Denez Prigent, aussi appelé Denez, né le à Santec dans le Finistère, est un auteur-compositeur-interprète français de chants en langue bretonne. Ses genres de prédilection sont le kan ha diskan, chant et contre-chant à danser et surtout la gwerz, chant dramatique racontant un fait historique ou un conte emprunté à la mythologie bretonne ou celtique.
Depuis ses débuts sur scène à seize ans, il s'est fait connaître en interprétant des chants traditionnels a cappella, puis en renouvelant la musique bretonne par des textes originaux accompagnés d'une musique mêlant instruments acoustiques et échantillons électroniques et, depuis quelques années, en se faisant accompagner par une instrumentation acoustique métissée (duduk arménien, violon à cornet manouche, cajón andalou, derbouka marocaine, tablas indiens, daf iranien, bendir…).
Auteur de dix albums studio, trois live ainsi que d'un best of, il donne régulièrement des concerts en France et dans d'autres pays. Depuis 2011, il tourne et publie sous le seul prénom de Denez.
Biographie Débuts en famille vignette|Les côtes rocheuses de Santec du côté de l'île de Sieck et l'île-de-Batz. Son enfance est partagée entre les semaines passées chez son père au Relecq-Kerhuon, aux environs de Brest, qu'il assimile à « l'enfermement » ou « la prison », et les dimanches et week-ends chez sa grand-mère, à Santec dans le pays de Léon.. Son père , instituteur, éduque son fils en français bien qu'il parle couramment breton, car il ne juge pas utile de transmettre cette langue.. C'est donc chez sa grand-mère qu'il découvre la langue bretonne et son harmonie avec la nature et le chant, parfois écrit mais souvent spontané. : .. Croyant, la messe à Santec, où tout le village est présent et chante en breton, le marque également''Denez, le chant magnétique'', par Laurent Jézéquel et Gilbert Carsouxt - Mille et Une Films / France Télévisions, 2018..
Émerveillé, il tombe éperdument amoureux du breton., qui lui vient « assez naturellement », en associant la voix de sa grand-mère aux paysages préservés qui l'entourent, face à l'île-de-Batz et sur .. Ces paysages suscitent chez lui l'envie de dessiner et de peindre la côte Nord d'un Léon où, une fois les instruments éradiqués par une Réforme catholique, ne demeurait plus qu'une tradition de chant..
Sa vie brestoise, dans une ville qui a perdu son âme bretonne après la guerre, est plutôt mal vécue car il ressent dans cette ville militaire un .. Il découvre les sœurs Goadec lors de son premier fest-noz au Relecq-Kerhuon, âgé de moins de dix ans. Ce nouvel émerveillement est pour lui , qui l'amène à se rapprocher d'associations bretonnes. Tout en découvrant le répertoire traditionnel, il commence à composer des , comme celle du Plasenner, à propos des ouvriers agricoles qui vendaient leurs bras à la journéeRonan Gorgiard, « Denez Prigent : « La gwerz est dans mon ADN » », Cultures bretonnes, édition 2013, Hors-Série Ouest-France, : « C'était un hommage à mon grand-père, ça l'a fait pleurer. ».. Adolescent, il écoute Jacques Brel, à travers les albums et les prestations scéniques qui le bouleversent ; sa voix, son énergie sur scène entrent en résonance avec ses ressentis.
À quatorze ans, il est initié au , chant en tuilage qui n'était plus pratiqué dans le Léon, par Alain Leclère., un ancien élève de Manuel Kerjean., lui-même connu pour avoir formé d'autres chanteurs bretons, comme Erik Marchand.. Denez Prigent et Alain Leclère tournent ensuite dans les fest-noz. Au centre d'art populaire breton de Brest, il suit les cours de kan ha diskan dispensés par Erwan Tangi. À partir de 1984, il chante en duo avec Alain Leclère dans des . En Centre-Bretagne, il découvre d'autres chanteurs, s'imprègne de leur rapport en harmonie avec leur terre et est sensible aux voix puissantes des chanteurs, paysans ou artisans pour la plupart qui, une fois sur scène, semblent possédés par le chant. Afin de trouver sa propre voie, il compose des mélodies et des chants à danser..
Succès de ses prestations Élève au lycée Kerichen à Brest, où il est moqué pour son accent, Denez Prigent préfère aux chansons à la mode de cette époque l'écoute de chants traditionnels sur son baladeur ( enregistrés à l'occasion de en Centre-Bretagne notamment.) ou sur les vinyls qu'il achète. Denez Prigent poursuit un cursus en arts plastiques à l'université Rennes 2 Haute BretagneFrançois Lebrun et Louis Pape, Entre Fidélité et modernité, l'université Rennes 2 - Haute Bretagne, Presses universitaires de Rennes, 1994 , 26-II., tout en continuant ses études du breton dans le département celtique de cette université. Denez Prigent y rencontre Stéphanie, une étudiante de lettres en , qui deviendra son épouse et managerÉléments biographiques, Dossier de presse 2015.. Elle sera celle qui lui fera face au succès.
En 1988, sa passion pour cette langue le pousse à devenir professeur de breton aux collège Beg Avel et lycée Paul Sérusier de Carhaix. Il y découvre à la médiathèque le de Théodore Hersart de La Villemarqué, qui lui procure « un sentiment d'épiphanie ». Avec Donatien Laurent, il monte un plan pédagogique pour faire découvrir cette œuvre de collectage. À cette époque, il anime également l'émission en langue bretonne sur Radio France Armorique (aujourd'hui France Bleu Armorique). Il profite de cette émission et de la notoriété de la radio pour ouvrir des portes et faire du collectage..
Denez Prigent participe au Kan ar Bobl, concours majeur de chant de Bretagne depuis 1973, et remporte plusieurs prix, notamment le premier prix de en 1987, le premier prix de chant nouveau en breton en 1988 et le premier prix de chant traditionnel en 1990. Parallèlement, il est invité dans des festivals de musique traditionnelle. tels que Les Tombées de la nuit, à l'occasion desquelles il participe à la création Les séries du compositeur contemporain serbe Alexandre Danmianovitch, le festival interceltique de Lorient, le festival de Cornouaille (Quimper), le festival Fisel (Rostrenen), le festival de la Saint-Loup (Guingamp), le festival Kann al Loar (Landerneau). La mairie de Rennes, ville qui vient, en 1991, de se jumeler avec Alma-Ata (Almaty), la principale ville du Kazakhstan, lui propose d'aller chanter dans le festival Voice of Asia, qui s'y déroule.. Surpris par cette invitation, il écrit une chanson humoristique, , parue sur l'album , qui évoque l'incongruité pour un Breton d'être invité à chanter au Kazakhstan. Ce premier concert à l'étranger lui donne l'occasion de découvrir le peuple kazakh, à l'époque intégré à l'Union des républiques socialistes soviétiques, et d'en tirer un parallèle avec le peuple breton entretien avec Denez Prigent dans l'émission An divskouarn o nijal, diffusée sur Arvorig FM et Radio Kerne, mise à disposition sur Internet par An Tour Tan en décembre 2003..
En 1991, Denez Prigent abandonne l'enseignement ainsi que la radio pour se consacrer entièrement au chant. En collectant les paroles de chants traditionnels, il rencontre Eugénie Ebrel, née Goadec, l'une des sœurs Goadec, qui lui dicte , et sa fille Louise Ebrel qui décide de l'accompagner sur scène. Hervé Bordier, fondateur des Transmusicales de Rennes, lui ouvre les portes du monde rock, en le faisant chanter à L'Ubu, temple du rock rennais, en première partie des Shoulders, groupe texan très électrique.
vignette|La prestance de l'artiste chantant a cappella aux TransMusicales de Rennes impressionne les festivaliers Ouest-France, 5 décembre 1992.. En , il chante a cappella aux Transmusicales de Rennes, entre le rappeur américain Me Phi Me et les rockers irlandais The Pale, devant un public rock non initié qui l'écoute dans un grand silence et lui fait une ovation. La surprise est totale pour le public, les organisateurs et également pour le milieu de la musique bretonne qui n'accepte pas forcément la présence du chanteur sur une scène rock. Ce succès l'incite à mettre fin à sa participation au groupe , avec lequel il animait ses premiers , pour donner la priorité aux concerts. Il participe alors au festival de Jazz de Montreux en Suisse, aux Francofolies., au Midem., au Printemps de Bourges., au Coup de cœur francophone (Québec), au festival Mitte Europa (Allemagne - Autriche - République tchèque), au festival Euromusica (Açores-Portugal), au festival Celtic Connection (Écosse), à l'Exposition internationale '98 (Portugal)., ou encore au Festival Eastedvod (Pays de Galles).
Premier album a cappella En 1993, il sort son premier album, (« La ceinture de cire »), produit en collaboration avec le Rennais Hervé Bordier et le fondateur du label Silex Philippe Krümm.. Ce titre évoque les récits du , dans lesquels la ceinture de cireLa ceinture de cire fait référence à une prière faite en marchant en tenant un cierge. . faisant trois fois le tour d'une étendue de terre apparaît à plusieurs reprises comme la récompense que l'on promet si l'on obtient une faveur particulièrement importante. Ce symbole apparaît dans la gwerz du (Un bateau à Morlaix), que lui a transmise sa grand-mère, dans laquelle une jeune femme promet à Saint Jean une telle ceinture s'il sauve son fils du naufrage.
Ce premier disque, plus destiné à faire connaître l'artiste qu'à être commercialisé, rencontre un succès immédiat et se vend sans réelle promotion à près de exemplaires. Les chants de ce premier album, généralement interprétés a cappella, sont traditionnels pour la plupart. Cependant, les anciens membres du groupe Storlok, Bernez Tangi et Denez Abernot, signent respectivement et , tandis que est de Denez Prigent lui-même. Dès ce premier album, il affirme sa fidélité aux deux principaux genres de chant breton : le , chant au service de la danse, et la , arythmique, dans laquelle le chanteur doit faire passer les émotions en même temps que le récit d'un événement tragique.
Pour la production de l'album, Denez Prigent fait confiance à Philippe Krümm, , et son label Silex, qui Le chanteur signe ensuite avec la maison de disque Barclay pour laquelle il réenregistre entièrement son album solo pour une deuxième édition, qui sort en 1996 comme tous ses albums suivants. Le contenu de cette réédition est légèrement différent. La suppression de , et laisse de la place pour d'autres titres traditionnels : , , et . On y trouve aussi , une berceuse inédite composée par Germain Horellou. La réédition est également l'occasion pour Denez Prigent d'adopter l'orthographe unifiée du breton ().
Rencontre avec la musique électronique Sous l'influence de son épouse (également éditrice de ses œuvres), Denez Prigent se rend à la première organisée à Rennes au Liberté, dans le cadre des Transmusicales 1992<ref name="LF2018">Olivier Nuc, Denez Prigent "Je milite par humanisme", Le Figaro, 3 août 2018, page 12.</ref>, et ce malgré ses a priori. Il y découvre une musique qui, comme la musique bretonne, est au service de la danse. Remarquant que la musique électronique est techniquement proche de la musique bretonne, par son rythme, ses mélodies répétitives et ses notes proches les unes des autres, il envisage dès lors de l'utiliser pour accompagner son chant.
Le 21 janvier 1994, Denez Prigent assure a cappella la première partie du nouveau spectacle de Stephan Eicher, au Zénith de Paris, durant quatre soirs, avec des retombées positives, de la part des jeunes présents chaque soir mais aussi de l'artiste suisse, qui reste impressionné par la voix, sans comprendre la langue, mais en ressentant l'émotion, l'énergie et la concentration du jeune breton.. Juste après, il participe à la première Semaine de la chanson, organisée par Jean-Louis Foulquier, et, quelque temps plus tard, il se produit à Berlin, avant Julien Clerc et à Cannes lors du Midem devant la chanteuse de gospel Liz McComb, admirative..
vignette|Éric Mouquet développe l' avec Deep Forest.