plus beaux de toute l’Europe. Il comptait notamment : près de les plus rares, souvent annotés de sa main, certains provenant des collections Médicis, Barberini, Rubens, Galilée, Malherbe, etc. La majorité richement reliés dans un maroquin rouge avec le chiffre de Peiresc doré par Corberan ou Le Gascon. Peiresc est le premier à marquer la date de parution de ses livres sur la tranche de leur reliure. De nombreux manuscrits (partitions manuscrites offertes par la famille Barberini telles qu’Euridice de Jacopo Peri, le codex luxemburgensis mérovingien, copie du calendrier, ou Chronographe de 354, un évangéliaire grec en onciale du , le manuscrit de Constantin Porphyrogénète sur les vices et les vertus, papyrus antiques, plus de 40 000 pages d’analyses, recherches), etc. Plus de 200 tableaux, portraits et grisailles (Caravaggio, Annibale Carracci, Rubens, Simon Vouet, Dürer, Jacopo Bassano, Van Dyck, Francesco Cozza, Battistello Caracciolo, Le Tintoret, Titien, Nicolas Poussin, Louis Finson, Nicolò dell'Abbate, Frans Pourbus le Jeune, Fancesco Apollodoro, Daniel Dumonstier, Trophime Bigot, Abraham de Vries etc.), plusieurs primitifs italiens, des peintures sur coton provenant d’Inde, une caricature des membres de l’Inquisition représentés en renards habillés en prêtres dévorant des images et le globe terrestre, des « peintures en plume », etc. Un riche cabinet de gravures et dessins (la carte de l’Etna par Antoine Leal, de nombreuses cartes annotées dessinées ou piquées, un recueil de copies de vases, œuvres et monuments antiques de Pietro Testa, Nicolas Poussin, Charles Errard, Adrien de Vries, etc.), sanguines d’après des camées, dessins d’architectes de Baccio del Bianco, Onorio Longhi, près de 800 dessins de Philibert Delorme, dessins piqués de Rubens d’après des hiéroglyphes, etc. Plus de 18 000 monnaies, médailles, amulettes, talismans, camées, poids et mesures antiques (sans compter les empreintes en cire) certains disposés dans de riches présentoirs en cuir rouge marqués de lions de Rians, d’étoiles et du chiffre doré de Peiresc. Collecte immense malgré deux vols importants (la plus grande collection de camées en Europe est de 24 000 pièces selon Antoine Schnapper). Des bas-reliefs, épigraphies grecques, romaines, étrusques et égyptiennes, sculptures en bronze et en marbre (un jeune éphèbe, une Cybèle, les fragments du tombeau de Borysthènes, le cheval d’Hadrien, une statue de Bouddha, etc.), des sculptures et statuettes en terre cuite (une petite victoire ailée, une huitre avec une petite tête étrusque, de nombreuses statuettes étrusques, etc.), verres antiques (lacrymatoires), lampes à l’huile, vases de bézoard minéral, “Marmozets d’Égypte“, coffres remplis de bijoux antiques et du Moyen-Âge, la colonne en marbre rouge du roi René, au moins deux momies égyptiennes (avec leur sarcophage monumental respectif en basalte et marbre blanc), des plastrons de momies, des vases canopes, les fameux trépieds d’Apollon en bronze de Fréjus et l’ivoire byzantin Peiresc / Barberini, de nombreux objets des cabinets de Federico Cesi, de François Ranchin, Lelio Pasqualini, Gian Vincenzo Pinelli, Cassiano dal Pozzo, etc. Une collection d’armes et d’armures (casques, glaives, lances, boucliers, etc.). Nombreux objets du monde entier (casse-têtes de Guyane, statues océaniennes, objets tribaux d’Afrique du Nord, panoplie et flèches à plume et pointes empoisonnées d’Indiens d’Amérique, Incas et Arawak, etc.). De nombreux instruments de musique provenant de toute la Méditerranée, Orient, Chine, Japon, Inde, Amérique, etc. De nombreux fossiles, « animaux et plantes pétrifiés » (étoiles de saint Vincent offertes par Gassendi, ammonites, etc.), cristaux et roches volcaniques de Java, Vésuve, Etna, etc.