Matamela Cyril Ramaphosa, né le à Soweto, est un homme d'État sud-africain, président de la république d'Afrique du Sud depuis le .

Syndicaliste et homme d'affaires, il est vice-président de la république d'Afrique du Sud de 2014 à 2018. Élu président du Congrès national africain (ANC) en 2017, il devient président de la République en 2018, à la suite de la démission de Jacob Zuma. Il est élu président de l’Union africaine en 2020.

Suite à la décision prise le par le gouvernement de Madagascar de se retirer de la présidence de la Communauté de développement d'Afrique australe, l'intérim de la présidence lui est attribué le à l'issue d'un sommet extraordinaire organisé par visioconférence.

Biographie Origines, jeunesse et formation Matamela Cyril Ramaphosa est né en 1952 à Johannesbourg dans le Western Native Township, dans une famille modeste originaire du Venda, d'un père policier et d'une mère au foyer. Alors qu'il est encore enfant, le quartier est rasé et sa famille relogée à Soweto. Cyril Ramaphosa passe ainsi son enfance dans le quartier de Tswhiahelo, parmi les membres de la communauté VendaAfrique du Sud : cinq choses à savoir sur Cyril Ramaphosa, le nouveau chef de l’ANC, Le Monde, 18 décembre 2017.

À , il entre à l'université du Nord pour étudier le droit. Il adhère à l'Organisation des étudiants sud-africains (SASO), et est arrêté en 1974. Il reste emprisonné pendant onze mois, puis de nouveau en 1976, après les émeutes de Soweto.

Syndicalisme et entrée en politique Il termine ses études d'avocat à l'université d'Afrique du Sud en 1981, et est embauché par le Conseil des syndicats sud-africains (CUSA) comme conseiller juridique. En 1982, il devient le secrétaire général du Syndicat national des mineurs (NUM), nouvellement créé. Il est à ce poste lors des grèves de 1987, les plus grandes de l'histoire du pays.

Très respecté en tant que négociateur habile et stratège redoutable, il joue un rôle crucial au cours des négociations du début des années 1990 pour trouver une issue pacifique à l'apartheid et orienter le pays vers ses premières élections nationales non raciales au suffrage universel en . Le , il est élu président de l'Assemblée constituante.

Il surveille la rédaction de la constitution admise en 1996. En 1997, il perd les primaires de l'ANC face à Thabo Mbeki, alors qu'il est un temps considéré comme le dauphin de MandelaVincent Jolly, « Cyril Ramaphosa, nouveeau chef contesté de l'ANC », Le Figaro Magazine, semaine du 22 décembre 2017, page 26. et refuse le poste de ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Mandela. Il entame alors une traversée du désert politique.

Carrière dans le privé

Devenu ensuite un homme d'affairesListe des sociétés liées à Cyril Ramaphosa, il est considéré comme un autodidacte qui a su prospérer après l'instauration de la politique de discrimination positive en faveur des Noirs dans les années 1990. À la direction du fonds d’investissement Shanduka, il prend des participations variées, notamment dans les mines, dans l’immobilier, et dans les chaînes sud-africaines de McDonald’s et Coca-Cola. En 2005, d’après le magazine Forbes, il est la plus grande fortune du continent, avec un capital estimé à près de 450 millions de dollars.

En 2012, alors qu'il est au conseil d'administration de la mine de Marikana, il est considéré comme favorable à l'intervention des forces de l'ordre alors qu'une grève éclate, faisant parmi les mineurs. Blanchi par une commission d'enquête, il présente ses excuses en 2017 pour son rôle dans ce drameAfrique du Sud: les excuses de Ramaphosa sur le drame de Marikana, RFI Afrique, 8 mai 2017.

Retour en politique et vice-présidence de la République En , il effectue son retour en politique en devenant vice-président du Congrès national africain (ANC)..gauche|vignette|Cyril Ramaphosa avec la présidente chilienne Michelle Bachelet en 2014. Il accède à la vice-présidence de la république d'Afrique du Sud le .

Le , il est élu président de l'ANC avec suffrages, contre pour sa rivale, Nkosazana Dlamini-Zuma (ex-femme de Jacob Zuma et ex-présidente de la commission de l'Union africaine). Capitaliste et pragmatique, il s'est opposé à la vision radicale et panafricaine de son adversaire. Pour lutter contre les inégalités, il veut rendre l'université gratuite pour les plus pauvresCaroline Dumay, « Le pari de Jacob Zuma pour sauver l'ANC », Le Figaro, samedi 8 / dimanche 9 juillet 2017, page 8.. Cette victoire est considérée, du fait du poids de l'ANC dans le pays, comme un boulevard vers la prochaine élection présidentielle, en 2019. La situation de l'ANC est cependant compliquée, ayant perdu des villes importantes lors des dernières élections locales, alors que le président de la République Jacob Zuma est touché par des affaires de corruption, que le chômage atteint 30 % et que les inégalités sont criantes.

Président de la république d'Afrique du Sud gauche|vignette|Le président Cyril Ramaphosa en 2019. Début , des négociations se tiennent entre l'ANC et Jacob Zuma au sujet de la démission de celui-ci au profit de Cyril Ramaphosa.. Zuma, après avoir dans un premier temps refusé, accepte finalement de démissionner le , après avoir été menacé de destitution, et Ramaphosa lui succède comme président de la République par intérim. Le , le Parlement élit formellement Cyril Ramaphosa président de la République.

Alors que Cyril Ramaphosa appelle à une réforme agraire « radicale », le Parlement adopte fin , à une très large majorité, un projet de loi prévoyant l'expropriation sans compensation de terres agricoles appartenant à des fermiers blancs. L’ANC justifie cette mesure par sa volonté de « corriger les inégalités » héritées de l'apartheid – en 2018, 72 % des fermes appartiennent à 8 % de fermiers blancs.. Une partie de l'opposition invoque une violation du droit de propriété, tandis que des investisseurs et l'Institut sud-africain des relations raciales déclarent craindre que cette réforme ne porte atteinte à l'agriculture commerciale et ne provoque une crise durable à l'instar de celle ayant frappé le Zimbabwe après l’expropriation de fermiers blancs en 2000.« Le Parlement sud-africain ouvre la voie à l’expropriation sans compensation des terres », lemonde.fr, 28 février 2018... Dans ce contexte, et alors que des dizaines de fermiers blancs ont été tués et des centaines d’autres attaqués entre et , l'Australie propose d'accueillir les Blancs persécutésBéatrice Début, « L'Australie courtise les Sud-Africains blancs persécutés, Pretoria enrage », francesoir.fr, 15 mars 2018...

Cyril Ramaphosa annonce en , suspendre le programme controversé de relance du parc nucléaire civil, et privilégier les énergies renouvelables pour sortir de la dépendance de l'Afrique du Sud au charbon. Il ne remet pas en question la politique économique libérale de Jacob Zuma.

Il est réélu chef de l’État le , à l’issue d’élections générales lors desquelles l’ANC a obtenu le plus faible score de son histoire (57,5 %), conformément aux prévisions : le parti paye les scandales de l'ère Zuma, son prédécesseur..

Une enquête est ouverte à son encontre le mois suivant en raison d'une contribution lui ayant été versée par une entreprise lors de sa campagne pour prendre la présidence de l'ANC en 2017. Il doit également faire face à une opposition interne au sein de l'ANC, avec un clan resté fidèle à Jacob Zuma, ayant à sa tête le secrétaire général de l’ANC, Ace Magashule, et son adjointe, Jessie Duarte.

Le , Cyril Ramaphosa prend le relais de la présidence de l'Union africaine, succédant à Abdel Fattah al-Sissi.

Entendu devant la commission d’enquête sur la corruption sous la présidence Zuma, le , il reconnaît une corruption d’État endémique durant cette période et affirme ne pas avoir démissionné de ses fonctions de vice-président pour tenter de lutter contre ce fléau.

En , Cyril Ramaphosa aurait enlevé et interrogé des cambrioleurs qui ont découvert 3,8 millions d'euros "cachés" dans une de ses propriétés, avant d'acheter leur silence, selon une plainte pour "enlèvement" et "corruption" déposée le contre le chef de l'État par un ancien haut responsable.. vignette|Cyril Ramaphosa et le président américain Joe Biden au Bureau ovale, en 2022. En , une commission parlementaire chargée d'examiner un scandale touchant Cyril Ramaphosa a jugé dans son rapport qu'il y avait suffisamment de matière pour débattre au Parlement de son éventuelle destitution..

En , après enquête, le défenseur public estime que Cyril Ramaphosa n'a pas commis d'abus dans l'affaire Phala Phala. Près de , à l'origine suspecte, avaient été découverts dans l'une de ses fermes à bétail, après un cambriolage en 2020..

Lors des élections générales de 2024, le Congrès national africain (ANC) mené par le président Cyril Ramaphosa obtient son score le plus faible de son histoire avec 40,18 % des suffrages exprimés et perd la majorité absolue des sièges, une première depuis la fin de l'apartheid trente ans plus tôt.. Si l'Alliance démocratique de John Steenhuisen conserve la seconde place et demeure le principal parti d'opposition, le recul de l'ANC profite principalement au parti Umkhonto we Sizwe (MK) de l'ancien président Jacob Zuma, qui arrive troisième pour sa première participation à un scrutin national. Outre le recul historique de l'ANC, les élections de 2024 aboutissent pour la première fois depuis 1924 à un parlement sans majorité, contraignant les formations politiques à s'entendre sur un gouvernement de coalition. Le président sortant Ramaphosa est réélu à l'occasion de l'élection présidentielle du . Il est investi le jour même pour un troisième mandat..

En , la Cour constitutionnelle d'Afrique du Sud est saisie pour une plainte déposée par deux partis d'opposition pour relancer la procédure de destitution contre Cyril Ramaphosa, concernant plus de 500 000 dollars US, en espèces qui ont été cachés dans un canapé dans son ranch et ensuite volés.

Le , vingt-cinq familles de victimes de crimes commis pendant l'apartheid, ainsi que des militants ayant survécu, poursuivent Cyril Ramaphosa et son gouvernement, qu'ils accusent de ne pas avoir assez enquêté sur ces crimes. Ils réclament une commission d'enquête indépendante..

En , il promulgue également une loi autorisant les confiscations de terres par l'État sans compensation, une mesure qui le met en désaccord avec certains membres de son gouvernement. La loi remplace la loi précédente sur l'expropriation datant de 1975, qui imposait à l'État l'obligation de payer les propriétaires auxquels il voulait confisquer des terres, selon le principe du « vendeur consentant, acheteur consentant » Khanyisile Ngcobo, South African president signs controversial land seizure law, bbc.com, 24 janvier 2025.

vignette|Cyril Ramaphosa et le président russe Vladimir Poutine, en 2023.

En , un tribunal sud-africain suspend temporairement la procédure de destitution engagée par le Parlement contre Cyril Ramaphosa pour le détournement de dollars américains dans sa ferme, dans l'attente de sa contestation d'un rapport faisant état de possibles violations constitutionnelles Sfundo Parakozov, Nilutpal Timsina and Anathi Madubela, South African president gets court order halting inquiry into 'Farmgate' scandal, reuters.com, 26 juillet 2026.

Décorations

(, 2013) sans_cadre|50x50px Collier de l'ordre du roi Abdelaziz (, 2018) sans_cadre|50x50px Grand-croix de l'ordre national du Mérite (, 2019) sans_cadre|50x50px Chevalier grand-croix honoraire de l'ordre du Bain (, 2022)

Vie privée Il est marié à Tshepo Motsepe et il a quatre enfants.

Beau-frère du milliardaire Patrice Motsepe, Cyril Ramaphosa est classé en 2017 par le magazine Forbes comme l'un des hommes d'affaires les plus riches de son paysCaroline Dumay, « L'ANC se réunit pour choisir le futur président d'Afrique du Sud », Le Figaro, samedi 16 / dimanche 17 décembre 2017, page 9. et a par ailleurs été le premier milliardaire noir du pays.