Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression est un ouvrage rédigé par un collectif d'universitaires, publié en 1997 par les Éditions Robert Laffont. Rédigé pour marquer le anniversaire de la révolution russe de 1917, il entend dresser un bilan des victimes des régimes communistes.

Succès commercial avec plus d'un million d'exemplaires vendus dans le mondeSite web officiel de Stéphane Courtois (dont deux éditions brochées et deux éditions poche en France) et plus de 26 traductions à l'été 2011, en France le livre a provoqué deux polémiques : la première parmi les auteurs au sujet du chapitre introductif (dont le contenu a été plus médiatisé que le reste de l’ouvrage), la deuxième concernant plus largement l'ensemble de l'ouvrage. Ces controverses ne portent pas tant sur les faits décrits, que sur les responsabilités et intentions des États communistes ainsi que sur le rôle de l'idéologie elle-même.

Titre Le titre est une référence explicite à l'ouvrage collectif dirigé par Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman intitulé Le Livre noir et dont le titre complet est « Le Livre noir sur l'extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l'URSS et dans les camps d'extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945 ». Ce livre, publié partiellement en Union soviétique en 1947, a été censuré sur décision du régime soviétique. Il est paru en version complète après l'effondrement de l'Union soviétique durant les années 1990.

Contenu Les auteurs sont Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Jean-Louis Panné, Karel Bartošek, Jean-Louis Margolin et Andrzej Paczkowski. Ont également collaboré Rémi Kauffer, Pierre Rigoulot, Pascal Fontaine, Yves Santamaria et Sylvain Boulouque.

Le livre décrit sur 840 pages les crimes commis par les États dont les dirigeants se sont revendiqués du communisme : États léninistes ou « marxistes-léninistes ». Les principales parties concernent l’URSS sous Lénine puis Staline, et la Chine sous Mao Zedong. Plus précisément, les faits décrits dans le livre incluent :

en URSS : le goulag, système des camps de travail forcé, principalement de 1930 à 1953 ; les grandes famines de 1921-1922, 1932-1933, et 1946-1947 ; l’arrestation de communistes anti-staliniens (y compris non russes), l'assassinat de milliers d'entre eux à partir de 1934 (principalement en URSS mais aussi à l'étranger) ; les « Grandes Purges » de 1936-1938 ; l'invasion de la Pologne pendant l'application du pacte germano-soviétique (1939-1941) ; les déplacements forcés de populations.En particulier, l'étude du système soviétique cherche à montrer l'existence d'une continuité dans les politiques répressives des gouvernements issus de la révolution d'octobre 1917 tout au long de l'histoire de l'URSS, en confirmant que le processus de terreur s'est mis en place en Russie peu après la prise du pouvoir par les bolcheviks, avec la création de la Tchéka, l'interdiction progressive des journaux d’opposition, l'arrestation et l'exécution de nobles, bourgeois, mencheviks, SR de gauche, anarchistes et paysans, la répression brutale des grèves ouvrières ou des révoltes (Kronstadt). L’auteur de cette partie du Livre noir, Nicolas Werth, précise qu’il « n’a pas la prétention de présenter des révélations sur l’exercice de la violence d’État en URSS » qui « a déjà été, depuis longtemps, explorée par les historiens »Le Livre noir du communisme, p 289. Les faits avaient déjà été étudiés, notamment par Jacques Baynac: La Terreur sous Lénine (1917-1924), Sagittaire, 1975. Cependant la question de la continuité entre le léninisme et le stalinisme, y compris sur le plan de la violence d'État, continue à faire débat (voir article révolution russe). en Europe de l'Est : les procès politiques (par exemple le procès Slansky), les camps de travail forcé (principalement de 1948 à 1956), la répression de manifestations populaires : en RDA en juin 1953, en Hongrie en 1956, en Tchécoslovaquie en 1968 ; en Chine : la famine sans précédent de 1959-1961, conséquence de l'échec du « Grand Bond en avant » ; les laogais, camps de travail forcé, principalement de 1954 à 1978 ; la « révolution culturelle », décrite comme étant une « guerre civile, ouverte ou larvée » ; l’occupation du Tibet.

En particulier, les auteurs concluent que les communistes chinois ont perpétré un génocide culturel à l’encontre des Tibétains. Jean-Louis Margolin déclare que les meurtres furent proportionnellement plus importants au Tibet qu’en Chine intérieure, et que « l'on peut légitimement parler de massacres génocidaires en raison des nombres impliqués » :

en Corée du Nord : les répressions exercées par le régime dictatorial de la république populaire démocratique de Corée, depuis sa mise en place en 1948 ; au Cambodge : la déportation, puis l'élimination d'une grande partie de la population urbaine par le régime des Khmers rouges, au pouvoir de 1975 à 1979 ; à Cuba : les emprisonnements et condamnations à mort depuis la prise de pouvoir par Fidel Castro en 1959. L'ouvrage présente les unités militaires d'aide à la production comme des camps de concentration : ces camps de travail ont été longtemps présentés par le gouvernement cubain comme faisant partie du service civilAnnabelle Laurent, Quand Castro envoyait les homosexuels dans des camps Les Inrocks, septembre 2010. en Afghanistan : l’intervention militaire de l'URSS de 1979 à 1989.

Stéphane Courtois s'est livré à une comptabilisation du nombre de morts. Il affirme que « [l]e total approche la barre des cent millions de morts »Le Livre noir du communisme, p 8. Les chiffres utilisés et le principe même d'addition de morts de causes parfois très différentes ont été sujets d'une polémique.

Contenu et auteurs additionnels Le contenu de l'édition originale parue en 1997 a été augmenté au fur et à mesure des adaptations locales. Divers contributeurs ont ainsi rajouté une préface ou un chapitre supplémentaire consacré au pays dans lequel la traduction du livre paraissait. L'ouvrage Du passé faisons table rase ! compile ces additions pour la période 1997 à 2002, date de sa parution.

L'édition allemande contient un chapitre additionnel consacré au régime de la République démocratique allemande et intitulé « Le bilan du socialisme en RDA » (« Die Aufarbeitung des Sozialismus in der DDR »). Ce chapitre est articulé autour de deux contributions « Les crimes politiques en RDA » (« Politische Verbrechen in der DDR ») par Ehrhart Neubert et « L'approche difficile de la perception » (« Vom schwierigen Umgang mit der Wahrnehmung ») par Joachim GauckStéphane Courtois, Joachim Gauck, Ehrhart Neubert et al., Das Schwarzbuch des Kommunismus. Unterdrückung, Verbrechen und Terror. (1998) Piper Verlag, Munich, 2004, .

L'édition Estonienne contient une préface « Ombres sur le monde » (« Varjud maailma kohal ») signée du président de la République Lennart Meri, ainsi qu'un chapitre additionnel sur le communisme en Estonie « L'Estonie et le communisme » (« Eesti ja kommunism ») rédigé par le Premier Ministre Mart LaarStéphane Courtois, Lennart Meri, Maart Lar et al., Kommunismi must raamat. (2000) Varrak, Tallin, 2000, .

L'historien français François Furet avait accepté de rédiger la préface du Livre noir du communisme. Il est cependant décédé en , quelques semaines seulement avant d'avoir rendu son texte à Stéphane CourtoisEnregistrement audio de la Conférence sur Le livre noir de la Révolution française à Paris le jeudi 24 janvier 2008, Les Epées, avec Renaud Escande, Stéphane Courtois et Antoine Foncin, Conférence du 24 janvier 2008 sous-titrée sur Youtube.

L'édition portugaise est augmentée d'une préface de l'historien et membre du Parti social-démocrate portugais Stéphane Courtois, Nicolas Werth et al., O Livro Negro do Comunismo. (1998) Quetzal, Lisbonne, 1998, .

L'édition roumaine est enrichie d'un chapitre supplémentaire consacré au communisme en Roumanie ainsi que d'une carte des lieux de répression préparés par la fondation Fundatia Academia CivicaStéphane Courtois et al., Cartea neagra a comunismului. (1998) Humanitas, Bucarest, 1998, .

L'édition russe comporte la préface « Bolchévisme : maladie sociale du » (« Большевизм — социальная болезнь XX века ») composée par Alexandre Nikolaïevitch Iakovlev, conseiller personnel du Président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev et ancien directeur du département pour l'agitation et la propagande du PCUS sous BrejnevStéphane Courtois, Nicolas Werth et al., Черную книгу коммунизма. (1999) Moscou, Три века истории (Tri Veka Istorii), 1999, .

Débat sur l'ouvrage Dissensions entre auteurs La moitié des auteurs — Nicolas Werth, Jean-Louis Margolin et Karel Bartošek — ont protesté publiquement contre le chapitre introductif de Stéphane Courtois, ils y refusent son rapprochement du génocide nazi et de la répression stalinienne, ainsi que le calcul du nombre de victimes, dont ils contestent à la fois l’opportunité et les chiffres utilisés, qui pour certains sont leurs chiffres mais augmentés sans justification par Courtois.

Dans un article du Monde daté du , Nicolas Werth et Jean-Louis Margolin listent les principaux points mis en cause du chapitre introductif : « la centralité du crime de masse dans les pratiques répressives des communismes au pouvoir ; l'assimilation entre doctrine communiste et mise en application de celle-ci, ce qui fait remonter le crime jusqu'au cœur même de l'idéologie communiste ; l'affirmation qui en découle de la grande similitude du nazisme et du communisme, tous deux intrinsèquement criminels dans leur fondement même ; un chiffrage des victimes du communisme abusif, non clarifié (85 millions ? 95 ? 100 ?), non justifié, et contredisant formellement les résultats des coauteurs sur l'URSS, l'Asie et l'Europe de l'Est (de leurs études, on peut tirer une « fourchette » globale allant de 65 à 93 millions ; la moyenne 79 millions n'a de valeur que purement indicative) ».

Ils ajoutent : « On chercherait cependant en vain, dans le chapitre introductif comme dans le reste de l'ouvrage, la discussion serrée et approfondie que nécessiteraient des questions aussi complexes et délicates que la comparaison entre fascisme et communisme, ou la présence de potentialités terroristes dans la théorie marxiste elle-même. Nous n'entendons pas disqualifier ces indispensables questionnements. Mais, tout simplement, notre livre ne porte pas là-dessus ».

Nicolas Werth, dans un entretien accordé au journal communiste L'Humanité avait ajouté qu'« il [Nicolas Werth] s'était publiquement démarqué de l'idée contenue dans la préface rédigée par Stéphane Courtois selon laquelle le communisme serait par essence criminogène »Nicolas Werth, entretien pour L'Humanité, 7 novembre 1997NICOLAS WERTH : " LE MODELE ET LE PLURIEL ", entretien avec Nicolas Werth, humanite.fr, 11 septembre 2000. Jean-Louis Margolin va dans le même sens : « Cela [l'analyse de Stéphane Courtois] revient à enlever son caractère historique au phénomène. Même si le terreau communiste peut aboutir aux crimes de masse, le lien entre doctrine et pratique n'est pas évident, contrairement à ce que dit Stéphane Courtois »Le Monde, 31 octobre 1997.. Werth et Margolin reprochent à Courtois son « obsession d'arriver aux cent millions de morts ». N. Werth décompte ainsi quinze millions de victimes en URSS, alors que Stéphane Courtois, dans son introduction, parle de vingt millions ; J.-L. Margolin explique « qu'il n'a jamais fait état d'un million de morts au Vietnam », contrairement à ce qu'écrit Courtois.

Des auteurs menacent de poursuite l'éditeur avant la sortie de l'ouvrage. Jean-Louis Margolin obtient le changement du titre, qui devait être Le Livre des crimes communistes, et l'adjonction du sous-titre.