Les toilettes sèches, aussi appelées toilettes à compost ou TLB (toilettes à litière biomaîtrisée) sont des toilettes qui n'utilisent pas d'eau.

Les enjeux sont de ne pas utiliser d'eau, de ne pas polluer l'eau et de récupérer les excréments pour une valorisation au sol (compost et urine).

La classification des toilettes sèches Il existe de nombreux modèles de toilettes sèches : avec séparation ou non des selles et de l'urine, avec ajout ou non de litière sèche, avec compostage ou non sur place. vignette|500px

La règlementation en France Selon l'Arrêté du 7 septembre 2009 les toilettes dites sèches (sans apport d'eau de dilution ou de transport) sont autorisées, à la condition qu'elles ne génèrent aucune nuisance pour le voisinage ni rejet liquide en dehors de la parcelle, ni pollution des eaux superficielles ou souterraines.

Les toilettes sèches sont mises en œuvre : soit pour traiter en commun les urines et les fèces. Dans ce cas, ils sont mélangés à un matériau organique pour produire un compost ; soit pour traiter les fèces par séchage. Dans ce cas, les urines doivent rejoindre le dispositif de traitement prévu pour les eaux ménagères, conforme aux dispositions des articles 6 et 7.

Les toilettes sèches sont composées d'une cuve étanche recevant les fèces ou les urines. La cuve est régulièrement vidée sur une aire étanche conçue de façon à éviter tout écoulement et à l'abri des intempéries.

Les sous-produits issus de l'utilisation de toilettes sèches et après compostage doivent être valorisés sur la parcelle et ne générer aucune nuisance pour le voisinage, ni pollution.

En cas d'utilisation de toilettes sèches, l'immeuble doit être équipé d'une installation conforme au présent arrêté afin de traiter les eaux ménagères. Le dimensionnement de cette installation est adapté au flux estimé des eaux ménagères.

Les enjeux

Préserver la ressource en eau L’utilisation des toilettes à eau représente environ 20 % de la consommation domestique des français·es, soit 30L/jour/personne. À l’échelle française, 700 millions de m³ d’eau potable utilisés chaque année en chasse d’eau.

La gestion des excrétas s’effectue majoritairement sur le territoire français par le tout-à-l’égout (plus de 80%) associé à un traitement en station d’épuration (STEP). Seul 1,6 % des STEP sont équipées de systèmes de désinfection. Le système actuel est une source majeure de contamination des eaux par des pathogènes fécaux, il déplace le risque sanitaire des zones urbaines vers l'environnement.

Boucler les cycles de nutriments pour enrichir les sols Les aliments que nous ingérons contiennent les nutriments (azote, phosphore, potassium, etc.) nécessaires à la fertilisation et l’amendement des sols. Nous excrétons la quasi-totalité de ces nutriments et l’urine en concentre la grande majorité (jusqu’à 85 % pour l’azote).

Seuls 10% de l’azote et 50% du phosphore que nous excrétons sont valorisés en agriculture à l’heure actuelle, via l’épandage des boues de STEP. À l’échelle mondiale, l'azote excrétée par les humains pourrait couvrir jusqu’à 40 % des apports mondiaux aux terres cultivées, dans un système agro-alimentaire sobre4

Actuellement, la France importe 80% de l’azote utilisée dans les champs, ce qui pose des enjeux de souveraineté alimentaire. Ces engrais de synthèse sont issus de ressources fossiles non renouvelables, dont certaines sont en voie d’épuisement. Leur production est responsable de 2,4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et polluent l’air à l’ammoniac et aux particules fines. alt=Le péril fécal|gauche|vignette|schéma péril fécal vignette|Une cabine de toilette à compost

vignette|Toilettes sèches à compost dans un centre de loisirs de Rosny-sous-Bois

Accessibilité sociales et économique Le risque de péril fécal est un risque lié au traitement des matières fécales issues des toilettes sèches qui ne comprend pas d'hygiénisation des agents pathogènes. Les excreta humains contiennent des germes, des oeufs et autres organismes vivants. Certains d'entre eux provoquent des maladies appelés pathogènes. La majorité d'entre eux se trouvent dans les fèces.

Un tiers de l'humanité n'a pas accès à des toilettes décentes. L’insalubrité causée par le manque de toilette et la défécation à l'air libre a pour conséquence la contamination de l’alimentation et de l'eau (via des mouches ou du ruissellement de l'eau). Les épidémies de choléra ou de dysenterie sont souvent la conséquence d'un manque de toilette mais surtout d'un manque d'eau potable et donc d'une difficulté de renouvellement de cette ressource malgré les contaminations.

Les toilettes sèches restent le moyen le plus économique d'avoir accès à des toilettes décentes, puisqu'elles ne nécessite ni d'eau ni de raccordement et d'infrastructures couteuses.

Le compostage, valorisation et hygiénisation

Les différentes techniques d'hygiénisation Le type de toilette le plus simplement est composé d'un seau. Cette technique rudimentaire consiste à mélanger aux matières organiques (selles et urine) et au papier des matières carbonées structurantes tels des copeaux, de la sciure de bois, des feuilles mortes ou autres sources carbonées recyclables, de façon à obtenir un équilibre carbone/azote dans le mélange et à bloquer la fermentation anaérobie. Cet équilibre permet le démarrage sans soucis du compostage. La présence de l'eau apportée par l'urine participe à la constitution d'un mélange apte à se décomposer. L'absence d'odeur dépend aussi de l'humidité du mélange. Un excès d'urine associé à un structurant carboné peu efficace entraîne des odeurs malodorantes du fait de la nitrification de l'urine (ammoniac). Une insuffisance d'humidité ne permet pas de démarrer le compostage aussi sereinement.

Ces bases sont valables pour toutes les toilettes à compost. Si il y a séparation de l'urine à la source, les matières se mélangent une fois dans le composteur.

Il existe aussi des systèmes de lombricompostage des matières fécales sans ajout de matières carbonées, d'autres sèchent les matières fécales après avoir séparé l'urine ou encore des systèmes qui utilisent la méthanisation.

Le point commun de toutes ces techniques est la phase d'hygiénisation permettant grâce à des changements de température, de PH et la mise en concurrence avec d'autres micro-organisme, la suppression des pathogènes. centré|900x900px

La valorisation agronomique Jusqu’au XXe siècle, les excréta humains (urines et matières fécales) ont largement été employés comme matières fertilisantes agricoles en France. Ils contiennent en effet tous les nutriments utiles à la croissance des plantes : azote, phosphore, potassium, etc. Ce n’est que très récemment, avec la généralisation de l’usage des engrais de synthèse et miniers et de l’adduction d’eau à domicile, que ces matières ont été gérées, par la toilette à chasse d’eau et le tout-à-l’égout, comme une pollution à éliminer.

En réponse à ces vulnérabilités, de nombreuses alternatives de gestion des excréta humains, communément appelées « séparation à la source », se sont récemment développées. Cela implique la mise en œuvre de filières complètes de gestion spécifique, depuis le recueil des matières aux toilettes, leur collecte et leur transport, jusqu’à leur traitement et leur valorisation.

La mise à disposition d’engrais local et renouvelable par la séparation à la source représente un enjeu majeur en termes de souveraineté alimentaire. Dans un scénario agro-écologique, les excrétats humains pourraient représenter un tiers des apports fertilisants en azote à l’agriculture française.

Toilettes sèches à séparation vignette|Principe technique de la séparation des excréments humains liquides et solides Intérêts L’intérêt principal de la séparation est de pouvoir valoriser indépendamment les fèces et les urines. L'urine est utilisable comme engrais directement sur les cultures selon un traitement simple pour sa valorisation directe en agriculture. Utilisation très similaire aux toilettes à eau Une fois secs, les excréments solides sont réduits des 4/, soit plus de 80 % en volume et en poids Lorsque les urines sont reliées aux eaux grises de la maison, la problématique de leur traitement est supprimée Les urines peuvent être collectées pour être épandues dans le jardin

Programmes pilotes Il existe une alliance internationale sur cette question, nommée Sustainable Sanitation Alliance (SuSanA)., créée en 2007 pour faciliter le travail collaboratif et partenarial autour d'une vision commune de l'assainissement durable. Son secrétariat est assuré par la GIZ (Coopération internationale allemande).

En France, le Réseau de l'Assainissement Écologique réunit plus de 150 adhérent·es, citoyens et professionnels de l’assainissement écologique, en rassemblant des loueurs de toilettes sèches, des bureaux d'études ou encore des associations d'éducation à l'environnement. Le programme OCAPI de l'école des ponts et chaussé porte des projets scientifiques et techniques de valorisation des excreta avec séparation à la source d'urine sur des projets ambitieux tel que des quartiers en construction à Paris et Lyon. Le programme OCAPI dispose d'une carte des Toilettes Fertiles rassemblant les projets ambiteux en France et en Suisse : https://storymaps.arcgis.com/stories/495f0ceb57044510b121d2f144e8acbd

En Suisse, des coopératives équipent des quartiers en toilette sèche ou en toilette avec micro chasse d'eau et lombricompostage des matières sur place (sans déplacement des matières). Par exemple la Bistoquette a réalisé 103 logements et plus de 1 000 m2 de surfaces commerciales au sein d'un quartier de Génève.

Divers programmes encouragent la valorisation séparée de l'urine et des excréments compostés, dont au Kenya avec 9 écoles pionnièresPynnönen, K., Tuhkanen, T., Rieck, C., von Münch, E. (2012). Two years after donor funding ended: success factors for schools to keep their urine-diverting dry toilets (UDDTs) clean and well maintained. International Dry Toilet Conference, Tampere, Finland. [342.4 KB]., et d'autres projets en ÉthiopieGIZ-IS (2009). How to use urine diverting dry toilet (in Amharic) - Instruction posters. GIZ-IS, Ethiopia. [1.06 MB].Ayele, A., Oldenburg, M., Hartmuth, N. (2008). Urine diverting dry toilets (UDDT): Frequently asked questions. University Capacity Building Program, GIZ-IS, Ethiopia. [205.66 KB]., au NépalPradhan, A. (2008). Assessment of urine-diverting EcoSan toilets in Nepal. WaterAid, Nepal. [1.18 MB]. ou portent sur la gestion particulière de l'hygiène lors des menstruations au CambodgeSommer, M., Connolly, S. (2012). Growth and Changes - Menstrual Hygiene Education Books (Cambodia). Grow and Know, Inc., Cambodia. [7.21 MB]. ou encore au Royaume-UniCrofts, T. (2012). Menstruation hygiene management for schoolgirls in low-income countries - Fact Sheet 7. Water, Engineering and Development Centre (WEDC), Loughborough, UK. [2.64 MB].. Une check-list a été produite pour la zone sahélienneBMZ (2012). Check-list for improved effectiveness in the water and sanitation sector in sub-Saharan Africa. Federal Ministry für Economic Cooperation and Development (BMZ), Germany. [333.2 KB]..

Références

Annexes

Bibliographie

Patrick Baronnet, De la maison autonome à l'économie solidaire, éd. La Maison Autonome, 2005 ( éd. 2001), 160 p.

Éric Sabot, La pratique du compost et des toilettes sèches, éd. La Maison Autonome, 2005, 87 p. Christophe Élain, Un petit coin pour soulager la planète, éd. Éditions Eauphilane, 2007. Mima Galès, Guide pratique Toilettes sèches, éd. Empreinte & A petits PAS, 2010 ( éd. 2008), 20 p., . John Daglish, Guide raisonné de la construction écologique, éd. Bâtir Sain, 2008, 285 p. Uno Winblad & Mayling Simpson-Hébert (éds.), Ecological Sanitation, , Stockholm Environment Institute, 2004