La Société financière française et coloniale (SFFC) est une ancienne banque d'affaires française.

Histoire Fondation En , le haut fonctionnaire Octave Homberg demande sa mise en disponibilité pour effectuer une mission économique en Extrême-Orient afin de rédiger un rapport sur la croissance dans cette région. Pendant la Première Guerre mondiale, le ministre des Finances Alexandre Ribot lui fait négocier des accords financiers dont le grand emprunt anglo-français aux États-Unis.

En « La sortie de guerre des entreprises de l’empire colonial (1918/1919-1923/1925) » par Hubert Bonin, professeur à l'Université de Bordeaux , à la demande du ministre des Finances, Louis Klotz, il est nommé secrétaire général à la Banque de l’Indochine, où il doit faire face, comme anticipé pendant la Première Guerre mondiale, au non-renouvellement par l'Etat du privilège d’émission qui a pris fin le . Les discussions avec les autorités financières vont durer et ne permettre un accord, notamment sur la participation de la communauté coloniale au conseil d’administration, que plus tard, finalisé seulement en mai-.

Entre-temps, Octave Homberg juge la politique financière du directeur Stanislas Simon trop timorée, puis décide rapidement de créer sa propre banque, grâce à un carnet d'adresses très fourni. Parmi ses amis journalistes, Fernand Maroni, responsable de la page financière du Journal des débats qu'il a nommé en à la commission des changes, qu'il présideJournal des débats du 8 juillet 1917 . La Société financière française et coloniale (SFFC) est fondée en par Octave Homberg avec le soutien de la Banque Lazard, qui acquiert 3800 actions soit 38 % du capital lors de sa création. Surnommé « le romantique de la finance », il bénéficie aussi de ses liens anciens avec la Banque de l'Union parisienne, spécialiste des affaires coloniales.

Un partage des tâches veut alors que la Banque de l’Indochine mette sa capacité de placement des titres financiers à la disposition de la SFFC, qui a de son côté pour mission de rechercher les investissements intéressants. Pour les petits investissements, la Banque de l’Indochine avance les fondsDes pionniers en Extrême-Orient Histoire de la Banque de l’Indochine 1875-1975, par Marc Meuleau, aux Editions Fayard, 1990..

Lancement du Crédit foncier de l'Indochine La crise brutale de 1920-1921 sur le marché du caoutchouc fragilise la Banque d'Indochine car elle stoppe pour deux ans le développement des plantations et ruine de nombreux planteurs qui étaient devenus ses débiteurs pendant la guerre, quand l'armée avait eu besoin de pneus. Cette crise provoque un million de piastres d’impayés en 1921 puis en 1923.

Le , la SFFC trouve une solution en organisant la création du « Crédit foncier de l’Indochine ». La Banque de l’Indochine souscrit un des six millions de francs du capital de départ, qui monte ensuite rapidement à 25 millions en , grâce à des avances de banques parisiennes, les liens anciens d'Octave Homberg avec la Banque de l'Union parisienne, spécialiste des affaires coloniales permettant d'abonder rapidement les montages financiers.

Premiers financements Dans un premier temps, au début des années 1920, l'activité directe de la SFFC est particulièrement centrée sur les entreprises coloniales de production et de distribution d'électricité : elle introduit en Bourse de Paris la Société algérienne d'éclairage et de force et l'Énergie électrique indochinoise, qui a implanté près de Saïgon une centrale entièrement moderneJournal des débats du 23 avril 1923 .

La SFFC réussit en une nouvelle augmentation de capital importante le portant de 10 à 20 millions de francsLes Annales coloniales, 20 avril 1923 , suivie d'une autre en pour le porter de 20 millions à 30 millions Le Journal des débats, 19 mai 1924 .

Expansion Etant devenu , Octave Homberg crée à Loc-Ninh une société de plantation d'hévéas, la première de ce type cotée en Bourse. La production démarra en Indochine plus tardivement qu’ailleurs en Asie, et les spéculateurs ont parié sur un rattrapage en Indochine qui s'est réalisé, un épisode connu comme d'IndochineLa saga des Giscard, par Pol Bruno aux Éditions Ramsay en 1980 et qui a permis d'attirer les spéculateurs boursiers.

Malgré des précurseurs comme commissaire de la Sûreté à Saigon François Belland, qui avait établi en 1898 une plantation de 15000 arbres servant de tuteurs à des caféiers, dont il tira dès 1906 des profits importantsIndochina: An Ambiguous Colonization, 1858-1954 par Pierre Brocheux et Daniel Hémery 2011, ou la banque franco-belge Rivaud, à la veille de la Première Guerre mondiale, les exportations de gomme naturelle pesaient encore que 0,28 % des exportations indochinoises, avec une production de 200 tonnes, 25 fois moins que les 50000 tonnes de la production malaise« Les organisations de planteurs de caoutchouc indo-chinois et l’Etat du début du siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale » par Marianne Boucheret, dans les Publications de la Société française d'histoire des outre-mers en 2008 . La Compagnie des caoutchoucs de Padang, de la Banque Rivaud, exerçait elle à Sumatra.

L'activité hévéicole en Indochine, dopée par quelques grandes sociétés, va ensuite peser cent mille employés à la fin des années 1930, sur près de 130000 hectares après avoir représenté 69 % des investissements français dans les affaires indochinoises, selon une étude effectuée en 1943. La surface cultivée quintuple en particulier au cours des années 1920 pour atteindre 126 408 hectares en 1929

Au même moment, à partir de 1924, l’Indochine a bénéficié d’un afflux de capitaux jamais vu grâce à la double influence de la dépréciation du franc et de la flambée du caoutchouc, toutes les affaires indochinoises cotées en Bourse s'envolant« La gestion de la Banque en période de prospérité et durant la crise (1920‑1939) », par Yasuo Gonjo, contribution à « Banque coloniale ou banque d’affaires ? La Banque de l’Indochine sous la République », Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1993, page 378 Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1993, page 378 ., la colonie devenant « un refuge » idéal pour les capitaux de la métropole. La convertibilité de la piastre, suspendue en 1918, reprend en 1922 mais l’étalon d’or reste suspendu, tandis que le cours du métal argent cesse sa hausse menée depuis 1918, transformant le franc français en .

L'acteur le plus impliqué et le plus tôt dans cette expansion est la SFFC, qui contrôle la Société indochinoise des cultures tropicales et la Société des caoutchoucs de l'Indochine, de Fernand Bernard, qui a porté dès 1924 sa production à 1100 tonnes, contre 990 tonnes en 1923L'Indochine : revue économique d’Extrême-Orient, 20 février 1926.. Cette filiale de la SFFC associe aussi des entreprises métropolitaines, comme les Établissements Bergougnan, Motte Frères de Roubaix et la Banque Mirabaud.

En 1924, la Banque de l’Indochine pilote de son côté un regroupement au sein de la Société indochinoise des plantations d’hévéas (Siph). Et la même année, Edouard et André Michelin ont décidé d'investir pour se procurer le caoutchouc de leurs usines en Europe et embaucher 6000 coolie sur 15 000 hectares« Les plantations Michelin au Viêt-Nam », France Télévisions le 09/04/2013 avec de difficiles conditions de travail, par la généralisation précoce des méthodes Taylor. Michelin réalise des dépenses importantes comme un hôpital et un système de drainage pour réduire le fléau du paludisme qui a causé 17% de morts en 192 sur l’une de ses plantations, et considère pouvoir obtenir en échange des rendements élevés. Des cas de torture seront dévoilés par l’inspection du Travail. L'un des coolies, Tran Tu Bihn, devient militant communiste et organisera une grève en 1930« Les plantations Michelin au Viêt Nam », critique du livre d'Éric Panthou le 11 juin 2013 sur INDOMEMOIRES Son témoignage, Phu-Riêng, la Rouge, paru en 1965 pour la première fois au Viêt Nam, a été retrouvé dans les archives de l'Université Populaire et Citoyenne du Puy-de-Dôme et une traduction américaine publiée en 1985 , marquée par l'assassinat d’un surveillant français, qui entrainera l'assassinat de 3 coolies par des gardes en 1932. Il sera condamné à 5 ans d'enfermement au bagne de Poulo Condor puis partira en bateau du Tonkin jusqu'au sud de l'Indochine françaiseLes plantations Michelin au Viêt Nam, par Éric Panthou et Binh Tran Tu, Éditions La Galipote Acap, en 2014.

Accélération Une nouvelle accélération des investissements s'est produite en 1927, quand le secteur des plantations capte 61 % des capitaux métropolitains investis en IndochineBanque coloniale ou banque d’affaires ? La Banque de l’Indochine sous la République, par Yasuo Gonjo, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1993, page 378 ce qui déclenchera une surproduction après 1929.

Les petits planteurs, qui avaient créé en 1910 la première organisation de producteurs de caoutchouc, menés par le juge André Crémazy, sont alors marginalisés, ce qui fait progresser, l’idée d’une colonisation , par des modifications de la réglementation foncière, notamment lors de la promotion par le Cartel des gauches du socialiste auvergnat Alexandre Varenne à la tête de l’Indochine.

La SFFC a vu sa croissance exploser après deux ans d'activité, et progresser durant toute la décennie. De 0,825 million de francs en 1922, ses bénéfices sont passés à 4,73 millions en 1923 et 13,4 millions en 1924Cote de la Bourse et de la banque du 22 avril 1925 puis 16,4 millions en 1925 et 37,8 millions en 1926. La hausse des années 1920 doit donc cependant être relativisée car elle est dopée la chute du franc face à la piastre indochinoise, qui fait mécaniquement augmenter la valeur des bénéfices réalisée en Indochine et accentue la spéculation, tandis qu'à partir de 1931, à la suite des mesures prises à Paris face à la crise, le taux de change entre le franc et la piastre redeviendra fixe.

Le Plan Stevenson de 1922, contrôlant l'offre mondiale, et le boom de l'automobile maintiennent les cours du caoutchouc au-dessus de dix francs le kilo en moyenne annuelle entre 1923 et 1929, avec en 1925 et 1926 un pic au-dessus des trente francs. Après le Krach de 1929 et l'absence de mesures pour réduire l'offre du type du Plan Stevenson de 1922, il tombe à 2,5 francs en 1932

Tentatives de régulation Alors que les affaires coloniales de la SFFC , la brouille est avec la Banque Lazard, qui a enlevé à Octave Homberg certains appuis et , observe Le Journal des finances du Le Journal des finances du 26 novembre 1926 , qui se demande s'il ne faut pas incriminer son entourage immédiat pour sa maladresse ou son ignorance, et constate quatre mois après l'abandon du groupe LazardLe Journal des finances du 25 février 1927 . observe alors l'hebdomadaire financier encore un mois après, en Le Journal des finances du 25 mars 1927 .

De nombreux journaux estiment alors qu'il serait injuste d'étendre à toutes les sociétés coloniales le discrédit qu'ont pu encourir certaines d'entre ellesL’Œuvre, 26 mars 1927, Le Petit Journal, 27 mars 1927, Le Gaulois, 1er avril 1927 .

Alexandre Varenne a entre-temps pris l’arrêté du , considéré comme « pro-indigène » et « anti-spéculateurs » pour rendre payantes et conditionnelles les concessions, s'inspirant du rapport de de l’inspecteur général de l’Agriculture, de l’Élevage et des Forêts Yves Henry. Annulée au printemps 1927, cette réglementation est relancée par un autre décret gouvernemental du .