Le peuple kanak (anciennement graphié canaque) est le peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie, collectivité territoriale française du Pacifique Sud. Il n’existe pas de définition stricte de l’appartenance à ce peuple, mais 41 % de la population totale de l'archipel s’identifient comme tels, avec de fortes variations selon les provinces. Ils sont, par exemple, 72,2 % à le faire dans la province Nord et 94,6 % dans la province des îles Loyauté..

Les Kanak s'identifient eux-mêmes comme appartenant à l'ensemble des peuples mélanésiens, lequel occupe un arc géographique allant de la Nouvelle-Guinée au nord à la Nouvelle-Calédonie au sud. Dans le contexte calédonien, le terme mélanésien est régulièrement employé comme synonyme de kanak, par opposition avec les autres composantes de la population calédonienne ‒ telles que les Caldoches d'origine européenne, ou les communautés polynésiennes ou asiatiques installées au cours des dernières générations.

Étymologie

Le terme kanak vient de l'hawaïen kanaka signifiant « homme » au sens de « être humain », « personne »« kanaka », Hawaiian Dictionary(Hwn to Eng). Ce mot est lui-même issu du mot proto-polynésien *taŋata, racine qui ne se trouve pas dans les langues autochtones de Nouvelle-CalédonieMalcolm Ross, Andrew Pawley, Meredith Osmond (éditeurs), 2016, The lexicon of Proto Oceanic: The culture and environment of ancestral Oceanic society, vol 5: People: body and mind. Asia-Pacific Linguistics (A-PL) 28. pp.45-46.. Le terme se généralisa au , à l'initiative des premiers navigateurs et marchands européens, sous la graphie « canaque » en français (Kanaka en anglais) à l'ensemble de l'océan Pacifique, pour désigner plus particulièrement les populations autochtones de ce qu'on appelle traditionnellement la Mélanésie, bien que certains récits du l'utilisent également à propos des Marquisiens ou des Pascuans. Toujours est-il que le terme, lié dans cette graphie à l'imagerie coloniale Kanak. L'art est une parole, dossier de présentation d'une exposition au musée du Quai Branly, 10., prit peu à peu un sens plus ou moins péjoratif pour ne désigner que les populations autochtones de Nouvelle-Calédonie. À partir des années 1970, les autochtones se le réapproprièrent en le « re-océanisant » sous la graphie « kanak ». Le terme, aujourd'hui empreint d'une forte charge identitaire, est devenu l'un des symboles des revendications culturelles et politiques des Néo-Calédoniens autochtones.

Le chef historique de la revendication nationaliste et indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, à travers sa pièce Kanaké écrite pour le festival Mélanésia 2000 en 1975, a joué sur l'homonymie de ce terme avec le nom du héros d'un mythe régional de l'aire paicî, « Tein Kanaké », afin, selon Mounira Chatti, maître de conférences en littérature comparée à l'université de la Nouvelle-Calédonie, « de réaliser le glissement de Kanaké, code onomastique donné au héros dans les différentes versions du récit originel, vers un nouveau Kanaké, héros national qui parle au nom de la nation kanak. L'obsession de l'unité kanak amène le futur chef de file du mouvement indépendantiste à purger le mythe d'origine de son caractère régionaliste pour « le hisser au rang d'épopée nationale » (Bensa, 1987 : 428) »M. CHATTI, « Histoire et mémoire kanak : désir et déni », in B. IDELSON et V. MAGDELAINE-ANDRIANJAFITRIMO, Paroles d'outre-mer: Identités linguistiques, expressions littéraires, espaces médiatiques, Paris, L'Harmattan, 2009, . En citant Alban Bensa, Mounira Chatti souligne que « le mot kanak n'a rien à voir, « ni étymologiquement ni historiquement » (Bensa, 1987 : 428), avec le nom du héros Kanaké dont il est presque l'homonyme »Ibid., ..

Graphie

L'adjectif comme le nom « kanak » sont souvent utilisés sous une forme invariable en nombre et en genre. Cela étant, l'orthographe de ce mot est récente et a fortement évolué depuis les années 1970 :

jusque dans les années 1970, ce mot était orthographié canaque(s) ; vers le milieu des années 1970, avec les revendications identitaires du peuple kanak, on a vu apparaitre l'orthographe kanakDans le programme officiel du festival Mélanésia 2000, au chapitre Kanaké - jeu scénique, Jean-Marie Tjibaou accordait le mot kanak en genre et en nombre ; des années 1980 aux années 2000, l'orthographe kanak a progressivement remplacé canaque ; durant la période dite des « événements », le gouvernement provisoire de Kanaky (GPK) présidé par Jean-Marie Tjibaou choisit, le , la graphie « kanak invariable en genre et en nombre, quelle que soit la nature du mot, substantif, adjectif, adverbe » en remplacement de celle de canaqueM. Darot, « Calédonie, Kanaky ou Caillou ? Implicites identitaires dans la désignation de la Nouvelle-Calédonie », Mots 53 (1997), ; depuis 2008, et uniquement en Nouvelle-Calédonie, le mot kanak serait devenu invariable. Dans le texte de l'accord de Nouméa publié au Journal officiel en 1998, le mot kanak est invariable et uniquement en lettres minuscules. Les partisans de la graphie invariable de ce mot s'appuient sur ce texte pour généraliser l'invariabilité de kanak à la langue française. Cela étant, il n'existe aucune publication de l'ADCK ni texte paru au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie pour affirmer l'invariabilité de ce mot ;

Il est intégré à la langue française en lui appliquant les règles usuelles d'accord en genre et en nombre mais est également souvent utilisé de manière invariable. L'emploi de canaque reste toutefois correct. et parfois utilisé dans la presse.

Démographie vignette|Proportion de Kanaks par commune en 2019. Lors du recensement de 2019, se déclaraient comme Kanak, soit 41,21 % du total des habitants du territoire (en 2009 et 40,34 %, pour 39,05 % en 2014). Cette proportion monte à 47,2 % (environ , soit 4,2 points de plus qu'en 2014) en incluant ceux ayant indiqué appartenir à plusieurs communautés dont celle des Kanaks (près de kanaks-européens et , par exemple) P. Rivoilan, « La croissance démographique fléchit nettement en Nouvelle-Calédonie entre 2014 et 2019 », synthèse du recensement de 2019, ISEE, Synthèse , , consulté le .. À quoi on peut ajouter certains des qui ont préféré se définir comme « Autres » ou « Non déclarés »Voir caldoche et métissage, et . et surtout comme « Calédoniens ».

Les deux cinquièmes d'entre les Kanaks, (soit 42,98 % de l'ensemble de la communauté, pour 40,08 % en 2014, 39,02 % en 2009 et contre 29,51 % en 1996) vivaient en 2019 dans le Grand Nouméa en province Sud. Cet accroissement est essentiellement venu du fait de l'important exode rural né ces vingt dernières années qui a fait venir vers la ville de nombreux jeunes Kanaks dans le but de trouver un emploi ou pour y scolariser leurs enfants. Ils intègrent notamment des habitats spontanés toutefois différents, selon de nombreux sociologues et anthropologues dont Dorothée Dussy, des bidonvilles du Tiers-Monde (les « squats » de zones non bâties), où ils reproduisent souvent le mode de vie de la tribu d'organisation sociale traditionnelle autarcique (ou bien aussi un habitat en solution individuelle avec de petites cultures horticoles vivrières personnelles)Texte en ligne d'un essai sur les squats de Dorothy Dussy, anthropologue urbaine spécialiste de ce type d'habitat, intitulé S'approprier la ville : Nouméa au miroir de ses squats, 2005, . Les Mélanésiens constituaient en 2006 ainsi 63 % des (environ ), et 64 % des de squat en 2008 (environ )Rapport TNS sur les squats du Grand Nouméa, commandé par la Province Sud, 2008 .

Toutefois, si la proportion d'urbains kanaks ne cesse d'augmenter, ceux-ci restent minoritaires comparativement à la population totale de l'agglomération nouméenne (26,36 % en 2019, 23,43 % en 2014, 23,6 % en 2009, une proportion qui apparaît stable en raison du grand nombre d'urbains mélanésiens s'étant définis comme « Métis », « Autres » ou « Calédoniens » par rapport à l'ensemble de leur communauté kanak, la part par exemple des « Autres » étant passé par exemple dans le Grand Nouméa de 6,9 % à 10,03 % entre 2009 et 2019, et celle de ceux se reconnaissant dans plusieurs communautés de 10,08 % en 2014 à 12,59 % en 2019). Cette proportion à Nouméa a donc légèrement augmenté.

En dehors du Grand Nouméa, sur la Grande Terre, la côte Est est la plus peuplée de Kanaks, avec (23,66 % de l'ensemble des Mélanésiens, contre 29,74 % en 1996, 25,68 % en 2009 et 24,63 % en 2014) Recensement de la population 2019/ Provinces et Communes, ISEE .

Le nombre de ceux qui habitent en Provinces Nord est de soit 32,2 % de la communauté (contre 37,15 % des Kanaks en 1996 puis seulement 33,62 % en 2009 pour remonter légèrement à 33,9 % en 2014). Dans les îles Loyauté, il est de ce qui représente 15,53 % des Kanaks (alors qu'ils étaient soit 23,35 % en 1996, diminuant à et 17 % en 2009 puis remontant à mais une proportion toujours en baisse à 16,38 % en 2014). Dans ces deux dernières provinces, les Kanaks restent largement majoritaires par rapport aux autres communautés (72,16 %, soit plus des 2/3 mais 6 points de moins qu'en 1996 et 2 points de moins qu'en 2009 mais presque 2 points de plus qu'en 2014, dans le Nord, et 94,63 % aux Îles). La chute démographique par la migration semble avoir été diminuée en Province Nord par l'évolution de la zone VKPP (Voh-Koné-Pouembout-Poya (partie nord)) et de l'usine du Nord.

Une population jeune

La population mélanésienne est restée particulièrement jeune, même si un phénomène de vieillissement peut être observé. En 2019, un peu moins d'1/3 (32,41 %) a moins de , alors que cette tranche d'âge touchait près de la moitié (47,2 %) de la population kanak en 1996 et presque 2/5 (38,72 %) en 2009. Cette proportion reste toutefois la plus forte parmi toutes les communautés (en comparaison, seulement un cinquième, ou 21,9 %, des Européens sont dans la même classe d'âge). Et, plus précisément, moins d'1/6 des Mélanésiens (15,63 %) ont moins de , contre près d'un quart d'entre eux (24,7 %) en 1996 et encore presque 1/5 (18,07 %) en 2009. Les Kanaks de moins de représentent toujours 44,31 % de la jeunesse néo-calédonienne (52,52 % en 1996 et 45,42 % en 2009), mais cette proportion baisse légèrement en raison du fait que de plus en plus de jeunes se définissent comme « métis » ou appartenant à plusieurs communautés (cette proportion passant de 12,97 % en 2009 à 17,22 % en 2019). Et les plus de ont vu au contraire leur part augmenter : ils représentent en 2019 11,08 % des Mélanésiens pour seulement 6 % en 1996 et 8 % en 2009 (mais ils sont, comparativement, plus d'un cinquième, ou 21,8 %, chez les Européens). L'âge moyen des Mélanésiens s'établit alors à (contre auparavant et en 2009), et la pyramide des âges reste essentiellement triangulaire avec une base qui se rétrécit toutefois et un sommet s'élargissant.