L'histoire des ordres franciscains retrace l'origine et le développement des trois ordres du mouvement franciscain. Fondé sur la pensée et les actions de François d'Assise, ce mouvement monachique est connu pour les idéaux de pauvreté et de fraternité qu'il véhicule. Si les franciscains sont principalement vus à travers l'ordre principal des frères mineurs ou celui des capucins, des ordres féminins et un ordre laïque appartiennent également à ce courant. L'ordre des frères mineurs apparaît en 1209. Son développement est très rapide et le mouvement devient l'un des courants des ordres mendiants les plus influents au Moyen Âge. Si l'ordre des frères mineurs a progressivement perdu la place dominante qu'il occupait au Moyen Âge, le mouvement franciscain continue d'exister.
Les trois ordres de la famille franciscaine La famille franciscaine comprend trois Ordres : Le Premier Ordre Frères Mineurs Conventuels (O.F.M.Conv) Ordo Fratrum Minorum Conventualium ; ils sont parfois nommés « cordeliers », tout comme les observants ; Frères Mineurs Capucins (O.F.M.Cap) Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum Frères Mineurs (O.F.M.) Ordo Fratrum Minorum, formé en 1897 par la réunion des ordres suivants : Frères Mineurs Récollets (O.F.M.Rec) Ordo Fratrum Minorum Recollectorum Frères Mineurs de l'Observance (O.F.M.Obs) Ordo Fratris Menoris Regularis Observantia ; ils sont parfois nommés « cordeliers », comme les conventuels ; Frères Mineurs Réformés de la stricte observance (O.F.M.Ref) Ordo Fratrum Minorum Strictioris Observantiæ Reformatorum Frères Mineurs Déchaussés ou Alcantarins (O.F.M.Disc ou Alc) Ordo Fratrum Minorum Strictoris Observantiæ Discalceatorum) Le Second Ordre Clarisses (O.S.C.) ou Pauvres Dames Ordo Sanctæ Claræ Clarisses Urbanistes (O.S.C.Urb) Ordo Sanctæ Claræ regulæ Urbani IV Franciscaines de Sainte Philippa Mareri (F.S.F.M) Clarisses Colettines (O.S.C.Col) Ordo Sanctæ Claræ reformationis ab Coleta Clarisses Capucines (O.S.C.Cap) Ordo Sanctæ Claræ Capuccinarum Annonciades (O.Ann.M.) Ordo de Annuntiatione Beatæ Mariæ Virginis Franciscaines Conceptionnistes (O.I.C.) Ordo Immaculatæ Conceptionis Le Tiers-Ordre Ordre franciscain séculier (O.F.S.), Ordo Franciscanus Saecularis, remplace le Tiers-Ordre franciscain depuis 1978 Jeunesse Franciscaine Tiers-Ordre régulier franciscain (T.O.R.) Tertius Ordo Regularis Sancti Francisci
L'histoire des ordres franciscains débute concrètement avec la rédaction de la première règle des frères mineurs en 1221 par saint François d'Assise. Elle comprend l'histoire des trois OrdresLes frères mineurs (observants-1221, conventuels-1260 et capucins-1525), les clarisses (1212) et les ordres franciscains réguliers (ex tiers ordre, 1221). Ces ordres ont connu une rapide extension dès leur création au début du . Les trois ordres sont toujours présents et comptent (hier comme aujourd'hui) des personnalités remarquables.
La multiplication des idées mène le premier ordre à des divergences de vue, ce qui, au , pose de graves problèmes. Le Pape réunit en 1517 les frères mineurs en un ordre unique. L'Ordre franciscain est aujourd'hui l'Ordre le plus important en nombre au sein de l'Église. Le second ordre, les pauvres dames, sera réformé au et n'aura pas les perturbations du au . C'est au que l'ordre atteint son apogée, avant de subir la Révolution française de plein fouet. L'ordre se relève au .
Le Tiers-Ordre Franciscain séculier est la branche séculière de la famille franciscaine. Les Ordres Franciscains Séculiers (OFS), également appelés en France Fraternités Franciscaines Séculières (FFS), exercent leur influence dans tous les milieux de la société. En 1978, la nouvelle Règle émise sous le pontificat de fixe des règles plus adaptées aux diverses cultures, conformément aux orientations du concile Vatican IINote : pour la commodité du travail, nous utilisons des abréviations pour désigner les écrits de saint François d'Assise et sainte Claire, et les premières biographies faites sur eux. Ces abréviations sont les mêmes que celles utilisées dans les ouvrages :
Saint François d’Assise (patron des louvetaux) – Documents : écrits et premières biographies, rassemblés par Th. Desbonnets et D. Vorreux, éditions franciscaines, Paris, 1981 ; Sainte Claire d’Assise (patronne des louvettes) – Documents : biographie, écrits..., rassemblés, présentés et traduits par D. Vorreux, éditions franciscaines, Paris, 1983 ; qui sont les ouvrages de référence où l’on peut trouver ces écrits. Nous précisons ici celles qui sont utilisées parmi ces abréviations.
+ écrits de François 1 Reg Première Règle des frères mineurs (1221) 2 Reg Deuxième règle des frères mineurs (1223) Test Testament
+ Claire RC Règle de Claire V Thomas de Celano, Vie
+ biographies de François 1 C 92 Thomas de Celano, Vita Prima, § 92 2 C 14 Thomas de Celano, Vita Secunda, § 14 LP Légende antique de Pérouse Fior Fioretti Com Sacrum Commercium
Les abréviations bibliques sont celles correspondant à la Bible de Jérusalem..
Antécédents historiques
Le « mouvement de pauvreté »
Une première caractéristique de cette époque féodale est le « mouvement de pauvreté », courant chrétien en réaction à l’enrichissement et la politisation de l’ÉgliseDéjà Bernard de Clairvaux (1090-1153) dénonçait les richesses de l’Église, mais le mouvement va se compliquer d’aspirations manichéennes et millénaristes, et devient révolutionnaire et anticlérical. Il y a d’un côté les ordres religieux réformés ou nouveaux (cisterciens, prémontrés) et de l’autre de nombreux courants précurseurs de la Réforme, bientôt suspectés et persécutés par l’Église et l’État (vaudois, albigeois, cathares...). Quant à l’Église, en plus du tort causé par ces nouveaux groupes, elle s’embourbe dans un immobilisme féodalAu niveau du clergé séculier, il y a beaucoup de laisser-aller, de corruption et de négligence des sacrements..
Les débuts de la scolastique
Un deuxième trait de ce siècle, ce sont les débuts de la scolastique. Après une certaine décadence de la vie intellectuelle, le amorce un réveil. Anselme de Cantorbéry, Bernard de Clairvaux, Pierre Lombard en sont les acteurs, et cela débouchera sur la grande scolastique de saint Bonaventure et de saint Thomas d'Aquin.
Les mutations de la société
Une troisième caractéristique est que la société passe d’une structure purement rurale à un début d'organisation urbaine et communale. C’est l’avènement des communes et la naissance de la bourgeoisie. C’est aussi la fin du troc et la domination de l’argent. « La nouvelle société porte en elle le meilleur et le pire : élan vers plus de liberté et de fraternité, elle est en même temps travaillée par des forces troubles et redoutables qui peuvent se retourner contre elle et la déchirer. »..
On passe d’un monde stable, lié à la terre, à un monde en mouvement, d’un monde fondé sur la vassalité à un monde fondé sur l’esprit d’association ; mais cet esprit d’association ira de pair avec l’esprit de gain, de passion de l’argent et du pouvoir, d’où de nouvelles inégalités sociales et oppressionsBref, à tous points de vue (religieux, intellectuel, social, économique), c’est un monde en mouvement, en gestation, et qui le sait, et qui espère, qui attend beaucoup du présent et de l’avenir. Mais déjà l’élan est biaisé et ce sera aussi la loi du plus fort, ou du plus riche. À travers plusieurs épisodes de sa vie, François fera l’expérience de tout cela..
Le premier ordre : les frères mineurs
François d'Assise et les débuts de l’ordre François naît à Assise, en 1182. Il appartient à la bourgeoisie urbaine (son père, Pierre Bernardone, est un riche marchand drapier, roturier) d’une cité d’importance secondaire, où existent des rivalités entre nobles et bourgeois, catholiques et cathares. Il reçoit une éducation traditionnelle peu adaptée à ce monde nouveau. Il cherche sa voie, rêve de chevalerie, part à 20 ans en guerre avec sa ville contre sa rivale Pérouse, est fait prisonnier (Assise est vaincue, 1202), reste en captivité un an, puis tombe malade… et peu à peu se convertit.
Il finit par mépriser la gloire et la richesse et, en même temps que grandit sa soif de Dieu, il s’approche des miséreux, lépreux, mendiants. Puis le crucifix de l’église Saint-Damien lui parle : « François, va et répare ma maison qui tombe en ruines. » Il prend ces mots à la lettre, se fait maçon et répare les églises en ruine.
En 1208 (ou 1209 ?) il entend l’Évangile de l’envoi des disciples en mission (sans doute Mt 10,9 et ss). Trois points se détachent de ce texte : l’envoi des disciples, l’exigence de la pauvreté, le message de paix. « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que, du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir ! » (1 C 21) C’est la rencontre entre l’Évangile et un homme pleinement de son époque, qui portait dans son cœur tout le bouillonnement de son temps (espérances, et détresses des plus pauvres). Il est enfin fixé sur l’orientation de sa vie. C’est l’acte de naissance de l’ordre franciscain ! (C’est effectivement le moment où tout le monde s’accorde à fixer la naissance de l’ordre franciscain.
Puis, c’est l’imprévu pour François : des compagnons se présentent à lui pour partager son style de vie. Ce sont des jeunes d’Assise ou des environs, surtout des laïcs. Ils vont alors à Rome faire approuver par le pape leur mode de vie. C’est vers cette époque que François choisit comme nom les « frères mineurs », c'est-à-dire les petits, les soumis à tous, les derniers de tous.
Caractéristiques de l’ordre à ses débuts Le fondement même de l’esprit franciscain est celui-ci : plaire au Christ et lui ressembler. Le franciscain est d’abord celui qui regarde et écoute le Seigneur Jésus, qui se conforme à sa vie et à sa parole. L’Ordre franciscain est encore plus un ordre d’imitateurs du Christ que de prédicateurs : « La règle de vie des frères est la suivante : vivre dans l’obéissance, dans la chasteté et sans aucun bien qui leur appartienne ; et suivre la doctrine et les traces de notre Seigneur Jésus-Christ. » (1 Reg 1,1) et « La règle de vie des Frères Mineurs est la suivante : observer le saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Reg 1,1)
Concrètement, que signifie pour les premiers frères d’observer le saint Évangile ? Quelques points importants se dégagentCette section est inspirée de ..
L'aspect missionnaire Cette forme de vie propose comme modèle la vie des disciples envoyés en mission par le Christ. Les membres de la communauté n’ont pas de demeure fixe. La mission, l’annonce de la Bonne Nouvelle exige une grande liberté de mouvement, elle voue à une vie itinérante. Effectivement les premiers compagnons de François d'Assise sont souvent sur les routes. Quand le nombre des frères sera plus grand, François en enverra en Allemagne, Espagne, France, Hongrie, Syrie, et au Maroc. Lui-même voudra aller en France (mais le cardinal Hugolin l’en empêchera) et en Égypte, avec les croisés (mais pas pour guerroyer ; il déplorera le sang versé et tentera de convertir le sultan, Melek-el-Kamel). Tous les frères ne prêchent pas mais tous sont envoyés comme témoins de la Bonne Nouvelle.
La Règle de 1221, puis celle de 1223, consacrent un chapitre entier sur « la manière de voyager par le monde ». C’est dire si le voyage et la mission font partie de la vie des frères.
La pauvreté
Voir Pierre de Jean Olivi#Doctrine sur la pauvreté et l'économie pour une élaboration approfondie de la doctrine franciscaine de la pauvreté.