Le déclassement est, en sociologie, le fait de descendre l'échelle sociale, pour un individu, un groupe ou une catégorie. Le déclassement peut être une conséquence d'une mobilité sociale descendante. Il peut être en relation avec la hiérarchie des classifications en vigueur sur le marché du travail.

Le déclassement peut être constaté à différents niveaux : professionnel par surqualification par rapport à l'emploi occupé, ou intragénérationnel sur perte ou changement d'emploi, ou intergénérationnel quand on compare les positions sociales d'une génération donnée à celles des parents. Il peut être étudié à un temps donné ou au cours d'une période déterminée, il objective une dynamique sociale.

Un débat sur le poids relatif du déclassement et de la peur du déclassement oppose certains sociologues et économistes.

Contexte

Le terme de déclassement est employé à la fois au niveau collectif et intergénérationnel, où il qualifie le fait pour une part des représentants d'une génération de ne pas parvenir à un emploi, une position sociale, une qualification ou seulement un pouvoir d'achat de même niveau que ceux des parentsMarine Boisson (dir.), La mesure du déclassement , Rapports et documents, n°20, Centre d'analyse stratégique, 2009, 145 p., p. 7-13., et dans le cadre d'une perte, d'emploi, de statut social, ou d'une situation dans laquelle l'emploi occupé n'est pas au niveau de ceux promis par son niveau de formation. Il est une conséquence d'une mobilité sociale descendante ou « démotion » (anglicisme) sociale.

Le déclassement est un objet sociologique depuis les années 1960, bien qu'à l'époque des trente glorieuses le sujet ne fasse pas partie des sujets de préoccupations car de manière majoritaire les enfants acquièrent une meilleure position sociale que leurs parents grâce au dynamisme économique en cours. Le déclassement conquiert les champs politique et médiatique à l'occasion des crises qui s'enchaînent..

En 1969, Raymond Aron, dans Les Désillusions du progrès, prévoit l’avènement d’une génération dans laquelle de plus en plus d’individus seront déclassés par rapport à leurs diplômes. En 1978, Pierre Bourdieu met, quant à lui, le public en garde contre l’avènement d’une génération potentiellement déclassée dans un article « Classement, déclassement, reclassement ».. Dans son essai Raymond Aron anticipe un déclassement générationnel, il soulève la question de l’allocation future des places sociales par rapport à l'investissement scolaire. ..

Les périodes de fort développement économique s'accompagnent d'une transition des besoins vers une plus grande proportion d'emplois qualifiés, et à l'inverse une réduction significative de la demande de main d'œuvre non qualifiée, du fait des hausses de productivité. Cette situation rend possible une mobilité sociale presque uniquement ascendante : la demande d'emploi qualifiés pouvant absorber à la fois les enfants de ceux qui occupaient déjà ce type d'emploi et ceux dont les parents avaient une position sociale moins élevée.

Selon le sociologue Philippe d’Iribarne, présenter son métier, son activité professionnelle permet de se définir au sein de son espace social, et affirmer son rang dans la hiérarchie social, il en découle un statut social dans une époque donnée... La période des Trente Glorieuses a représenté ..

Pour Eric Maurin, Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), en France , ..

Le débat sur la « panne » de l'ascenseur social apparaît dans les années 1990.. Selon la journaliste Béatrice Mathieu le mot « déclassement » synthétise la crise politique, économique et sociale qui frappe la France en 2024..

Selon François Dubet et Marie Duru-Bellat . L'adéquation entre le diplôme et l'emploi est de moins en moins assurée, et en conséquence la qualité ressentie des emplois occupés déçoit

Facteurs explicatifs

Selon Marie Duru-Bellat, sociologue .

La dévalorisation des diplômes sur le marché du travail se constate au fur et à mesure de la proportion d'une génération pouvant les acquérir grâce à la démocratisation des études en particulier supérieures. Ce constat accroît l’amertume de ceux qui, obtiennent des diplômes plus élevés que leurs parents, mais découvrent que l'amélioration de leur position sociale n'est plus garantie et en éprouvent un déclassement.

D'autres facteurs entre en jeux expliquant le développement du déclassement ressenti : le ralentissement de la croissance économique la globalisation du marché du travail les inégalités de revenu et la hausse de la pauvreté ; la discrimination à l'embauche le décrochage des territoires le décrochage scolaire, la hausse de l'inflation

En France, la dégradation de l'insertion de la jeunesse dans la population active par la précarisation des emplois amène à la comparaison avec les types d'emploi occupés par les générations précédentes : . le fait de risquer de perdre ou perdre un emploi stable entraîne la peur du déclassement social ou le déclassement social.

Déclassement professionnel

Une convention fait correspondre un niveau de qualification professionnelle ou diplôme à un type d'emploi. Cette correspondance peut avoir une réalité statistique ou être plutôt une norme sociale voire subjectiveForgeot Gérard et Gautié Jérôme Insertion professionnelle des jeunes et processus de déclassement. In: Économie et statistique, n°304-305, avril 1997. pp. 53-74.. En France, une référence de la classification de l'emploi par rapport au diplôme obtenu est donnée par le Répertoire national des certifications professionnelles.

L'augmentation du niveau général de formation dans un pays entraîne une inflation des diplômes qui ne se trouvent plus en adéquation avec les emplois disponiblesNauze-Fichet, Emmanuelle et Tomasini, Magda. Diplôme et insertion sur le marché du travail : approches socioprofessionnelle et salariale du déclassement suivi d'un commentaire de Saïd Hanchane et Eric Verdier. In: Économie et statistique, n°354, novembre 2002, p. 21-43 et 45-48 (consulté le 28 décembre 2013)..

Selon le sociologue Louis Chauvel dans un entretien au journal Le Monde, en Italie, en Espagne, en Grèce, et en France, les jeunes ont bénéficié d'une très forte croissance des diplômes, mais les emplois correspondants ont connu une croissance beaucoup plus lente, depuis plusieurs décennies.

Les personnes en surqualification par rapport à l'emploi occupé subissent un déclassement relatif au niveau de diplôme atteint. Il y a une perte ressenti du statut social.

En 2006, le déclassement est particulièrement net dans la fonction publique, où 64 % des jeunes recrutés possèdent des diplômes très supérieurs à ceux que le concours requiert normalement..

Depuis les années 1990, les perspectives d'ascension sociale se dégradent avec le sentiment de dévalorisation et de moindre rentabilité des diplômes. Ce ressenti est particulièrement vécu par les classes moyennes. En 1960, le baccalauréat était la clé d'entrée dans les classes moyennes intermédiaires pour 60 % de la population des bacheliers. Aujourd'hui, pour le même diplôme, 75 % des bacheliers se retrouvent dans la catégorie employés ou ouvriers, ou éventuellement chômeurs. La licence qui menait très majoritairement à l’emploi cadre dans les années 70 , conduit désormais très majoritairement aux emplois de qualification intermédiaire (professions intermédiaires, dont techniciens, agents de maîtrise). En 2017, tous les détenteurs d’un Master ou même d’un diplôme d’ingénieur ne sont pas cadre.. Les études du Céreq. concluent à un déclassement se renforçant pour les nouvelles générations.

On constate 30 % de déclassement pour les jeunes ayant des masters ou doctorats scientifiques en 2010, contre 18 % pour leurs homologues de 1992. Pour les masters ou doctorats en sciences humaines et sociales, les chiffres correspondants sont 46 % en 2010, contre 31 % en 1992.

En 2024, environ un salarié sur cinq est en France en situation de déclassement professionnel.

Selon l'INSEE, .

Selon Arnaud Gilberton, conseiller en Ressources Humaines, dans un article pour l'APEC en 2026, le déclassement des cadres touche, au delà du niveau de vie, au cœur du contrat social : reconnaissance, projection collective, confiance dans l’avenir et sentiment d’utilité au travail. Ce déclassement peut se traduire par des trajectoires figées, une stagnation des responsabilités et par du chômage (même si ils en sont moins touchés). La promesse méritocratique perd de sa crédibilité.

Si la perte de valeur des titres scolaires perdure, la norme d’emploi change et le déclassement perçu disparaît, les jeunes générations finissent par intérioriser le fait d’accéder à des emplois moins prestigieux à diplôme équivalent..

Déclassement intragénérationnel

Selon une étude du CEREQ, ..

Le déclassement intragénérationnel est lié à des chocs subis par les travailleurs au niveau de la stabilité de leur emploi (chômage, précarité, restructuration, reconversion, changement choisi ou forcé), il se traduit par une baisse de statut social et de niveau de vie, il a des conséquences psychologiques à titre individuel et politiques au niveau collectif. Il peut intervenir après un premier emploi à tout moment de la vie active de la personne.

La fractionnement du travail avec la multiplication des contrats courts (intérim et CDD) sert de variable d’ajustement aux soubresauts de l’activité économique.. La précarisation des emplois est une cause du phénomène de déclassement intragénérationnel.

Le déclassement intragénérationnel concerne différemment les personnes d'une même génération. Par exemple, quand un travailleur perd son emploi et se retrouve dans une catégorie sociale plus basse..

Selon une étude de l'Insee, parue en 2006, portant sur les personnes âgées de 30 à en fin de période, le poids des salariés ayant vécu un déclassement dans la hiérarchie socioprofessionnelle a « plus que doublé » en vingt ans, de 3 % au début des années 1980 à près de 7 % dans les années 2000. Le fait de « descendre l'échelle sociale » intervient « souvent à la suite d'un passage par le chômage ou l'inactivité »..

Chez les plus expérimentés des cadres en emploi, notamment après 45 ou , la trajectoire professionnel devient descendante ou se bloque durablement et entraine aussi un sentiment de déclassement

Déclassement intergénérationnel

Le déclassement au niveau intergénérationnel se présente quand les nouvelles générations ont une position sociale, voire un pouvoir d'achat inférieur à celui de leurs parents, voire de leurs grands-parents. C'est le cas, par exemple, de certains enfants de Baby boomers. La dégradation des contrats de travail et des formes d'emploi (intérimaires, contrats à durée déterminée, contrats aidés, stagiaires) pour les nouvelles générations entraine aussi un déclassement.

Selon Camille Peugny, le ralentissement ou la fin de période de développement économique fait apparaître le déclassement, qui est alors le pendant de la mobilité sociale ascendante précédenteCamille Peugny, Le déclassement, Grasset, , . ..

A titre d'exemple, 24 % des fils de cadre nés entre 1959 et 1963 sont employés ou ouvriers à l'âge de , 23 % d'entre eux occupent une profession intermédiaire. La proportion de fils de cadre confrontés au déclassement est de ce fait supérieure à 45 %. Il n'y a pas de contrepartie par une promotion sociale accrue pour les enfants d'ouvriers et d'employés qui accèderaient à une profession intermédiaire ou un emploi de cadre à ..