Gavrilo PrincipOn trouve son nom de famille sous les formes , (à l'allemande) et : en effet, le est prononcé « ts » en allemand tout comme le des langues slaves écrites ou transcrites en alphabet latin. Son prénom « Gavrilo » est parfois francisé en « Gabriel ». (en serbe cyrillique : , prononcé : ), parfois francisé en Gabriel Princip voire Gabriel Principe, né le (., p. 105 (lire en ligne), 106 lire en ligne) et 180 (lire en ligne)) à Obljaj (vilayet de Bosnie sous administration austro-hongroise, actuelle Bosnie-HerzégovineEn 1894, la Bosnie était un territoire de l'Empire ottoman occupé militairement par l'Autriche-Hongrie qui l'annexera en 1908.) et mort le à Theresienstadt (Bohême, Autriche-Hongrie, aujourd’hui Terezín en Tchéquie), est un étudiant serbe de Bosnie, antérieurement nationaliste yougoslave de Jeune Bosnie.http://www.monde-diplomatique.fr/2014/06/DERENS/50477 Le Monde diplomatique, juillet 2015, p. 10-11.
Il est connu pour avoir assassiné l’archiduc François-Ferdinand ainsi que son épouse Sophie Chotek, le dimanche , casus belli de la Première Guerre mondiale : l'Autriche-Hongrie réagit à l'attentat en formulant un ultimatum à l'encontre du royaume de Serbie, en accord avec son allié allemand. Les exigences austro-hongroises étant jugées inacceptables par les Serbes, ceux-ci rejettent l'ultimatum, ce qui conduit l'Autriche-Hongrie à déclarer la guerre à la Serbie. Ce conflit local provoque l'activation d'une série d'alliances entre les grandes puissances européennes qui les entraînent sur la voie de la guerre.
Biographie Éducation, enfance
Gavrilo Princip naît à Obljaj bih, un hameau près de Bosansko Grahovotout près de la frontière croate, dans l'Ouest de la Bosnie, le du calendrier julien, jour où l'archange Gabriel est fêté selon le calendrier liturgique orthodoxe. Il est le septième enfant et le second fils de Petar Princip et de son épouse, Maria. Des neuf enfants, seuls lui et ses frères Jovo (1887-1957). et Nikola (1898-1941). survivent à l'enfance, les six autres . Son enfance est donc marquée par les drames familiaux et la pauvreté dans laquelle vivent le plus souvent les Serbes de Bosnie sous la domination de l'Autriche-Hongrie (1878-1918), depuis la disparition des lois qui les favorisaient pendant les guerres contre les Ottomans (voir Migrations serbes).
Le patronyme de Princip est très rare ; jusqu'à une période récente, on ne le trouvait qu'à Obljaj.
L'attentat de Sarajevo
Contexte international L'Empire austro-hongrois qui dirige, depuis le traité de Berlin de 1878, l'administration de la Bosnie-Herzégovine, possession turque, a annexé le pays en 1908, contre les stipulations du traité de Berlin, provoquant la colère des Serbes. Cette décision mécontente l'Empire russe, qui se considère comme le protecteur des Slaves d'Europe, mais cette crise n'a pas de suites, la Russie n'ayant pas les moyens d'une intervention armée après sa défaite face au Japon et ses alliés, la République française et le Royaume-Uni, ne la soutenant pas.
Contexte politique Dès 1911, Gavrilo Princip adhère à un club de jeunesse d'union des peuples, une organisation anationale et anticléricale. Puis il rejoint la société Jeune Bosnie (Mlada Bosna). Il fait partie des conjurés de cette société qui préparent un attentat contre l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, lors de sa visite officielle à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, le .
Le (date choisie par les membres de Jeune Bosnie, car elle était aussi celle du sacrifice de Miloš Obilić pendant la bataille du Kosovo de 1389), le jeune homme tue l'archiduc et sa femme la duchesse de Hohenberg avec un Browning M1910.
Il est peu probable que le jeune nationaliste ait été téléguidé uniquement par La Main noire, organisation secrète ayant des ramifications dans l'armée serbe.
En effet, l'archiduc avait épousé, à l'encontre des règles successorales au trône de la maison de Habsbourg-Lorraine, la femme de son choix, une dame tchèque (et non un membre de famille souveraine), et ne cachait pas ses sympathies slavophiles. L'empereur François-Joseph ayant 81 ans, François-Ferdinand pouvait monter sur le trône d'un jour à l'autre. À son avènement, il aurait donné aux populations slaves de son Empire les mêmes droits que ceux des populations allemandes et magyares et certainement une grande autonomie allant peut être jusqu'au trialisme.
Cela contrariait, non seulement les ministères hongrois de Budapest, mais aussi et surtout certains milieux politiques et militaires de Belgrade qui voulaient réunir sous l'égide de la seule Serbie les Slaves du Sud (« Yougo-Slaves ») de l'Europe au détriment de l'Empire austro-hongrois comme l'avait fait soixante ans plus tôt le royaume de Sardaigne pour les populations italiennes.
Le « suicide de l'Europe » Cet événement, dans le contexte de relations internationales tendues de cette période, conduit le gouvernement austro-hongrois à déclencher le une « guerre préventive » qui se mua bientôt en guerre européenne puis mondiale, rapidement dénommée la « Grande Guerre », en raison des systèmes d'alliance liant les puissances de l'époque : la Serbie s'appuyant sur la Russie, laquelle était alliée à la France et au Royaume-Uni. L'Autriche-Hongrie était pour sa part alliée à l'Allemagne, première puissance européenne (laquelle était alliée à l'Empire ottoman).
Le destin d'un héros ou d'un terroriste thumb|right|185px|La cellule de Gavrilo Princip en 2005.
N'ayant pas encore vingt ans au moment de l'attentat, Gavrilo Princip ne peut être condamné à mort en Autriche-Hongrie.
Incarcéré et placé à l'isolement dans la forteresse de Theresienstadt (aujourd'hui Terezín en République tchèque), il souffre de mauvaises conditions de détention Gavrilo Princip est en effet incarcéré dans une cellule sans toit, à la merci de la neige et de la pluie, il est également victime de la vindicte de ses gardiens. Sa santé se dégrade. Ayant déjà contracté la tuberculose avant l'attentat, la maladie s'étend aux os au fil du temps. Amputé du bras droit, il meurt en après une longue agonie..
Après la guerre, le , les autorités des nouveaux États, Tchécoslovaquie et royaume des Serbes, Croates et Slovènes, organisent solennellement le transfert de ses restes à Sarajevo, salués par des dizaines de milliers d'habitants des deux pays. Il est inhumé au cimetière Saint-Marc, dans une chapelle commémorativeSépulture de Gavrilo Princip, tombes-sepultures.com.
Considéré comme un héros de la Yougoslavie royale d'Alexandre ainsi que celle de Tito, il est célébré par une plaque commémorative de son acte à Sarajevo, sur les lieux de l'attentat, qui le décrit comme « un combattant de la liberté ». Cette plaque, détruite par les nazis en , est remplacée par une autre, détruite à son tour par l'armée de la République de Bosnie et d'Herzégovine pendant la guerre en ex-Yougoslavie en 1992. Aujourd'hui une nouvelle plaque porte le message « Que la paix règne sur terre », en anglais, serbe, et bosniaque.
Princip, membre de la Jeune Bosnie, une organisation fondée sur la coopération entre les populations slaves du sud (ou yougoslaves), avait affirmé : .
En 1941, son frère cadet Nikola Princip, médecin à Capljina en Herzégovine, est arrêté et assassiné par les oustachis, alliés des nazis, sans autre tort que d'être serbe et de sa famille.
Autour de l'attentat En face des lieux de l'attentat, un musée consacré uniquement au « héros » Gavrilo Princip et à la Mlada Bosna est édifié pendant la période yougoslave. Aujourd'hui, il retrace plus généralement la période de domination austro-hongroise en Bosnie-Herzégovine (le musée s'appelle d'ailleurs « musée Sarajevo 1878-1918 »). La voiture de François-Ferdinand, son uniforme taché de sang et l'arme du tueur sont aujourd'hui visibles au musée militaire de Vienne, en Autriche. La balle qui a tué François-Ferdinand est exposée dans la partie muséale du château de Konopiště, en République tchèque, où demeuraient l'archiduc et sa famille. Gavrilo Princip était considéré comme un héros par le régime yougoslave, pendant la première Yougoslavie (royaliste) et pendant la période de la Yougoslavie de Tito. En effet, les communistes avaient « récupéré » l'acte de Princip à leur compte. Aujourd'hui, il est plutôt glorifié par les peuples serbe, monténégrin et macédonien, mais aussi par les Bosniaques, comme le témoigne la chanson Gavrilo Princip, de Safet Isovic, un des chanteurs traditionnels les plus populaires parmi les Bosniaques. De nombreuses rues en ex-Yougoslavie portent le nom de Gavrilo Princip. Le pont sur lequel les événements se sont passés avait été renommé, après la Seconde Guerre mondiale, Principov Most (le pont de Princip). Il a depuis retrouvé son nom d'origine, le « Pont latin ». Le pistolet qui a été utilisé pour tuer François-Ferdinand est un Browning 1910 de la Fabrique nationale de Herstal, une manufacture d'armes à feu belge. Le groupe de rock britannique originaire de Glasgow Franz Ferdinand affichait en fond de scène le portrait de Gavrilo Princip lors de sa tournée 2009. Le , à l'occasion des 100 ans de l'attentat de Sarajevo, une statue à son effigie est inaugurée à Istočno Sarajevo. Le parc Gavrilo Princip à Belgrade est nommé d'après lui, une statue à son effigie y est par ailleurs inaugurée le .
Retrouvaille des descendants, 100 ans après vignette|droite|Anita Hohenberg serrant la main de Branislav Princip. Le , 100 ans après la fin de la Première Guerre mondiale, Anita Hohenberg, arrière-petite-fille de l'archiduc et le cinéaste Branislav Princip, descendant d'un frère de Gavrilo Princip, se sont retrouvés à Graz en Autriche. Cette entrevue, émouvante pour les deux descendants, a été surnommée par la presse autrichienne et serbe, « les mains de la paix ».
Bibliographie Drago Ljubibratić, Gavrilo Princip, Nolit, Belgrade 1969. Vladimir Dedijer, La Route de Sarajevo, Gallimard, Paris 1969. Michèle Savary, La vie et mort de Gavrilo Princip, L'Âge d'Homme 2004. Dušan T. Bataković (dir.), Histoire du peuple serbe, Lausanne, L'Âge d'Homme 2005. Michaël Le Galli (scén.), Héloret (dessin), J'ai tué François-Ferdinand, archiduc d'Autriche, coll. « J'ai tué », Vents d'Ouest, 2015. Bande dessinée. Henrik Rehr, Gavrilo Princip, l'homme qui changea le siècle, Futuropolis, 2014. Bande dessinée. * Mathias Enard, « Procès de Gavrilo Princip, », d'abord paru dans la revue Inculte (2009), repris dans le volume collectif Inculte, En Procès. Une histoire du (Inculte/Dernière Marge), , p. 13-18. Girard, Christophe (dessin) et Chapuzet, Jean-Charles (scén.). Le Matin de Sarajevo, coll. 1000 Feuilles, Glénat, 2022. Bande dessinée. Cédric Simonin, Les dernières heures du monde d'avant - L'attentat de Sarajevo, Erick Bonnier, 2022
Filmographie « », de Vladimir Perišić, épisode du film collectif Les Ponts de Sarajevo, 2014, est fondé sur les minutes du procès de Gavrilo Princip et de ses camarades. The King's Man : Première Mission (2021), de Matthew Vaughn, fiction dans laquelle est rejoué l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand ; Joel Basman prête ses traits au personnage.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Attentat de Sarajevo
Liens externes Gavrilo Princip, héros ou terroriste ? Article et diaporama en ligne sur le site académique de l'Académie de Limoges.
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