Le centre d'extermination de Chełmno (en allemand ) est le premier centre d'extermination nazi destiné à l'assassinat de Juifs et de Roms.. au moyen de gaz asphyxiants.
Situé dans le village polonais de Chełmno nad Nerem à au nord-ouest de Łódź dans le Warthegau, partie de la Pologne annexée au Reich, il est utilisé de à , puis en et . Plus de y sont assassinées, essentiellement des Juifs originaires du Warthegau. Caractérisée par l'emploi de camions à gaz, sa première phase d'activité est dans la continuité des meurtres commis dans le cadre du programme Aktion T4 ou par les et constitue une étape vers la mise en place des grands centres d'extermination, comme Sobibór, Treblinka, Maidanek, Bełżec et Auschwitz.
Outre le caractère précoce du début de ses activités, Chełmno se distingue des autres centres d'extermination par l'absence de chambre à gaz et par son indépendance à l'égard de l'Office central SS pour l'économie et l'administration et de l’Aktion Reinhard.
Création et organisation
Origine vignette|upright=1.0|alt=Photographie montrant Arthur Greiser assis à son bureau, en uniforme, sans couvre-chef|Arthur Greiser, gauleiter du Warthegau.
En 1941, le gauleiter du (Warthegau), Arthur Greiser sollicite et obtient l'autorisation de Heinrich Himmler d'assassiner résidant dans le , où ils représentent une population totale de . Greiser souhaite « désengorger » les ghettos du Warthegau en assassinant les Juifs incapables de travailler, afin de libérer de la place pour les Juifs déportés d'Allemagne. Pour l'historien Christopher Browning, ; Saul Friedländer attribue également une fonction locale au camp d'extermination de Chelmno, ce qui explique que ses activités ne sont pas reprises dans le cadre de l'opération Reinhard, décidée postérieurement et centrée sur la population juive du Gouvernement général, et qu'elles ne relèvent pas de l'Office central SS pour l'économie et l'administration.
Le site de Chełmno, situé à mi-chemin entre Varsovie et Poznań, est choisi parce qu'il est relié par une voie secondaire à la ligne ferroviaire Łódź-Poznań, et par une route en bon état avec Łódź, à soixante kilomètres au sud-est du village ; de plus, le village dispose d'un parc clôturé et d'un petit château inoccupé, avec des bâtiments de ferme et une église. Le village compte environ , dont une majorité de Polonais et des Allemands originaires de Volhynie.
Le , le SS- Rolf-Heinz Höppner de l'état-major du chef supérieur de la SS et de la police dans le Warthegau, Wilhelm Koppe, écrit à Adolf Eichmann :
Le , Höppner interroge à nouveau les autorités centrales à propos du sort à réserver aux Juifs :
Pendant ce temps, et avant la fin des travaux de construction du nouveau camp, Herbert Lange et ses hommes commencent l'extermination des Juifs du . De fin à fin , ils gazent plusieurs centaines de Juifs dans la région de Konin et de Kalisz, au moyen d'un camion équipé de bouteilles de monoxyde de carbone ; au total, ces diverses opérations font plus de .
Construction vignette|redresse=1.4|Plan général du centre d'extermination de Chełmno. Le nord se trouve vers la gauche du croquis. Fin , le SS- arrive à Chełmno dont le château, en ruines et inoccupé, est réquisitionné : en quelques semaines, le centre d'extermination est aménagé. La population polonaise du village, d’environ , est expulsée, à l'exception de quelques hommes que l'on oblige à participer aux travaux d'aménagement. Elle est remplacée par des provenant de Volhynie : ainsi, , le village compte , essentiellement d'origine allemande.
Le « camp » se compose de deux parties distinctes, distantes de quatre kilomètres environ, reliées par une route rectiligne orientée nord-nord-ouest : la première partie se trouve dans le château du village où on met à mort les victimes ; la seconde, le « camp de la forêt » (), dans le bois de Rzuchów, où les cadavres sont d’abord enterrés, puis à partir de incinérés.
Le château a un parc ceinturé par une simple clôture de fil, qui ne dissimule pas les opérations d'extermination, puis, un mois après le début des tueries, par une palissade de planches.
Le camp de la forêt se compose de trois clairières, l'une de , une autre de et une dernière de sur 15, où sont creusées des fosses communes, puis construits des fours crématoires. Situées au cœur d'un ensemble très dense de pins, les différentes clairières sont reliées, par plusieurs percées, à la route principale qui leur est distante d'une à plusieurs centaines de mètres.
Outre ces deux « camps », de nombreux bâtiments du village sont confisqués et servent directement ou indirectement au processus d'extermination : sont notamment réquisitionnées l'église (et son presbytère), la mairie, l'école, la Deutsches Haus (la Maison allemande), vaste bâtiment situé en face du château et des maisons ayant appartenu à des familles polonaises expulsées. Y sont installées la résidence du commandant du centre, celle des gardiens, la cuisine, la cantine.
Les aménagements étant terminés après environ cinq semaines, trois camions à gaz sont amenés de Berlin : ils sont carrossés avec une caisse étanche munie d'une grande double porte à l'arrière, comme une voiture de déménagement ; à l'intérieur de la caisse, un caillebotis de bois recouvre le plancher de tôle ; sous ce caillebotis, un tuyau percé de trous qui peut être raccordé au pot d'échappement afin d'asphyxier les personnes enfermées dans la caisse.
Les exécuteurs
Le personnel de Chełmno est constitué d'un petit groupe de membres du RSHA qui a participé aux gazages dans le cadre de l'euthanasie des malades mentaux. Ce noyau est complété par des membres de la Gestapo de Poznań et de Łódź, et de l' (police régulière) de Lodz, détachés auprès du Kommando Lange par le chef supérieur de la SS et de la police (HSSPf) Wilhelm Koppe. Certains membres de la police régulière sont affectés à Chełmno après s'être portés volontaires pour une mission à l'extérieur, sans connaître au préalable la teneur de cette mission. Les exécuteurs sont commandés par Herbert Lange choisi en raison de son expérience, puis, à partir de , par le SS- Hans Bothmann. L'effectif total comporte , dont de la , qui en constituent le « noyau » et de la police régulière qui assurent la garde du camp (Wachtkommando).
Lange a été le premier, ou l'un des premiers utilisateurs d'un camion à gaz en Pologne, le , dans le cadre de la poursuite de l’Aktion T4. Entre la fin et le , il dirige une unité chargée , notamment au moyen d'un énorme fourgon ressemblant à une voiture de déménagement et dans lequel est injecté de l'oxyde de carbone en bouteille. Ce procédé posant des problèmes logistiques pour les , des camions sont adaptés pour utiliser directement les gaz d'échappement, . Le processus mis en place par Lange est donc l'un des maillons de la chaîne qui relie les chambres à gaz fixes de l’Aktion T4, alimentées par du monoxyde de carbone en bouteilles, aux camions itinérants des , puis aux chambres à gaz fixes de l’Aktion Reinhard où le gazage est effectué au moyen de gaz d'échappement de moteurs (Belzec étant une étape de transition), avant l'utilisation du Zyklon B, essentiellement à Auschwitz.
Si l'essentiel du personnel du camp est fourni par le HSSPF Koppe, Lange reçoit ses ordres directement de Heinrich Himmler ou d'Arthur Greiser à qui Himmler a délégué une autorité considérable. Les exécuteurs allemands sont assistés par sept auxiliaires polonais.
Les membres du RSHA occupent toutes les fonctions importantes au sein du camp ; quant aux membres de la police régulière, ils sont répartis en trois sections affectées au transport, au château et au camp de la forêt. L'affectation des membres du premier groupe au camp d'extermination est plutôt stable, alors que certains policiers chargés de la garde du camp ne sont en poste à Chełmno que pour une période limitée à l'issue de laquelle ils regagnent leurs unités d'origine où ils .
L'équipe du transport a pour tâche d'amener les victimes de la gare au village, en transitant, de à , par le moulin de Zawadki ; l'équipe du château est chargée de la surveillance, mais ses membres participent également au déshabillage des victimes et aux gazages ; l'équipe de la forêt est divisée en deux sections, l'une montant la garde à l'extérieur du camp, l'autre, à l'intérieur, étant chargée de diriger et surveiller les activités des .
Tous les membres du Kommando bénéficient d'un complément de solde variant, selon le grade, de par jour, soit mensuellement, plus du double de la solde normale, ce complément provenant d'un fonds spécial de l'administration du Reichsgau Wartheland. D'après les témoignages recueillis lors de leur procès, le moral des exécuteurs est bon ; ils passent des soirées détendues à jouer aux cartes et à boire de l'eau-de-vie ou de la bière ; ils vont au cinéma à Koło, et ils ont presque tous une petite amie, avec laquelle ils peuvent passer la nuit dans leur cantonnement.
Les Arbeitsjuden
Au début des activités du centre, les tâches annexes au processus de tuerie sont assurées par des prisonniers polonais. Mais rapidement, et au plus tard début , les Allemands mettent en place un composé de déportés juifs, également connus sous l'appellation d'. Ces hommes . Cette méthode est utilisée par la suite dans tous les centres d'extermination nazis : des détenus polonais ou juifs sont forcés par les SS d'accomplir .
Les Arbeitsjuden comptent une quarantaine d'hommes, fréquemment renouvelés, après des assassinats quotidiens. Les hommes portent des chaînes aux pieds et logent dans le grenier aux grains ; au château, ils ramassent les vêtements des victimes, nettoient la cour, ou travaillent comme artisans, tailleurs ou cordonniers, pour les besoins de leurs bourreaux, ce qui leur vaut un sursis. D'autres Arbeitsjuden sont affectés à l'enfouissement, puis à l'incinération des corps des victimes. Huit à dix prisonniers sont utilisés comme artisans, une quinzaine est affectée au tri des vêtements et effets personnels des victimes, et au moins trente Juifs sont chargés d'effectuer .
Les opérations de tuerie L'arrivée des convois vignette|redresse=1.2|Embarquement en camions de Juifs à Koło en direction de Chełmno, en vue de leur extermination (1942). Il s'agit de Juifs venus par train du ghetto de Łódź. Des bagages sont éparpillés au sol ; une femme dans un fossé au premier plan semble se protéger le visage. Un policier allemand la regarde, une canne à la main. Dans une première phase, les premières victimes proviennent des villes environnantes de Chełmno, comme Konin, Koło et Kłodawa d'où elles sont directement amenées au centre par camion. À partir de , débutent les déportations en provenance du ghetto de Łódź ; le premier convoi, qui part entre le et le , est composé d'éléments jugés « indésirables » ou « nuisibles » par une commission composée de membres de l'administration juive du ghetto.
Les trains en provenance du ghetto s'arrêtent à la gare de Koło, où les déportés passent parfois la nuit dans la synagogue, avant d'être transportés vers le lieu de leur assassinat en camion : cette procédure manquant de discrétion, par la suite, les victimes sont acheminées à l'écart de la ville par une ligne ferroviaire à voie étroite, et gardées la nuit dans un moulin à Zawadki. À leur arrivée à Chełmno, on annonce aux victimes qu'elles vont être envoyées travailler en Allemagne et ; .