vignette|upright=1|Christ bénissant avec le signe de croix, mosaïque de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne.
Le signe de croix, ou signe de la croix, est un geste rituel pour les catholiques, les orthodoxes et certaines dénominations protestantes consistant à porter deux, trois ou cinq doigts de la main droite sur son front puis sur sa poitrine, et enfin d'une épaule à l'autre (de gauche à droite pour les catholiques, de droite à gauche pour les orthodoxes) en prononçant les paroles : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. ». Dessiner sur soi-même une croix, symbole de la Passion du Christ, marque l'appartenance à une communauté chrétienne et constitue une profession de foi, se remettre à la rédemption par le Christ. On dit alors de la personne qu'elle « se signe »Dans la langue française, le verbe pronominal « se signer » ne s'emploie que pour ce geste particulier..
Le signe de croix est attesté dès le et se fait sur le front jusqu'au . Il est commun à la plupart des confessions chrétiennes, encore que les protestants le pratiquent moins et les chrétiens orientaux plus encore que les catholiques latins.
Ce signe est utilisé en de nombreuses occasions, liturgiques ou non, en privé ou lors de cérémonies publiques ; une utilisation superstitieuse ou magique pour repousser un maléfice est encore courante et son usage est dénoncé dès les premiers siècles.
Le signe de la croix La croix : symbole chrétien
La croix ne devient l'emblème principal de la chrétienté qu'à partir du sous le règne de l'empereur Constantin (-), initialement sous la forme du chrisme qu'il choisit comme emblème de son armée; l'invention, selon la tradition chrétienne, de la « Vraie Croix » en par Hélène mère de Constantin renforce ce symbole..
Le geste de tracer un signe de croix sur le front est un des rites courant du christianisme primitif. Utilisé lors du baptême, ou tracé en symbole de protection, il se réfère à une prophétie du Livre d'Ézéchiel (9:4-6)Ez 9:4-6 Nancy R. Bowen, Abingdon Old Testament Commentaries : Ezekiel, éd. Abingdon Press, 2011, . : « Passe par le milieu de la ville, et marque d'un tav le front des hommes »<ref name="Erny 54-56">Pierre Erny, Le signe de la croix : Histoire, ethnologie et symbolique d'un geste'</ref>'.
Origine Les premières sources disponibles sur le signe de croix comme pratique chrétienne datent du . Parmi les premières attestations Origène explique que les chrétiens se signent sur le front avant de commencer toute tâche, particulièrement avant la lecture des Écritures ou la prière.
Le signe de croix est attesté par Tertullien.Ad uxorem II, 5 & 9 (vers 198-206) Œuvres complètes, traduction d'A.E de Genoude, 1852 seconde édition. comme une pratique habituelle chez les chrétiens à la fin du -début du Philipp A. Cunningham, « Cross/crucifix » dans Edward Kessler et Neil Wenborn (dirs), A Dictionary of Jewish-Christian Relations, éd. Cambridge University Press, 2005, p.113-114., en guise de protection et en signe d'appartenance à la communauté chrétienneTertullien écrit : « À chaque pas, à chaque mouvement, en rentrant et en sortant, en revêtant nos vêtements ou en mettant nos chaussures, au bain, à table, quand on allume les lampes, en nous couchant, en nous asseyant, à toute occupation, nous marquons nos fronts du signe de la croix ». De corona mil., c. III.. Les chrétiens se signent pour les activités du quotidien et ce rite est considéré par les Romains comme une pratique magiquePaul Hartog, « Greco-roman Understanding of Christianity », dans D. Jeffrey Bingham (éd.), The Routledge Companion to Early Christian Thought, .. À la même époque, Hippolyte de Rome évoque également le fait de se signerHippolyte de Rome recommande : « Si tu es tenté, signe-toi le front avec piété, car c’est là le signe de la Passion, connu et éprouvé contre le diable, pourvu que tu le fasses avec foi, non pour être vu des hommes, mais en le présentant avec habileté comme un bouclier » (Tradition apostolique, S.C. 11 bis, Cerf, 1968, ) et, dans la deuxième moitié du , Grégoire de Nysse et Jean Chrysostome évoquent explicitement le « signe de la croix »Grégoire de Nysse décrit Grégoire le Thaumaturge qui, pénétrant dans un temple païen, « purifie l’air souillé de miasmes par le signe de la croix » (Vie de Grégoire le Thaumaturge, P.G., XLVI, 916 A). Jean Chrysostome observe : « Ce signe de la croix, qu’autrefois tout le monde avait en horreur, est maintenant si avidement recherché par tous qu’on le retrouve partout : chez les gouvernants et chez leurs sujets, chez les hommes et chez les femmes, chez les personnes mariées et celles qui ne le sont pas, chez les esclaves et chez les hommes libres. Tous le tracent sans cesse sur la plus noble partie de la face humaine et le portent chaque jour gravé pour ainsi dire sur leurs fronts comme sur un pilier. Le voici à la sainte table, à l’ordination des prêtres, il resplendit avec le corps du Christ à la Cène mystique » (Quod Christus sit Deus, P. G., t. XLVIII, col. 826)..
Cyrille de Jérusalem rapporte que les chrétiens se signent en toute occasion, à tout moment de la journée du lever au coucher, et Basile de Césarée revendique l'antiquité apostolique de la pratique. Le signe de croix se généralise : son application sur les blessures ou aux parties malades du corps est également bien documentée. Jean Chrysostome recommande le signe de croix pour se prémunir contre la colère ou les insultes dirigées contre un tiers Andrew Cain, Jerome's Epitaph on Paula : A Commentary on the Epitaphium Sanctae Paulae with an Introduction, Text, and Translation, Oxford University Press, 2013, ..
Évolution Jusqu'au , le signe de croix reste un geste effectué sur le front avec le pouce. La façon de se signer évolue ensuite au fil du temps et des schismes qui ont séparé les Églises chrétiennes, en un geste plus ample et intégrant d'autres symboliques. Le grand signe de croix probablement courant en Orient dès le se répand probablement en occident mais les témoignages ne datent que du . Au début les chrétiens en Orient (le monde byzantin) et en Occident (le monde latin) se signent avec trois doigts, comme aujourd'hui les orthodoxes. À partir du et du schisme entre chrétiens orthodoxes et catholiques, le catholicisme fait évoluer le signe de croix : on ne s'y signe plus avec trois doigts mais avec la main. De plus, il devient usuel de se signer de gauche à droite. Peu à peu, cette pratique s'impose dans le monde catholique, et elle y devient la norme.
Au tournant du , le pape explique pourtant :
L'usage des cinq doigts dans l'Église Catholique s'est malgré cela répandu dans beaucoup de pays (France, Allemagne, Angleterre, Italie…), alors que l'usage des trois doigts est resté commun dans les pays hispaniques notamment.
Les deux gestes et leurs usages Signation à un doigt C'est la plus ancienne, elle est directement issue de la tradition de l'Ancien Testament tel qu'elle est évoquée dans le Livre d'Ézéchiel (9:4-6), le signe du Tav évoquant le nom de Yahvé marquant d'un sceau le front des élus. La croix tracée le plus souvent sur le front avec le pouce correspond au signe décrit par Tertullien qui apparait d'usage répandu dès le . La marque peut être appliquée sur le front mais aussi la bouche (la parole), la poitrine ou le cœur (le sentiment ou la foi), les oreilles (comme dans le baptême, éphéta, l'écoute), les épaules (les bras au service de la foi). Cette signation peut être appliquée comme une bénédiction remplaçant d'autres rites comme l'imposition des mains sur la tête ou faite comme une auto-signation en signe d'appartenance à une communauté chrétienne et pour devenir plus fort face au mal et aux persécuteurs tel que l'évoque Hippolyte de Rome.
Usage Son usage actuel dans l'église catholique en fait un geste central dans l'accueil des catéchumènes, le signe fait sur le front marquant leur entrée dans la communauté, il est répété sur les oreilles sur les yeux sur la bouche sur le cœur et sur les épaules.« N., recevez sur votre front la croix du Christ, c’est le Christ lui-même qui vous protège par le signe de son amour. Appliquez-vous, désormais, à le connaître et à le suivre. Que vos oreilles soient marquées de la croix, pour que vous écoutiez la voix du Seigneur. Que vos yeux soient marqués de la croix, pour que vous voyiez la lumière de Dieu. Que votre bouche soit marquée de la croix, pour que vous répondiez à la parole de Dieu. Que votre cœur soit marqué de la croix, pour que le Christ habite en vous par la foi. Que vos épaules soient marquées de la croix, pour que vous portiez joyeusement le joug du Christ ».Rituel de l’Initiation chrétienne des adultes(1996) paragraphes 88-90.. Pendant le Baptême comme pour le sacrement de confirmation une onction de avec le saint chrême s'accompagne d'une signation sur le front. Dans la cérémonie du mercredi des Cendres les participants reçoivent sur le front Une signation avec des cendres. Avant la lecture de l'évangile chacun dans l'assemblée se signe le front, la bouche et le cœur. Ce geste peut également marquer des objets comme le pain avant de le trancher.
Le grand signe de croix Réalisé avec la main droite à trois doigts ou la main entière suivant les époques et les différentes traditions, marquant le front puis la poitrine ou plus bas puis chacune des deux épaules il est associé à l'énoncée trinitaire : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. » (ou « ainsi soit-il » en français jusqu'au concile Vatican II pour les catholiquesEncyclopédie Larousse.).
vignette|upright=0.5|Position des doigts dans le christianisme orthodoxe, illustration de 1899. Pour les orthodoxes et catholiques orientaux, qui ont en commun la tradition byzantine, le geste consiste à toucher avec trois doigts de la main droite (pouce, index, majeur) le front, puis la poitrine, puis l'épaule droite et enfin l'épaule gauche. Le front symbolise l'esprit, la poitrine le cœur, l'épaule droite la justice, et l'épaule gauche la miséricorde qui tempère la justice. Ces trois doigts symbolisent la Trinité (Père, Fils et Esprit) et se réunissent à leur sommet pour marquer que Dieu est Un. Les deux autres doigts, repliés sur la paume, représentent les deux natures (humaine et divine) du ChristL’Exaltation de la croix.Le signe de croix orthodoxe.. En revanche, les vieux-croyants russes se signent avec deux doigts comme avant le schisme orthodoxe russe de 1666-1667 pour marquer leur adhésion aux deux natures du Christ mais aussi leur rejet du geste à trois doigts établi lors du schisme)..
Pour les catholiques occidentaux (latins), le geste consiste à toucher successivement, du bout des doigts (indistinctement dépliés) de la main droite (les cinq doigts rappelant les cinq plaies du Christ sur la Croix), le front, la poitrine (cœur), l'épaule gauche puis l'épaule droite. Les signes de croix de droite à gauche et de gauche à droite coexistaient dans l'Occident médiéval, avec divers sens symboliques, le second s'étant finalement imposé avec le temps. De la même façon, l'usage orthodoxe consistant à répartir les doigts en deux groupes (trinité, dualité) s'est perdu avec le temps, pour des raisons néanmoins plus obscures.. Depuis le concile de Vatican II, pour les catholiques, l'usage liturgique officiel conseillé est d'utiliser la main entière, tant par le prêtre pour bénir que pour le fidèle pour recevoir la bénédiction et faire le signe de Croix.
La main droite est utilisée. car elle . Le discours d'Éphrem le Syrien sur l'Antéchrist annonce aussi que ce dernier frappera de son signe la main droite des Hommes par haine du signe de croix qu'elle effectue.
Usage pour ouvrir ou pour conclure une oraison comme la prière quotidienne en famille ou le bénédicité avant un repas, à l'entrée des églises, après avoir trempé le bout de l'index et du majeur dans l'eau bénite, qui rappelle, à titre symbolique, le lavement des Hébreux avant d'entrer dans la tente de l'Arche d'alliance,