Sebastian Kurz () est un homme d'État autrichien, né le à Vienne. Il est président fédéral du Parti populaire autrichien (ÖVP) de 2017 à 2021 et chancelier fédéral de 2017 à 2019 et de 2020 à 2021.
Il est député au Landtag de Vienne entre 2010 et 2011, puis secrétaire d'État fédéral à l'Intégration jusqu'en . Il est alors nommé ministre fédéral des Affaires étrangères, devenant à le benjamin du gouvernement autrichien et des chefs de la diplomatie de l'Union européenne.
En , il est élu président du Parti populaire et rompt la grande coalition au pouvoir, conduisant à des élections anticipées qu'il remporte. Il forme ensuite une coalition avec le Parti de la liberté (FPÖ) et est nommé chancelier fédéral. Il se sépare du FPÖ en en raison d'un scandale de corruption, convoquant de nouvelles élections avant d'être renversé par une motion de censure, une première depuis 1945. À l'issue de ce scrutin, il établit une alliance avec Les Verts (Grünen). Il démissionne et se retire de la vie politique en en raison d'accusations de détournement de fonds publics.
Origines et formation Sebastian Kurz est le fils d'un ingénieur et d'une professeure de lycée. Il grandit dans le arrondissement de Vienne, à Meidling.
Il poursuit ses études au lycée moderne () GRg Erlgasse et obtient en 2004 son baccalauréat (maturité en Autriche). En 2011, il décide de suspendre ses études de droit à l'université de Vienne pour se consacrer à la politique.
Ascension politique Débuts En 2009, il est élu président du JVP, le mouvement de jeunesse du Parti populaire autrichien (ÖVP). Lors de la campagne pour les élections locales de 2010, il est remarqué pour son slogan « Le noir, ça déchire », en référence à la couleur officielle de son parti : monté à bord d'une « sexymobile » avec des jeunes filles en vêtements moulants qui distribuaient des préservatifs aux passants, il avait voulu , même si son score final reste faible.
Il est membre du Landtag de Vienne entre 2010 et 2011.
Le , il est nommé secrétaire d'État à l'Intégration auprès de la nouvelle ministre fédérale de l'Intérieur Johanna Mikl-Leitner, à seulement 24 ans. À ce poste, il fait passer une loi interdisant la burqa et une autre qui coupe largement les subventions sociales aux candidats à l'intégration, afin de les amener à trouver un travailLaure Mandeville, « Sebastian Kurz, l'étoile montante des souverainistes européens », Le Figaro, samedi 23 / dimanche 24 juin 2018, p. 7..
À l'issue des élections législatives de 2013, il est élu député au Conseil national.
Chef de la diplomatie vignette|Sebastian Kurz avec le président de l'État d'Israël, Shimon Peres, en 2014. Lorsque la grande coalition, au pouvoir depuis 2007, est reconduite le , il devient ministre fédéral de l'Intégration, des Affaires européennes et internationales. À 27 ans, il devient ainsi non seulement le benjamin du gouvernement fédéral autrichien, mais également le ministre des Affaires étrangères le plus jeune de l'Union européenne..
Dans le contexte de la crise migratoire, il appelle à la fermeture des frontières autrichiennes et prône la fin des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Il est alors le seul ministre des Affaires étrangères de l'Union européenne à réclamer la fin de ces négociations.. En obtenant la fermeture de la route des Balkans, il gagne en popularité dans la population autrichienne.
Président fédéral de l'ÖVP Il indique le que s'il était porté à la présidence fédérale de l'ÖVP, il mettrait un terme à la grande coalition, provoquant de nouvelles élections anticipées. Désigné à la tête du Parti populaire le , il confirme ses intentions et présente une demande en ce sens dès le lendemain au chancelier fédéral social-démocrate Christian Kern et au président fédéral Alexander Van der Bellen. Le , il est élu à la tête du parti lors d'une convention.
Il ne se montre pas hostile à une alliance avec le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), nationaliste, à l'issue de nouvelles élections législatives..
Premier mandat de chancelier fédéral Élections législatives de 2017 Lors des élections législatives anticipées du , le Parti populaire remporte 31,5 % des suffrages exprimés et sur 183 au Conseil national à l'issue d'une campagne axée sur les questions sécuritaires. L'ÖVP étant redevenu le premier parti d'Autriche, il est pressenti pour prendre la succession de Kern comme chancelier.
Pour le politologue et chercheur au CNRS Patrick Moreau, le succès de Sebastian Kurz repose sur la transformation qu'il a su mener dans son parti : . Il bénéficie également d'une campagne menée sur les thèmes de l'immigration, l'islam et la sécurité, alors que la situation économique du pays est florissanteArielle Bohineust, « L'immigration, enjeu prospère d'une économie prospère », Le Figaro, samedi 14 / dimanche 15 octobre 2017, page 8.Ghislain de Violet, « Sebastien Kurz, 31 ans et déjà chancelier », Paris Match, semaine du 19 au 25 septembre 2017, page 42..
Formation du gouvernement
vignette|Sebastian Kurz s'adressant au Conseil fédéral pour la première fois comme chancelier fédéral, le . Le , après la publication des résultats officiels, le président fédéral, Alexander Van der Bellen, le charge de former un gouvernement..
Sebastian Kurz est nommé chancelier fédéral d'Autriche le , à l'âge de , et prend la tête d'un gouvernement de qui associe l'ÖVP au FPÖ. Il devient donc le plus jeune dirigeant d'État au monde, devant le capitaine-régent de Saint-Marin Enrico Carattoni. Au sein de l'Union européenne, il devance le Premier ministre irlandais Leo Varadkar..
Mesures adoptées
Expulsion d'imams Début , le gouvernement expulse une quarantaine d'imams turcs qui refusaient de se conformer à la législation sur leur rémunération. L'exécutif vise également à réduire l'islam politique et les mouvements radicalisés dans le pays. Le porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdoğan réagit en déclarant qu'il s'agissait d'une . Cependant, Sebastian Kurz est soutenu par l'opposition sociale-démocrate, qui estime qu'il s'agit de la Blaise Gauquelin, « L'Autriche expulse des dizaines d'imams », lemonde.fr, 8 juin 2018..
Politique économique En , son gouvernement fait adopter une loi sur l’allongement et la flexibilisation du temps de travail. La journaliste Danièle Renon du Courrier international juge le texte « très favorable aux employeurs et aux attentes des milieux économiques ». La nouvelle loi permet, sur la base du « volontariat », d'étendre la durée maximale du temps de travail de 10 à 12 heures quotidiennes et de 50 à 60 heures hebdomadaires. La durée normale du travail reste cependant fixée à huit heures par jour et à 40 heures par semaine..
Le vent se lève indique que son gouvernement mène une politique de réduction des dépenses publiques, particulièrement dans le domaine social. Une réforme des minima sociaux diminue le montant accordé aux familles de plus de deux enfants, tandis que les conditions d’attribution sont durcies pour les étrangers. Le budget de l'organisme autrichien chargé de l'emploi baisse de 30 % en 2018. Les allocations versées aux chômeurs atteints d’une maladie sont réduites et le programme d’aide au retour à l’emploi Aktion 20000 destiné aux chômeurs âgés de plus de cinquante ans est supprimé.
Rupture avec le FPÖ et motion de censure vignette|Sebastian Kurz s’exprimant sur la présidence autrichienne du Conseil de l'Union européenne en 2018 (Parlement européen, ).
Le vice-chancelier Heinz-Christian Strache remet sa démission le , à huit jours des élections européennes et au lendemain de la publication d'une vidéo tournée en 2017 où on le voit demander à une femme se présentant comme la nièce d'un oligarque russe de racheter un journal et modifier sa ligne éditoriale en faveur du FPÖ, en échange de la concession de contrats publics..
Kurz réagit de manière critique, affirmant que et jugeant que le FPÖ du pays. Il avoue ne pas avoir le sentiment . Il annonce ensuite avoir demandé au président Van der Bellen de convoquer des élections législatives anticipées.. Le lendemain, celui-ci déclare souhaiter que le scrutin ait lieu en septembre. Les sociaux-démocrates réclament le remplacement des ministres FPÖ par des indépendants. Le , après le limogeage du ministre de l'Intérieur Herbert Kickl, les ministres FPÖ démissionnent collectivement du gouvernement.
Le , une motion de censure déposée par les écologistes de JETZT – Liste Pilz obtient le soutien du FPÖ et du SPÖ, ce qui permet son adoption. C'est la première fois qu'un chef de gouvernement autrichien est renversé.. Le vice-chancelier Hartwig Löger succède à Kurz le . Le , la présidente de la Cour constitutionnelle, Brigitte Bierlein, est chargée de former un gouvernement technique devant durer jusqu'aux prochaines législatives.
Retour à la tête du gouvernement
Élections législatives de 2019 Vainqueur des législatives, l'ÖVP arrive largement en tête. Le parti obtient son meilleur résultat depuis 2002. Le FPÖ connait en effet un important recul, même s'il conserve sa troisième place. Le SPÖ réalise un résultat historiquement bas tandis que les Grünen et NEOS réalisent le meilleur résultat de leur histoire.
Les négociations s'annoncent cependant difficiles, l'ÖVP étant confronté à plusieurs choix de partenaires présentant chacun leurs défauts. La reconduction de la coalition avec le FPÖ, partenaire considéré comme privilégié par Sebastian Kurz en raison notamment de leurs vues communes sur l'immigration, est rendue difficile par la contre-performance du FPÖ, qui pourrait pousser le parti à envisager une cure d'opposition pour se reconstruire. Le soir du scrutin, son dirigeant, Norbert Hofer, annonce que le parti se prépare à l'opposition. Les sociaux-démocrates, qui subissent également une défaite avec la perte d'un quart de leurs sièges, annoncent exclure toute coalition avec l'ÖVP. Les électeurs du Parti populaire sont par ailleurs pour une grande partie opposé à la reconduction d'une grande coalition ÖVP-SPÖ, une formule usée et décriée en Autriche après quarante-quatre ans de gouvernement dans l'après-guerre. Kurz pourrait par conséquent se tourner vers Grünen, voire une coalition élargie avec Grünen et NEOS, petit parti libéral ayant la faveur de la droite. Grünen occupe cependant une position opposée à celle de Kurz sur l'immigration, rendant difficile la mise en place d'une politique commune.
Seconde désignation
vignette|Sebastian Kurz s’entretenant avec Boris Johnson (2020). Le , il est de nouveau chargé de former un gouvernement par le président Van der Bellen.
Le , il annonce un accord de coalition avec Les Verts - L'Alternative verte, qui obtient la création d'un ministère de l'Environnement et la fonction de vice-chancelier pour son dirigeant Werner Kogler.. Le nouveau gouvernement est assermenté le ..
Gestion de la Covid-19
Le chancelier atteint un pic d'avis favorable en , lorsque, salué pour sa gestion de la première vague de pandémie de Covid-19, il réunit plus de 80 % d’opinions favorables, tandis que son parti monte à 45 % d'intentions de vote. L'Autriche ne connaît alors qu'un peu moins de dû au virus et une absence de surcharge de ses hôpitaux, ce qui lui permet d'être le premier en Europe à sortir du confinement, le ..
Accusations de corruption et démission En , il révèle être visé par une enquête judiciaire. La justice le soupçonne d'être intervenu pour favoriser la nomination d'un proche à la tête d'une entreprise publique et d'avoir menti à ce sujet devant les députés.. Il est inculpé pour faux témoignage en aout 2023.